L'edito

Birmanie: le prix des complaisances passées

La Birmanie est vite, trop vite, sortie de notre champs de vision. Alors que la répression est encore en cours, nous avons déjà détourné le regard, nous sommes passés à autre chose. Il y a dix jours, le reste du monde découvrait avec admiration et effroi la révolution de safran, ces milliers de moines boudhistes qui défiaient avec une partie de la population de Rangoon les militaires au pouvoir. Avec, aussi, cette image furtive du prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, saluant les manifestants derrière un cordon de militaires. Ils savaient ce qu’ils risquaient face à l’un des régimes les plus autoritaires de la planète. Le pire est arrivé avec la répression dans le sang de ce mouvement pacifique sans qu’on sache réellement le nombre de morts : 138 morts selon une radio en exil.

Comme toujours, lorsque des images de ce genre surgissent sur nos écrans de télévision, nos hommes politiques font surenchère d’indignation, de paroles fortes. La Birmanie, certes lointaine et qui réprime d’ordinaire si discrètement, n’a pas fait exception. Nous avons eu droit aux protestations enflammées et aux menaces de sanctions. Et pourtant, cela n’a rien changé. Le chef de la junte, un général inflexible, n’a pas hésité à donner l’ordre de tirer, et, depuis trois jours, il balade l’émissaire de l’ONU sans rien céder.

Quelles leçons peut-on tirer de ce drame ? D’abord, reconnaître que le monde a changé, que la communauté internationale n’existe pas dès lors qu’un bourreau est client d’une des nouvelles grandes puisssance. En l’occurence la Chine, protecteur de la Birmanie, pourvoyeuse de matières premières et allié stratégique d’un pouvoir chinois d’autant moins regardant en matière de droits de l’homme qu’il ne les respecte pas chez lui. Le poids de la Chine est tel aujourd’hui qu’on la retrouve, du Soudan à la Birmanie en passant par l’Iran, à défendre ses intérêts de puissance...

Mais balayons aussi devant notre porte. Nicolas Sarkozy a prononcé la semaine dernière sur le perron de l’Elysée des paroles fortes pour appeler Total à ne plus investir en Birmanie. Un peu tard, non ? Depuis des années, le pétrolier français est au centre de polémiques pour son activité en Birmanie, où il est depuis quinze ans le premier investisseur étranger auprès de la dictature birmane.

Et la diplomatie française serait plus audible aujourd’hui sur ce dossier si son chef, Bernard Kouchner, n’avait pas accepté, en 2003, d’effectuer une mission, payée par Total, pour l’exonérer des accusations portées contre elle. “Fallait-il installer ce gazoduc en Birmanie”, demandait-alors Bernard Kouchner, pour répondre par l’affirmative : “je le crois”. Les déclarations fortes d’aujourd’hui pèseraient peut-être plus lourd sans les complaisances d’hier. A méditer pour les crises à venir, même si c’est de peu de réconfort pour les Birmans.

Pierre Haski

► Edito diffusé mardi 2 octobre sur Europe1. Retrouvez l'édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.


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G2G
12H56 02/10/2007

Merci pour cet Edito ,
Et d’etre les seuls ce jour à évoquer encore le courage des birmans.
Honte à nous de n’avoir finalement rien dit ou presque, rien fait ou presque.
Honte à nos grands médias, qui eux aussi nous balladent, jouent avec nos cordes sensibles et changent de note dèsque la musique menace de n’être plus rentable.
Une pression médiatique plus forte aurait pu changer un peu au moins le cours des choses.
On aurait pu, peut-etre, entendre un peu Kouchner si tous nos journaux avaient clamé son nom.
Mais bon, Libération avait sa pub a faire pour la semaine du jeu vidéo, et le monde pour les assurances vie.
Il payeront de mon boycot le prix de leur complaisance… actuelle.

 
Pierre Haski | Rue89
14H21 02/10/2007

J’en ai choisi deux qui me semblaient de poids, le soutien de la Chine, et le rôle de Total qui recoupe en grande partie votre deuxième point. Si ça ne me rend pas crédible, dommage…