Revue de blogs

Une histoire de fesses enflamme le web sénégalais

Le sabar, danse traditionnelle sénégalaise plutôt lascive, est-elle condamnable lorsqu’elle circule sur Internet ? C’est ce qu’a l’air de penser la justice sénégalaise, qui a poursuivi huit personnes pour outrage public à la pudeur, pour leur implication dans l’affaire Guddi town.

C'est dans une boîte de nuit, à Dakar, qu’un concours de Sabar a été organisé en 2005. Les trois participantes ont été filmées, et la vidéo a fait un tabac sur Internet, avant d'être retirée. A l’issue du procès, les danseuses ont été relaxées cette semaine mais elles restent sous la surveillance de la justice. La blogosphère sénégalaise est, elle, du côté des danseuses.

Apparemment, il n’y a pas que Goudi Town, avertit Le boytown. Le blogueur renvoie ses lecteurs à une nouvelle vidéo susceptible de s’attirer les foudres de la bien-pensance sénégalaise, diffusée sur Youtube. (Voir la vidéo.)


Il ne partage pas les arguments de la justice de son pays :

Sinon, personnellement, bien vrai que je condamne sévèrement ces actes, tout ceci ne mérite pas du toute l'attention qu'elle a suscitée.

Qui n'a pas assiste quelque part au Sénégal a ces sabars de quartiers, ces « tamas » qui s'organisent a l'occasion des baptêmes ou “tours de famille’ et pendant lesquels les filles se déhanchent en pagnes ou ‘bethio” laissant entrevoir des bouts de culotte ? « Ma personnelle conviction est que si l'administration en place ne peut assurer aux jeunes Sénégalais des moyens de développement sains et productifs, qu'il leur foute la paix.... On se débrouille tout seul. »

Pour Le Quotidien, cette vidéo n’est que l’arbre cachant la forêt de la prostitution, qui ravage les boites de nuit dakaroises. A cette affaire, dont le canard écrit qu’elle “rentrera dans les annales de la justice et de la culture sénégalaises”, c’est le mot « obscène » qui restera accolé :

« C'est, à coup sûr, l'adjectif le plus utilisé, en tout cas, depuis l'arrestation de la célèbre danseuse Ndèye Guèye et de ses co-prévenus. »

Les accusées n’ont d’ailleurs pas leur langue dans la poche et balancent : « Ndèye Guèye et ses affidées de demeurer convaincues 'qu'il se passe des choses plus graves dans ce pays'. Car, confient-elles, 'la femme d'un proche du Président a organisé des séances de danse nues dans sa maison et, celle-ci n'a pas été arrêtée»' Peut-être attend-on que cette séance soit diffusée sur le Net. “

Politique au Sénégal (“le seul journal sans journaliste diplômé”) estime que les procès des danseuses est un procès fait à la liberté sexuelle des femmes :

“Ces deux ou trois danseuses sont devenues les symboles de la liberté individuelle. Piètres symboles que l'on n'oserait peut-être pas montrer en exemple à nos enfants. Mais elles ont disparu en tant qu'individu derrière l'enjeu de leur procès.

“Il y a un choix délibéré de s'attaquer à la liberté sexuelle de la femme. Chose beaucoup plus grave aux yeux des plus réactionnaires que toute autre pratique. Peu importe que ces deux ou trois filles n'aient fait de mal à personne, ce quelles ont fait est à leurs yeux, beaucoup plus grave que de bafouer toutes les lois, que de piller un pays, que de mentir et de tromper sans vergogne des millions de personnes.

‘C'est pourquoi, je soutiens ces danseuses, même si individuellement elles ne m'intéressent pas.’

Jubilatoire, l’article de L’Aurore retourne habilement la situation et s’en prend à la Division des investigation criminelles (Dic) en charge de l’affaire :

‘On peut alors se demander si la Dic ne doit pas être poursuivie pour les mêmes motifs, elle qui a choisi le mois de Ramadan pour inciter les gens à regarder une vidéo qu'elle juge obscène, car il est clair qu'avec de telles arrestations et tout le tollé qu'il y a autour, beaucoup, dont moi-même, l'ont regardée pour se faire une idée.

« Rappelons que les faits ont eu lieu en 2005, même si l'on n'en parle que depuis juillet 2007. La Dic pouvait donc agir avant ou après le ramadan. »

Il s’agit évidemment de tourner la fameuse division au ridicule et de défendre les danseuses. Un peu balance (salutaire ? ), le journal cite des stars locales réputées pour leurs bringues dans les boites sénégalaises :

“C'est comme incarcérer les voleurs de poules et laisser tranquilles les détourneurs de milliards. Qui dit que nul n'est au-dessus de la loi ? ”

Mise à jour le 30/09/07 à 17 : 35 : « Guddi Town » n'est pas le nom d'un quartier de Dakar. Il s'agit du titre de la vidéo.


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Claude Lebrun
21H46 28/09/2007

N’oublions pas que Dakar accueuillera en mars 2008 le sommet de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI), un événement considérable doublé d’un enjeu économique de taille pour un pays en développement sans ressources naturelles comme le Sénégal puisqu’on évalue à plus d’un milliard d’euros la mane financière, essentiellement d’origine saoudienne, qu’apportera ce sommet. Ca vaut bien un peu d’excès de zèle islamiste de la part des autorités judiciaires de cet Etat constitutionnellement laïc.

 
pierrejcallard | www.nouvellesociete.org
06H39 01/10/2007

Quelle affaire ridicule ! Je ne puis sans doute mieux encourager les victimes qu’en leur soulignant que la bêtise est partout. Au Canada, par exemple…

http://nouvellesociete.org/5093.html

Pierre JC Allard

 
Infovite | Plébéien.
22H35 28/09/2007

Si on condamne la danse,faudra t-il aussi du même coup « exécuter » la musique?
http://info-espress.over-blog.com/

 
Zineb Dryef | Rue89
14H57 01/10/2007

Le sabar est également dansé par les hommes.

 
Venezuela | vit aux Pays-Bas
10H42 29/09/2007

Merci pour cet article. Cela me rappelle que dans les annees 60, le premier ministre de l’epoque avait voulu interdire la mini jupe et n’ y etait pas parvenu.
Ce n’est pas demain qu’un soit disant ordre moral regnera dans ce pays.

 
Petitefleur
14H30 29/09/2007

monde, c’est « l’hôpital qui se moque de la charité »! Les citoyens du monde savent que les plus grands menteurs montrent du doigt leurs frères et soeurs humains pour détourner l’attention, et se servent des outils qu’ils ont sous la main pour faire leurs tours de prestidigitation, les outils pouvant être les corps constitués tels que les moyens judiciaires…Cela s’appelle « PERVERSION » internationale. Elle se dévoile d’elle-même et se renversera toute seule. Votre pays n’est pas le seul à vivre ce genre d’incohérence et de tartuferie: plus personne n’est dupe. Vive internet et le bon sens des êtres qui utilisent leur intelligence pour prendre de la distance et juger en leur âme et conscience.
Le pot de terre ne sera pas toujours la majorité silencieuse…Bon courage

 
Arnaud Aubron | Rue89
15H17 30/09/2007

Désolé pour ces problèmes techniques, je comprends qu’il peuvent être perturbant et nous savons que vous nêtes pas le seul à les rencontrer.
Toutefois, il est très facile de nous contacter en cliquant sur le bloc « rectifier » présent dans chaque page d’article, ou via le bloc « qui sommes-nous? » en page d’accueil ou enfin en envoyant directement un mail à contact@rue89.com. Dans la mesure du possible, nous répondons assez rapidement à ce genre de sollicitations, y compris le week-end, comme le prouve ma réponse.
Je vous trouve donc assez injuste de mettre ici en cause note « honnêteté » là où nous n’avons qu’un problème technique provisoire sur lequel nous nous sommes déjà expliqué (retrouvez le post du Making of ici). Je n’ai donc pas particulièrement l’impression que nous vous prenions « pour des cons » comme vous l’affirmez. Soyez sûr que nous travaillons sans relâche depuis une semaine pour régler ce problème.
Enfin, nous serions désolé de perdre un lecteur pour ce genre de problèmes. Encore une fois, nous sommes sincèrement désolés.

 
Ferdinand.Bardamu
20H33 30/09/2007

Merci pour votre réponse. Je suis un peu impulsif et me suis emporté, désolé.
J’avoue que ce qui m’a le plus énervé c’est de ne pas trouver le moyen de vous écrire. J’ai pourant l’habitude du web et des sites et je n’avais pas bu :-), c’est donc que le moyen de vous contacter pour ce genre de problèmes n’est pas intuitif.

 
Ferdinand.Bardamu
11H18 30/09/2007

Pas de quoi fouetter un chat. Les pisse-froid tentent là aussi, comme partout ailleurs, d’empêcher les autres de vivre et de prendre du plaisir.