
Si l'on en croit l'histoire et les statistiques, le favori de la Coupe du monde, ce n'est pas la Nouvelle-Zélande, (ou la France) mais bien l'Australie. En cinq éditions, les Wallabies ont joué trois finales et remporté deux fois le trophée, à Londres, en 1991 (contre l'Angleterre) et à Cardiff, en 1999 (contre la France). Les All Blacks n'ont gagné qu'un seul titre, chez eux, à Auckland en 1987 (contre la France).
Cette année encore, les Australiens jouent pour le titre. Ils sont d'ores et déjà assurés de disputer les quarts de finales, après leur victoire contre les Fidji dimanche (55-12), et forts de leur succès précédents face au Pays de Galles et au Japon.
Les Australiens sont obsédés par le sport. Tous les sports. Les plus dynamiques jouent au tennis et surfent, nagent et régatent, font du vélo ou du ski. Mais, comme tous les bons sportifs, leur sport préféré reste de regarder des matchs, au stade ou à la télé.
Le sport national ? Ni le foot, ni le rugby, mais le footy
En matière de sports collectifs, leurs goûts sont aux antipodes des nôtres. En Australie, le rugby (appelé « Union ») est une discipline confidentielle, provinciale et élitiste. C'est celle des classes moyennes aisées, des professions libérales, enseignée dans les lycées privés confessionnels. Ce fut longtemps un sport exclusivement amateur, pratiqué surtout à Sydney, Brisbane et Canberra. Le football est également peu répandu, identifié comme le sport des communautés immigrés, importé dans l'île par les Italiens, les Grecs ou les Yougoslaves, arrivés en masse dans les années 50 et 60.
Les sports identitaires de l'Australie sont très exotiques. Le plus populaire est le football australien (Australian Rules, ou « footy »). C'est le vrai sport national, made in Australia. Ça se joue avec un ballon ovale, sur un terrain ovale, avec deux équipes de 18 joueurs. Un cocktail, un peu brouillon et assez viril, de basket, rugby, foot et football gaélique. Le public australien se passionne aussi pour le cricket (on expliquera les règles une autre fois), le hockey sur gazon, ou le netball (sport féminin qui ressemble au basket, sans les contacts).
Enfin, il y a le frère ennemi du « Quinze », le rugby à XIII (dit « League »). On y joue dans les mêmes villes, mais le XIII est, lui, un sport qui se revendique, et fièrement, comme celui des cols bleus, des ouvriers des banlieues de Sydney. C'est un sport professionnel, et depuis toujours.
C'est même sa raison d'être : le XIII a été créé en Angleterre et en Australie, à la suite du refus des instances du rugby de répondre favorablement aux revendications de certains quinzistes, qui avaient eu l'audace de demander à être payés pour prendre des marrons le dimanche. Footy, cricket et XIII sont, depuis longtemps, des sports professionnels, bien rémunérés et bien encadrés, qui attirent les foules, la télévision et les sponsors.
Grâce au sport, la nation australienne écrit ses mythes et crée ses héros
Le Quinze, pendant ce temps, est resté amateur et confidentiel. En 1987, en demi-finale de la Coupe du monde, c'est dans un petit stade de la banlieue de Sydney pas tout à fait plein que la France avait battu les Wallabies.
Reste que l'important, dans la culture sportive australienne, ce n'est pas de participer, comme le préconisait Pierre de Coubertin, mais bien de gagner. La nation australienne est jeune, sa population peu importante, son histoire courte. C'est avec des exploits sportifs et des champions que l'Australie écrit ses mythes et créé ses héros. Alors, tant qu'à jouer au rugby, autant être champions du monde.
L'ironie, c'est que la professionnalisation du sport, en 1995 (soit bien après celle du rugby à XIII), a sauvé le rugby australien et lui a donné les moyens de rivaliser avec les grosses nations du rugby mondial. Le magnat de la presse australo-américain Rupert Murdoch a eu alors un rôle déterminant, en finançant les tournois professionnels de l'hémisphère sud, le Super 12 (aujourd'hui Super 14, il regroupe quatre équipes provinciales australiennes, cinq néo-zélandaises et cinq sud-africaines) et le Tri nations (Wallabies, Springboks et All Blacks).
Le patron du Times et de la Fox avait besoin de programmes sportifs pour lancer ses chaînes privées câblées. Le XIII et le footy étaient pris, mais il restait le XV. Trois équipes provinciales professionnelles ont alors été créées sous l'égide de la fédération australienne (ARU), qui ont été rejointes plus tard par une quatrième formation.
Il a cependant fallu attendre cette année pour que soit lancé un championnat national à huit équipes. Mais les clubs restent confrontés aux mêmes problèmes : les joueurs les plus doués, les plus ambitieux, sont attirés en priorité par les deux sports les plus glamour, les plus rémunérateurs : le footy et le XIII, dont les recruteurs repèrent, dès l'école ou l'université, les futures stars.
Les Wallabies, une bande de copains qui se connaissent par coeur
Le réservoir de quinzistes est donc minuscule, comparé aux grandes nations du rugby. Une grosse centaine de joueurs pros, pas beaucoup plus. Pour bâtir leur redoutable machine de guerre, les Wallabies, les Australiens se sont alors appuyés sur les forces du sport australien : le professionnalisme, une médecine sportive et une préparation physique de très haut niveau, le soutien du public.
Les entraîneurs ont bâti un petit groupe homogène de joueurs, un commando qui joue et s'entraîne ensemble depuis des années. Ils se connaissent par coeur, répètent les combinaisons, peaufinent une méthode et un style et accumulent les victoires. Un groupe d'où ont émergé des individualités exceptionnelles, des stars du rugby mondial, tels les trois-quarts George Gregan, Stephen Larkham, Stirling Mortlock et Lote Tuquiri.
Ces professionnels très bien payés ont gardé l'esprit amateur. Ils jouent comme une bande de copains, pas pour la nation en péril, pas pour l'Histoire : juste pour eux. C'est ce qui fait la force des Wallabies : pas de pression à la maison, un niveau technique et physique exceptionnel, le plaisir de jouer ensemble, et la culture innée de la gagne.





















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De
17H25 | 24/09/2007 |
Je ne pense pas que le rugby à XV soit si peut suivie que vous le dites en Australie. Certes, il y a une concurrence du Australian Rules et du Rugby à XXIII mais n'oublions pas qu'une partie des joueurs australiens jouent en Europe et que le Super 14 est de haut niveau comparé à notre coupe d'europe ! De plus, les Australiens supportent beaucoup plus leur équipe lors de la coupe du monde de Rugby que les Français (excepté cette-ci qui se joue en France peut-etre ! ). Enfin pour finir, il est vrai que la nouvelle-zélande et encore moins la France ne sont pas forcément favorites de cette coupe du monde !
De
17H27 | 24/09/2007 |
Hello,
Je suis allé joué en Australie il y a deux ans et j'ai effectivement découvert avec surprise que le Rugby n'y était pas un sport très populaire. J'y vois aussi un parallèle avec les Etats-Unis qui, en tant que pays jeune, semble vouloir créer des sports avec une identité propre (cf Football Americain et Footy…).
En tout cas un grand bravo pour cet article et Allez les bleus (quand même ! lol).
Eric John Kaiser
www.ericjohnkaiser.com
De
00H56 | 25/09/2007 |
l'article de julien martin sur l'école et l'esprit d'entreprise, sujet intéressant s'il en est, a disparu des premières pages dès sa première journée…
déplaisit-il trop au MEDEF ?
et cela a-t-il une incidence sur la mise en avant de tel ou tel article par rue89 ?
circulez, il y a autre chose à « décrypter »…
quiconque « attend » la suite, jamais ne s'interroge sur le présent.
aïe…
De
18H14 | 24/09/2007 |
et oui, y'a pas un grand crétin qui dit - après match - « ce soir nous avons été grands, comme le président de la république » (Libé d'aujourd'hui)
affligeant…
De
18H26 | 24/09/2007 |
c'était à l'évidence une façon détournée de leur dire qu'ils avaient été nuls !
De
19H57 | 24/09/2007 |
c est exact le XV est peu suivi et de nombreux joueurs commencent par le XIII ; de plus les clubs engagés dans le super 14 ont des résultats médiocres comparés à leurs homologues Sud Africains et Néo Zélandais.
De
22H17 | 24/09/2007 |
Francais actuellement exile a Sydney, il est totallement vrai que le rugby a XIV est tres peu populaire.
Par contre, la popularite du footy et du rugby a XIII est tres different selon les Etats d'Australie. Dans le New South Wales (Sydney), c'est le rugby a XIII qui est tres populaire. Par contre, dans l'Etat du Victoria (Merlbourne), c'est le footy qui est historiquement le sport le plus populaire.
Les finales des deux championnats se deroulent samedi prochain. donc une bonne journee a passer au pub autour d'une biere !
De Gargamel
00H05 | 25/09/2007 |
Précisions supplémentaires d'un expat » :
(*) effectivement, les Australiens font beaucoup de sport. Plusieurs chacun, et pas seulement le w-e, mais pendant toute la semaine.
(*) notamment pour entretenir la confusion que la télévision australienne parle de football pour le rugby à XIII (voir Saturday Night Football).
(*) notons aussi que la télévision est plus intéressée par le football européen (et surtout anglais) que son propre football. Les Matildas (équipe féminine nationale) ont quand même atteint les 1/4 de finale de la coupe du monde, cette année.
(*) vous avez oublié un sport majeur : le Bowl, sorte de pétanque où on fait rouler des boules aplaties devant un public survolté !
à Gargamel
De
13H53 | 25/09/2007 |
Allons allons, je rajouterai un sport majeur en Australie, que j'ai découvert et pratiqué en France : le sauvetage sportif, fier de ces 120.000 licenciés.
http://www.slsa.asn.au/
Les locaux, vous confirmez ?
De Gargamel
06H58 | 27/09/2007 |
Damn, je n'en ai pas la moindre idée :
il y a très peu de sauvetages à Canberra. Peut-être sur le lac Griffin ?
De Joback
03H47 | 25/09/2007 |
Bon article, bravo. J'habite a Sydney depuis + de 9 ans et je confirme a 100%. Longue vie rue89 !
De
10H34 | 25/09/2007 |
Et le dopage ? Pourquoi ne pas traiter le rugby comme le cyclisme ? Au début des années 90 les australiens ont subitement changé de carrure. Les avants couraient tels des trois quarts, les arrières plaquaient aussi durement que des deuxième lignes et à la fin du match tout ce petit monde courait aussi vite qu'en début de partie.
Ces types (comme les autres nations de l'hémisphère nord mais à une moindre échelle au nord) sont dopés comme des taureaux de concours.
Cette compétition est une mascarade, tout autant sinon plus que le vélo, et je m'étonne de l'aveuglement des médias à leur endroit, alors que c'est tout juste si Landis ou Armstong ne se font pas lyncher en public !
De
14H43 | 25/09/2007 |
le dopage est l'oublié de tout les articles à la gloire des sportifs, de la romance autour des raisons de leur succès…
Certains parlent de jalousie lorsque ce sujet est abordé après la défaite de sa propre nation mais le dopage peut il être considéré comme négligeable dans l'obtention d'une victoire ? Bien sur que non ! Dans un sport individuel tel l'athlétisme c'est évident, dans un sport globalement individuel tel le cyclisme, c'est évident également, dans des sports collectifs si ce n'est pas évident, c'est un atout certainement décisif.
La défense des dirigeants de certaines des grandes fédérations de sports collectifs (principalement le football) indiquant que le dopage n'est pas utile dans leur sport est simplement risible. Il faut espérer que le Rugby fermera moins longtemps les yeux que le cyclisme.
De
10H53 | 25/09/2007 |
Comme vous y allez !
Regardez le nombre de lincenciés en Soccer et comparez le au XIII et Footy, …vous serez surpris !
C'est pas l'argent de Murdoch et Kerry Packer qui font la réalité du sport Australien !
Dés lors que ca passe à la TV, ca marche ! : une maxime à revoir !
De STRATRUGBY
12H58 | 25/09/2007 |
Enfin des vérités révélées au grand jour et au grand public qui n'a de cesse d'être abreuvé et manipulé par les grands médias nationaux.
Merci a rue89 pour cet article trés interessant et JUSTE.
Le Rugby à XIII Français ne devrait pas tarder a renaitre de ses cendres…
De
13H04 | 25/09/2007 |
que de verité dans votre article clair et juste, enfin la vérité sur le XIII est dit et pas boycoté. Merci et bonne continuation.
De Gillesdd
15H02 | 25/09/2007 |
C'est vrai
le rugby Australien se porte bien, peut être même ira t'il jusqu'au bout.
Dommage a mon sens que TF1 qui a conclu un contrat avec la FFR ne fasse pas grand cas de cette coupe du monde
Ils ne proposent que 20 matchs à visionner en clair sur 48. Ou est le respect du à ce sport et a toutes les nations participantes, pourquoi réserver les autres matchs à une chaîne payante que beaucoup de français amateurs de rugby ne peuvent se payer ou recevoir ?
Ils apportent des commentaires ridicules du type, je cite le commentateur, « les joueurs font des petits tas » « il tape une quille »… Un peu plus de connaissance technique ne nuirait pas de la part de cette personne.
Pour moi j'ai choisi l'option image télé et son radio et je vous jure que ça fait la différence
Les ralentis sont coupés et ne permettent pas de comprendre l'action
Il n'y a pas d'interview d'avant ou d'après match, à chaud pour ressentir le terrain. Après le match c'est pub et puis on passe à autre chose de bien plus culturel.
Ils cherchent à monter des joueurs en vedette alors qu'un joueur ne réussi que grace au travail de l'équipe, c'est aussi cela l'esprit du rugby
Quand aux émissions sur la coupe du monde si c'est pour nous parler des femmes des joueurs non merci
Bref je suis déçu, très déçu
TF1 et la FFR nous ont sabotés un beau moment en ne le traitant pas au niveau ou il se devrait de l'être
Bonne soirée
De
16H00 | 25/09/2007 |
Lote Tuqiri est par ailleurs un joueur de XIII passé au XV pour une montagne de dollars et qui doit revenir à ses premières amours après la coupe du monde.
De
19H03 | 25/09/2007 |
Le rugby a XIII est aujourd'hui nettement supérieur
a cette parodie que l coupe du monde nous renvoie .En ouvrant son espace a la SUPER LEAGUE qui se joue aussi en france avec les dragons dragons , les télés publiques rendraient ce sport populaire . Mais car il y a toujours un mais , les llobies quinzistes francais sont tellement puissant qu'ils ont posés une chappe de plomb sur nous .
De
21H36 | 25/09/2007 |
De toute évidence messieurs les journalistes
vous ne connaissez pas les sweeney rapports, il est vrai qu'ils coûtent tellement chers : plus de 3000€
http://www.sweeneyresearch.com.au/
MEDIA RELEASE – Sports Interest Ratings 2006/07 (10 May 2007)
The Sweeney Sports Report - Summer Edition 2006/07
et vous ne connaissez pas aussi les rapports du ministére australien des sports : le soccer ou football extérieur et intérieur presque 1.000.000 de pratiquants pour un sport collectif qui semble pour vous confidentiel en Australie
http://www.ausport.gov.au/fulltext/2003/scors/ERASS.pdf
http://www.ausport.gov.au/info/topics/statistics.asp#fulltext
l'australian football (380.000) ou les rugby (league : 151.000, union : 102.000) sont bien loin derrière ! ! !
stéphane
ps : feriez vous de la désinformation ? ou est ce une erreur de sources ? ou ces 2 sources australiennes sont elles fausses ?
De
22H04 | 26/09/2007 |
Excelent article.
Je suis actuellement joueur de rugby à 13 et j'ai pratiqué le footy et le rugby à 15 en club.
J trouve cet article lucide qui décrit bien la force cachée du rugby à 15 australien, remetle rugby à 13 à sa place dans la hierarchie sportive australienne et fait honneur au premier a son premier sport.
Félicitation.
De
13H00 | 27/09/2007 |
« Les Australiens sont obsédés par le sport. Tous les sports. Les plus dynamiques jouent au tennis et surfent, nagent et régatent, font du vélo ou du ski. Mais, comme tous les bons sportifs, leur sport préféré reste de regarder des matchs, au stade ou à la télé. »
Un jugement beau comme un marron en mélée, au milieu de ce très bel article. Désole, je suis un bon sportif, et pour moi le sport, c'est comme forniquer : ça peut faire passer un bon moment à regarder à la télé, mais le pratiquer soi-même est mille fois mieux !
De
21H54 | 30/09/2007 |
FAUX ARCHI FAUX
Le XIII, tout comme le Foot australien sont des sports régionaux .. presque des sports locaux (comme la force basque ou la Pelote) :
-XIII à Sidney
-Footy à Melbourne
C'est loin d'être des sports de masses comme la voile, le surf, la natation ou le tennis.