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Génération précaire appelle les stagiaires à la vigilance

"Ne vous bradez plus  ! " Le collectif Génération précaire vient de publier un petit guide pour dénoncer les dérives de "la stagiosphère" et aider les jeunes recrues à mieux se défendre contre les abus.

Dans "Parcours du combattant stagiaire", qui vient de paraître aux éditions des Mille et une nuits, le collectif explique aussi ses revendications à la jeunesse en mal de reconnaissance professionnelle. Armés de leurs masques blancs, symboles de leur invisibilité et de leur caractère interchangeable, ils dénoncent l’existence d’un sous-salariat sans aucun droit, qui tire vers le bas les conditions de travail et de rémunération de l’ensemble des travailleurs.

Les auteurs énumèrent ainsi tous les abus dont sont victimes "cette force de travail, inépuisable, corvéable à merci et pleine de bonne volonté, payé au mieux 30% du Smic", comme l’explique Juliette, une des militantes. Qui aimerait que les jeunes travailleurs refusent plus souvent d’entrer dans un système aussi pervers. (Voir la vidéo.)


A la façon d’un manuel militaire, le guide passe en revue les grandes étapes d’un stage, de la recherche des offres à l’entretien, en passant par l’écriture du CV et celle de la convention. Toutes les situations sont décryptées pour apprendre aux nouveaux venus dans le monde du travail à se vendre sans s’esclavagiser.

Le livre, vendu 3,50€ seulement, donne aussi des repères à ceux qui pensent être victimes d’abus. Ainsi, est défini comme acceptable de "répondre au téléphone pour dépanner", mais inacceptable "d’être préposé au café tous les jours", "de former son remplaçant", "d’être le sixième ou le septième stagiaire sur le poste", "de cacher son statut de stagiaire aux clients"…

"Recherche PDG stagiaire"

Dans ces pages, les auteurs ne remettent pas en cause l’utilité des stages, qui permettent souvent de démarrer une carrière professionnelle, mais pointent les nombreux abus, étayés par des témoignages éloquents. Les entreprises ne se gênent plus pour proposer des stages sans aucune valeur pédagogique à de jeunes diplômés qui se sont bombardés "Directeur de…" ou "… en chef". Les auteurs ont même relevé des annonces proposant des "stages de PDG"  ! Des pratiques que Pierre a bien connues  :

"Pour ma formation d’ingénieur, j’ai un stage obligatoire à effectuer. Je me suis retrouvé responsable de chantier, traité comme un employé. J’ai le droit à des remontrances, je dois rester tard le soir s’il y a un coup de bourre."

De même, sur les sites d’offre de stage, on ne compte plus les annonces "à durée indéterminée", et certains vont jusqu’à exiger une expérience préalable ou une mise à l’essai  ! Les auteurs de l’ouvrage dénoncent ces emplois masqués en stage, qui mettent déloyalement en concurrence les jeunes sur le marché de l’emploi.

C’est ce qu’a fini par constater Julien, qui a intégré le collectif dès le début  :

"J’étais en stage chez Danone. Dans mon service, on était trois stagiaires pour trois employés. Un jour, j’ai réalisé  : c’est normal qu’on trouve pas de boulot, on se flingue nous-mêmes."

La chasse aux entreprises stagiophages

Le "Parcours du combattant stagiaire" fait également une analyse pertinente de l’évolution des stages à travers l’histoire  : à l’origine passerelle essentielle entre l’université ou l’école et le monde du travail, le stage est devenu l’outil magique pour augmenter les bénéfices, tout en réduisant les coûts de production.

Génération précaire énumère également dans cet ouvrage ses propositions, et rappelle les négociations en cours sur le statut des stages. Le collectif est bien décidé à maintenir la pression sur le gouvernement et les entreprises. Les "masques blancs" de la précarité appellent ainsi à les rejoindre dans leur chasse aux entreprises stagiophages, tel que la Société générale, La Poste, Vinci, Bouygues Construction ou encore Axa, pas les plus miséreuses…

"Eduquer les entreprises et refuser le "dumping social"

Une mobilisation qui commence à porter ses fruits. Prenant conscience de leur exploitation, les cinq stagiaires de Challenge qualité, firme spécialisée dans les audits téléphoniques, qui assuraient seuls l’activité de l’entreprise sans formation ni rémunération, ont dénoncé leur "employeur" à l’inspection du travail. Ce dernier a été condamné à six mois de prison avec sursis et 25  000 euros d’amende en février.

S’il espère bien que l’affaire fera jurisprudence, le collectif Génération précaire ne souhaite pas pénaliser à outrance, mais réclame des quotas et des délais de carence pour "éduquer" ces entreprises à ne pas pousser au dumping social.

Une démarche qui commence à peine à être entendue par les autorités. Une charte des stages censée encadrer les pratiques avait été proposée en avril, mais le collectif l’avait jugée "obsolète". Les ministères du Travail et de la Recherche tiennent une table ronde pour discuter d’un décret sur l’encadrement des stages et le niveau de la rémunération.

Le Parcours du combattant stagiaire de Muriel Villebrun - éd. des Mille et une nuits - 144p., 3,50€.

Alice Milot est stagiaire à la rédaction de Rue89.


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B_Ge
13H10 19/09/2007

Cette fille a parfaitement raison. En tout point. Les entreprises abusent des stagiaires. Mais pourquoi diable témoigne-t-elle avec ce masque ridicule?

 
Laurent Mauriac | Rue89
13H19 19/09/2007

C’est expliqué dans l’article (et nous avons remonté le passage suite à votre remarque):

Armés de leurs masques, symboles de leur invisibilité et de leur caractère interchangeable…

 
Charles Mouloud | Bras gauche de la Vénus de Millau
15H03 19/09/2007

Pourkôa avec un masque ?

Passkeu c’est mieux qu’en tenue fushia d’aerobic , ou avec un napperon sur la tête , en chantant la vieille antienne  » toutouloutou ! » de Véronique et Davina !!

Mé non!, c’est un symbole de l’invisibilité…des transparents,
qui se tapent le boulot gratos pendant que leurs boss vont boire des coups à la buvette de l’assemblée nationale , pour soit disant « interviouver » les députés !(joke ).

N’est ce pas Alice ?

 
alzaz
13H27 19/09/2007

Je n’ai pas échappé à la règle. Années 80-90. Toujours assez bien rémunéré mais peut-être étais-je un privilégié. Si je devais, aujourd’hui, écouter les conseils donnés dans la vidéo, je répondrais :

Qu’Homo oeconomicus est en guerre totale contre lui même. Théorie du fascisme volontaire,
Q’un petit boulot à mi-temps ne nourrit pas son pauvre et ne fait pas un CV, cas personnel,
Que le lèche-cul est, toujours et encore, roi dans le système. J’ai fait l’expérience à l’envers…

Le Capitalisme aime créer de la rareté, ça donne de la valeur.
Cela a fonctionné jusqu’à maintenant dans le cas des emplois. Leur rareté a été déclanchée dans les années 70. Le chômage est vite devenu n°1 des maux de ce monde. Les prétendants à un travail ont, d’angoisse, accepté des salaires de plus en plus bas(*). D’où la valeur gagnée sur les emplois. Bien sûr, cette affirmation ne vaut que si l’on est du bon côté.
(*)Un stage est un emploi, sous-payé, voire pas payé du tout. Je pense à la fable de Jean de La Fontaine, « Le loup et le chien ». Le rebelle et le soumis : Celui qui refuse le stage pour préserver liberté et dignité et celui qui le prend pour calmer sa peur.

 
Laurent Mauriac | Rue89
13H34 19/09/2007

Il est utile, ici, de préciser la position et la pratique de Rue89 en la matière.

Nous sommes souvent sollicités par des étudiants souhaitant faire des stages avec nous, principalement des étudiants aspirant à devenir journalistes. Ces stages conventionnés font partie de leur formation et ne donnent pas lieu à rémunération. Nous les limitons volontairement à un mois.

Pour une jeune société comme la nôtre, ils représentent un appoint à notre activité, cet article d’Alice (en stage avec nous pour ce mois de septembre) en témoigne. Nous faisons notre possible pour trouver une relation équilibrée, où Rue89 bénéficie de ce travail des étudiants, mais leur transmet aussi le savoir-faire de ses journalistes expérimentés.

Les stagiaires sont liés à un « tuteur », généralement Pascal Riché, rédacteur-en-chef du site, Arnaud Aubron, webmaster et éditeur, ou David Servenay, journaliste très pédagogue, qui les font bénéficier de leur expérience, les encadrent et les guident. Nous n’avons avec nous qu’un petit nombre de stagiaires simultanément pour garantir cette qualité de relation et jouer un rôle dans leur formation.

 
sigismund
14H40 19/09/2007

Le monde du spectacle est également un gros consommateur de stagiaires, les places y étant rares : dans un grand studio de repétition, il m’est arrivé de faire 37h en trois jours d’affilée… pour une rénumération inexistante.

 
Prolo du livre
17H01 19/09/2007

Le monde du Livre (avec un grand L), n’échappe pas à ces habitudes indélicates, monde qui se targue de si grandes valeurs (intellectuelles et morales).

Les postes de correcteurs confiés systématiquement à des stagiaires (je ne dénigre pas les stagiaires, en ayant été, forcément, un moi-même), alors que la correction et la typographie sont extrêmement importants puisque c’est la partie « visible » du livre.
Des postes d’éditeurs (chargé du « choix » d’un manuscrit et superviseur de la fabrication) confié à des étudiants stagiérisés d’école de commerce, sans obligatoirement de connaissances littéraires.
Plus largement on retrouve une majorité de stagiaires dans la plupart des services (relations presse, diffusion, fabrication, éditoriale).

Certains de ces stagiaires sont tout à fait compétent à leur poste, mais on ne peut pas confier des taches pointues à des personnes inexpérimentées sans superviseur (ce qui est souvent le cas, les maitres de stage présents étant souvent surchargés).
Bien sur, l’expérience vient avec la pratique, mais la logique de ces maisons est uniquement rentables et non pas un soucis de formation.
Le site Internet du syndicat de l’édition française regorge de propositions de stage honteuse qui devraient être des offres d’emploi.
Les mêmes qui étalent leur fric sur des stands énormes et avec des buffets royaux, et consentent des avances sur droits princières aux politricards publiés chez eux…

H.S. mais : Regardez la bibliographie de notre Pe-Timonier que rue89 a mise en lien dans l’article sur les C.V. tronqués, une bonne partie de ces bouquins sont publiés chez XO éditions, Bernard Fixot, l’éditeur se vantant d’avoir un don « paranormal » pour découvrir les best-sellers ; qui publie énormément d’ouvrages sponsorisés (acheté avant sortie donc cout nul pour rentabilité max.) par le gouvernement (cf. le livre blanc de Luc Ferry envoyé aux profs il y’a quelques années).
Hors Sujet mais ça soulage…

 
guillaumekh
15H42 19/09/2007

Je suis d’accord sur le fond mais pour certains secteurs faut être réaliste. Dans la mode et l’audiovisuel par exemple, la norme c’est 2/3 ans de galère en stage après l’école, 5 ans de galère supplémentaire avec des petits boulots et ensuite peut-etre un début de stabilité. Ou jamais pour certains.

Maintenant bien sûr si les grosses boites type Bouygues ou Axa s’y mettent, il y a évidemment un problème

 
Tophee
16H19 19/09/2007

Pourquoi pretendez vous que ce genre de pratique sont acceptable dans certain secteurs?

Le milieu de la mode et de l’audiovisuel on toujours atirer beaucoup de monde. Ils ont profiter d’une offre de main d’oeuvre superieur a la demande bien avant les autres.

Il n’est pas acceptable qu’un jeune soit oblige de travailler gratuitement pendant des annees. Cette pratique risque malheuresement de se generaliser si rien n’est fait car elle tends a s’auto propager. Les stagiaire, en prenant le travail des salarier contribuent a la rarification des emploi salarier, et incitent donc les jeunnes a accepter un stage en esperant qu’il debouche sur un emploi.

Ce probleme ne se limite pas au jeunes sortis des ecoles, il existe de plus en plus d’entreprise qui proposent a des candidats de travailler gratuitement pendant plusieur mois (de toute facon vous touchez encore vos assedics…) pour tester leur competances…

Deplorable.

 
Mimi92
16H00 19/09/2007

En informatique, une entreprise attend souvent du stagiaire qu’il fasse le travail d’un salarié sans être beaucoup payé… Mais le système est un poil plus honnete car le stage est souvent une forme de pré-embauche, du moins en SSII, et c’est une mise en situation professionnelle (ni café, ni photocopies inutiles…). C’est l’avantage des branches qui recrutent… Donc ma boite prend beaucoup de stagiaires, mais tente de les garder (certains élèves d’IUT se rendant alors compte de ce qui les attend comme boulot dans la vraie vie se dépêchent de postuler pour continuer leurs études. Je ne les en blâmerai pas).

Mais j’ai bossé pour une boite audiovisuelle (à l’informatique des RH) et j’ai été effarée par le nombre de stagiaires, très mal payés, sans aucune perspective d’embauche, et qui venaient bosser dur juste pour avoir une ligne sur leur CV… La DRH n’avait qu’à choisir les meilleurs.

Donc la quantité de stagiaires n’est pas tout, il faut voir le ratio embauches/stagiaires avant de mettre toutes les boites dans la même case d’exploiteurs.

(Quant aux écoles… j’ai eu plusieurs stagiaires, le contact avec certains profs se limite à un mail… Je me demande comment ils peuvent contrôler ce que font réellement leur élèves sur le terrain.)

 
Mimi92
14H30 20/09/2007

Désolée, mais en informatique, les gens sont peut-être FORMES comme vous le criez, mais pas opérationnels. Leurs connaissances sont soit théoriques, soit tellement « bidouillardes » que leur travail n’est pas correct du point de vue des professionnels.

Dans mon entreprise, les stages sont réellement une porte ouverte pour l’embauche. Cela vous parait peut-être incroyable, mais en informatique les entreprises ont du mal à recruter, donc quand un stagiaire n’est pas embauché, pour 95% des cas, c’est parce qu’il a refusé le poste. Car tout le processus d’embauche (entretien etc) a été réalisé avant le stage.

 
juliettelucie | expat chez les tulipes, les moulins et l...
00H12 20/09/2007

Savoir si quelqu’un sera bon pour le boulot… Il n’y a pas des périodes d’essai pour ça?

 
juliettelucie | expat chez les tulipes, les moulins et l...
00H14 20/09/2007

Avoir deux sous d’idées, pour vous, c’est écarter les genoux? vous me faites vomir.

 
deecurl
19H42 19/09/2007

bravo pour cet article et belle initiative de Génération Précaire.

il faudrait aussi que les universités et les écoles se préoccupent plus de ce problème et soient derrière leurs étudiants.
dans mon école on remplit une fiche interne après le stage avec des appréciations sur l’accueil, les conditions de travail…reste à oser répondre franchement, et à agir derrière.

 
Leclere gérald
07H43 20/09/2007

En tant que chef d’équipe, je refuse de compter les stagiaires comme ouvrier à temps complet, je m’engueule continuellement avec mes supérieurs pour cela. je suis peut-ètre mal vu en tant que grande gueule mais à mon niveau, j’essaye de lutter contre ça. Pour moi, ils sont là pour apprendre ou se spécialiser dans le métier. On leur demande de faire sans aucune expérience le mème travail que des anciens et si ils vont moins vite que nous, ils ont droit à une soufflante. Quand on me dit, le matin,  » tu as 5 mecs pour ce chantier, je rappelle à chaque fois que je n’ai que 4 ouvriers et un stagiaire, donc le temps imparti pour ce chantier ne sera pas respecté. Cela les obligent à revoir leurs copies.
Asseyez de faire ça, vous devez bien avoir un ou plusieurs stagiaires autour de vous.

 
Gérard Gastaud | Photographe à Paris
11H16 20/09/2007

On parle de beaucoup de la précarité dans différents secteurs professionnels, mais jamais de cela qui règne dans la presse. Je veux parler des pigistes, CDD et autressss. Vivons-nous dans une véritable démocratie??? Bizarre, vous avez dit…