Le Théâtre libre de Minsk interdit de spectateurs

Le 22 août, le Théâtre libre de Minsk s’apprêtait à jouer discrètement dans une maison de la capitale de la Biélorussie  » Onze débardeurs » , une pièce de l’anglais Edward Bond, lorsqu’un homme au crâne rasé a fait irruption sur scène et a lancé  : «  Qu’est-ce qui se passe ici  ?  " Puis il a ajouté  : " Pourquoi le plancher est noir  ?  » ,  » Pourquoi un tel silence  ? «  .

Ce n’était pas un prologue écrit par Kafka, mais bel et bien l’intervention d’un policier qui, par la suite, se révèlera être le commandant du régiment Omon (les forces spéciales) de la ville de Minsk en personne.

L’homme a ensuite ordonné aux spectateurs de sortir, on les a embarqué dans un car vers le poste de police, où l’identité des uns et des autres a été relevée. Puis, petit à petit, tout le monde a été relâché, les derniers à sortir étant les maîtres d’oeuvre du Théâtre libre, Natalia Koliada et Nilkolaï Khalezine.

La pièce s’est finalement jouée dans une villa gardée par la police

Ce n’est pas la première fois qu’une pareille mésaventure arrive à la troupe. Au printemps, lors de leurs venue en France avec plusieurs spectacles au Festival Passages de Nancy puis au Studio d’Alforville, Natalia et Nikolaï avaient raconté, non sans humour, les stratagèmes mis en place et parfois déjoués depuis qu’ils ont créé leur théâtre  » libre » en mars 2005. Un théâtre sans feu ni lieu il va sans dire, incongru au pays du président Loukachenko.

La représentation de la pièce de Bond a pu avoir lieu le lendemain, dans un autre endroit plus éloigné de Minsk. L’arrivée de spectateurs étrangers, qui avaient pris place dans des voitures diplomatiques, n’y a sans doute pas été pour rien.

Le spectacle s’est donc joué dans une villa bien gardée par la police, qui filma tout depuis les bois alentour. A la fin du spectacle, les acteurs et le metteur en scène (Christian Benedetti, le directeur du Studio d’Alforville) saluèrent le public, après quoi la police qui attendait à la sortie procéda à un relevé d’identité de chaque spectateur. Tout aurait pu s’arrêter là.

Des menaces sur les étudiants comédiens

Or , ces derniers jours, plusieurs spectateurs, en particulier des lycéens, ont été convoqués au Département des affaires intérieures apprend-t-on de source indépendante biélorusse. On leur a fait comprendre que s’ils retournaient voir un spectacle du Théâtre libre, la voie vers l’enseignement supérieur leur serait barrée.

Un discours similaire semble avoir été tenu à d’autres Biélorusses, étudiants et professeurs, menacés respectivement d’exclusion et de licenciement. De même la direction de plusieurs théâtres de la capitale a signifié à ses acteurs que toute collaboration avec le Théâtre libre entraînerait un renvoi immédiat, une menace qui concerne plusieurs acteurs de la troupe.

L’auteur anglais Tom Stoppard est comme le parrain de cette troupe régulièrement invitée à l’étranger. Harold Pinter, Vaclav Havel et bien d’autres l’ont assuré de leur soutien. Tout cela protège la troupe mais sa raison d’être est avant tout de jouer en Biélorusse ce qu’elle ne peut faire que de façon clandestine.

En s’attaquant désormais aux spectateurs, le pouvoir autoritaire et ubuesque du président Loukanchenko semble vouloir créer le vide autour de cette incongruité  : un théâtre libre comme l’air en Biélorussie.


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caro | délinquante avérée
18H04 14/09/2007

Comment ? c’est du pareil au même ?

J’ai dû me tromper, je croyais qu’un grand vent de liberté avait soufflé sur les ex-républiques soviétiques à la chute de l’URSS ! :-)

Allez, bonne continuation au Théâtre de la Liberté et faites gaffe à vous, comédiens et spectateurs, on tient à vous.

 
caro | délinquante avérée
22H27 14/09/2007

CA de 21h55

Pourquoi je confondrai ? Minsk est bien la capitale de la Biélorussie, ancienne république socialiste soviétique de Biélorussie ?

 
caro | délinquante avérée
22H43 14/09/2007

rajout :

Bélarus ou Biélorussie ? les avis divergent d’après wikipédia que je viens de consulter :

La dénomination officielle onusienne en français est République de Bélarus (proposée par le gouvernement biélorusse lui-même), adaptation française de la transcription approximative de Беларусь. En revanche, la Commission nationale de toponymie (française), les ministres français des Affaires étrangères et de l’Éducation nationale, l’Académie française, l’Institut géographique national (IGN) et la Commission de toponymie du Québec ([2]) recommandent l’usage du terme Biélorussie

Cordialement aussi

 
ras-la-patience
10H21 15/09/2007

on ne peut pas faire taire les artistes et les poêtes.
à la création des « paravents » de jean Genet chez jean-louis Barrault, au début des années 60, la droite a essayé d’empêcher le spectacle par la force; chahuts, bagarres, prise d’assaut de la scène,intimidations des interprètes et des spectateurs,etc… le plateau envahi de verre brisé au moment ou les acteurs devaient ramper, jet de punaises, de clous et autres gateries, lacher de boules puantes et de rats vivants dans la salle, oeufs pourris,
LE SPECTACLE, A TOUJOURS ÉTÉ DONNÉ JUSQUAU BOUT
aujourd’hui Genet est reconnu comme un poète essentiel, « les paravents » comme un grand classique
ce n’est qu’un exemple
et merde aux censeurs

 
ras-la-patience
17H40 15/09/2007

à propos de censure, en voici une bonne

——— Message transféré
Objet : DU SFA :AFFAIRE SCENE DE BELFORT ET INTERVENTION DU MINISTRE DE LA CULTURE

Communiqué du Syndicat Français des Artistes interprètes

C’est avec étonnement et indignation que le SFA et la communauté des artistes-interprètes ont appris que Madame Christine Albanel a cru bon d’intervenir directement auprès d’un directeur de Scène nationale (de Belfort) à propos d’un éditorial dans la plaquette du théâtre qui critiquait Monsieur Nicolas Sarkozy.
Etonnement parce que nous pouvons raisonnablement penser que la Ministre de la Culture a des tâches autrement plus importantes que d’éplucher les programmes des théâtres subventionnés. Indignation car il s’agit évidemment d’une atteinte à la liberté d’expression quelle que soit la qualité d’écriture du texte incriminé.

Or ce n’est pas parce qu’un théâtre est subventionné (en partie) par l’Etat que sa liberté doit être écornée tant dans l’écriture des textes qui présentent sa programmation et le contexte dans lequel la saison se déroule, que dans la programmation. Cette liberté est garante de la création artistique elle-même. Il y a selon nous ici une limite qui a été franchie. Une telle réaction, annonce-t-elle, un comité de lecture des programmes des théâtres, ou pire, une intervention publique dans le choix des spectacles ?

Pour ceux qui s’en souviennent, cela nous rappelle les années Pompidou. A quand le retour de la censure gouvernementale directe dans la presse qui, elle aussi, reçoit des subsides publics ?

Syndicat français des artistes interprètes

01 53 29 09 09 

contact@sfa-cgt.fr

Catherine Le Roy
Coordination administrative de la Délégation générale
Syndicat français des artistes-interprètes (SFA)
01 53 25 09 03
c.le_roy@sfa-cgt.fr
1 rue Janssen
75019 Paris- FRANCE

Attention ! le SFA a changé d’adresse depuis le lundi 20 novembre 2006 :
1 rue Janssen - 75019 PARIS - Tél. : 01 53 25 09 09 

——— Fin du message transféré

 
Guy-un soir ou un autre
21H54 15/09/2007

Ce dernier commentaire est obscenement hors sujet!

 
babayaga | musique du monde
10H24 16/09/2007

Dans ce cadre là, vous faites erreur.

Le mot russe « Balagan », est à l’origine une baraque que les marchands utilisaient dans les foires. Les comédiens ambulants ont adopté ces lieux ; par extension cela devint des théâtres de foire.

 
Tinhinane | Médiatrice scientifique
22H11 25/09/2007

Que d’échos convergents et inquiétants nous parviennent de nos régions et du monde, dire que l’on croyait ces temps révolus