critique 12/09/2007 à 17h05

« Mon frère est fils unique » : portrait d'une Italie déchirée

Ella Marder | Rue89


Elio Germano et Diane Fleri dans Mon frère est fils unique (Studio Canal).

Remarqué en 1988 dans la sélection officielle « Un certain Regard » avec Domani, Domani alors que le cinéma italien battait un peu (beaucoup, carrément... même) de l’aile, puis en 1991 avec « Le Porteur de Serviette », le réalisateur Daniele Luchetti a soutenu cette année pour la troisième fois dans la sélection officielle cannoise, son dixième long métrage, « Mon frère est fils unique ».

Adapté du roman autobiographique d’Antonio Pennachi, « Il Fasciocommunista », le film plante son décor dans l’Italie des années 70, pour dire l’errance politique puis l’adhésion au mouvement fasciste d’Accio, que l’on surnomme « La Teigne », et l’engagement de son frère aîné Manrico (absent du livre) dans les Brigades rouges. Tout les oppose, donc, en apparence, sinon peut-être cet amour fou qu’ils éprouvent l’un et l’autre pour la même jeune femme, Fransesca.

Deux fronts politiques opposés, une confrontation fraternelle et sans fin, une période de fugues, de retours, d’échanges de coups et de grandes passions : voilà ce que dépeint « Mon frère est fils unique », chronique familiale et politique, titrée d’après une chanson que le musicien Rino Gaetano roucoulait il y a plus de trente ans. Daniele Luchetti explique sa démarche :

« Je voulais raconter les années 70 du point de vue -rarement traité- d’un fasciste. J’étais un homme de gauche quand j’ai malmené le ministre socialiste interprété par Nanni Moretti dans ’Le Porteur de serviette’, et je suis toujours un homme de gauche. J’ai envie que les jeunes spectateurs découvrent l’état d’esprit de cette période compliquée, traversée d’idéologies opposées et d’une grande naïveté, surtout. »

« Des garçons intelligents qui ont pris la mauvaise voie »

Le réalisateur a, dans l’élaboration de cette fresque passionnante, sciemment privilégié l’aspect « humain », car il ne s’agit pas ici d’un film politique :

« J’ai commencé à me convaincre que ce personnage, Accio, raconté par Pennachi, ne constituait pas seulement un morceau de sa biographie personnelle, mais, de façon plus générale, le fragment d’une biographie italienne. Une fraction d’Italie faite d’exclus, de petits frères, d’enfants dont personne n’avait le temps de s’occuper, de garçons intelligents qui ont emprunté une mauvaise voie, qui ont obéi aux mots d’ordre efficaces et superficiels du fascisme seulement parce qu’ils étaient à la recherche d’une identité, d’un ami pour les écouter.

“Ce point de vue ’humain’ m’a aidé à trouver une ligne personnelle et émotive pour construire cette histoire. Le film parle d’êtres humains qui aiment, souffrent, rient, et qui font aussi de la politique. Idéologiquement, il ne prend pas position.”

“Faire naître de le rire de l’étrangeté”

Plus d’un million de spectateurs italiens ont adhéré à cette heureuse tentative de renouement avec la comédie populaire italienne, quelque peu tombée en désuétude après les “Monstres”, “Nouveaux Monstres” et autres “Affreux, sales et méchants” de Risi, Monicelli, Scola... ce cinéma et ses cinéastes caustiques de l’après 68.

Luchetti, pour garder un pied dans le réel, confie avoir toutefois “renoncé à la structure classique de la comédie”, et essayé “de faire naître le rire de l’étrangeté, de la nostalgie, voire de la tendresse...”.
On pense alors inévitablement à “Nos meilleures années”, téléfilm de Marco Tullio Giordana devenu un succès de cinéma en 2003, ce qui n’est pas complètement surprenant puisque les auteurs en sont les très courtisés Sandro Petraglia et Stefano Rulli, collaborateurs de longue date de Luchetti.

Accio et Manrico (Elio Germano et Riccardo Scamarcio), leur soeur, les parents, Fransesca (Angela Finocchiaro) et les compagnons des factions sont admirablement interprétés : les années 70 affleurent, là, sous nos yeux - aucun tic, aucune mauvaise posture ne déroge à cette parfaite restitution de l’Italie à cette période.

Acteurs magnifiques, donc, scénario d’une grande justesse, son, musique et décors au diapason font de ce portrait émouvant et drôle un film incontournable.

“Mon frère est fils unique” de Daniele Luchetti, avec Anna Bonaiuto, Massimo Popolizio, Luca Zingaretti, Angela Finocchiaro - Italie, 1h40.

A lire :
Antonio Pennacchi : l’Italie avant les années de plomb
La critique du livre, par Hubert Artus.

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  • juliettelucie
    juliettelucie
    Agitée du bocal
    • Posté à 17h44 le 12/09/2007
    • Internaute 4918
      Agitée du bocal

    Tout à fait d’accord avec la critique. J’ai vu ce film il y a quelques mois en Italie. Il est émouvant et tape juste, sans tomber dans les clichés. La présentation de la relation entre les deux frères est passionantes
    A noter que Riccardo Scamarccio, superstar en Italie grace à ses yeux bleus, a pu prouver dans ce film qu’il est autre chose qu’une belle gueule.

    • Ella Marder
      Ella Marder répond à juliettelucie
      Auteur(e) de l'article Rue89
      • Posté à 00h02 le 13/09/2007
      • Internaute 2307
        Rue89

      Merci pour cette appréciation juliette.
      Il a quand même une gueule d’ange, faut-il bien admettre...
      A bientôt

  • Anonyme

    Il manque un « e » et il y a un « de » en trop dans le sous-titre « DFaire naître de le rire de l’étrangeté ».

  • Pooloxanosasdai
    • Posté à 11h07 le 13/09/2007
    • Internaute 1911

    Moi aussi j’ai vu ce film il ya quelques mois, mais en France, et moi je ne l’ai pas aimé du tout.
    L’histoire est brouillonne, tout est carricatural, on se fout de se qui se pase sur l’écran. Si au moins Luchetti avait un grand sens de la mise en scène, mais rien.
    Je trouve l’engouement en France pour Il portaborse trés surfait. Si vraiment je ne devaisgarder qu’un film de sa filmographie, se serait vraiment La scuola, un film qui n’a l’air de rien, mais Silvio Orlando m’a tellement fait pleurer, m’a tellement ému...
    Au fait, si vous voulez allez voir du cinéma italien, pas la peine d’aller dans des pseudos festivals branchés qui durent deux jours, allez au plus populaire de tous, le XXXème Festival du film italien de Villerupt, du 26 octobre au 11 novembre.
    Les films n’y sont pas passé qu’une seule fois et on peut voir plus de trente films sur les deux semaines et demi, de quoi se faire une vraie idée du ciné italien...

  • karine
    • Posté à 10h19 le 14/09/2007
    • Internaute 16343

    Un très beau film que j’incite fortement à aller voir ! Loin d’être caricatural, c’est un portrait magnifique d’une jeunesse italienne d’après-guerre en quête d’idendité.
    Sans tomber dans des portraits trop lourds, Luchetti a su faire de son film, une fine étude psychologique d’une famille aux lourds secrets et aux parcours difficiles. Ainsi, qu’une approche tout aussi intéressante des comportements politiques... toujours d’actualité !
    Le sens de la mise en scène ne manque pas à mon goût : des scènes épurées mais fortes en significations. Et un humour très fin, entre humour noir et tendresse.
    Et enfin, de très très bons acteurs.
    Allez vite vous régalez dans les salles obscures.

  • Anonyme

    J’ai vraiment beaucoup aimé ce film qui représente bien l’italie d’avant, si vous aimez l’italie et sa culture courrez le voir ! ! !

  • Anonyme

    ahlala ! j’ai vraiment adoré ce film ! ! je viens d’aller le voir et je trouve que les acteurs sont supers( et superbes :))
    La musique est aussi très bien , le rythme, tout...
    voila ! allez le voir !
    (coucou Ella, je sais pas si tu te rappelles de moi, mais c’est Lila , tu sais la gamine qui te suivait partout en courant à Bardouly ? :)
    Ca fait bizarre de rappeler ça ici, mais bon , c’est la vie et ses surprises !
    A bientôt, j’espère !)