
Toiturophiles s'ils aiment la hauteur, cataphiles s'ils préfèrent les entrailles de la terre, explorateurs urbains avant tout. Leur terrain de chasse : les friches industrielles, bâtiments publics abandonnés, cryptes, chantiers. Tout lieu délaissé ou abandonné, à l'accès difficile voire interdit attise leur curiosité.
L'exploration urbaine, c'est avant tout un goût pour l'aventure, le frisson de pousser une porte sur laquelle est écrit : « Entrée interdite. » Entrer puis explorer. Souvent en toute illégalité, toujours avec éthique : « Ne rien casser, ne rien voler, ne rien toucher ». Comme le précise Sylvain, le créateur de Forbidden places, l'un des plus célèbres sites francophones d'« urbex » : « Nos explos sont faites sur la pointe des pieds. » Nombre d'entre eux photographient les lieux. Pendant des heures. Le silence, l'obscurité, une immobilité chargée d'histoire, transpirent sur les clichés.
Yves Marrocchi est explorateur urbain. Le genre qui rampe dans un souterrain ou escalade deux étages pour rentrer par une fenêtre. Qui en ressort neuf heures et quelques pellicules plus tard, couvert de poussière et heureux. Il a bien voulu nous emmener sur un site. Nous nous contenterons de dire qu'il s'agit d'une clinique abandonnée dans la région parisienne.
Entrer dans le bâtiment, pourtant muré, est d'une facilité déconcertante. Une fois à l'intérieur, la magie du lieu opère : tous ces documents, ces meubles et ce matériel médical laissés là, « comme si les occupants étaient partis un vendredi soir pour ne jamais revenir le lundi matin », créent une atmosphère rare. Visiter un bâtiment à l'abandon, c'est mesurer le temps qui passe. (Voir la vidéo).
Impossible, durant cette visite, de ne pas s'improviser détective. Examiner les papiers qui jonchent le sol, reconstituer l'histoire du bâtiment, mais aussi son fonctionnement. Ce qui paraît évident pour un hôpital l'est beaucoup moins dans une ancienne usine. (Voir la vidéo.)
Yves Marrocchi travaille en argentique (avec des pellicules) et au pied. Il développe lui-même ses photos. Pourtant il y a trois ans, il n'y connaissait rien. Cette passion s'est imposée d'elle-même, en visitant les usines à l'abandon, terrain de jeu infini. (Voir la vidéo).
On ressort de cette visite avec des sentiments mélangés. La satisfaction d'avoir vécu un moment privilégié, d'avoir hanté, tel un fantôme, un lieu abandonné et oublié de tous. Le plaisir, aussi, d'avoir décelé la beauté là où beaucoup ne voient qu'un édifice gênant à abattre. L'envie, enfin, de réitérer l'expérience.
Yves Marrocchi numérisera ses photos et les publiera sur son site, Residues.net, où de nombreuses explorations sont déjà exposées. Sur le site Urbanmemory ou sur Exploration alternative, il y en a encore davantage.
D'autres explorateurs urbains agissent en groupe. Spécialisés dans la découverte de lieux publics encore en activité, ou dans l'aménagement d'édifices abandonnés, ils sont de plus en plus nombreux. Ce récent article du Figaro narre ainsi l'histoire d'une bande qui a installé un cinéma sous la colline de Chaillot et celle d'un groupe qui a aménagé un salon en haut du Panthéon. De quoi vous donner des idées d'escapades au goût d'interdit.
► Yves Marrocchi expose ses images à la Maison du prince, à Sochaux, du 1er au 17 février 2008.





















29
(Pour réagir, connectez-vous)
De
18H41 | 12/09/2007 |
ai passé 6 ans à sao Paulo à peindre, graver et photographier la ville … avec un oeil qui me semble proche de ce que je viens de lire, de voir, seul manquait l'interdit ….
aujourd'hui j'arrive à Moscou …. beaucoup à photografier derrière les belles façades d'immeubles ….
merci pour ces belles images, ces fortes images !
floG
De Infovite
Plébéien. | 19H07 | 12/09/2007 |
Explorer des usines abandonnées par des patrons peu scupuleux.
De quoi ne plus capter « la beauté » laborieuse du capitalisme !
http://www.webzinemaker.com/info-espress/
De
21H05 | 12/09/2007 |
Très bon reportage, qui donne une bonne idée de ce qu'on peut éprouver lors de ces explorations urbaines.
Un autre site : http://www.friches.net
De
00H54 | 13/09/2007 |
« Le silence, l'obscurité, une immobilité chargée d'histoire, transpirent sur les clichés. »
j'adore.
De
08H10 | 13/09/2007 |
http://www.99rooms.com/
http://members.xoom.alice.it/cesaremattei/
http://www.hfinster.de/StahlArt/StahlArt_main.html
http://www.lostdestinations.com/contents1.htm
http://www.abandoned-places.com/
http://e.webring.com/hub ? ring=draining&list
De
08H28 | 13/09/2007 |
Lire le livre de Philippe Vasset, Un livre blanc, Fayard, passé inaperçu dans la rentrée littéraire entre M. Pingeot et Y. Reza.
De
08H45 | 13/09/2007 |
Philippe Vasset, dans Un livre blanc, raconte exploration d'une cinquantaine de zones laissées blanches par l'Institut de Géographie National sur la carte de Paris et banlieue, parce que trop « floues » pour leur trouver des sigles : puces clandestines, terrains de « runs » de motos, squats, rien aussi que des friches industrielles et des terrains vague en reconstruction/désertification et bonnes palissades + chiens avant d'entrer.
Ca continue ici : http://www.unsiteblanc.com/
De
08H57 | 13/09/2007 |
On s'y croirait… Ca donne envie, merci pour ce superbe reportage ! !
De Pibole
auteur | 09H05 | 13/09/2007 |
Pour ce reportage passionnant qui rappelle l'esprit d'Actuel des années 90.
Et merci aux généreux contributeurs pour les liens qui permettent de poursuivre l'aventure.
à Pibole
De
10H43 | 13/09/2007 |
oui merci Ophélie, bel article.
qui dit qu'il ne se passe rien en photographie en France ?
De pikasso02
10H53 | 13/09/2007 |
« Qui dit qu'il ne se passe rien en France ? »
Oui, « QUI » dit ?
Quand à la « Beauté », il me semble qu'il faudrait revoir le sens de ce mot.
Ces photographies et ce reportage sont intéressants pour l'histoire à venir. Mais de la beauté ? De l'esthétisme, sans doute !
à pikasso02
De
11H12 | 13/09/2007 |
« QUI » dit ?
Hu hu hu, tu as du lire quelques commentaires entendus dans l'article sur Weegee, non ? …
De pikasso02
15H30 | 13/09/2007 |
Je l'ai lu. Très bon article. Mais je ne saisis pas le rapport ! Pour moi toute photo raconte l'Histoire. C'est la différence avec la peinture ou le dessin, qui eux, peuvent aller plus loin. Ne me demande pas où ! Mais ils y vont, et ce n'est pas de l'Histoire.
http://pikasso02.skyblog.com/
à pikasso02
De
11H17 | 13/09/2007 |
Ouais bon on t'a dit qu'il fallait pas dire « beauté », C'est mal et c'est pas dans le Kandinsky.
…et bien moi je milite contre la disparition de ce mot, assassin !
beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté, beauté ha ha ha…
De pikasso02
15H32 | 13/09/2007 |
Militer pour la disparition des mots, ce n'est pas mon truc ! Salut !
De
09H23 | 13/09/2007 |
Les sites industriels en friches sont les ruines d'une guerre économique mondiale. Les licenciements sont des armes de destructions sociales massives. Tout ce qui peut dysfonctionner dysfonctionnera. Le monde court à sa perte et les homme jubilent en attendant un spectacle que seuls les contemporains pourront avoir accés. Ces friches sont ni classées, ni répertoriées comme lieux de mémoire. Elles deviennent les non lieux de la surmodernité, espaces d'appropiation artistique.
Quelques videos de mes deambulations industrielles sont visibles sur :
http://www.yosh-dub.com/rom1.html
Bonne ballade ! ! ! !
De
10H46 | 13/09/2007 |
On a fait ça aussi, dans l'Est de la France. On y emmenait même des gens, du « public ». On partait en Trekking Urbain, traverser à pied des zones industrielles et commerciales pendant des heures, visiter le ventre délabré de l'hopital psychiatrique pour enfants, habiter 3 mois dans les chambres romantiques d'un hotel social désaffecté, planter les tentes sur un terrain vague et se mettre à l'oeil le cerveau en friche. Eprouver la ville autrement, visiter ses endroits mous, retourner les vieux papiers dans les usines désertes à la recherche d'un souvenir, improviser un concert de cris dans les immenses cuves métalliques de l'ancienne raffinerie. On a même eu des subventions pour continuer. On en a même fait un livre : « Les paysages étaient extraordinaires »…
De
10H52 | 13/09/2007 |
Se promener dans des endroits abandonnés, voire des friches entières laissées à l'abandon est un plaisir des yeux… Autant pour voir des graf » magnifiques que de sentir ces lieux souvent très chargés d'histoire…
Bref de très beaux reportages en tout cas !
De
10H58 | 13/09/2007 |
Très chouette. Embaumement, aura, mort, traces…tous les schémas de la photographies sont réunis ici. Mais ce qui me frappe c'est l'incroyable pouvoir narratif de ces images, où le temps est en rupture.
On peut je crois parler d'hétérotopies (« lieux autres », Foucault), où l'utopie, qui par définition ne se réalise jamais, se sublime.
« espaces concrets qui hébergent l'imaginaire »
Avril
De
11H53 | 13/09/2007 |
Encore un tres beau reportage, un vrai bel exemple de journalisme multimédia… Je ne saurais que trop conseiller à ce monsieur le superbe escalier de l'usine (abandonnée bien sur) Rhodia Seta, à Besançon (25).
De
12H47 | 13/09/2007 |
A quand un tour-opérateur pour que les curieux puissent y aller pour suivre la mode ?
De
13H23 | 13/09/2007 |
Quand on a tout photographié, on photographie ce tout une fois qu'il est détruit.
Art post-industriel et/ou manque de créativité ?
De Lole
15H27 | 13/09/2007 |
Je viens de regarder le site de ce jeune homme : super ! Merci pour ce bon moment.
Lole
De
15H28 | 13/09/2007 |
Bravo Ophelie Neiman… Du beau journalisme.
Merci.
De
15H30 | 13/09/2007 |
vraiment sympa cette exploration des lieux abandonnés : )
ca donne des idées
en attendant et si certains d'entres vous veulent présenter leurs photos, je conseil un site commmunautaire sympa :
http://www.fotocommunity.fr
a tte
guillaume
De
16H32 | 13/09/2007 |
C'est à Meudon ? : )
De
19H34 | 13/09/2007 |
Y avez-vous déjà fait l'amour ? Ça doit être trippant, non ?
De rionsunpeu
11H21 | 14/09/2007 |
papier intéressant mais pas très nouveau, le Figaro avait réalisé un excellent dossier sur ce même sujet, avec reportage et tout le toutim, le 31 août dernier (soit deux semaines avant rue 89). Je croyais que rue 89 voulait faire du journalisme « différent ». S'il se contente de repoduire ce qui se fait déjà dans la presse nationale, c'est pluôt décevant.
De
18H09 | 14/09/2007 |
Bravo pour ce reportage, Yves, on se croisera peut-être lors d'une exporation…mon site
http://dezafekt.free.fr