Tribune

Comment le PS a aidé la droite à gagner la bataille des idées

Ce texte a été rédigé dans le cadre d’une intervention orale à l’université d’été du Mouvement des jeunes socialistes (MJS), à La Rochelle, le 31 août 2007.

Le titre qui figure dans les programmes pour notre rencontre d’aujourd’hui : "La gauche est-elle incapable de reconquérir le pouvoir ? ", me semble recouvrir deux questions tout à fait différentes. La première est celle que vous avez probablement tous à l’esprit : après la série de défaites qu’il a connues au cours des dernières années et qui ont montré à quel point il s’était coupé d’une bonne partie des classes populaires, le Parti socialiste sera-t-il un jour capable de reconquérir le pouvoir ? C’est assez probable.

Il pourra gagner les élections quand les ravages du sarkozysme auront mobilisé de nombreuses forces sociales contre la droite gouvernementale (j’insiste sur ce point : contre la droite, beaucoup plus que pour la gauche telle qu’elle est). On ne peut pas savoir combien de temps cela prendra, mais cela se produira tôt ou tard.

Mais il y a une deuxième question qui est à la fois contenue dans votre intitulé et refoulée par celui-ci : si le Parti socialiste parvient à gagner les élections futures, pourra-t-on vraiment dire que c’est la gauche qui sera revenue au pouvoir ? Etant donné ce qu’on lit, ce qu’on entend et ce qu’on voit en ce moment, cela me paraît beaucoup moins évident.

Le PS a laissé la droite fabriquer un nouveau discours dominant

Pour ouvrir la discussion, je voudrais avancer simplement quelques remarques préliminaires, qui seront nécessairement lapidaires.

Tout d’abord, on a beaucoup dit que la droite avait gagné parce qu’elle avait conquis l’hégémonie idéologique, et l’on fait alors presque toujours une référence vague et imprécise à Gramsci (suivant en cela Sarkozy lui-même). Mais une fois que l’on a dit "hégémonie idéologique", on n’a pas dit grand-chose.

La pensée de Gramsci était tout de même un peu plus sophistiquée sur ce point, et il nous faut, par exemple, analyser de manière détaillée et précise quels éléments de discours ont été mis ensemble par la droite actuelle pour former cette nouvelle configuration discursive et idéologique -appelons-la par commodité le sarkozysme- qui, comme le thatchérisme il y a trente ans en Grande-Bretagne, a réussi à s’imposer dans de larges pans des classes populaires.

Il nous faut surtout nous interroger sur une étrange alliance de classes (je sais bien que le mot "classe" n’a plus cours au Parti socialiste, mais pourtant, même si les dirigeants socialistes ne les voient plus, elles n’en continuent pas moins d’exister dans la réalité, sous des formes qui à la fois perdurent et changent), sur une alliance de classes, donc, ou plus exactement sur un "bloc historique" (pour reprendre ici encore le vocabulaire de Gramsci), et sur les conditions historiques et les modalités concrètes de sa mise en place.

Elle rassemble la haute bourgeoisie d’affaires, avec laquelle Sarkozy affiche chaque jour sa proximité fondamentale, et certaines des couches populaires les plus précarisées ou les plus désespérées, dont une partie donnait auparavant ses suffrages au Front national. Le Parti socialiste porte une lourde responsabilité dans la possibilité et la facilité même qu’a eue la droite de fabriquer un nouveau discours dominant qui a reçu l’assentiment des classes populaires, puisqu’il a participé et collaboré à l’installation de ces nouvelles thématiques.

Rappelons-nous comment ceux qui ont essayé, au cours des vingt dernières années, de maintenir vivante une pensée de gauche -je pense notamment à Pierre Bourdieu- ont été littéralement insultés par les responsables du PS, toutes tendances confondues, tout comme l’ont été les mouvements sociaux, quand ils n’ont pas été tout simplement matraqués : comités de chômeurs réprimés par le gouvernement Jospin, manifestations d’enseignants diffamées par son ministre de l’Education, mobilisations pour la reconnaissance de l’homoparentalité –et donc des personnes qui vivent ces situations –injuriées par nombre de hiérarques de la gauche officielle, à commencer par Madame Royal, qui y voyait une "provocation contre les valeurs religieuses et familiales de la France" et qui stigmatisait le mouvement gay et lesbien comme porteur d’un "communautarisme" (mot qui a pour principale fonction de stigmatiser toute affirmation minoritaire) homosexuel qu’elle comparait à celui des riches incarné par le Medef…

Croyez-moi : je n’invente rien, je me contente de citer ses déclarations ! Pendant la campagne, des problèmes de droite posés d’une manière de droite

La droite a gagné la bataille des idées parce que le PS l’a aidé dans cette tâche, en travaillant depuis tant d’années à défaire et discréditer tout ce qui peut constituer un regard de gauche sur le monde social.

J’ai analysé ces évolutions historiques et idéologiques dans mon livre, publié avant la campagne électorale. Mais la campagne électorale socialiste en a confirmé les analyses -et les craintes- jusqu’à la caricature, puisqu’elle a consisté à poser des problèmes de droite et à les poser d’une manière de droite (la valeur-travail, la valeur-famille, la valeur-nation et la valeur-drapeau, sans oublier l’autorité, l’ordre et l’entreprise… et tous ces thèmes inlassablement liés les uns aux autres, tissés dans une même trame, ce qui renforçait encore le caractère réactionnaire de chacun d’eux).

Je vous laisse le soin d’imaginer ce que qu’aurait pu être, à l’inverse, une campagne construite autour de thèmes de gauche et d’une manière de gauche de poser des questions.

Il va de soi que, dès lors que l’on a cédé sur l’essentiel, à savoir sur les questions dignes d’être soulevées et sur la manière de les soulever, une fois que l’on a délibérément choisi de s’inscrire dans le cadre des problématiques qui sont celles de la droite, que l’on se déplace pour se situer sur le terrain de celle-ci, ensuite les réponses peuvent bien différer (on peut ajouter un peu de compassionnel et quelques larmes), non seulement ce sont les réponses de la droite qui ont toutes les chances de l’emporter, mais aussi et surtout c’est une perception de droite du monde social qui s’impose.

Ce sont les thématiques de droite, la pensée et l’impensé de la droite, les obsessions de la droite qui ont été acceptés comme délimitant le champ des questions évidentes et nécessairement partagées.

C’est bien cela, l’hégémonie idéologique, n’est-ce pas ? Et l’on sait que les manières de percevoir le monde et de le décrire –ce qui se présente comme des "constats"- sont aussi des manières de le construire et de le faire être ce qu’il est.

Il est donc paradoxal, soit dit entre parenthèses, de dénoncer comme des traîtres les personnalités du PS ralliées à Sarkozy, puisque cela revient à essayer de faire croire qu’il existerait une frontière qu’ils n’auraient pas dû franchir, alors que ceux qui ont trahi et ceux qui les dénoncent aujourd’hui ont travaillé ensemble à effacer cette frontière.

Ce ne sont pas -ou pas seulement- des parcours individuels déplorables, c’est plutôt l’aboutissement d’une logique politique collective, bien plus déplorable, bien plus grave, parce que plus profonde et plus durable.

Pensée de droite, pensée réactionnaire, pensée de gauche

Pour ne prendre qu’un exemple frappant, dans l’actualité immédiate, de cette hégémonie de la pensée de droite : j’ai lu il y a quelques jours dans Le Monde que l’ancienne candidate socialiste à l’élection présidentielle déclarait que la gauche avait été jusqu’ici associée au "collectivisme" (il ne s’agissait pas d’économie), c’est-à-dire à l’idée que ce que sont et font les individus serait lié à des "inerties sociales", à des "reproductions sociales", et qu’il serait urgent de rompre avec ces conceptions dépassées pour rendre à l’individu son autonomie et sa responsabilité.

Je ne sais pas qui écrit les discours de Mme Royal, mais il est hélas patent que ce genre d’idioties n’est que la reproduction (car il y a aussi des inerties idéologiques) de tous les thèmes les plus éculés de la pensée de droite, de la pensée réactionnaire et de sa dénonciation de la pensée de gauche -la haine du "collectivisme", c’est-à-dire de tout ce qui évoque le "socialisme", la sociologie, les sciences sociales…- qui nous sont ressortis aujourd’hui, sous une couche de vernis de modernisation de la gauche, par les think tanks néo-conservateurs qui fournissent au Parti socialiste ses outils idéologiques.

Mais, par exemple, comment réfléchir à une politique effective de démocratisation du système scolaire, si l’on pense que cela ne relève que des responsabilités individuelles et non pas, précisément, d’une reproduction dans et par le système scolaire des inégalités sociales ? Comment comprendre la relégation et l’exclusion par le système scolaire des enfants des classes populaires, si l’on imagine qu’il s’agit là simplement d’une conséquence de leur mauvaise volonté ou de leur absence d’efforts, ou d’une démission des parents et des enseignants ? Et, dans la même logique, comment accepter, comment supporter la dénonciation honteuse, déshonorante pour toute personne qui se dit de gauche, de "l’assistanat" (dénonciation qui figurait sur la profession de foi de votre candidate dès le deuxième paragraphe), au nom de la responsabilité individuelle qui veut qu’en échange de droits, il faudrait se plier à un ensemble de devoirs et de contreparties imposées.

Cette contractualisation et cette individualisation du droit du travail et de la protection sociale est le vecteur –d’ailleurs explicitement théorisé par les idéologues néoconservateurs dont je parlais à l’instant- d’un démantèlement de l’Etat-Providence et des politiques redistributives qui sont l’héritage des luttes sociales du siècle écoulé, et particulièrement des conquêtes de l’après-guerre.

La gauche envahie par le discours néoconservateur

Tout un prêchi-prêcha néo-chrétien prospère aujourd’hui dans les "élites" socialistes sur les exclus et la solidarité -qualifiée d’"active" en opposition à celle qui serait "passive", ce qui n’est qu’une déclinaison de gauche de la vieille dénonciation réactionnaire de la paresse des chômeurs et des assistés, comme de l’immoralité des pauvres, la solidarité ne devant plus s’accomplir que sous la condition de contreparties qui sont autant d’injonctions faites aux victimes de la précarisation de manifester, comme le voulaient déjà les philanthropes du XIXe siècle, leur bonne volonté et leur bonne moralité

On comprend pourquoi tout ce discours et la vision du monde qui le commande risquent de déboucher bien vite, si le PS revient au pouvoir, sur des mesures politiques répressives à l’encontre de ceux qui ne sauront pas ou ne pourront pas se plier à ces injonctions et à une transformation, comme cela semble être le rêve déjà d’une certaine gauche, de l’Etat social en Etat pénal pour ne pas dire en Etat carcéral.

Ce discours néoconservateur ne parle que de rétablir du "lien social", donner des "repères" et du "sens" - autant d’expressions qui n’ont, si on essaie de leur donner un contenu, à peu près aucun sens.

Qu’est-ce que cela veut dire "donner du sens", si ce n’est imposer des significations et des contraintes aux existences et à l’expérience vécue de tous ceux que ces nouveaux "repères" auront pour fonction de contrôler, normaliser, neutraliser ? Qu’est-ce que cela veut-dire "créer du lien social", si ce n’est -et là encore, c’est l’effet d’une conception atomistique du monde social qu’il s’agit de faire prévaloir contre le "collectivisme" et contre l’analyse des pesanteurs de l’histoire et des déterminations sociales- tenter de faire disparaître à peu près totalement du discours socialiste toutes les autres expressions qui pourraient contenir le mot "social" : je ne parle même pas de classes sociales -devenu une expression tabou-, mais de luttes sociales, de mouvements sociaux, ou tout simplement d’appartenances sociales, d’ancrages sociaux et donc d’inévitables conflictualités sociales.

Etre de gauche, me semble-t-il, c’est se situer du côté du conflit, c’est accompagner les mouvements et les revendications, et non les dénoncer au nom du "vivre-ensemble", du "faire société" ou du "faire nation" et autres vieilleries personnalistes que presque tous les journaux de gauche s’acharnent à nous faire accepter comme les principes fondateurs d’une "modernisation de la pensée de gauche".

Il nous faut nous défaire de l’idéologie réactionnaire du "vivre ensemble", toujours porteuse de régression sociale et d’immobilisme culturel et toujours teintée, bien sûr, à la fois de nationalisme et de rejet de la différence et de la dissidence (songez à l’homophobie militante de ceux qui aiment à nous vanter les vertus du "monde commun" et des "valeurs communes").

En fait, "vivre ensemble", c’est le programme de Sarkozy, dans lequel, comme je l’ai dit, la haute bourgeoisie et les déshérités devraient cohabiter dans l’heureuse harmonie des valeurs partagées : ordre et travail, nation et sécurité.

Un projet politique dont l’objectif premier est d’obtenir la soumission de tous aux lois de l’économie et la docilité des classes populaires et de tous ceux qui pourraient être amenés à résister aux nouvelles formes de domination. Je viens de dire : le programme de Sarkozy, mais j’aurais pu également nommer d’autres hommes de droite, de moindre envergure, qui partagent son projet, par exemple Manuel Valls.

Le bon "individu" et le mauvais "individu", vus par le Parti socialiste

Il est en effet édifiant que les mêmes qui n’ont que le mot "individu" à la bouche contre toute la pensée de gauche, qui tend à expliquer que l’individu n’est pas un isolat social, mais toujours inséré dans un monde social, les mêmes donc qui veulent qu’on retrouve une pensée de l’individu contre le collectif soient toujours les premiers, dès qu’un mouvement apparaît, dès qu’une revendication se fait jour dans l’espace public pour contrecarrer, précisément, la force des inerties sociales et les mécanismes de la reproduction, à se précipiter pour dénoncer en chœur –un choeur où les voix de la gauche conservatrice se mêlent à celles de la droite réactionnaire- "les méfaits" ou les "dérives" de "l’individualisme contemporain" (le principal de ces méfaits étant à leurs yeux que tout le monde désormais s’imagine pouvoir défendre ses droits ou en demander de nouveaux).

Ces usages à géométrie variable de la notion d’individu ou de celle d’individualisme -qu’il convient tantôt de réhabiliter, tantôt de dénoncer- ne sont pourtant pas aussi contradictoires qu’il y paraît : ils se déploient en réalité sur l’horizon d’une cohérence idéologique très profonde et très profondément marquée par une logique de droite.

Car cela signifie qu’il y aurait d’un côté le bon individu (et donc le bon individualisme) : celui qui accepte des devoirs et des contraintes en échange de ses droits, et surtout qui se tait et fait ce qu’on lui dit de faire, et de l’autre, le mauvais individu (et le mauvais individualisme), celui qui entreprend de défendre ses droits ou d’en revendiquer de nouveaux, c’est-à-dire ce qu’autrefois on appelait les mouvements, les mobilisations, les luttes, bref, ce qu’on appelait la gauche. C

e qui est pourfendu comme "l’individualisme contemporain", c’est ce qui devrait constituer la définition même de la gauche et de ce qui la fait vivre (et la renouvelle en permanence, par l’émergence de nouveaux mouvements, de nouvelles revendications). Oui, "l’individualisme contemporain", c’est un autre mot pour désigner la gauche, mais c’est un mot péjoratif, un mot de stigmatisation de la gauche, de son héritage et de sa force présente et à venir… Il est donc assez lamentable que ce vocable péjoratif, que ce vocable réactionnaire puisse prospérer comme c’est si massivement le cas dans les discours du Parti socialiste aujourd’hui.

Le retour du PS au pouvoir risque de signifier une défaite de la gauche

Tout ceci me porte à penser que le Parti socialiste ne sera probablement pas incapable de reconquérir le pouvoir, mais que la reconquête du pouvoir par le parti socialiste risque de signifier -sur le modèle de Tony Blair succédant à Margaret Thatcher– une nouvelle et profonde défaite de la gauche.

C’est peut-être à vous, jeunes socialistes, de travailler à nous éviter cela. Mais je crois que vous aurez fort à faire, au sein de votre propre parti. Et vous me permettrez donc d’afficher mon scepticisme sur ce qui va se passer au cours des prochaines années. Je suis persuadé, de manière générale, que l’invention politique et théorique se passe toujours en dehors des partis (qui sont inévitablement des lieux où il est presque impossible de penser).

Au mieux, les partis viennent après, pour reprendre ce qui s’est inventé ailleurs -on l’a vu récemment avec tout ce qui s’est produit autour du mouvement gay et lesbien, que le PS a d’abord combattu avant d’en reprendre certaines revendications, et d’accepter avec beaucoup de retard le renouvellement progressiste de l’idée même du couple, de la famille, du droit, de la vie sociale que ces revendications emportaient avec elles.

Il est urgent de récuser l’opposition dans laquelle on essaie de nous enfermer entre une gauche radicale soutenant les mouvements sociaux et une gauche gouvernementale préoccupée de la "réforme". Car la question qui se pose n’est pas de savoir s’il faut réformer ou pas, mais quelles sont les réformes souhaitables et possibles, et aussi qui les propose, qui les définit, qui a droit à la parole… Et les mouvements sociaux sont les lieux où peuvent s’élaborer des propositions de réformes souhaitables et possibles, qu’il incomberait à un gouvernement de gauche de réaliser concrètement.

Je suis toujours amusé quand j’entends ceux qui s’en prennent aux "archaïsmes" d’une gauche radicale qui refuserait "la réforme" (quand elle refuse telle ou telle réforme, considérée comme destructrice d’acquis sociaux), car ce sont souvent les mêmes (les mêmes responsables politiques, les mêmes cénacles idéologiques, les mêmes revues, les mêmes éditorialistes…) qui ont hurlé hier, au nom de la tradition indépassable, du passé immémorial, etc., contre la réforme que représentait le Pacs, et qui hurlent aujourd’hui contre les réformes capitales que représenteraient l’ouverture du droit au mariage aux couples de même sexe et la reconnaissance juridique égalitaire de l’homoparentalité ou d’autres arrangements familiaux.

Un autre méthode pour réconcilier "radicalité" et "réforme"

Réconcilions donc "radicalité" et "réforme" en définissant la réforme comme ce qui naîtra d’un travail en commun entre les partis de gouvernement, les syndicats, les associations, les intellectuels, les chercheurs, les citoyens qui veulent exprimer leurs aspirations, et notamment quand ils le font sous la forme de mobilisations collectives (cela pourrait s’appeler une "démocratie participative", en tournant le dos au contenu dépolitisant qui a été donné récemment à cette notion).

Mais si le Parti socialiste ne se donne plus pour tâche de s’inspirer, comme dans les années 70, de ce qui se passe dans la société et dans les mouvements sociaux, mais au contraire, comme c’est devenu non seulement sa pratique mais aussi sa théorie, d’ignorer, voire de combattre toute cette fermentation politique, culturelle, intellectuelle, il y a fort à parier que la rénovation de la gauche va s’opérer non seulement ailleurs, je veux dire : en dehors du PS, mais aussi et surtout, en grande partie contre lui.

Didier Eribon, philosophe, est l’auteur de "D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française", éditions Leo Scheer, 2007.


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k_reno
23H38 10/09/2007

Personnellement, il me semble que réduire la victoire de l’idéologie actuellement au pouvoir à la victoire de valeurs défendues avec succès par différents groupes, c’est faire peu de cas de la démocratie… et du marketing !

Force est de constater que les outils du marketing sont de plus en plus utilisés par nos politiciens. On segmente le corps électoral, on se différencie. Le message, la proposition de valeur, est alors transporté vers son public, livrée dans l’emballage adéquat et la promotion en est assurée de manière professionnelle.

Dès lors, devons-nous attribuer le caractère dominant de certaines idées à la clairvoyance de certaines élites (les think tanks) ou est-ce qu’au contraire ces valeurs ont été adoptées par les principaux partis après analyse du marché (sondages, panels).

Quand un politicien se réjouit d’avoir fait reculer un parti, il se réjouit peut être de lui avoir pris des parts de marché. Pour cela il n’y a qu’une recette, adapter le produit au marché, et non l’inverse. Dans un deuxième temps, il est toujours possible de consolider les tendances lourdes observées, mais ce n’est finalement qu’un reflet dans un miroir.

Cela signifierait alors que la recherche d’une société répressive, les valeurs nationalistes, l’individualisme sont des valeurs présentes dans les segments dominant du corps électoral.

 
PetitPiteux
16H40 11/09/2007

Oui, mais non. Je veux dire la question est plutôt ‘comment ce fait il que « que la recherche d’une société répressive, les valeurs nationalistes, l’individualisme [soit] des valeurs présentes dans les segments dominant du corps électoral »’? Le fait que ces valeurs (‘de droite’) soit dominante sur d’autre n’est pas un fait de nature, inéluctable que le marketing métrait au jour, mais le résultat de décennie de travail médiatique (TF1, le FN etc…), lequel a en particulier été possible grâce à l’aval (conscient ou inconscient) de la gauche. Et c’est précisément cette aide (amha) que dénonce cet article.

Ou plutôt tu peux parler d’une co-évolution de l’opinion publique et des partis qui a bifurqué a droite quand on eu pu espérer la voir bifurquer a gauche, de part l’inaction/la nullité/l’incompétence/le court-termisme (…) du PS

 
François H | indépendant
16H01 10/09/2007

Je suis parfaitement d’accord avec votre thèse.
Le PS actuellement est une droite molle comme l’est devenue le Labour sous Tony Blair (et Manuel Valls pourrait très bien être au gouvernement tellement il est en accord avec la politique de Sarkozy).

Mais quant au bouillonnement des années 70, je lis actuellement l’essai « Révolte consommée " de Joseph Heath et Andrew Potter dont le sous-titre est " le mythe de la contre-culture ».
C’est édfiant de voir à quel point différents mouvements « rebelles » de ces 50 dernières années ont justement été le terreau d’un ultra-libéralisme le plus sauvage en méprisant ces problématiques de classes sociales et en luttant pour l’abolition des règles sociétales, même celles qui pouvaient être viables.
Mais c’est vrai que c’est toujours plus facile de vouloir détruire que de réformer (socialement et intelligemment, j’entends), d’avoir des réponses simples qu’une pensée complexe.

Je suis curieux : quelle a été la réaction de vos interlocuteurs à l’université d’été suite à votre intervention?

 
Bebert Cassandre
17H05 10/09/2007

Qu’est ce que l’UMP?
Un parti ou le possédant et le possédé créent une fraternité. Une illusion donc…
Une alliance entre la carpe et le lapin.
Que vend M Sarkozy? … Du rêve…Du rêve américain… Des univers à explorer, des terres à découvrir…Un discours de possédant pour petits blancs avides, afin qu’entre eux ils se déchirent… Cette frange de la population qui s’allie le temps d’un scrutin aux possédants parce qu’ils n’ont jamais rien compris au socialisme ni à rien d’autres d’ailleurs. Ils gèrent quotidiennement leurs petites haines domestiques qui leurs tiennent lieu d’horizon politique.
Le monde appartient aujourd’hui aux mercantiles et les hommes politiques ne sont que leurs obligés.
Il n’existe pas plus de PS qu’il n’existe d’UMP. Ce ne sont que des concours de circonstances. Demain Monsieur Sarkozy fera du socialisme s’il sent que c’est la seule façon pour lui d’être réélu…
Les idéologies ont disparues des débats. Les élus du peuple ne sont plus que des représentants de commerce adaptant leurs discours au gré des vents. C’est ce que fit M Sarkozy et c’est ce que fit Mme Royale.
Faire croire aux français que la France a un avenir est pour le moins paradoxal dans une économie mondialisée. Ce fut le « mérite " de M Sarkozy, ce fut le " mérite » de Mme Royale. Il ne se trouva pas hélas un seul journaliste pour crier à l’imposture!
Et cette imposture perdure à travers ce genre d’article d’un autre temps.

 
Venezuela | vit aux Pays-Bas
19H11 10/09/2007

Merci pour votre tres bon article. Il me semble toutefois que la gauche gagne les elections pas sur ses idees mais parce que les electeurs rejettent la droite apres x annees de giscardisme etc.

 
gargamelle
22H42 10/09/2007

Merde Merde et Re-Merde !

Alors là je rejoins Michel Rocard (hélas, mais pour le coup ses propos n’étaient pas stupides) , qui a déclaré lors de l’université de la Rochelle que les médias tous confondus faisaient effet de loupe (regarder reportage sur latelelibre.fr) Alors ok il pousse le bouchon peut être loin mais les commentaires de la presse, radio…ne font que de parler des problèmes du PS (et il y en a) mais c’est un parti encore très vivant qui retrouvera un jour ou l’autre un truc qui fera bouger les masses et il et vrai que si on bouffe du sarko du matin au soir, il y a également pour un certain nombre de médias systématiquement une analyse destructrice de ce parti…(selon les journalistes, qui, comme vous le savez sont extrêmement susceptibles dès que l’on remet en cause un millième du quart de la moitié de leur éthique…)…. les journaleux en ce moment et l’édito ci dessus est un parfait exemple…!

Le PS déconne ok, ne pas tout avaler des analyses faites par ces journalistes assoiffés.

 
galipotte
11H32 11/09/2007

militant syndical pendant 40ans j’ai vu naitre le formidable espoir d’un gouvernement de gauche avec le pg commun et F.Mitterand j’ai révé avec le ps/pc aujourd’hui le rêve est fini..une belle analyse loin des coups bas et des critiques stériles..sceptique sur l’avenir du ps et un possible retour, la gauche est ailleur, meurtrie elle se cherche et se reconstruit..mon grand-père avait raison, mon père avait raison…la direction d’un parti fini toujours par trahir sa propre classe.Merçi monsieur D.Eribon.

 
Menez.guen
17H36 11/09/2007

Les mecs qui savent,

qui proclament ,

qui assènent leurs certitudes,

il faudrait arrêter d’être la gauche qui parle aux gens dans des journaux ou des forums qu’ils ne lisent pas.

Il faudrait descendre de vos perchoirs et vous frotter à la réalité de la misère politique de ceux qui votent.

Moi,modestement,je préfère Royal qui parle dans Paris Match,simplement et dignement et qui sera lue,elle au moins, dans la salle d’attente du dentiste.

Certes ,c’est insuffisant,mais c’est un début.

PS- pour ceux qui vont hurler,DSK est dans le même numéro,Hollande aussi.C’est vrai,j’oubliais,ils ne sont pas de gauche…Désolée…

 
Menez.guen
21H22 11/09/2007

Et la droite qui expulse des enfantsen bas àge nés en France a perdu son honneur et le nôtre en même temps.
Quel honte d’avoir un pareil président!

 
PetitPiteux
12H10 12/09/2007

Un article de libe (http://www.liberation.fr/actualite/politiques/277788.FR.php?rss=true) qui dit la même chose, mais avec un sondage, donc peut être plus audible que kant:

« l’institut de sondages LH2 a identifié parmi les sympathisants de gauche qu’il a interrogés un groupe qui n’a pas fini de faire causer. Le nom de cette famille: libérale autoritaire […]
En majorité des ouvriers, des employés, des salariés du secteur privé, qui estiment pour la plupart (67%) que leur «situation au sein de la société s’est détériorée» ou que notre «société va de plus en plus mal» (90%). Economiquement, ils acceptent le système libéral, sont favorables aux baisses d’impôts et à la réduction des dépenses publiques (87%). Ils sont sensibles à la productivité dans les administrations (73%) et aux questions comme la sécurité et l’immigration. Mais se disent «plutôt à gauche» pour 51% d’entre d’eux.[…] Combien sont-ils ? 35% des sympathisants. Ce qui en fait la famille de gauche la plus nombreuse »

Donc une majorité (relative) des sympatisant du ps, correspondant à la « classe social » de la gauche historique (ouvrier et employé) se dit de gauche tout en ayant des idée de droite parce que leur situation individuelle baisse. Tient, c’est drôle leur portrait ressemble étrangement à l’idéologie dominante que véhicule TF1 a longueur de jité…

 
Gotch | ancien ouvrier de la banque
18H50 12/09/2007

c’est pourtant évident
Accepter la pseudo-libéralisation de l’économie, qui est en fait une mainmise de plus en plus grande de groupes internationaux hostiles aux principes mêmes du libéralisme (pas d’entente sur les prix, pas de monopoles, les mêmes chances pour tous), c’est pour un parti de gauche perdre son âme. Pour le PS, il faudra choisir drastiquement entre accepter des contraires et devenir un parti fourre-tout, sans principes généraux, sans vrai programme cohérent ; ou accepter de perdre un nombre conséquent d’électeurs, mais redevenir crédible. Et par là même attirant, mais pas tout de suite. Mercredi 12 Septembre 2007 - 06:14, seconde réponse à un article de Libé sur la question…