reportage 07/09/2007 à 16h45

Les squats de Nouméa au rythme des « bingos de solidarité »



Bingo à Ouvéa en 2006 (Virginie Grizon)

(De Nouméa) « Trente-quatre ! Apo six ! Treize ! Collé deux ! Petit huit... » * A l’ombre d’une grande bâche bleue, une vingtaine de femmes, d’adolescentes et de fillettes kanak sont installées sur des nattes étendues sur l’herbe. Elles écoutent religieusement le chapelet de chiffres qu’égrène la crieuse et barrent les cases correspondantes sur leurs grilles de bingo. Une autre femme relaie la criée pour celles qui sont installées au fond et pour les grand-mères qui n’entendent plus très bien.

Chaque premier week-end du mois, les dames du squat de Notre-Dame du Pacifique, à Nouméa, se réunissent pour jouer à cette version calédonienne du loto. Les règles sont les mêmes –une grille complétée permet de remporter la mise– mais le vocabulaire sensiblement différent et l’enjeu très particulier :

« Nous jouons pour nous divertir, être ensemble mais les bingos mensuels sont avant tout des bingos de solidarité » , explique Victoria Bolo, présidente de l’association du squat de Notre-Dame du Pacifique depuis trois ans. Les bingos organisés par les femmes en brousse et dans les îles Loyauté leur permettent en effet de faire circuler l’argent en tribu, quand l’apport monétaire est faible, voire inexistant. Les bingos clandestins « de solidarité » , organisés dans les squats ou les cités de Nouméa, sont la preuve de l’adaptation nécessaire mais parfois peu aisée de la communauté féminine kanak aux contingences de la vie urbaine.

Loyers surévalués

Victoria, mère de famille de 39 ans, originaire d’Ouvéa, est arrivée à Nouméa en 1989. Comme beaucoup de Kanak qui quittent la tribu pour trouver du travail et habiter en ville, elle s’est installée dans une cabane de bois et de tôles nichée dans un creux de vallée de l’agglomération. Au fil des ans, une trentaine de baraques sont sorties de terre, parfois construites en dur. « Nous squattons car nous ne pouvons pas payer un loyer, même avec des allocations. » Pas surprenant quand les loyers nouméens valent largement ceux du Paris intra-muros.

En début d’année, un tirage au sort des numéros de cabanes est effectué pour établir un planning annuel des bingos du week-end, dont une partie de la mise revient, à tour de rôle, à chaque famille organisatrice. La grille de jeu, la « carte » , est à 50 francs CFP (environ 40 centimes d’euros), la mise totale pouvant atteindre 1000 à 2000 francs (environ 8 à 16 euros). Une petite cagnotte de quelques centaines de francs est mise de côté pour l’hôte du mois. Elle aidera au paiement des frais de scolarité des enfants ou des factures d’eau.

Car si les habitants sont considérés comme des squatteurs, chaque cabane est équipée d’un compteur. Et la note est salée pour ces foyers à faibles revenus. « Pour trois mois, j’ai reçu une facture de 11600 francs [environ 96 euros, ndlr] “ , détaille Victoria, qui travaille deux jours par semaine comme femme de ménage chez des particuliers du quartier de la Vallée-des-Colons.

La cagnotte du bingo n’est donc qu’une goutte d’eau, mais une goutte d’eau symbolique de la solidarité qui anime l’organisation du jeu pour ces femmes kanak. Au squat de Notre-Dame, l’association dispose d’un abri pour accueillir le bingo, sinon, l’hôte occasionnelle reçoit les joueuses chez elle. A sa charge, la préparation et le service du casse-croûte.

Enfants interdits

Alice, 85 ans, une grand-mère originaire de Voh, sur la côte ouest, vit seule dans un grand appartement de la cité HLM Pierre-Lenquette dans le quartier de Montravel, une des plus anciennes implantations citadines mélanésiennes à Nouméa. Chez Alice, c’est bingo tous les jours : ‘ Je suis vieille maintenant, alors ma vie, c’est ça.’ Une fois par semaine, la cagnotte lui revient d’office. Elle est fière de présenter au visiteur sa cuisine achalandée pour les joueuses : du jus de fruits, des pommes, du pain et une assiette débordante de salami. Son frigo ne contient rien d’autre.

En fin d’après-midi, les femmes qui sortent du travail viennent rejoindre les mamies installées depuis 15 heures. Seule condition posée par Alice : tout le monde dehors à 21 heures. ‘ Comme ça, les femmes s’occupent aussi des enfants et ne sont pas disputées par les maris.’ Si ce sont surtout les femmes qui pratiquent, les hommes ne sont pas pour autant exclus du cercle de jeu. Quand ils ne travaillent pas, eux aussi peuvent venir passer du temps assis sur un coin de natte, à cocher les grilles.

Au squat de Notre-Dame, seuls les enfants sont interdits de bingo. Une règle édictée par Victoria, après consultation collective : ‘ Des parents se sont plaints que les devoirs n’étaient pas faits et les leçons bâclées car les enfants passaient leur temps au bingo. Donc on a décidé de ne plus les laisser jouer, comme ça, ils restent concentrés sur l’école.’

Théoriquement interdit par les autorités

Théoriquement, comme tout jeu d’argent, il est interdit par les autorités. Mais la police n’est jamais intervenue au squat de Notre-Dame. ‘ Je ne suis pas sûre qu’ils soient tant au courant de nos activités, mais, de toute façon, il s’agit de petites sommes, et nous ne causons de problèmes à personne’ , explique Victoria. A Montravel, Alice a, elle, déjà eu affaire à la police : ‘ Ils sont venus une fois car des femmes jalouses étaient allées me dénoncer. Ils m’ont fait la morale, j’ai promis de ne plus recommencer, et quand ils sont partis, on a continué la partie.’

Au bureau de police du quartier, le ton est effectivement détendu : ‘ C’est arrivé que des gens dénoncent des bingos clandestins pour une question de nuisance sonore. Les voisins de joueuses trouvaient que ça faisait trop de bruit. On dresse un rapport d’infraction puis on va dire aux joueuses que le bingo sauvage est interdit, ou, au moins, qu’elles essayent de faire moins de bruit’ , explique le gardien de la paix Gurera. Et M. Gurera de s’esclaffer : ‘ Ce sont les femmes qui pratiquent alors c’est pas la mafia non plus !

*’ 34 ! 60 ! 13 ! 22 ! 8… ‘

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  • Anonyme

    Et nous en métropole lorsque nous jouons au loto sur des cartons et un bouliers . Sa gueule des commentaires , a la sortie sa marronne et le Dimanche prochain on y retoune . Putain de con sa cries ; les prix sont des dons offerts par des commerçants ,quand tu gagnes le voisin te souris jaune d’envie . Que çà soit un peut de blés pour bouffet ou un lot y a pas de différencs ; c’est de l’excés de zèles du colonisateur la France . Les vrais voleurs sont ceux qui exploites la mine .

  • Anonyme

    Je vois dans cela plus une activité de vie communautaire qu’un geste de solidarité, mais si ça permet de mettre en contact les gens, tant mieux.

    Ce que je ne comprends pas à la lecture de cet article, c’est la hauteur du niveau de vie. Il est dit que les loyers sont proches de ceux de Paris. Il est dit aussi qu’une facture d’eau pour trois mois est d’environ 96€. La question que je me pose est : combien une personne avec un travail modeste gagne-t-elle par mois ?

  • Anonyme

    Cet article est vraiment sans intérêt.
    J’espère que Maïté DARNAULT était sur place et n’a pas fait le voyage exprès pour l’écrire.

    Mon-Al

    • Anonyme

      Ah mais si mon bon Monsieur, Maité Darnault y est allée expres pour l’écrire cette article, au frais de l’elysée, parce que c’est bien connu que TOUS les journalistes sont petes de fric et se font un bingo tous les matins avec Sarko. Et toi, tu fais quoi d’interressant dans la vie ? T’as deja bouger tes petites fesses de ta petite metropole ?
      Oulala... Je vais me faire incendier ! J’image « oui bien sur j’ai deja voyager la, et la, et encore la... ». Et bien si c’est le cas... T’es encore plus con que ce que je pensais !

      Emmanuelle

  • Anonyme

    Les squats de nouméa ,il n’est pas écrit que certain kanak qui ont des logements sociaux , gratuit préférent rester en communauté dans les squats plutot que de s’installer dans un logeemnt en dur.

    Pour ce qui aie des loyers j’y étais en 2005 et je louais un f2 de 80 m² pour 750 euros mensuel , ce n’est pas les prix de paris , surtout qu’un f2 à paris ne fait pas souvent 80 m²

  • Anonyme

    Nous habitons Nouméa et nous avons un F2 pour 700€ et 50m2 mais cela est rare, en principe ils sont beaucoup plus chers et dans un état précaire.
    De plus on peut vivre correctement à Nouméa si l’on est dépendant de la fonction plublique (salaire +72% par rapport à la France).
    Quant aux autres salaires, surtout si l’on est Kanak) très difficile à vivre, vu aussi le coût de la vie

  • Anonyme

    le saviez vous ! il y a des kanaks milliardaires, au nickel un salaire de manoeuvre est tres superieur a la moyenne (plus de 2000 euros), que la ^pluppart des squatteurs sont des personnes venant de brousse ou des iles loyautes chassées des tribus , ou qui ne peuvent plus y vivre faute de terrain, terrains appartenant au clan .
    une reserve d’argent de plus de 11 milliards de francs cfp (92 millions d’eur) dorment en province nord , alors que les habitants manquent de tout.
    on fait des logements sociaux a étages alors que de nature les oceaniens vivent a raz la terre. ce plaindre est une chose , mais il faut le faire avec justesse .
    GBB

  • Anonyme

    Je suis sur Nouméa. Et je fréquente régulièrement les squats.
    Bien sur, il y a des kanaks riches. Bien sur, les squats ne sont que l’extension de la vie en tribu, proche de la ville. Mais il ne s’agit pas de cela ici. Le fait est que certaines femmes ont trouvé dans le bingo, un moyen de s’assurer une petite autonomie tout en maintenant un lien social. Et c’est justement cela qui est mis en valeur. Simplement.
    VG

  • dam
    dam
    • Posté à 09h12 le 10/09/2007
    • Internaute 16317

    Bonjour le niveau de certains des commentaires. Ca me fait gerber. Dieu que certains peuvent être cons. Lire cela me rappelle pourquoi certains attrapent la haine des « bien pensants ».

    Alors, non. La misère des uns n’est pas effacée par le relatif confort des autres. L’exode rural n’est pas justifié par un mouvement général de banissement. Le prix des loyers est d’autant plus honteux que le SMG est plus bas en Calédonie qu’en France et que les familles des bas salaires sont généralement plus nombreuses...

    DR

  • Anonyme

    Bonjour. Merci DR.

    Au fait comment fait un père de famille en Calédonie (kanak ou pas) qui gagne le SMIG (presque 100 000 CFP NET) ? Il a une femme et deux enfants, il leurs faut au moins un F3 .... dont le moins cher est à 90 000 CFP /mois ... Et la caution de deux mois ?

    Même avec des allocations de 10 000 CFP / mois /enfants , il ne reste plus grand chose pour vivre.... C’est vrai, sa femme pourrait travailler mais le petit dernier est en bas age, et la garderie est de 40 000 CFP minimum par mois... Alors même si elle trouve un temps partiel, elle aura a peine de quoi payer la garderie.

    C’est le quotidien de la grande majorité des calédoniens à la capitale, qui n’est que la « Nice » du pacifique, avec une bonne gosse dose de « Brice » d’ailleur... Mais ce n’est pas ça la Kanaky.

    Laurent.