TRIBUNE 06/09/2007 à 16h52

Le Maroc à la merci d'un bug électoral

Maâti Kabbal | Journaliste & écrivain

Le 7 septembre, les Marocains iront voter pour élire un nouveau parlement. A l’issue de ce scrutin, 325 députés, dont une trentaine de femmes, y seront désignés. Seule inconnue : le taux d’abstention. A en croire la rue marocaine, véritable miroir d’opinion, une bonne partie de Marocains ira faire des courses, plus occupée par les soucis et les recettes du Ramadan ! Quant à celles des hommes politiques, elles ont perdu de leur magie. Désabusés, blasés, les Marocains confèrent à la politique une puissance corruptible : quand elle ne mène pas en prison, elle sert à enrichir davantage les nantis. Devenir député vous permet de rouler en Mercedes, fûmer le cigare, manger dans les meilleurs restaurants, obtenir facilement un visa, apprendre à commander etc… donc autant gagner son pain à la sueur de son front et être dans le contentement.

Or si les 18-20 ans iront voter pour la première fois, la moitié seulement d’entre eux, soit un million d’électeurs, est inscrite sur les listes électorales selon les chiffres officiels. Ces chiffres sont confirmés par un sondage réalisé par l’association Daba, (maintenant) selon lequel « les trois quarts des 18-24 ans disent être “tout à fait sûrs de voter‘ le 7 septembre, mais 46% seulement savent pour qui’. Cette désaffection trouve son explication dans la ‘Makhzenisation des esprits et dans le bricolage idéologique confectionné depuis de longues années par les partis classiques. Dans l’imaginaire des Marocains, il y a donc une véritable défiance vis-à-vis de la politique.

Dans un pays dont la dynamique est réglée par l’alternance entre régressions et mutations tout est possible, tout est ouvert aux situations kafkaïennes les plus inédites. La preuve a été fournie par le rituel ayant accompagné l’enterrement de Driss Basri, l’homme des basses œuvres de Hassan II. Certains parmi les responsables politiques, naguère torturés sur ses directives, affichaient devant son cercueil un air déconfit, abattu, comme s’ils avaient perdu un membre de la famille.

Lors de la cérémonie d’enterrement au cimetière des Martyrs à Rabat, d’aucuns implorèrent Allah pour l’accueillir dans son vaste paradis ! L’architecte sophistiqué de la torture, le géniteur des partis poubelles, aura gagné ainsi sa place dans l’ailleurs et dans l’ici-bas. Basri réussit à faire divorcer les Marocains avec la politique. Ils ont encore du mal à se relever des méfaits de cette nakba, de cette catastrophe. C’est un héritage dont les analystes soupçonnent rarement l’impact.

Aujourd’hui, avec l’usure des partis classiques, la monarchie est tentée par avancer le pion du PJD, Parti de la Justice et du Développement, dont on s’attend à ce qu’il surfe sur le haut de la vague des voix. Il lui sera dévolu un rôle de tampon avec la mouvance Al-Qaida au pays du Maghreb, véritable menace pour la sécurité du pays. Quant aux modernistes, qui véhiculent les tares de l’Occident’ (drogue, sexe, musique décadente, pornographie), il se chargera lui-même de les ‘remettre au pas et sur le droit chemin, en privant leurs manifestations (festival de boulevard, festival de cinéma ou de théâtre) des budgets nécessaires.

Passé maître dans la maîtrise de l’être et du paraître, le PJD dans les situations les plus critiques, telles que les attentats de Casablanca du 11 mars 2007, a appris à composer, temporiser, ruser, alors que les fondements de son idéologie reposent sur le désir de faire table rase de ce qui existe ; non pas pour réformer mais rétablir une nouvelle société dont l’Islam serait le référent majeur. Avec le PJD aux manettes du rouage administratif et exécutif, le Maroc risquerait d’être à la merci d’un formidable bug.

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  • Anonyme

    je crois que les marocains voteront massivement pour les islamistes...surtout ceux qui vivent dans des bidonvilles -(donc la majorité), - juste derrière les murs construits pour cachent des villas et des appartements dits de « luxe » que des étrangers achètent à un prix de parano. Les marocains (et tant mieux pour eux) pourront les racheter pour une poignée de riz.

  • Anonyme

    Je crains le pire pour le Maroc avec le « travail » que font les islamistes depuis longtemps.
    Marie-France

    • Anonyme

      Les islamistes n’amélirerons de toutes façon pas la situation des bidons-villes et encore moins le confort spirituel.

  • Anonyme

    Enrichier les pauvres sans appauvrir les riches,disait Hassan II.

  • Anonyme

    « »« surtout ceux qui vivent dans des bidonvilles -(donc la majorité) » » »
    quelle majorité vise-tu ? ? ? ? c’est n’importe quoi ! ! ! je pense que c’est la maladie mystérieuse qui a touché l’algérie qui t’a atteinte ! ! !

  • Anonyme

    Ils seraient intéressant de savoir comment les expatriés marocains en France votent.

    • Anonyme

      Les expatriés ne votent pas en france

  • Rimbus
    • Posté à 12h20 le 07/09/2007
    • Internaute 5136

    Bonjour
    je travaille et vis au Maroc depuis quelques années... Autour de moi je ne connais personne qui va voter. Dans la société où je suis c’est 100 % d’abstention.
    En fait le PJD va être obligé de rentrer dans une coalition, et je n’ai pas de craintes particulières à son sujet. Il faut juste se souvenir que le Roi possède personnellement toutes les forces économiques du royaume, et que le gouvernement fait ce que le Roi dit de faire, un point c’est tout.
    Le fait que M6 montre sa jolie femme avec sa grande chevelure rousse et l’implique dans la vie du royaume (ce qui n’était jamais arrivé, personne n’avait jamais vu la reine du Maroc avant) est un signe plus fort que l’election de quelques députés islamistes modérés qui feront ce que Sa Majesté exige.

  • Anonyme

    Les marocains ont essayés les partis de l’administration (ils n’avaient pas le choix) puis les partis de gauches, avec une coalition de 6 partis. Il ne reste que les islamistes à essayer, peut etre qu’ils feront changer les choses.

  • MJL
    MJL
    • Posté à 14h29 le 08/09/2007
    • Internaute 16056

    Bonjour,
    J’ai vécu au Royaume du Maroc pendant plusieurs années et, comme le dit trés justement « Rimbus », le Roi reste Maitre en son royaume. Mais l’islamisme est toujours a prendre au serieux. Sans amalgame aucun, je suis méfiant quand même. Je reste toute fois confiant quand à la clairvoyance des Marocains pour qui j’ai une affection certaines

  • Anonyme

    tres bon article effectivement il y a un gros divorce avec la politique ici elle fait peur + qu’autre chose pour ma part je me suis meme pas inscrit car j’ai aucune idée de qui choisir ni de leur programme
    pour les islamiste pas de souci a se faire le rouyaume (d’une façon ou d’une autre) ne les laissera jamais prendre le pouvoir car malgres les election ici le Roi reste Maitre en son royaume est c’est pas plus mal que ca en gros il fait du bon boulot

  • Anonyme

    les élections ont eu lieu. Sans problèmes majeurs. Malheureusement avec un taux record d’abstention.
    et le raz-de-marée PJD n’a pas eu lieu.
    Le Maroc avance, tout doucement, sans doute trop doucement.
    Cependant je crois que ceux qui ne voient que le verre à moitié vide n’aident pas à ce qu’il avance plus vite. La critique est aisée, mais l’art est difficile.
    Il faut voir le verre à moitié plein, le chemin parcouru, et travailler pour aller plus vite - mais pas trop vite pour ne pas tout perdre en route.