S'agit-il d'une privatisation ? Pourquoi Sarkozy a-t-il changé d'avis ? Quelles conséquences sur les prix ? … L'éclairage de Rue89.

Après des préparatifs mouvementés, le mariage entre Suez et GDF est donc désormais officiel. Il a été confirmé ce matin dans un communiqué commun des deux groupes, après avoir été approuvé dimanche soir par leurs conseils d'administration respectifs. L'Etat, avec 35% du nouveau groupe, conservera une minorité de blocage. De son côté, Suez a accepté de se séparer partiellement de son pôle environnement (eau et déchets) : le nouveau groupe détiendra 35% d'une nouvelle société, Suez environnement. Petit décryptage en cinq questions.
Quel est le sens de la fusion Suez-GDF ?
A l'origine de cette affaire, au début de l'année 2006, il ne s'agissait pas d'un grand projet stratégique, mais, plus prosaïquement, de protéger Suez contre les appétits de l'Italien Enel, qui avait lancé sur lui une OPA hostile. Dominique de Villepin, alors Premier ministre et héraut du « patriotisme économique », avait riposté en annonçant officiellement la fusion de Suez avec GDF.
L'idée de cette fusion n'était pas pour autant tombée de nulle part. Elle était étudiée depuis des mois en coulisse (y compris sous le gouvernement Jospin). Elle n'est pas dénuée de sens dans le contexte actuel, marqué par la hausse du prix du pétrole, les nouvelles normes environnementales et la libéralisation du marché énergétique européen.
Chacun des deux groupes espère résoudre ses difficultés stratégiques en s'adossant à l'autre : GDF, qui possède peu de gisements de gaz, a besoin, pour résister à la concurrence de l'Allemand E.ON et de l'Italien ENI, de s'appuyer sur Suez pour se renforcer à l'étranger et se diversifier.
Suez, de son côté, est au milieu d'une longue mutation : le groupe, dont les activités étaient dominées par l'eau et le traitement des déchets (héritage de la Lyonnaise des eaux), a mis le cap sur l'énergie, pariant sur une poussée de la demande. Mais Suez est encore petit dans ce secteur : son principal actif est aujourd'hui Electrabel, premier fournisseur d'électricité de Belgique.
La fusion des deux groupes donnera naissance à un groupe énergétique « complet » : gaz et électricité (à la fois hydraulique, nucléaire et gazière).
Ce qui motive la fusion, c'est enfin la simple course à la taille. Des investissements énormes sont à prévoir dans les années qui viennent, ce que ne pourront se permettre que les plus gros. Suez-GDF sera le quatrième groupe énergétique mondial, en valeur boursière.
S'agit-il d'une privatisation de GDF ?
L'Etat passe de 80% de GDF à 35% dans le capital du nouveau groupe. Difficile de ne pas y voir une privatisation. L'Elysée insiste toutefois sur le maintien d'une confortable minorité de blocage : avec d'autres actionnaires (Areva, Caisse des dépôts…), la sphère publique détiendra 40% du capital du nouveau groupe. « Nous avons le contrôle, nous gardons la stratégie », a assuré lundi le Premier ministre François Fillon…
Toute décision stratégique devra avoir l'aval de l'Etat. Au point que certains parlent d'une… nationalisation de Suez. « L'étiquette publique collera donc longtemps au nouveau groupe, détenu à plus d'un tiers par l'Etat français, et pourrait le gêner dans ses développements internationaux », lit-on ainsi dans le Figaro de lundi.
Pourquoi Sarkozy a-t-il changé d'avis sur le sujet ?
Regardez cette vidéo :
Amusant, non ? Pendant plusieurs mois, en 2006, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy s'était opposé au projet de fusion ; des parlementaires UMP s'étaient également arc-boutés, au nom de la défense des consommateurs (ils craignaient l'augmentation des tarifs du gaz).
A l'époque, il s'agissait surtout pour Sarkozy de mettre des bâtons dans les roues de son rival Dominique de Villepin, et accessoirement de respecter l'engagement qu'il avait pris en 2004 de ne pas privatiser GDF (voir la vidéo), alors qu'il était ministre de l'Economie.
Une fois Villepin éliminé du paysage présidentiel, Nicolas Sarkozy a retrouvé des vertus au projet, ce dernier étant jugé crucial par la plupart des analystes du secteur de l'énergie.
Pourquoi Sarkozy a-t-il demandé à Suez de céder partiellement sa branche environnement ?
L'argument mis en avant, c'est de dessiner un groupe « plus cohérent », car « spécialisé dans l'énergie ». Mais la raison première de cette manoeuvre est un bête problème de calcul des valorisations des deux groupes. Initialement, il était question d'un échange d'actions sur la base d'une action Suez contre une GDF, assorti d'un versement d'un dividende exceptionnel d'un euro par action Suez. Problème : entretemps, l'action Suez a progressé, creusant l'écart avec GDF. Suez pesait lundi plus de 51 milliards d'euros, contre 35 milliards pour GDF.
Dès lors, il fallait soit se résigner à ce que l'Etat descende en dessous de 34% du capital du nouveau groupe, soit verser un énorme « dividende exceptionnel » aux actionnaires de Suez, soit demander à Suez de « maigrir ». C'est cette dernière solution qui a été retenue. Nicolas Sarkozy tenait à ce que l'Etat conserve la minorité de blocage, mais refusait de payer des fortunes pour parvenir à ce résultat.
Mais ce démantellement de Suez ne ravit pas tout le monde, à commencer par les 57000 salariés de sa branche environnement. La CFDT, qui soutenait jusque là l'idée du rapprochement avec GDF, proteste : « L'engagement qui avait été fait vis-à-vis des 60000 salariés de Suez, c'était qu'on ne couperait pas leur entreprise en morceaux, or c'est ce qu'on fait », a constaté son secrétaire général, François Chérèque, sur RTL. Selon lui, la cession de ce pôle de Suez (eau, déchets…) représente un enjeu énorme au niveau environnemental : « On va mettre ça à la Bourse, aux prédateurs financiers. »
Les architectes initiaux avaient pourtant imaginé des coopérations importantes entre GDF et la branche environnement de Suez. Ne serait-ce que parce que les compteurs d'eau et de gaz se trouvent au même endroit, et que les 116000 kilomètres de tuyaux de Suez courent le long de ceux de GDF…
Le consommateur va-t-il payer son gaz ou son électricité plus cher ?
Une partie de la gauche craint que la privatisation de GDF ne soit néfaste au consommateur. Ils jugent que cette opération accélèrera la fin des tarifs régulés. « Les prix resteront contrôlés par l'Etat », a répété hier Jean-François Cirelli, le patron de GDF.
Dans les négociations de contrats d'approvisionnement, arguent par ailleurs les pessimistes, l'Etat ne pourra plus peser comme il le faisait pour obtenir les meilleurs conditions, de longue durée, des pays producteurs. Les tarifs seront donc plus sensibles aux cours des hydrocarbures au jour le jour.
Les défenseurs de la fusion, à l'inverse, affirment que la concurrence avec EDF, à terme, profitera au consommateur d'électricité. Mais personne ne s'attend vraiment à une guerre des prix, tant les liens entre GDF et EDF restent forts.
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De
18H48 | 03/09/2007 |
« Toute décision stratégique devra avoir l'aval de l'Etat. Au point que certains parlent d'une… nationalisation de Suez. “L'étiquette publique collera donc longtemps au nouveau groupe, détenu à plus d'un tiers par l'Etat français, et pourrait le gêner dans ses développements internationaux”, lit-on ainsi dans le Figaro de lundi. »
C'est un peu comme le 2eme tour des législatives :
« L'Etat Français » perd 40 députés…( rire )
De
21H11 | 03/09/2007 |
Sarkozy était contre du temps de Villepin ..il est pour maintenant.
Girouette toujours appréciée des connards à 71/100 ?
Je voudrais voir.
De
12H15 | 04/09/2007 |
le problème c'est que sarko n'est ni CLAIR, ni SIMPLE, ni NET…
sauf dans le figaro !
De perso69man
07H33 | 05/09/2007 |
Avec quelques compétences, il est devenu en quelques années le plus décomplexé des menteurs. C'est le peuple et la république qui trinquent dit-on.
De Le Yéti
yetiblog.org | 19H53 | 03/09/2007 |
La fusion Suez-GDF : un exemple de plus, éclairant, de la formidable entreprise de démantèlement de nos services publics lancée sans le moindre scrupule par le nouveau régime en place.
Syndicats et population semblent tétanisés, sans réaction, devant cette désintégration de leurs acquis sociaux. Pour combien de temps ? Nul ne le sait.
En attendant, un désastre et une honte dont nous sommes TOUS responsables.
à Le Yéti
De
04H07 | 04/09/2007 |
JE ne suis pas responsable. JE ne suis pas au PS et n'ai pas été signé au sommet européen de Barcelone pour un marché libéralisé de l'énergie.La défaite du PS c'est peut-être cela aussi : d'avoir pendant leur gouvernance dit blanc à Paris, à l'assemblée nationale…. et dit noir dans les rencontres européennes ! ! ! ! On a bien fait de voter NON à cette Europe là on le comprend maintenant.Odile
De Le Yéti
yetiblog.org | 06H04 | 04/09/2007 |
Une de nos principales responsabilités est de nous accrocher à ce NON au référendum sur le projet de Constitution européenne, comme si cette victoire était une fin en soi et valait quitus à chacun des « vainqueurs » de ce qui allait se passer ensuite. (On a vu ce qui en a été, à gauche, lors des élections présidentielles : un mauvais sketch comique ! )
Une autre de nos responsabilités est de nous défausser sur un autre, le PS en l'occurrence, bouc émissaire facile (et un peu niais) de nos démissions.
La responsabilité ultime, quand on arrive à un tel état de désagrégation de la société dans laquelle nous vivons, à laquelle nous prétendons participer, c'est de ne pas se sentir responsable.
à Le Yéti
De
11H15 | 04/09/2007 |
machin
re-regarde la vidéo
à Le Yéti
De
20H50 | 05/09/2007 |
Est ce que le non répondait à la question posée de la constitution ?
Le non ne répondait-il pas au contenu du traité de maastrich appliqué ! …
à la concurrence effrénée et au loi du marché.
Beaucoup de votants n'aient compris qu'il contenait cela , on les avait (PS compris )berné comme beaucoup tentait de le faire pour le vote de la constitution européenne. En votant oui chaque fois c'était qu'on était pour la construction de l'Europe pas pour le contenu des textes présentés.
Quant à l'exploitation du succès du non à la constitution comment en tirer partie ?
Quant au raccourci de Sarkozy c'est pour ne pas poser le vrai problème aux citoyens européens
De
11H00 | 04/09/2007 |
Le président de la république, c'est-à-dire Chirac, était aussi à Barcelone et signataire de l'accord concernant la libération du marché de l'énergie.
à Le Yéti
De
10H26 | 04/09/2007 |
Tu as mal lu, la fusion était déjà en projet sous Jospin…
à Le Yéti
De
10H27 | 04/09/2007 |
Tu as mal lu, la fusion était déjà en projet sous Jospin…
De fleur
18H52 | 03/09/2007 |
Habitant en Allemagne, où les groupes gaz/électricité/eau sont tous privatisés, je peux vous affirmer que c'est une catastrophe ! Nous avons eu des hausses soudaines de 14% sous des prétextes fallacieux ! Il a fallu que des milliers de consommateurs montent sur les barricades, forment des associations de défense qui refusent de payer l'augmentation (aidés en cela par des avocats bénévoles) pour que le gouvernement se mette à « recommander » (et non interdire) aux groupes de ne plus augmenter autant les prix. Car des membres de la commission de contrôle fédérale des « cartels » (Kartellamt) et certains juges étaient achetés par ces groupes (ils y ont eu plus tard debeaux postes ! ). Le capitalisme sauvage est une réalité ! Alors, bon courage pour l'avenir en France
à fleur
De
20H52 | 03/09/2007 |
Même chose en Belgique.
à fleur
De
23H09 | 03/09/2007 |
> Habitant en Allemagne, (…) Il a fallu que des
> milliers de consommateurs montent sur les
> barricades,
C'était dans les années 30 ?
Sinon, je n'ai rien de vu de tel récemment en Allemagne…
De spin590
09H14 | 04/09/2007 |
Bonjour bel(lle) anonyme. Commencez-vous à comprendre à quoi peuvent servir les « amis » de la presse et des médias ? Allez sur des sites allemands ou belges et vous constaterez que les années 30 peuvent parfois être de retour, et ceci sans qu'à votre porte vous n'en ayez la moindre idée. Ceci sans porter d'avis sur cette « privatision » du pôle environnemental de Suez.
De
10H35 | 04/09/2007 |
« vous n'avez rien vu de tel récemment »
A la télé ? ? ? ?
Si vous parlez de la télé n'oubliez pas que l'on vous montre ce que l'on veut vous montrer tout simplement… et plus ça va pire c'est.
En effet, je pense qu'il faut naviguer sur le web pour s'informer. Ce n'est pas TF1 ou France 2 qui font du vrai journalisme d'investigation.
De
18H53 | 03/09/2007 |
De fait, cela signifie la privatisation de GDF. Ce sont les consommateurs qui vont être contents !
Où je me félicite d'être au tout électrique !
« Les prix resteront contrôlés par l'Etat. » Mais bien sûr !
Thomas GREDAT
De
23H44 | 03/09/2007 |
« Où je me félicite d'être au tout électrique »
Avec une éolienne et des panneaux photovoltaiques sure toit ?
Parce qu'EDF a aussi été en partie privatisé non ?
De
10H44 | 04/09/2007 |
Ces deux projets n'étant pas d'actualité, je ne paie que ce que je consomme : peu.
A part ça : si je me félicite d'être au tout électrique, ce n'est pas CONTRE ceux qui ne le sont pas. Si c'était EDF qui avait fusionné avec une autre entreprise, je me féliciterais moins.
Du reste, qui nous dit qu'un tel projet n'est pas à l'étude ? L'électricité est privatisée aux States, non ? Donc, le Rase-moquette de La Lanterne fera pareil en France. Avec les mêmes beaux résultats qu'aux Etats-Unis.
T. G.
De
11H37 | 04/09/2007 |
Ne vous réjouissez pas trop vite d'être au tout électrique Thomas. L'ouverture à la concurrence de l'électricité est une réalité et les tarifs régulés d'EDF ne le seront pas éternellement.
A court ou moyren terme, le marché de l'énergie sera complètement « libéré » en Europe. Les consommateurs vont trinquer et seuls une petite minorité s'en mettra plein les poches.
Comme d'hab !
De Succédané
| 12H12 | 04/09/2007 |
Ce schéma risque bien de se produire.
Aujourd'hui on nous dit que le courant français est le moins cher d'Europe grace au nucléaire mais demain quand EDF sera privatisé on commencera à inclure dans les coûts de production le démantèlement des vieilles unités et le stokage des déchets, c'est peut être alors que l'on aura le courant le plus cher d'Europe….
à Succédané
De Servais-Jean
4591
HS | 02H42 | 06/09/2007 |
Le démantèlement des centrales nucléaires ainsi que la gestion des déchets ainsi que la recherche pour résoudre le problème des déchets sont, depuis le début de la constroction de ces centrales, inclus dans le prix de reviens donc dans le prix de vente du Kwh.
S'informer avant de parler !
à Servais-Jean
De michelle_billaud
08H01 | 07/09/2007 |
bonjour, je vous trouve bien démoralisant ! ! ! certes nous perdons nos valeurs françaises au détriment de l'europe, mais qui va pouvoir me dire combien coute net un kw en Espagne en Italie, bien entendu en France « tarif standard » car la France a bien des tarifs. Quant au Gaz idem combien coute t-il chez nos voisins ? Et puis si nous devons en arriver aux extrêmes, combien coute les panneaux solaires et peut on chauffer une maison de cette façon. merci et bonne journée.
De
16H35 | 04/09/2007 |
Vous m'avez mal lu, ou quoi ?
T. G.
De
19H20 | 03/09/2007 |
« Le patriotisme économique ». Cet argument me hérisse le poil. En quoi ca nous concerne qu'une entreprise privée comme Suez soit rachetée par des italiens, des américains ou des japonais ? De toute facon elle est privée cette entreprise. Si on veut du vrai patriotisme économique, on a qu'à nationaliser ! Là, on fait le contraire, c'est quand même incroyable.
De Choucroute
20H29 | 03/09/2007 |
Assurément non, de la même manière que GDF n'a pas été privatisé. Les promesses de N. Sarkozy c'est bien connu sont toujours tenues. C'est clair, c'est net, c'est précis. Bon courage à tous les abonnés qui ont déjà subi récemment une hausse importante des tarifs.
De
20H32 | 03/09/2007 |
Franco-Français à l'heure ou l'Europe ne joue pas particulièrement collectif.
Il aurait été beaucoup plus judicieux de voir ce qui pouvait être fait avec nos collègues Européens plutôt que de recourir à notre sport national :
le meccano industriel.
http://www.peuples.net/article-12128394.html
De
20H32 | 03/09/2007 |
Depuis des années, les fonds de pension US actionnaires de Suez demandaient la cession du pole Environnement. Mestrallet s'y était toujours refusé.
Parce que pour des raisons bassement politiciennes on a temporisé, ca coute plus cher. L'Etat n'a pas les moyens de sa politique, on va exaucer un voeux des fonds de pension. Merveilleux…
De spin590
11H25 | 04/09/2007 |
Vous avez vu le vrai « fond » du problème. Une entreprise énergétique au niveau de ses concurrents internationaux, pourquoi pas, si nos services publics peuvent continuer à « regarder ». Par contre que notre bannière environnementale passe sous le contrôle de fonds dont le seul objectif est la rentabilité de l'action, c'est grave. Pourquoi ne pas faire de même avec la santé. L'euthanasie deviendrait vite, et comme par miracle, tout à fait légale.
Toujours agiter visiblement la main droite, pour que la gauche puisse tranquillement et d'une façon quasiment invisible nous asséner la claque que nous méritons de par notre approbation à tout ce qui flatte notre démagogique égoïsme.