
(De La Nouvelle-Orléans) Revenir à La Nouvelle-Orléans, c’est chercher à chaque fois les signes ténus de la reconstruction. En août, les bâches bleues avaient disparu des toits, mais les tas de débris jonchaient encore trop de trottoirs et de bas-côtés. Les rues du Lower 9th Ward étaient plongées dans le noir, et le soir, seul le bruit des crickets brisait le silence de la nuit.
Au printemps, quand le Mardi Gras battait son plein dans les rues intactes du quartier français (le Vieux Carré), on a cru un instant que le spectre de la Chose, comprenez Katrina, appelée aussi K, était enfin enterré. Le Lower 9th avait retrouvé une partie de ses lampadaires et ses feux de signalisation. Il ne manquait plus que ses habitants, pour la plupart encore dispersés.
Revenue pour le deuxième anniversaire de K, je cherche à nouveau ces signes. St-Claude, la grande artère qui relie le Vieux Carré au Lower 9th, a été entièrement repavée. Mais dans les rues avoisinantes, les nids de poule sont devenus cratères. Une station-service et une école primaire ont ouvert dans le Lower 9th, mais cette dernière doit recruter ses élèves dans d’autres quartiers. Sur les 22 000 personnes qui vivaient là, 900 seulement se sont réinstallés.
Qu’à cela ne tienne, le fait d’avoir obtenu la réouverture de Martin Luther King Elementary School, sur Claiborne Avenue, au milieu des ruines et des socles de maisons épargnés par les bullodozers, sonne comme une promesse de retour. On ne condamne pas un quartier qui a une école. Avant la pharmacie, avant le centre communautaire, avant même leurs maisons, les habitants du quartier ont voulu la rebâtir. George Bush, qui s'était contenté, trois jours après la catastrophe, de survoler le Lower 9th à bord d’Air Force One, devait assister à son inauguration aujourd’hui.
"Un patchwork de réussites et de ratages", selon Obama
Tirer un bilan de la situation de La Nouvelle-Orléans deux ans après Katrina tient souvent de l’acte de foi. "Patchwork" est le mot qui revient souvent, et qu’a repris à son compte Barack Obama, candidat à l'investiture démocrate pour la prochaine présidentielle, en parlant de "patchwork de réussites et de ratages". Il a rendu visite dimanche aux Tregre, dans le quartier de Gentilly. Les Tregre ont reconstruit leur maison grâce à leurs fonds propres et aux remboursements de l’assurance.
En face, le voisin vient lui aussi d’emménager. Il attend toujours l’argent du Road Home, ce programme d’aide au retour financé par Washington mais géré –de manière kafkaïenne, entre incompétence et chicaneries bureaucratiques– par les autorités de Louisiane. Il s’est fait tour à tour maçon, charpentier, carreleur, autant de métiers qu’il n’avait jamais pratiqué avant la Chose.
Tout autour, des dizaines de maisons désespérément vides. Et au coin de la rue, une caravane de la Fema, l’agence fédérale d’aide en cas de catastrophe, transformée en repaire de drogués par ses occupants. "Nous avons appelé la police des dizaines de fois", soupire Connie Tregre.
Des situations comparables, il y en a partout dans La Nouvelle-Orléans, qui se reconstruit en pointillé et de façon anarchique, au gré des finances de ses habitants, de leur réseau social et de leur détermination. Les chiffres officiels du retour varient entre 264 000 et 300 000. Près de 80% des habitants de la ville, qui comptait 450 000 habitants intra muros et près de 1,4 million avec sa vaste banlieue, avaient été évacués après le passage de l'ouragan.
Les plans dressés par les urbanistes ont été rejetés par la population
Les urbanistes appelant à une reconstruction d’une cité plus compacte, sur les terres les plus élevées (la moitié de la ville se situe au dessous du niveau de la mer) n’ont pas été écoutés. D’abord par des habitants s’accrochant à leur bout de terrain, ensuite par un maire trop occupé à sa réélection.
Reconstruire sur des terres qui s’enfoncent irrémédiablement dans la mer paraît insensé. Dans leur premier plan, durant l’hiver 2005-2006, les urbanistes avaient prévu de faire des zones les moins élevées des espaces verts. Ces quartiers étant pour une bonne part habités par des Afro-Américains (mais pas seulement: dans la ville, des Blancs vivent aussi sous le niveau de la mer), les accusations de racisme n'ont pas tardé.
Le maire a finalement reculé, et depuis, on reconstruit partout. Même à Lakeview, le quartier blanc de classe moyenne au nord-ouest de la ville. Une aberration géologique, comme toute la partie nord de la ville bordant le Lac Pontchartain, construite sur des marais asséchés.
Contrairement aux idées reçues, le Lower 9th, n’est pas, loin s’en faut, le quartier le plus bas de la ville. Sa partie sud, accolée au Mississippi, est l’une des zones les plus élevées de La Nouvelle-Orléans.
Mais les habitants de Lakeview ont les moyens de revenir, alors ils reviennent. Tandis que dans le Lower 9th, rares sont ceux qui peuvent le faire sans le soutien du Road Home.
Des aides distribuées au compte-gouttes
Cora Charles, une alerte grand-mère de 74 ans, a enfin reçu son chèque. Elle fait partie des 41 000 chanceux qui ont pu passer à la banque, alors qu’ils ont été 181 000 à déposer une demande d’aide il y a près d’un an. Elle va reconstruire sa petite maison de cyprès dans le Lower 9th. Le bois de la nouvelle cuisine est déjà choisi, elle hésite encore pour les sols.
Cora vit seule dans sa caravane, plantée dans son jardin, depuis mai 2005, malgré l'insistance de ses fils pour qu’elle s’installe chez eux, à Bâton-Rouge, ou à Slidell, de l’autre côté du Lac. Elle n’a pour seuls voisins qu’un vieux lunatique qui occupe une maison en ruines en face, et un grand-père vivant avec son petit-fils de 12 ans dans une caravane brinquebalante.
Robert Stark, 51 ans, lui, attend toujours son chèque. Calculette en mains, il dit qu’il lui faut 86 000 dollars pour retaper la maison de briques rouges, dont il ne reste plus que la coque, sur Egania Street, à quelques encablures de celle de Cora.
La moyenne des chèques versés jusqu’ici par le Road Home se monte à 68 000 dollars. Robert sait que son terrain n’a que peu de valeur, car du mauvais côté de Claiborne Avenue. Il accepterait de l’échanger avec un autre lot, ailleurs, même en dehors du Lower 9th.
Près de 35 000 maisons abandonnées
L’échange de terrain. C’était la grande –la seule d’ailleurs– idée du deuxième exercice d’urbanisme lancé en grandes pompes en août 2006. Un exercice qui a duré huit mois, a mobilisé des milliers de citoyens au gré de plusieurs centaines de réunions, par quartier, sous-quartier ou coin de rue.
Au final, les architectes maîtres du dossier n’ont jamais osé publier les plans issus de cet immense brainstorming démocratique. "Nous aurions eu des émeutes", reconnaît l’urbaniste en chef du plan, Steve Bingler.
Mais l’idée de l’échange de terrain était lancée. Car la ville de La Nouvelle-Orléans, qui n’a cessé de se dépeupler depuis 1960, quand elle avait encore 650 000 habitants, compte plus de 35 000 maisons abandonnées, lots, terrains vagues, bref, autant de sol disponible, dont une grande partie est située au-dessus du niveau de la mer.
Un chercheur de Tulane University a même calculé que les terrains vides surélevés occupent une surface trois fois plus grande que celle du Vieux Carré. C’était en mars. Reconstruire une ville plus compacte sur des terres plus élevées ne serait donc pas qu'un rêve d'urbaniste.

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La situation y est catastrophique et on se demande comment ils vont gérer cette reconstruction. Le problème vient de l'état de la Louisiane; ils ne financeront pas la ville. En revanche, une aide fédérale serait bien utile... mais reste à savoir si ils ont l'argent pour financer une reconstruction massive de la Nouvelle-Orléans.
Ils s'en foutent de la NO. Ce sont surtout des pauvres, noirs de surcroît. T'as vu combien de temps il a fallu à Bush avant de se décider à y aller ?
Il préfère dépenser des milliards dans son armement et ses guerres qu'à aider des pouilleux.
Ca sera bientôt pareil en France avec son fils spirituel.
Il est facile de dire qu'il dépense dans des milliards dans la guerre sans aider la Nouvelle-Orléans. Je partage le même avis que vous; cet argent serait bien plus efficace pour cette ville qui aurait besoin d'un financiement régulier et important pour reconstruire. Mais, on en revient à dire, comme dans beaucoup d'autres articles, on ne peut pas se permettre de retirer les troupes d'Irak. En conséquent, nous sommes dans une situation assez embêtante; il faut continuer à financer la guerre. Reste donc à savoir qui va financer la Nouvelle-Orléans pour une "rénovation" majeure.
Vous vous rendez comte : un tsulami chez les Bretons!
Ils pourraient attendre les "connards"!
Une information: la taxe d'habitation (property tax) va etre multipliee par 8 voire 10 pour celles et ceux qui la payent que ce soit des entreprise comme des restaurants ou de simples proprietaires.
De nombreuses personnes vont repartir, des restaurants vont fermer.
Oui il n'y a plus beaucoup de baches bleues mais les caravanes de la FEMA sont toujours la a Lakeview ou ailleurs.
Remonter Claiborne de St Charles a Canal St laisse toujours cette vue de villle fantome.
Dans la rue ou des amis habitent (pres de UNO) ils ne sont que trois et le soir on peut voir des ratons laveurs.
Cette ville ne sera plus jamais la meme.
Y aurait-il abus d'intertextualité si on reliait cet article au texte paru le 27 août sur le Monde , écrit par Chamoiseau et Glissant intitulé "Dean est passé, il faut renaître. Aprézan"
Le désastre est aussi un moment de remise en question pour penser, s'engager et construire l'avenir sur de nouvelles bases.
léo
et ce bush demande 50 milliards de dollars supplémentaires pour cette fichue guerre d'irak!!!...un véritable gouffre financier abyssale!!!...et pour ses propres citoyens des miettes(et je suis généreuse)!!!...je suis bien curieuse de savoir le total de tous les dépenses de cette bavure meurtrière!!!???...une chose dont je suis sure c'est que cela pourrait bien aider les 36 millions de pauvres américains + les 47 millions sans couvertures sociales ainsi les victimes du cyclone katrina!!!...et j'en passe et d'autres!!!...rebelle
tout a fait d'accord, helas nous avons elu son fils spirituel, notre tour arrive a grand pas, pour avoir vecu 5 ans aux USA il y a bien longtemps que ce n'est plus une vraie democratie. Riche tu existe pauvre c'est de ta faute, alors ....J'ai tres peur de l'avenir
...et il promet des jours meilleurs!!!???...MDR!!!...rebelle
Qu'attendre d'un raté du cerveau à la Maison Blanche qui gratte ses fonds de tiroir pour continuer une guerre inutile Irak ?
"La Nouvelle-Orléans, qui se reconstruit en pointillé et de façon anarchique, au gré des finances de ses habitants, de leur réseau social et de leur détermination."
Comment croyez-vous que cette chef d'oeuvre de l'urbanisation non-planifiée a vu le jour? C'est dommage que tout les moyens nécessaires ne sont pas disponible à tout le monde, mais c'est sûrment mieux qu'un effort de reconstruction centralisé dans les mains d'experts gouvernementaux et des grands promoteurs particulièrement bien branchés. En fait, il se peut qu'une réconstruction en pointillé et de façon anarchique soit la seule façon de respecter le système d'architecture urbaine de la Nouvelle-Orléans.
Desmond Bliek, Canada
Cher Desmond, c'est une affaire compliquée, Il ne s'agit pas simplement d'opposer centralisation à l'anarchie actuelle. La ville aurait pu (dû) être plus engagée dans l'idée des échanges de terrains, une solution possible d'un quartier à l'autre et même à l'intérieur d'un seul quartier (la plupart des urbanistes sont formels). C'est le cas du fameux Lower 9th notamment, dont la moitié est clairement située au-dessus du niveau de la mer. Il aurait fallu certes surmonter la résistance de nombreux citoyens, et sans doute d'investisseurs immobiliers qui flairent les bonnes affaires sur ces lotissements non construits, mais cette solution avait (a toujours) le mérite d'être viable et réalisable avec un minimum de volonté politique. Un effort sérieux de communication sur les risques encourus à reconstruire comme avant aurait également permis aux citoyens de prendre des décisions réfléchies. Sans compter que le réchauffement climatique n'est que très, très, rarement évoqué dans les discussions sur la reconstruction de la ville. Par ailleurs, ce "chef d'oeuvre d'urbanisation", comme vous le qualifiez à juste titre, a vu le jour de manière pensée, toute l'ancienne partie de la ville, jusqu'aux années 20-30 était située sur les terres hautes, du Vieux Carré aux magnifiques maisons de St Charles, en passant par les shotguns et les cottages créoles de Bywater et même du Lower 9th, côté Mississippi.
Vu ce chiffre sur CNN : 47 % de mortalité en plus depuis l'ouragan par manque d'hopitaux.
Le lendemain on voit Georges Bush en visite dans la région et plaisantant avec ses hôtes.
Ahurissant
C' est triste à dire mais le seul secteur qui as pu se reconstruire, ce sont les casinos. Bien sur, ils ont doubler leur effectifs. Beaucoup de personnes ont pu retrouver du travail. Pas suffisament, bien sur mais quand même de quoi faire repartir un système viable ( pour l'amérique ).
Ils etaient sur des bateaux avant "Kat" et maintenant ils sont sur la terre ferme.
Notre vue des choses est faussée car en Europe et surtout en France, nous avons des structures d'entraide qui marchent plus ou moins bien mais qui fonctionnent quand même.
Le système libéral américain pronent le " Aide toi ,le ciel t'aideras ", cela ne peut rien donner de bon. L'égoisme américain n'est plus à prouver. Leurs dirigeants ne sont élus que sur des promesses intenables économiquement.
Dés alors qu'il y as un problème important, toute la machine s'enraye et se bloque.
On peut critiquer notre service publique mais chez nous, la Sécu, la CAF ou la DASS aident beaucoup de personnes dans le besoin. En france, le gouvernement se porte garant derrière les assurances en cas de grandes catastrophes. Aux States, c'est démerde-toi.
Excusez-moi mais quand un "Sarkozizi" nous vante ce système là, cela me fait des frissons dans le dos et mal un peu plus bas. On balance tout sur les régions ou les départements et l'état se retire de beaucoup de secteurs ( routes, transports ferroviairs, hopitaux si vous voulez garder votre hopital qui n'est plus rentable, vous n'avez qu'a la financer vous même avec vos impots locaux ) tout ça sans baisser les impots nationneaux. Grace à cela, ils peuvent continuer à avoir le même train de vie malgré la dette.
Cinquante et quelques pour cents de personnes ont us un rève aux dernieres éléctions mais tout ça est un train de tourner au cauchemar. Je ne souhaite pas de catastrophe mais cela réveillerais beaucoup de personnes qui croient que tout est bien établi.
Hélas, c'est dommage qu'on ait besoin d'une catastrophe pour remettre les choses à plat et montrer au grand jour les carences de nos pays soisdisants dévelloppés.
Maria,
Vous avez tout à fait raison en ce qui concerne la consolidation des lôtissements - à l'échelle des quartiers mais aussi à l'échelle régionale - afin d'assurer que la ville se raccorde avec son statut dépeuplé non juste après-Katrina, mais comme vous remarquez de justesse, depuis les années 1960. Mais je trouve que l'échelle presqu'individuelle de la trame parcellaire et résidentielle de cette ville est probablement son meilleur espoir pour une réconstruction à l'échelle humaine et avec une diversité cohérente en ce qui concerne sa forme urbaine - pour en faire un véritable projet urbain avec un cadre (le lôtissement et le trame viaire) évolutif, et non pas une opération fixée dans le temps style banlieue (nord-américain).
Merci pour les reportages,
Desmond
Bonjour Desmond,
travaillez-vous sur les questions d'urbanisme à la Nouvelle Orléans?
je suis toujours à la recherche d'experts pour mon travail de documentation.
Maria Pia Mascaro