
En 1965, Ceausescu arrive au pouvoir en Roumanie. L'année suivante, par un décret, il décide de repeupler le pays en interdisant le contrôle des naissances. Face à cette mesure autoritaire, certains médecins résistent et favorisent la pratique de l'avortement de façon illégale. Avec leurs patientes, ils risquent alors jusqu'à huit ans de prison. En 1987, deux ans avant la chute du communisme, la Roumanie enregistre ainsi le taux d'IVG le plus élevé d'Europe.
C'est dans ce contexte que Cristian Mungiu nous plonge avec » 4 mois, 3 semaines, 2 jours » , Palme d'or cannoise cette année, film tragique, éprouvant et magnifique sur la liberté, la détermination, la fidélité.
Son réalisateur, né en 1968 dans le nord-est de la Roumanie, a vécu une enfance et une adolescence heureuse (maison avec jardin, animaux à choyer et arbres à escalader). Ce qui ne l'empêche pas plus tard de prendre conscience de ce qui se passe en dehors du bloc communiste, et de se révolter :
» Nous écoutions la musique et les radios occidentales, lisions des livres, des magazines, parfois même des journaux (…). L'histoire de ce film est née d'une expérience tellement personnelle qu'on ne la partage généralement pas avec les autres.
» Mais quelque chose d'inattendu s'est passé lorsque je l'ai racontée à certaines personnes : elles avaient vraisemblablement toutes vécu des événements un peu similaires. »
L'an dernier, Mungiu décide de dire en images, de traduire fidèlement ce que fut la fin des années 80 en Roumanie, à travers l'histoire d'amitié de deux jeunes étudiantes. Otilia (Anamaria Marinca) a une vingtaine d'années et, comme tous les jeunes de son âge, n'a connu que la dure réalité du quotidien, la lutte permanente pour l'achat d'un simple savon, pour l'obtention d'un ticket de bus, ou encore pour celle de cigarettes au marché noir.
Mais lorsque Gabita (Laura Vassiliu), sa colocataire de chambre à l'université, lui demande d'organiser son avortement clandestin, de trouver une chambre d'hôtel puis le » médecin » avorteur du nom ironique de » Monsieur Bébé » , cette lutte devient inégale, et effrayante.
La blonde, dominatrice responsable, et la brune, inconséquente soumise
Une première vision du film invite à compter les deux amies au nombre des héroïnes solidaires dont le tandem tente de survivre aux dictatures politiques, sociales et morales que fonde la domination des mâles. Pourtant, si la blonde et la brune sont respectivement silhouette mobile et corps souffrant, dominatrice responsable et inconséquente soumise, plusieurs choix de mise en scène permettent de superposer les portraits de ces deux prisonnières du même bocal.
Car c'est ainsi que s'ouvre le film : deux poissons rouges dans un bocal, le bocal sur une table, la table dans cette petite chambre que partagent les filles. Le film ne cesse alors – bien qu'il s'attache à un unique point de vue– de livrer des indices soulignant le rapprochement de deux trajets : Otilia, inexorablement, devient Gabita.
» J'aime que l'environnement raconte son histoire »
L'utilisation systématique de décors naturels et l'usage parcimonieux d'éclairages artificiels donnent à l'image, typée » années 80 roumaines » , une tonalité blafarde, sinistre, dominée par le vert et le noir.
Mungiu, qui n'aime pas les studios, explique :
» Je tourne seulement en décor naturel. De nombreuses prises du film offrent les décors à des angles de 180, 270 ou 360 degrés. J'aime que l'environnement lui-même raconte son histoire.
» Nous avons décidé de ne tourner que des plans-séquences ; ainsi avons-nous obtenu des scènes où la caméra, en décor naturel, suit l'acteur sur plus de cent mètres, en commençant dans une rue et en terminant finalement par une entrée dans un appartement.
» C'est terriblement difficile, mais l'effet est tellement authentique que cela valait vraiment la peine. »
Une mise en scène toute en tension
Mais le travail de l'image est aussi marqué par une recherche élaborée de tensions opposées : retour périodique à une fixité appuyée entre deux échappées mobiles et haletantes sur les talons d'Otilia, jeu alterné de gros plans directs et insistants et de hors-champs vertigineux.
La matière sonore quant à elle est d'une élasticité et d'une variété étonnantes : éléments de langage à la limite de l'audible, sons hors-champ et off -aboiements des chiens, sonnerie du téléphone, son du vide-ordures- » détourés » et puissamment dramatisés…
Des partis pris de réalisation très singuliers, donc. L'unité de temps courte, la récurrence de plans séquences presque fixes et très longs, les cadres aux symétriques sophistiquées, le choix de la pudeur hors-champ et celui de la vérité crue du plein-cadre… sont autant d'éléments d'écriture originaux qui font de ce film un précieux témoignage.

A lire :
« 4 mois, 3 semaines… », une Palme jeune et audacieuse
Antoine de Baecque avait vu le film à Cannes

A lire :
Darcos à 2 doigts de censurer « 4 mois, 3 semaines… » à l'école
Le film sera finalement diffusé dans les collèges et lycées.

























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De
22H43 | 29/08/2007 |
Je n'ai pas vu ce film. Mais j'ai des souvenirs assez sordides de ce qui se passait en France dans les années 60, lorsque j'étais à l'âge des héroïnes. La contraception était balbutiante encore et l'IVG interdite. Le procès de Bobigny que j'ai suivi avec intérêt a ouvert les yeux sur ce qu'était alors le combat que les jeunes femmes avait à mener, et qu'elles ont gagné en 1974 grâce à Simone VEIL. Mais tout n'est par gagné car il y a beaucoup d'endroits où il est impossible d'avorter en raison de la « conscience » de certains médecins, et des délais imposés jusqu'à ce que l'avortement soit déclaré trop tardif. Et beaucoup de femmes doivent encore prendre la direction de l'étranger. Il ne faudrait pas grand chose pour qu'un retour en arrière soit possible. Aussi, il faut que ce film soit diffusé le plus possible auprès des jeunes (il faut pour comprendre ce que je veux expliquer, se souvenir des vagues que ce film a provoquées lorsqu'il a été primé à Cannes, certains voulaient le faire interdire) pour les instruire sur ce que leurs grand-mères ont dû subir à cause surtout de l'Eglise qui reste intransigeante sur tout ce qui concerne la liberté des femmes.
De Succédané
| 10H07 | 30/08/2007 |
Ce commentaire me semble pertinent sur le fond.
Sur la forme si Ceausescu voulait « repeupler » le pays c'était surtout dans une visée nationaliste et xénophobe cherchant ainsi à s'opposer à la démographie des minorités tsiganes et même hongroise jugées trop prolifiques face à celle des roumains.
Le même type de raisonnement a probablement été l'un des facteurs de la guerre au Kosovo où la minorité albanaise avec des familles très nombreuses pouvait devenir majoritaire en pays serbe.
à Succédané
De
14H41 | 30/08/2007 |
Eh bah dis-donc ! Un politicien en herbe !
C'était et d'ailleurs c'est toujours le souci de tout pays de maintenir sa démographie, voir de la dévélopper puisque plus on est nombreux, plus on est puissants. Mais la xénophobie c'est un peu n'importe quoi puisque les hongroises ou bien les femmes tsiganes n'avaient pas plus le droit d'avorter que les roumaines. Quand aux hongrois ils ne sont pas connus pour être plus prolifiques que les roumains. Les tsignaes par contre si.
Quant au lien avec le Kosovo, là c'est encore n'importe quoi.
Donc pour conclure : le but de Ceausescu était louable, la manière détéstable …
Sinon faut arrêter de crier à la xénophobie dès le moindre truc qui n'a rien à voir ! ! !
De Succédané
| 15H22 | 30/08/2007 |
Eh bien, la discussion ne s'arrange pas ! vos « arguments » démographiques sont ceux aussi qui ont servis à Hitler pour développer le IIIème Reich ! !
Je veux bien croire que « plus une nation est nombreuse et plus elle est puissante », mais demandons donc aux Indiens ou aux Chinois ce qu'ils en pensent ?
Pour le reste cet anonyme devrait un peu plus élever le niveau de son expression, dire « n'importe quoi » c'est tout de même un peu court, j'en conclue que ce nostalgique de Ceaucescu n'a certainement pas mis ses pieds en Europe de l'est avant 1989
De
10H27 | 30/08/2007 |
Si le film est interdit aux moins de 16 ans, c'est moins pour le fond que pour la forme.
Il y a des images très très gores. D'ailleurs, lors de sa projection à Cannes, de nombreuses personnes ont quitté la salle avant la fin, non pas parce que le film était mauvais, mais parce que certains plans sont insoutenables.
Magnifique film mais soyez prêts.
De
06H01 | 30/08/2007 |
pourquoi se voiler la face, les femmes françaises vivaient la même chose jusqu'à la loi Veil.
le poids de l'église était énorme avant 68, les médecins en majorité des hommes…
femme médecin aux urgences j'ai toujours été frappée par la solitude des femmes jeunes ou non , vivant la tragédie d'un avortement raté. où sont les hommes ? on croirait à des conceptions miraculeuses.
que les jeunes de 2007 ne s'imaginent pas qu'on leur parle de la préhistoire, il faut si peu pour que cette horreur revienne. alors les filles restez attentives, ne comptez pas sur les hommes.
De
12H16 | 30/08/2007 |
Tout à fait d'accord avec toi.
Mais méfions-nous aussi des « saintes » femmes qui sous des dehors très respectables sont des monstres d'intolérance et d'obscurantisme. Le plus bel exemple en est Christine Boutin, émissaire du Vatican, dont la présence au gouvernement ne m'inspire que dégoût et rejet. J'ai envie de me faire une ablation des ovaires et de les lui envoyer sous paquet cadeau.
Audrey - Pau 64
De
10H55 | 30/08/2007 |
J'ai eu le plaisir de voir ce film, c'est un vrai chef d'oeuvre les acteurs sont formidables. A voir et revoir ! !
De
06H41 | 01/09/2007 |
Je l'ai vu hier soir et c'est vrai que c'est un sujet très prenant. Toutefois je me suis un peu ennuyé.
De
16H09 | 30/08/2007 |
Je ne crains pas C.BOUTIN, qui va certainement essayer de faire « passer » ses idées cathos réacs, mais elle ne le pourra pas. Ce ne serait pas suffisamment racoleur et Sarko ne le permettrait pas.
Ma crainte est surtout située au niveau de personnages qui oeuvrent dans l'ombre contre l'avortement. Ils sont assez silencieux ces derniers temps, ne bloquent plus de services hospitaliers, mais dans beaucoup d'endroits « on » accepte plus de pratiquer d'IVG, non pour des raisons inavouées de « conscience », « on » invoque maintenant les « places » manquantes, le tarif insuffisamment payé aux médecins et surtout le côté « mal considéré » de ceux qui en font. D'où la nécessité d'aller avorter ailleurs, pour celles qui en ont les moyens. Il faut continuer à surveiller de très près tout ceci. Car les jeunes femmes ne savent pas ce que nous avons fait pour elles.
Mon-Al (à 23 h 43 le 29/9, c'était déjà moi, mais ma signature a disparu )
De
17H39 | 30/08/2007 |
FILM A VOIR ABSOLUMENT
IL N'EST PAS INTERDIT AU MOINS DE 16 ANS
voici le texte officiel qui accompagne le film
Recommandation de la commission de classification des oeuvres cinématographiques : autorisation tous publics assortie de l'avertissement suivant : « “Le sujet du film, son traitement et certaines de ses scènes sont susceptibles de troubler des spectateurs sensibles et plus particulièrement les plus jeunes pour lesquels un accompagnement est à recommander.'”
Recommandation du ministère de l'Éducation Nationale : Le prix de l'éducation 2007 est plus spécifiquement recommandé aux adolescents : collégiens de 3ème et lycéens.
Comme tous les prix de l'Éducation Nationale du Festival de Cannes, le film de Cristian Mungiu fera l'objet d'un DVD pédagogique intégrant l'avertissement de la commission et visant à accompagner les professeurs dans leur travail en classe sur cette oeuvre (diffusion par le réseau SCEREN - CNDP).
De
15H22 | 13/09/2007 |
Vous connaissez la France ? Pays de vieux ou la majorite des + de 65 ans ont vote Sarko….
Vous connaissez la Roumanie ? Pays jeune, avec plein de gamins de 25 ans, qui ont la peche et qui feront la richesse future de ce pays…..
Cherchez l erreur…..Vouloir un pays jeune, n est pas scandaleux…..