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Affaire Borrel : procès en vue pour deux fonctionnaires djiboutiens

Elisabeth Borrel, veuve du juge assassiné à Djibouti (Charles Platiau/Reuters).

Sur le plan judiciaire, le dossier est mineur. Mais en matière politique, il pèse de tout son poids de plomb entre Paris et Djibouti. Dans quelques mois, deux des plus haut fonctionnaires djiboutiens seront jugés par le tribunal correctionnel de Versailles, pour « subornation de témoins ».

Ils sont soupçonnés d'avoir tenté d'acheter un témoin-clé dans l'affaire de l'assassinat du juge Borrel, ce magistrat français assassiné à Djibouti en 1995, dans des conditions encore mystérieuses. Depuis sa mort, sa veuve (Photo) se bat pour que la vérité soit faite.

Les deux prévenus risquent d'écoper du maximum de la peine –trois ans de prison et 45000 euros d'amende- dans la mesure où il est peu probable qu'ils se présentent à la barre.

La particularité de cette enquête, qui met en cause l'actuel procureur général de la République de Djibouti, Djama Souleiman, et le chef des services secrets, Hassan Saïd, est d'avoir été bouclée dès son origine. La « subornation de témoin » étant constituée dès l'ouverture de l'information judiciaire, il était logique que les auteurs du délit soient un jour jugés.

Les deux hommes n'ont pas fait preuve de beaucoup prudence. Ils ont tout simplement tenté de circonvenir deux anciens officiers de la Garde présidentielle djiboutienne (GP).

Négociations dans un hôtel pour une rétractation

L'un, Mohamed Alhoumekani, s'est même vu proposer argent et honneur (un poste d'ambassadeur) pour prix de son silence. De ce chantage, mené par le procureur Souleiman, un magistrat formé à l'ENM de Bordeaux, il existe plusieurs traces accablantes : photos, enregistrement de conversation téléphonique et mentions manuscrites. Dans le hall d'un hôtel de Bruxelles, sur une photo, le magistrat djiboutien est penché sur un projet de lettre de rétractation que le régime aurait bien aimé faire signer au témoin gênant.

Alhoumekani a toujours été une épine dans le pied du président Guelleh. Le lieutenant de la GP a suivi une étrange conversation, le 19 octobre 1995, dans les jardins de la présidence. Où le chef de la gendarmerie, le chef des services secrets et deux terroristes censés être en prison s'adressent à Ismaël Omar Guelleh, le futur président de la République, pour lui préciser que « le juge fouineur est mort, il n'y a plus de traces ».

Décrédibiliser le témoin-clé de l'affaire

Après la révélation de son témoignage, en décembre 2000, Alhoumekani, réfugié en Belgique, fera l'objet d'une attention constante du régime de Guelleh. Approche discrète, surveillance régulière, intimidations : tout est bon pour tenter de le faire revenir sur une version. Il ne la reniera jamais.

Constatant que leurs intimidations n'aboutissent pas, les hommes de Guelleh entreprennent de décrédibiliser le personnage. Pour cela, Hassan Saïd, le chef du SDS (Service de Documentation et de Sécurité) fait faire une lettre à son ancien supérieur hiérarchique, le commandant Ali Iftin. Lettre où Alhoumekani est décrit comme un officier sans foi ni loi.

Cette opération, elle aussi, finit par échouer, car Iftin quitte à son tour le pays, sous la menace de représailles brandies par son « cousin » Ismaël Omar. Il atterrit finalement à Bruxelles, où il raconte face caméra les manœuvres du régime.

Le procès annoncé devrait donc être une grande plongée dans l'univers des turpitudes djiboutiennes, plus proches de celles des Pieds Nickelés que des intrigues d'un John le Carré.

Mais avant d'arriver à l'audience, il est certain que Djibouti va réagir à ce nouvel affront. Car au bord de la Mer Rouge, on est désormais convaincu que l'élection de Nicolas Sarkozy marque une rupture dans la gestion des affaires franco-africaines.

Photo : Elisabeth Borrel, veuve du juge assassiné à Djibouti (Charles Platiau/Reuters)

 

A lire :
Mort du juge Borrel : ce que la France a voulu cacher
Les autorités françaises ont défendu la thèse du suicide.

 

14 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Courageux anonyme

De

09H30 | 28/08/2007 | Permalien

Il est à noter que si Nicolas Sarkozy président a reçu officiellement Mme Borrel, Nicolas Sarkozy ministre de l'Intérieur, avait refusé de déclassifié des documents sur l'assassinat du juge Bernard Borrel.
De plus, je ne suis pas sûr que les premiers discours de la présidence française sur une réforme de la politique africaine de notre pays soient suivis d'effet. Notre chef d'Etat s'affiche toujours comme soutien de personnalités plus que contestables (le dictateur Omar Bongo notamment)
Enfin comment rester optimiste quand les affaires étrangères et à fortiori africaines restent dans le domaine réservé de l'Elysée, en dehors de tout procesus démocratique (aucune évaluation, aucun contrôle etc.).

Portrait de Courageux anonyme

De

09H34 | 28/08/2007 | Permalien

Le corps du magistrat avait été confié à l'hôpital militaire français de Djibouti. La thèse du suicide a d'abord émergée des autorités françaises sur place. Le livre d'Elisabeth Borrel est éloquent à ce sujet. Cette affaire n'est pas seulement une affiare Djiboutienne, c'est une affaire d'état ilmpliquant des autorités des deux pays (France et Djibouti).
La question est pourquoi ? L'hypothèse d'un trafic d'uranium qui revient assez fréquemment est-elle plausible ?

Portrait de David Servenay

De David Servenay (auteur)

Rue89 | 09H42 | 28/08/2007 | Permalien

@ Courageux anonyme de 10h34.

Vous avez tout à fait raison de poser la question du mobile de l'assassinat de Bernard Borrel, qui demeure la véritable énigme de cette affaire.

Au regard des éléments d'enquête connus (un papier manuscrit a été retrouvé dans les affaires du magistrat, avec des formules chimiques de matières fissiles), l'hypothèse du trafic d'uranium est « plausible » mais pas certaine, loin de là.

Ceci dit, vu le nombre de trafics dont Djibouti a toujours été la plaque-tournante, il n'est pas impossible que Bernard Borrel ait été victime d'un « chantier » (un piège) tendu par des gens qu'il gênait. Les Djiboutiens en savent plus que ce qu'ils n'ont bien voulu dire jusqu'à maintenant. Peut-être ce procès sera-t-il l'occasion de voir quelques langues se délier…

Portrait de Courageux anonyme

à David Servenay Portrait de David Servenay De

11H25 | 28/08/2007 | Permalien

Quand on voudra bien cesser de fermer les yeux sur la corruption chronique des dirigeants africains dans leur ensemble, un minimum de démocratie pourra peut-être émerger dans ces pays. L'assassinat d'un juge prêt à faire son boulot n'est qu'une anecdote là-bas. Manque de bol, celui-ci fait et fera du bruit, il est temps !
Certes, le discours de Sarko a dérangé une certaine conception du copinage à l'africaine ; ce n'est pas que je défende le tout, mais là, force est de reconnaître qu'il a raison, voyons maintenant si les faits suivent.

Portrait de ITAN IMULI

De ITAN IMULI

19H13 | 28/08/2007 | Permalien

Le sARKOZYSME peut se résumer a l'art du paraitre, les opinions publics se modèle au 20 heures…
Des tonitruantes déclarations quotidiennes a la comptabilité des actions mises en oeuvre il y a un abyme d'incohérence dont vous devriez être comptable !

Portrait de Faucon

De Faucon

Ancien | 09H43 | 28/08/2007 | Permalien

Non pas de trafic d'URANIUM. Tout ce que vous voulez et le choix est vaste , mais pas cela.
Même si des informations circulent, mais les escroqueries sont nombreuses dans ce domaine depuis le milieu des années 80.

Portrait de Alexad

De Alexad

12H24 | 28/08/2007 | Permalien

D'accord avec vous CA10h34. Il serait intéressant de connaître l'opinion de Madame Borrel, quant à la tournure que risquent de prendre les évènements.

Portrait de Courageux anonyme

De

19H14 | 29/08/2007 | Permalien

on ne peut qu'espérer connaître la vérité et soutenir dans cette quête cette femme au courage exceptionnel, serviteur de l'Etat bien mal récompensé

Portrait de Faucon

De Faucon

Ancien | 09H41 | 28/08/2007 | Permalien

Le procès annoncé devrait donc être une grande plongée dans l'univers des turpitudes djiboutiennes, plus proches de celles des Pieds Nickelés que des intrigues d'un John le Carré.

Excellent article Monsieur SERVENAY. Effectivement John Le Carré est bien loin de tout cela.

En parlant de plongée dans l'univers des turpitudes djiboutiennes, j'espère que nous découvrirons aussi le vrai visage des milieux « franco-locaux » qui gérent la vie économique de nombreux pays africains à partir des égouts et des caniveaux mêmes quand ces derniers n'existent pas…

Portrait de Courageux anonyme

De

15H34 | 28/08/2007 | Permalien

A ceux qui rêvent d'une Afrique démocratique, je
rappelle que ce continent est de plus en plus islamisé.

Portrait de Courageux anonyme

De

10H22 | 29/08/2007 | Permalien

A tous ceux qui rêvent d'une Afrique démocratique, je rappelle que ce continent est de plus en plus Christianisé ! ! !

Bon sans rire : l'Afrique (de la méditerranée savanes du sud du sahara) est islamisée depuis des siècles et des siècles (avant l'arrivée des Chrétiens d'ailleurs).

L'obstacle principal à la démocratie en Afrique Francophone depuis 40 ans à été la Françafrique fondée par De Gaulle et Foccart.

Le génocide Rwandais a eu lieu dans un pays largement Christianisé, et plusieurs religieux ont été mis en cause. Certains sont encore protégés par l'église Catholique.

La position du Pape sur l'usage du préservatif joue un rôle très important dans l'épidémie de SIDA qui frappe le continent.

Il faudrait arrêter de dire n'importe quoi sur l'Afrique et les gens qui y vivent. Cela permettrait d'arreter d'y soutenir des politiques mortifères en agissant sur les vrais problèmes. Au lieu de ça, on va serrer la main de Bongo !

Portrait de Servais-Jean

De Servais-Jean 4591

Hi-Han | 02H18 | 29/08/2007 | Permalien

Les deux loustics djiboutiens ont dit qu'ils ne se présenteraient pas au procés.
Mais Madame Borel peut être contente car Sarkozy a tenu la promesse qu'il lui avait faite.
Cependant une chose me chagrine. Dans ces histoires
judiciaires inter états il faut toujours beaucoup de temps pour arriver à un début de début de solution. Or il n'y a pas longtemps que Sarkozy s'occupe de cette affaire. Je sais bien qu'il est speed, mais quand même ?

Portrait de Courageux anonyme

à Servais-Jean Portrait de Servais-Jean De

06H23 | 29/08/2007 | Permalien

En l'occurence, c'est Mme Borrel qui s'occupe de cette affaire depuis plus de 10 ans. Et ce en dépit des différentes pressions qu'elle a subit pour arrêter sa recherche de la vérité (courriers coups de fils anonymes)
Nicolas Sarkozy essaie de rattraper le coup (médiatiquement parlant), de se démarquer de son prédécesseur.
Il n'y a à ce jour aucun changement structurel dans la conduite des affaires africaines, toujours dans les mains d'un petit comité échappant à tout contrôle démocratique, dans l'indifférence il faut bien le dire des citoyens français et de leurs députés.

Portrait de patf

De patf

Ingénieur à Paris | 15H34 | 29/08/2007 | Permalien

« dans l'indifférence il faut bien le dire des citoyens français et de leurs députés. »

tous le députés ? non, un seul, Montebourg, a osé dénoncer les pratiques franco-djiboutiennes lorsqu'il était dans la délégation des amitiés franco-djiboutiennes de l'assemblée nationale.Il s'est même fait virer de Djibouti, il y a quelques années.

Pour le reste, la manière dont est traité Djibouti dans cette affaire : refus de transmission de dossier ( alors que la Convention judiciaire entre la France et Djibouti n'a été dénoncé par aucune des deux parties ), non respect de la présomption d'innocence placardée dans tous les médias français (A-t-on remis en cause la présidence française alors que, par exemple, dans l'affaire Grégory aucun assassin n'a été trouvé), déclarations faites par deux témoins qui sont discrédités par le fait qu'ils appartiennent à un mouvement d'opposition en exil….etc.Tout ça incite à penser qu'il y a pour le moins anguille sous roche et que si le combat de Mme Borrel est tout à fait justifié, il y a peut-être comme un air de manipulation dans ce buzz médiatique de la part d'autres intervenants.Si preuve il y a pourquoi n'est -elle pas mise en avant ?

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