critique

« A l'abri de rien » : Olivier Adam parmi les ombres de Sangatte

L'écrivain Olivier Adam (Richard Dumas).

Des destins brisés. L'horizon. Là bas, l'Angleterre. Ils errent, fantômes accrochés à l'espoir d'une traversée. Eux, ce sont les Kosovars. C'est comme ça qu'on dit là bas. En fait, très peu de Kosovars. Des Kurdes, des Ethiopiens, des Iraniens, des Irakiens. Ils dorment dans des blockhaus, des chalets, dans le parc qui longe la grande allée. Ou près de la gare. Les flics les tabassent, les laissent à 50 bornes de là.

Marie a grandi ici. Elle les croisait souvent, les » Kosovars » . Pas un mot ni un regard. Un soir, alors qu'elle rentre avec Lucas, son fils, sa voiture tombe en panne en rase campagne. Une ombre surgit. Jallal vient l'aider. Il lui tend la main, attend un geste, un billet, une pièce. Marie ne comprend pas. Quelques jours plus tard, elle s'engage comme bénévole :

 » Je pensais et à l'horreur de vivre comme ça dans la crasse le froid la rue et le regard des gens, la honte, la terreur (…) J'ai pensé à leurs visages à leurs voix quand ils chantaient tard dans la nuit, une fois les verres descendus et la chaleur montée, à leurs yeux aux mots qui s'échangeaient après chaque repas, à la chaleur que c'était alors, à la vie qui battait malgré tout. »

A l'abri de rien, d'Olivier AdamPour A l'abri de rien, son sixième roman, Olivier Adam se pose dans une ville fantôme hantée par des déracinés. Marie erre dans la vie depuis la mort de sa sœur Clara. Les réfugiés errent dans la ville depuis la fermeture de Sangatte. L'auteur explique :

 » Il y a quelques années, j'ai animé des ateliers d'écriture dans un lycée professionnel de Calais. J'ai été frappé par l'état d'extrême précarité : d'un côté, des clandestins livrés à eux même et de l'autre, des jeunes filles qui ne croient plus au futur. Il y avait quelque chose de l'ordre de l'état de guerre. »

Les personnages d'Olivier Adam sont en quête perpétuelle de sens. Dans » Je vais bien, ne t'en fais pas » (adapté au cinéma par Philippe Lioret), une jeune femme tentait de comprendre la disparition de son frère. Dans » Falaises » , son précédent roman, deux frères essayaient de vivre après le suicide de leur mère. Ici, Marie va se perdre, sacrifier les siens pour sauver les autres :

 » J'avais l'impression que mes enfants étaient désormais séparés de moi par une paroi de verre. Je pourrais toujours les regarder mais plus jamais les toucher ni leur parler. J'étais devenue étrangère. J'étais passée de l'autre côté. »

Adam ne triche jamais. Il écrit pour rester au monde, pour répondre à un sentiment d'urgence. Sa prose est traversée par la nécessité. Parfois, il voudrait disparaître, être ailleurs : » Je passe le plus clair de mon temps dans un état cotonneux assez étrange. La littérature m'a certainement permis de rester en vie » , confie t-il.

L'année dernière, il a quitté Paris pour la Bretagne, incapable de trouver sa place au sein du landerneau littéraire. Loin du cirque médiatique et du brouhaha de la ville, il poursuit une œuvre emprunte d'un profond humanisme. Ce texte, écrit sur un fil, sonne comme un hommage à des vies qu'il est bien commode d'oublier…

A l'abri de rien d'Olivier Adam - éd. de l'Olivier - 219p.,18€.

Du même auteur :  » Je vais bien, ne t'en fais pas » (éd. Le Dilettante), » A l'Ouest » (éd. de l'Olivier), » Poids Léger » (éd. de l'Olivier), » Passer l'hiver » (éd. de l'Olivier), » Falaises » (éd. de l'Olivier). » Je vais bien, ne t'en fais pas » a été adapté au cinéma par Philippe Lioret, sorti en DVD chez Studio Canal.

14 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Courageux anonyme

De

13H02 | 25/08/2007 | Permalien

d'un tour de main. il semble que le problème persiste.

Au delà des déclarations choc et des phrases toute faite ,les problèmes du monde nous rattrapent. la misère du monde est là et elle ne veut pas venir en France contrairement à une idée répandue.
C'est le royaume-unis qui est la terre-promise.

http://www.peuples.net/

Portrait de Courageux anonyme

De

13H47 | 25/08/2007 | Permalien

le problème avait été réglé ? certes, par notre président alors ministre de l intérieur qui, après concertation avec le cher Blair,a fait fermer le centre de la Croix Rouge le 14 décembre 2002. Il n a pas traîné après sont élection. Que les réfugiés se retrouvent à la rue ? quelle importance ! Déjà la karchérisation était à l oeuvre

Portrait de Courageux anonyme

De

16H42 | 25/08/2007 | Permalien

Eh oui c'était le début de ce ministre de l'intérieur (fils d'immigrés lui même)qui rasa le bâtiment de la croix rouge avec autant de publicité qu'il le fait maintenant pour d'autres sujets . Ce personnage n'a pas honte aprés ce que la France à fait pour ses parents , le droit à cette nationalité aurait pu leur être refusé , et ainsi nous n'aurions pas eu cet hurluberlu à nous coltiner pendant cinq ans .

Portrait de Courageux anonyme

De

13H05 | 25/08/2007 | Permalien

« Les oiseaux mazoutés de nos plages et les chiens errants sont mieux traités que des êtres humains »
Collectif de Soutien d'Urgence aux Réfugiés http://www.csur62.com/

Portrait de antoinelecanut

De antoinelecanut

16H51 | 25/08/2007 | Permalien

Sur ce thème, je vous conseille la visite du site de Juline Prebel, étudiant et photographe qui a effectué entre autres, un remarquable reportage photo sur la situation des migrants dans la région de Calais.
http://perso.crans.org/pebrel/

Portrait de daniel B.

De daniel B.

18H20 | 25/08/2007 | Permalien

est-ce nécessaire d'être aussi démago pour parler de la souffrance humaine ?
est-ce confortable pour un écrivain de se sentir du bon côté : contre les méchants policiers avec les les gentils immigrés ?
et-ce que c'est rentable ?

Portrait de caro

à daniel B. Portrait de daniel B. De caro

délinquante avérée | 19H00 | 25/08/2007 | Permalien

à propos de « bons policiers », on peut suivre les tracas subis par une défenderesse de sans papiers à Calais :

http://lille.indymedia.org/spip.php ? article9165

si des gens comme elle ou comme Olivier Adam n'étaient pas là pour raconter, l'état policier serait déjà tout puissant. Pour l'instant quelques consciences restent éveillées et tentent d'éveiller le maximum de personnes. La France ne peut devenir une zone de non droit (humain)

Portrait de Courageux anonyme

De

23H34 | 25/08/2007 | Permalien

pourquoi des commentaires si revendicatifs ?

Lisez Olivier Adam, laissez-vous emporter par cette vraie littérature, et regardez vos failles s'ouvrir. Vous vivrez peut-être, du moins c'est ce que je vous souhaite un moment inoubliable.

Biz à tous et merci à rue89.

Sophie

Portrait de Liesel Schiffer

De Liesel Schiffer

Ecrivain | 12H00 | 26/08/2007 | Permalien

Oui, c'est de la vraie, de la belle littérature certes, mais justement, dont la valeur est doublée par la pertinence de son sujet. Olivier Adam parvient à séduire son lecteur par son style, sa narration soutenue par un suspens psychologique, tout en l'allertant sur un sujet grave et immédiat. Un livre qui justement, ne se contente pas de « porter » ou de transporter ; il fait du bien à l'âme, séduit l'esprit et donne envie d'agir. C'est ce qu'on appelle un chef-d'oeuvre, non ? Sans oublier plus haut, la critique de l'autre réussite de la rentrée, le roman de Mengistu.

Portrait de Courageux anonyme

De

09H24 | 26/08/2007 | Permalien

Ce livre est juste ce que j'ai lu de plus magnifique pour cette rentrée littéraire.
Cet écrivain est un diamant. De mille carats.
Rare et précieux.

Portrait de Courageux anonyme

De

12H35 | 27/08/2007 | Permalien

cher olivier

ce petit mot pour vous dire tout le bien que j'ai pensé de votre livre.

Le destin de Marie se perdant dans ce qui lui semble etre le sens de sa vie, sa bouée de sauvetage est on ne peut plus réussi. Vouos dépeignez avec justesse l'errance de cette femme dans sa vie qui heurte celle de ces hommes errants, en proie justement à des prédateurs de tout poils, qu'ils soient armés de battes ou de teaser…

Ne voir dans votre roman que de l'opportunisme et de la démagogie serait à mon avis une erreur de jugement pour des lecteurs qui ne vous ont jamais lus. Vous aimez dépeindre ces destins brisés, comme dans votre précédent roman ou dans vos nouvelles. Et si cela doit faire mal à notre petite conscience occidentale, alors souffrons

Olivier VERSTRAETE
RADIO CITE VAUBAN LILLE (RCV)
ecouter rcv en 99FM ou sur internet
www.rcv-lille.com

Portrait de Aglaee

De Aglaee

13H01 | 27/08/2007 | Permalien

De mon côté aussi, c'est l'un des seuls réellement bons ouvrages de la rentrée littéraire. La littérature française contemporaine est ennuyeuse à mourir, pompeuse, à la recherche de formules choc ; Olivier Adam lui plonge les mains dans le cambouis, et l'écriture qui en ressort est un souffle violent et poétique. L'engagement politique fait aussi du bien, et puis non je ne suis pas d'accord avec le fait qu'il y aurait de méchants policiers, de gentils immigrés. Olivier Adam montre les choses avec un peu plus de subtilité.
Et puis qu'un auteur masculin se place si justement dans la peau d'une femme, c'est assez rare pour être souligné.

Portrait de Courageux anonyme

De

10H52 | 23/09/2007 | Permalien

Le téléfilm « Maman est folle », inspiré du roman d'Olivier Adam « A l'abri de rien », qui devrait être diffusé prochainement sur FR3, vient de recevoir quatre récompenses lors de la 9e édition du Festival de la fiction TV à la Rochelle :

le GRAND PRIX DU JURY,
le PRIX DU MEILLEUR SCENARIO pour Jean-Pierre Améris et Olivier Adam,
le COUP DE COEUR DE LA MEILLEURE FICTION - PRIX DU JURY JEUNES - CONSEIL GENERAL DE LA CHARENTE MARITIME,
et le PRIX D'INTERPRETATION FEMININE pour l'actrice Isabelle Carré

http://isabellecarre.blogspirit.com/archive/2007/09/22/isabelle-carre-re…

Portrait de Courageux anonyme

De

17H31 | 23/09/2007 | Permalien

olivier adam a eu une belle idée de traiter ce sujet…je vais lire son livre et j'avais déjà bien aimé « je vais bien ne t'en fais pas »

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