
(De Nouadhibou) C'est d'Europe qu'ils rêvent. Venus du Mali, du Sénégal, de Gambie ou du Nigeria, des milliers de migrants se pressent toujours à Nouadhibou, à l'extrême nord de la côte mauritanienne. Une hypothétique porte vers l'archipel espagnol des Canaries (plus de 750 km les séparent).
Les candidats au départ savent les ratés, les arrestations et les naufrages, mais ne parlent que de ceux qui ont réussi la traversée. Combien sont-ils ? Difficile à dire tant ces candidats au départ se confondent avec ceux qui disent être venus travailler à Nouadhibou, comme l'explique le père Jérôme Otitoyomi Dukiya, de la paroisse Notre-Dame-de-Mauritanie.
« Les Africains sont toujours venus ici. Pour trouver du travail et pour tenter la traversée. Certains sont là depuis une dizaine d'années et sont parfaitement intégrés. D'autres restent quelques jours, quelques mois et disparaissent. Ce sont ceux qui ont tenté de partir. »
Un recensement établi en 2003 par cette église spiritaine dénombre toutefois 6542 étrangers, dont plus de 1270 femmes. Des chiffres qu'on peut sans doute multiplier par deux, les étrangers comptés étant uniquement ceux que la mission catholique a accueillis.
Les femmes. Le père Jérôme me tend son caméscope sur lequel il a filmé, la veille, la fête annuelle des migrants. Sur les images, un groupe de jeunes femmes vêtues de blanc. Elles dansent. « Nigérianes. » Il assène ça, puis ajoute que les Ghanéennes sont trop « vieilles » pour supporter la concurrence de ces nouvelles venues. Toutes se prostituent.
Débarquer à Nouadhibou, c'est se tromper. Tous sont arrivés pensant parvenir à quitter l'Afrique pour aller « là où il y a du travail ». Ils sont piégés par une ville cul-de-sac : l'ancienne Port-Etienne est impitoyable pour ces voyageurs qui, avant le grand départ, doivent travailler des mois afin de pouvoir se payer une place en pirogue vers l'Europe.
Des groupes armés qui sèment la terreur, un mari assassiné et une vie de misère. C'est ce qu'a quitté S., congolaise, originaire de Rutshuru, au Nord Kivu (RDC). Depuis un an, elle est coincée à Nouadhibou, vivant de l'aide de la paroisse et de quelques jobs. Elle parle des « filles », assure ne pas se prostituer. Il n'y a pas de fatalité : une jeune Nigériane, raconte S., a été forcée à se prostituer. Elle a refusé, a travaillé plusieurs mois pour se payer un billet de retour dans son pays. Le rêve européen se sera interrompu pour elle en Mauritanie.
S. croit qu'elle ne restera pas dans ce « trou où il n'y a rien ». Nouadhibou et ses 100000 habitants ne la séduisent pas. Son fils y est né mais elle ne veut pas qu'il grandisse dans ces traînées de sable. Même si elle admet un accueil moins hostile qu'ailleurs, S. s'accroche, jusqu'à l'obsession, à l'idée du départ.
Et ces centaines de naufragés ? « Il faut prendre des risques dans la vie. » Son bébé dans les bras, S. reprend son récit. Sa voix ne tremble jamais, pas même lorsqu'elle parle de son mari décédé. Partir, partir, partir. S. n'a que ce mot à la bouche. Mais partir où, pourquoi ? Elle parle des Etats-Unis, l'Europe ne sera qu'une étape de plus à son long exil. La France ? « On dit qu'il n'y a pas beaucoup de travail là-bas. On dit aussi que Nicolas Sarkozy n'aime pas les immigrés. »
Depuis trois ans, S. accumule les échecs. Elle sera parvenue jusqu'à l'aéroport de Londres avec un faux passeport sud-africain. Avant d'être renvoyée en RDC. C'est là qu'elle a décidé de tenter la route de l'Afrique de l'Ouest. (Voir la vidéo.)
Sur les plages, la vue des cayucos, ces barques à moteur, glace. Chargés par dizaines sur ces navires de fortune, beaucoup de migrants y laissent leur peau. Et leur fortune. Des mois de labeur à Nouadhibou et des centaines de milliers d'ouguiyas (entre 1000 et 3000 euros) accumulés permettent de payer la traversée à des passeurs mauritaniens, maliens ou sénégalais sans scrupules.
A partir de là, c'est l'attente. Aucune date n'est donnée. Le départ est souvent annoncé le jour même. Tous les matins, ceux qu'on appelle les « haragas » (« clandestins » en arabe) se réveillent ainsi avec l'espoir un peu inquiet que ce soit enfin leur tour.


























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De
00H24 | 23/08/2007 |
Difficile de commenter ça !
De
07H36 | 23/08/2007 |
Peut être difficile, mais il faut regarder la réalité en face : ces gens démunis sont des doubles victimes. Victimes de leurs compatriotes qui les escroquent en leur faisant payer des sommes pharaoniques. Et souvent ils les laissent aller à la dérive dans l'océan. Ensuite victimes de nos pays riches qui refusent de les accueillir parce qu'ils ne représentent rien, n'ont rien et n'offrent rien à première vue.
Difficile de lire que la France n'est plus désormais Terre d'Accueil … C'est bien triste !
Quel homme ou groupe politique osera prendre ce problème en main et proposer une solution humaine pour ces millions d'hommes et de femmes en désespérance ?
Anne64
De
08H53 | 23/08/2007 |
Le seul et unique moyen de résoudre ce problème est la création d'une vraie économie dans ces pays. Pour cela ; il faut que les européens et les américains stoppent leur système de subventions.
Le coton américain subventionné par le gouvernement US tue des millions d'emplois en Afrique, et comment expliquer qu'en RDC (le pays d'origine de S.) lorsqu'on veut acheter un poulet, il est congelé et il est français ! ! !
Ces exemples sont légion.
Si on ne laisse pas ces économies se développer avec leurs avantages respectifs et qu'en plus on leur vole leurs « têtes » (cf. l'immigration choisie) eh bien je ne vois pas comment on pourra résoudre le problème de l'immigration.
Jacques S.
De
17H08 | 23/08/2007 |
Comment expliquez-vous que malgré les aides financières conséquentes, malgré les richesses du sous-sol, ce continent est toujours à la traine ?
Comment expliquez-vous que l'Asie, l'Inde, le Brésil arrivent à améliorer leur économie mais pas l'Afrique ?
Croyez-vous qu'éternellement, ils recevront l'aide du monde sans jamais prendre enfin les mesures nécessaires pour que cesse les détournements d'argent, les combines à tous les niveaux du pays et qu'ils se mettent au travail ?
De
09H53 | 23/08/2007 |
On ne peut pas accueillir ces pauvres dans nos sociétés sans risquer des problèmes encore plus importants que ceux que nous connaissons déjà. Il est trop facile de dire que les pays riches sont responsables de leur misère. Ils en sont pour quelque chose aussi. Je suis d'accord pour réduire ma trine de vie en faveur d'une commerce plus équitable. Mais pour que cela marche, il faut que nos politiques reprennent le pouvoir des mains des financiers globalistes.
Nous devons arrêter de les plaindre et leur dire la vérité en face. Sinon, on les encourage à tenter le voyage de toutes les déceptions.
De
11H56 | 23/08/2007 |
qu'as tu exactement, toi, comme problème important ?
De
17H13 | 23/08/2007 |
chômage, mauvaise intégration, clandestins, qu'il faut accueillir, soigner, loger grace à mes impôts, retour aux pays donc aucune envie de s'intégrer vraiment , racisme envers le blanc, dégradation de cités, etc………..
De FirstDraftHistorian
18H44 | 23/08/2007 |
Les problèmes sont là. Ils ont été mal gérés. J'ai grandi pauvre mais je n'ai jamais insulté les personnes âgées, brulés des voitures, volé des portables. C'est ça l'image que nous laisse l'immigration. J'ai tendance à voir les autres en tant que victimes. Je tiens les parents pour premiers responsables. Qui peut affirmer qu'on puisse régler les problèmes qui sont déjà là en ouvrant les vannes de nouveau ?
De
09H53 | 23/08/2007 |
avant, nous avions des camps tristement célèbre et il nous faudra bientôt, nous pays dit « civilisé » nous enfermer derrière des murs infranchissable hérissé de barbelés. au non du progrès, nous avons détruit des cultures
nous nous sommes enrichis en les épuisant
et nous passons pour exemple, le progrès fait rage pire que les MST
nous jettons à la mer des millions, sans odeur de cramés,et très peu de bruit
De
17H19 | 23/08/2007 |
De quelles cultures parlez-vous exactement ? Croyez-vous qu'en 100 ans, vous détruisez quelque chose ? L'Egypte, le Maroc, la Tunisie, etc…ont-elles leurs cultures détruites malgré l'empire ottoman, les britanniques, les français ?
Actuellement, nous vivons aussi une colonisation en sens inverse. Donc notre culture va être détruite ?
Qui s'est enrichi sur leur dos ? Il y a eu le progrès et il a bien fallu trouver les matières premières. Est-ce la faute du blanc si les dirigeants ont préféré s'en mettre plein les poches plutôt que d'organiser leur économie ?
Arrêtons de toujours nous flageller et pointons du doigt ces dirigeants et l'élite noire qui affament leurs compatriotes.
De
17H20 | 23/08/2007 |
De quelles cultures parlez-vous exactement ? Croyez-vous qu'en 100 ans, vous détruisez quelque chose ? L'Egypte, le Maroc, la Tunisie, etc…ont-elles leurs cultures détruites malgré l'empire ottoman, les britanniques, les français ?
Actuellement, nous vivons aussi une colonisation en sens inverse. Donc notre culture va être détruite ?
Qui s'est enrichi sur leur dos ? Il y a eu le progrès et il a bien fallu trouver les matières premières. Est-ce la faute du blanc si les dirigeants ont préféré s'en mettre plein les poches plutôt que d'organiser leur économie ?
Arrêtons de toujours nous flageller et pointons du doigt ces dirigeants et l'élite noire qui affament leurs compatriotes.
De
10H00 | 23/08/2007 |
Entièrement d'accord avec Jacques S de 8 heures 53. J'ajouterais que la banane africaine, dont la culture pourrait sans doute faire vivre des millions d'africains est etouffé par la banane, notamment martiniquaise qui n'existe que parce qu'elle est subventionnée et sert à enrichir de riches « becquets », mais l'exemple vaut pour d'autres produits agricoles pour commencer par là. Protectionisme et nationalisme…
De
10H31 | 23/08/2007 |
par christian martinez
« haragas » je croyais que ça voulait dire « bruleurs » parcequ'ils brulent leurs papiers leur passé et leur avenir en meme temps
De Zineb Dryef (auteur) 24
Rue89 | 11H04 | 23/08/2007 |
L'explication que vous donnez du terme est exacte mais il désigne les clandestins.
De
14H55 | 23/08/2007 |
Les pays du continent africain ne sont pas les seuls à avoir soufferts. Si on regarde du coté du Vietnam (communisme/guerre douloureuse), du Japon (guerre/bombe atomique) ou encore par exemple de la Republique Tcheque (nazisme/communisme), on constate que tous ces pays ont su relever la tête et accéder au dévellopement.
L'afrique, elle semble, avoir un réel problème avec le dévellopement. La faute à qui ? Aux anciens colons ? Une façon aisée de se décharger. Regardons plutôt du côté de leurs élites plus que corrompues et de peuples peut enclins au capitalisme ( cf Weber « L'esprit du capitalisme).
De fait aujourd'hui ce continent vit de l'assitanat, que ce soit par les aides au dévellopement verséees à perte ou les conséquents transferts d'argents des expatriés vers leur pays d'origine.
De
16H12 | 23/08/2007 |
ouille ouille ouille….
Decharger oui… c'est ce qu'on fait (je dit « on », on sait qui est « on » ? ? ? ) depuis des années, decharger les dechets qu'on ne sait pas recycler ou dont le retraitement coute trop cher… « la Côte d'Ivoire a expérimenté à ses dépens les risques représentés par “la circulation de déchets dangereux dans le cadre des échanges commerciaux internationaux” : plus de 500 tonnes de déchets chimiques déchargés illégalement d'un cargo “… (c'est UN exemple…)
Decharger encore des poissons dans des lacs qui nourrissaient les populations locales et qui les tuent aujourd'hui a cause de ‘on’ toujours (cf le cauchemard de Darwin)
Decharger encore : on fait cultiver nos fleurs, non plus aux pays bas, mais en afrique… Ils vont mieux manger c'est certain…
Les elites la bas s'enrichissent oui, mais grace a qui ? Qui sont leurs ‘amis’ ? Qui a de l'argent a leur donner et qui ferme bien les yeux sur le partage de l'aide qui leur est allouée ? Allez, allez on sait tous qui est ‘on’, qu'il rime ou non aves ‘ancien colon’, ce qui est sur c'est que c'est un gros con…
De Luk
17H42 | 23/08/2007 |
S'il y avait un endroit où lutter contre l'immigration clandestine, ce serait bien là-bas. Plutôt que de faire chier ceux qui ont réussi à atteindre un hypothétique El-Dorado, on devrait investir dans ce genre de ville, pour que les gens qui y passent pour gagner leur billet de départ soient séduit et y restent.
De
13H02 | 26/08/2007 |
déja en 1973, après avoir été expulsé du train de minerai à Nouhadibou par les employés de la compagnie qui gère les mines de Zouerat (F'derick) nous avions été invité par des guinéens bloqués par le maroc, le sahara espagnol et bien sur les autorités guinéennes depuis plus de deux ans !
Ils nous avaient reçus dans un barraquement en tole ondulé, ils nous avaient nourri, abreuvé et avaient réunis leurs compagnons d'infortune musiciens…
Ce fut mon premier contact avec l'afrique noire malgré que la Mauritanie à cette époque n'avait pas encore aboli l'esclavage ! (c'est en 1981 que le gouvernement mauritanien a aboli l'esclavage sur son térritoire) et que toute personne avec la peau noire n'avait pas d'autre nom pour un mauritanien que « captif ».
Tout cela pour dire que ces réfugiés politiques oposants à Sekou Touré nous avaient acceuilli d'une façon toute à fait généreuse et cordiale malgré leurs difficile situation.
guepardimpulsif