A la une 18/08/2007 à 14h14

Mozart sème la zizanie entre l'Allemagne et la Pologne

Pierre Rouchaléou | Journaliste

(De Berlin) Mozart, dont ses biographes racontent qu’il n’aimait rien tant que de rire, se serait peut-être esclaffé si on lui avait dit qu’un jour, à l’aube du XXIe siècle, le manuscrit du dernier des 27 concertos pour piano et orchestre, qu’il avait composé en 1788, allait se retrouver au milieu d’une querelle diplomatique entre l’Allemagne et la Pologne.

La partition originale du Concerto n°27 en si bémol majeur (K 595) de Mozart fait partie du fonds très important de la bibliothèque universitaire jagellonne qui se trouve aujourd’hui à l’Académie de Cracovie. Comme des milliers d’autres, ce précieux document a survécu aux destructions de la Seconde Guerre mondiale et aux pillages qui s’en sont suivis.

Entre 1941 et 1944, alors que les bombes alliées tombaient sur Berlin, les nazis avaient pris la précaution de déménager la bibliothèque nationale de Prusse et ses annexes en des lieux plus sûrs. Une partie de la collection des trois millions d’objets qui la composaient va ainsi se retrouver entreposée dans la forteresse militaire de Fürstenberg, nichée dans les Sudètes. Puis, lorsque Adolf Hitler et ses généraux réquisitionnèrent les lieux, un lot de plus de 500 caisses de documents fut évacué vers le monastère des Bénédictins à Grüssau (aujourd’hui Krzeszow) en Silésie.

« Une plaie béante dans la vie culturelle en Allemagne »

A la fin du second conflit mondial et alors que les armées soviétiques s’emparaient d’innombrables trésors culturels germaniques au titre des dédommagements de guerre, ce patrimoine inestimable échappait aux Soviétiques et était récupéré par des bibliothécaires polonais, cette partie de l’ancien territoire allemand à l’est de la ligne Oder-Neisse étant désormais administrée par la Pologne en vertu des accords de Potsdam d’août 1945.

Seules quinze caisses avaient disparu et les 500 restantes livrèrent aux archivistes ébahis une collection de plus de 100 000 objets, dont des manuscrits de Goethe, le troisième mouvement de la Symphonie n° 8 de Beethoven, ainsi qu’un rarissime solfège imprimé en 1507.

Par la suite, l’ensemble ira enrichir la bibliothèque de Cracovie. En 1977, Edouard Gierek (Premier secrétaire du Comité central du Parti ouvrier unifié polonais) offrira en signe d’amitié à Erich Honecker (dernier chef d’Etat de la RDA) les originaux des partitions de la « Flûte enchantée », de la Messe en do mineur et de la Symphonie « Jupiter » de Mozart, et le Concerto en do mineur de J-S Bach. Et depuis cette époque, plus rien, en dépit des efforts déployés par le diplomate Tono Eitel, le principal négociateur allemand chargé du retour des oeuvres, pour qui « la perte de ces trésors est une plaie béante dans la vie culturelle en Allemagne ».

Un article paru récemment dans le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung évoque les manuscrits de l’ancienne bibliothèque nationale de Prusse en les décrivant comme « les derniers Allemands prisonniers de guerre ». Ce qui du côté de Varsovie a fait monter d’un cran le baromètre des aigreurs. « La Pologne a pris légalement possession de la collection de la bibliothèque de Prusse puisque les Allemands l’avaient abandonnée sans garde alors qu’ils fuyaient devant l’avancée de l’Armée rouge », a déclaré sans ambages Robert Szaniawski, un représentant du ministère polonais des Affaires étrangères, en réponse aux vœux de retour exprimés par le gouvernement allemand.

Relations diplomatiques houleuses

Ce refus catégorique ne fait qu’exprimer l’offense que beaucoup de Polonais ressentent face à cette demande qu’ils jugent très déplacée. Au cours des six années d’occupation allemande, la Pologne a perdu six millions d’habitants et une grande partie de son patrimoine, dont 22 millions d’ouvrages et des centaines de milliers d’œuvres d’art qui ont été détruites.

Cette amertume refait souvent surface dans les relations diplomatiques entre les deux pays. Cet été, lors du dernier sommet européen, la Pologne a insisté pour que l’Allemagne accepte qu’elle ait un droit de vote inversement proportionnel à sa taille démographique, en prétextant que sa population serait aujourd’hui plus importante si l’Allemagne n’avait pas tué autant de Polonais. Le sourire avenant de la chancelière conservatrice Angela Merkel s’était figé devant autant de magnanimité.

Surtout, une vaste majorité de Polonais refusent aux Allemands la possibilité de se présenter en victimes de la Seconde Guerre mondiale, comme le voudrait Erika Steinbach, membre de la CDU qui siège au Bundestag et qui projette d’organiser prochainement à Berlin une exposition sur les minorités allemandes condamnées à l’exil après la défaite des nazis en 1945. Les Polonais du Nord-Ouest craignent que les précédents propriétaires allemands ne viennent réclamer les propriétés qu’ils avaient dû abandonner lors de leur exode.

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  • Anonyme

    l’Allemagne tentée sur son extrême droite....N’importe quoi ! Etes-vous déjà allé en Allemagne ces 30 dernières années ? Vous auriez pu constater qu’il s’agit de nos jours du pays le plus démocratique au monde. Alors, de grâce, dépassons un peu le stade de la Grande Vadrouille et ouvrons les yeux : les vrais fachos maintenant, ils sont au pouvoir en Pologne...

  • boboétie
    • Posté à 17h15 le 18/08/2007
    • Internaute 2816

    Surtout que l’on mette bien à l’abri, avant les festivités de la 3e guerre mondiale, ce précieux manuscrit qui aura le privilège d’adoucir, peut-être, les moeurs des survivants...

  • Anonyme

    Moi j’estime que l’Allemagne a le droit de réclamer ses oeuvres d’art,où est le problème ? Si je peux identifier celui qui m’a dérobé un bien qui m’appartient alors j’ai le droit légitime de réclamer que ce bien me soit restitué.Point Final ! !

    Si les polonais sont des européens convaincus c’est-à-dire des gens civilisés ils doivent restituer sans faire de scandales,dans le cas contraire c’est du vol pur et simple,que l’Allemagne ait été Nazie ne les exempt nullement de se comporter comme des voisins responsables.

    Angela Merkel, une femme,aurait pu mettre en balance que des millions d’allemands de l’est furent chassés comme des animaux de leur territoire ancestral,en corélation de cette déportation,plus de 2 millions de femmes allemandes(jeunes filles et fillettes) furent violées sans pitié.

    La Croix-Rouge n’en a jamais fait mention...

  • Servais-Jean
    • Posté à 18h11 le 18/08/2007
    • Internaute 4591
      43

    La Pologne a quelques difficultées pour digérer son histoire. Les jumeaux ne sont pas là pour arranger les choses avec leurs lois rétrogrades (loi de lustration).
    Mais les élections à venir assainiront peut-être le
    climat ambiant.

  • Anonyme

    Mozart envoya à l’une de ses amies une lettre de six pages dans laquelle il gosait sur sa santé et... ses excréments. Parce que l’état de santé était prépondérant, en ces temps où l’on jouait souvent et assis, parce qu’on n’enregistrait pas encore. Le disque dur des polonais est enrayé depuis longtemps par les curés. Une sordide cacophonie s’en échappe. Amen.

  • Anonyme

    Même les polonais ont violé,les bolchéviques choisissaient les plus belles en général,et les défloraient à la vue de tous...

    Même les Eglises furent réquisitionnées pour des partouzes barbares.

    vive la Mère Patrie...

  • gargamelle
    • Posté à 19h44 le 18/08/2007
    • Internaute 14123

    Honnêtement, laissons-les se démmerder, moi, je m’en tamponne le coquillard, Mozart, n’appartient qu’aux musiciens et à ceux qui aiment la musique. Cette querelle n’a aucune importance et ne révèle pas grand chose. Rendons l’obélisque aux egyptiens, la venus de Milo aux grecs..... et bien d’autres choses que nous ne nous sommes pas gênés de piquer par-ci par là, et sous couvert de quoi svp ? alors la morale pour les autres....

    • ray
      ray répond à gargamelle
      • Posté à 11h24 le 19/08/2007
      • Internaute 13362

      Dans le Diplo de Juillet, un article sur les patrimoines pillés. J’y trouve un extrait du préambule de la résolution 42-7 votée par l’ONU en 1987.
      « Le retour des biens culturels de valeur spirituelle et culturelle fondamentale à leur pays d’origine est d’une importance capitale pour les peuples concernés en vue de constituer des collections représentatives de leur patrimoine culturel. »
      Il s’agit de restituer les butins pillés lors des colonisations et dont nous nous glorifions dans nos musées occidentaux ( France et GB mais ausi au Prado, à l’Hermitage etc..) mais il me semble que cette volonté internationale pourrait s’appliquer dans le cas ci-dessus exposé.
      Qu’il s’agisse de la demande de restitution des plaques du royaume d’EDO (Nigeria) du trésor royal du Bénin actuellement au Musée du Quai Branly, de la couronne du roi aztèque Moctezuma par le Mexique, du buste de Nefertiti etc.. les demandes sont nombreuses. Les musées européens font souvent de la résistance. Ils déclarent qu’« ils ne sont pas seulement au service des citoyens d’une nation, mais au service des peuples de toutes les nations.“Aux Béninois de se déplacer..
      Concernant la France, en cette époque où la ‘repentance’ est refusée en haut lieu, il y a cependant peu de chances pour que les décisions internationales soient respectées. Une coquille vide de plus !

      • Anonyme répond à ray

        Ce ne serait pas justement pour ne pas rendre les biens culturels, qu’un certain ancien président a fait construire un « musée des arts premiers », regroupant tous les trésors d’autres musées, piqués ici et là au gré des colonisations ?

  • Anonyme

    Une fois de plus, l’inévitable équation Allemagne-Nazisme - c’est malheureusement devenu une habitude ici, attention à l’obsession. Moi qui vis également en Allemagne, je n’étais nullement au fait de cette zizanie ( ?). je lirai désormais Rue89 au lieu du Spiegel pour savoir ce qui se passe ici. Vous auriez néanmoins pu préciser que les revendications de E. Steinbach et de sa fumeuse association sont hyper controversées et minoritaires en Allemagne.

    Quant au commentaire « Arrêtons de faire l’Europe avec ce pays à la mentalité odieuse qui n’attend que la première occasion pour recommencer ses visées impérialistes (...) », c’est un joli résumé de ce qui se dit en Allemagne concernant les provocations sarkozistes de ces dernières semaines...

  • Riverain qui a déménagé le 5-8
    • Posté à 20h51 le 18/08/2007
    • Internaute 14534

    Et bien c’est pas encore gagnée l’Europe . . . Quels enfantillages quand il y a des problèmes plus importants à régler en Europe. On n’est pas sorti : p

  • Anonyme

    C’est quand même curieux, que l’Allemagne soit nazie, communiste, ou démocratique, on retrouve toujours des français (les mêmes ?) pour défendre plus farouchement ce pays que leur propre patrie.

  • Anonyme

    allemands - polonais....les frères ennemis...en réalité, une bonne partie d’allemands sont de souche polonaise....conclusion ?

    c’est l’histoire d’un mec qui n’aimait pas un mec qui lui ressemblerait - très chrétien, très curieux, bon vivant, tendance droite - aimant la saucisse, les pommes de terre, la nature, la musique - les bagnoles...en bref : pas de quoi fouetter un chat - plus de bruit que de fond..

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