"Naissance des pieuvres" et éclosion d'une réalisatrice

Les actrices Adèle Henel, Louise Blachère et Pauline Acquart (DR)

Pour une fois, s’il pleut ce mercredi au cœur de ce mois d’août dérobé, on n’en voudra pas forcément au Président tout puissant pour son absence de maîtrise sur la météo. On ira voir « Naissance des pieuvres », le premier film de Céline Sciamma, 27 ans, qui n’a jamais été ni assistante réalisatrice, ni stagiaire, ni réalisatrice de courts métrages, et dont le premier opus, sélectionné à Cannes dans la compétition Un Certain Regard, impressionne pourtant par sa maîtrise.

Comment réussir un film personnel et original sur un sujet traité au moins dix fois par an au cinéma: l’émergence des sentiments amoureux chez des jeunes filles? Comment faire un film sur l’adolescence, qui soit intemporel et sans nostalgie, alors que cet âge se signale en général par l’adoption de modes langagière, vestimentaire, ou musicale? Comment échapper radicalement au film de genre et à ses codes, si bien que « Naissance des pieuvres » n’est pas plus un film sur la culture des orties que sur la découverte de l’homosexualité?

Céline Sciamma ne s’est peut-être pas posé ce genre de questions mais son premier film étonne par sa rigueur: aucun dialogue qui ne soit une action, aucune action qui ne s’incruste dans le dessein d’ensemble, des plans-séquences sans quête d’improvisation, et pourtant un film vivant, qui n’est en rien la seule mise en image d’un scénario bien construit.

C’est l’histoire de trois adolescentes aussi surprises par leurs désirs et leurs réactions que le spectateur lui-même, censé pourtant avoir une longueur d’avance sur elles, s’il a plus de seize ans. « Naissance des pieuvres » se passe en grande partie à la piscine de Cergy-Pontoise et dans ses vestiaires, où des jeunes filles s’exercent à la natation synchronisée. Le film observe Marie, la plus jeune, qui regarde, fascinée, des ballets aquatiques irréels. Parmi les nageuses, elle tombe en admiration sur Floriane, une bombe encombrée des désirs qu’elle suscite et des aventures qu’on lui prête. Et en arrière-plan, il y a Anne, l’enrobée, aussi prompte à déclarer sa flamme qu’à dissimuler dans sa bouche les bijoux qu’elle vole, ou réclamer le petit joujou qui va avec le menu enfant qu’elle n’est plus.

Scénario de fin d’études

Pas de point de vue de garçons, dans « Naissance des pieuvres », qui apparaissent comme des leurres ou une tribu étrange, surtout lorsqu’ils se mettent de concert leur maillot de bain sur le visage. On aime « Naissance des pieuvres » pour les images impromptues aussi vraisemblables qu’oniriques: Marie qui prend son bain avec sa tortue, par exemple.

Céline Sciamma a fait la Fémis (école nationale supérieure des métiers de l’image et du son), en section scénario. « Naissance des pieuvres » est son scénario de fin d’études, qu’elle a travaillé pendant à peu près trois ans, sans songer à le tourner elle-même. Lorsqu’elle présente son script à des maisons de production, elle obtient plusieurs réponses intéressées, si bien qu’elle s’offre le luxe de choisir avec qui elle veut travailler. Les productions Balthazar ont l’avantage d’être dans une économie de cinéma indépendant tout en ayant le savoir-faire qui lui manque. « Ils m’ont proposé de faire le film tout de suite sans passer par la case court métrage. »

Elle n’a pas eu l’occasion d’avoir peur longtemps, car jusqu’à la sélection au Festival de Cannes, elle n’a jamais eu le temps d’anticiper. « Pour éviter de me dire que j’étais incapable de réaliser, j’ai considéré que, du scénario au montage, toutes les étapes étaient de l’écriture. J’ai dû résoudre des problèmes concrets, de scénario ou de mise en scène, et pas des problèmes psychologiques ou existentiels, qu’on éprouve forcément lorsqu’on attend. La seule chose dont je n’avais aucune idée, c’était la direction des acteurs. Et j’ai été sidérée par l’engagement des actrices, sans expérience, qui sont allées beaucoup plus loin que ce que j’imaginais. »

► Naissance des pieuvres, de Céline Sciamma, avec Pauline Acquart, Louise Blachère et Adèle Haenel, sortie mercredi 15 août.


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14H32 15/08/2007

Il est juste de dire à quel point un bon film sur l’adolescence est une chose rare et précieuse .
Le dernier film vu sur ce sujet et apprécié est celui de « L’esquive ».

Je verrais peut-être ce film mais hors les grandes villes peu de films de cet acabit passent dans ma province ou seulement dans certains cinémas d’arts et d’essais qui sont parfois à une vingtaine de kilomètres…

Reste la solution DVD si c’est possible dans les magasins mais même là, il faut parfois aller les commander sur le net (j’ai dû le faire pour le documentaire « Délepennisons » ainsi que « Jean Dominique The Agronomist », je les recommande d’ailleurs).

Merci en tous cas de nous divertir à la place de ce people de président honnis!

 
Courageux anonyme
15H34 15/08/2007

… sont disponibles sur : http://gayclic.com/

 
Courageux anonyme
22H02 15/08/2007

Un véritable choc que ce film, qui ne peut que faire resurgir des émotions et des souvenirs enfouis depuis bien lontemps. L’adolescence est une période penible, douloureuse et longue, qu’on a tôt fait d’étouffer dès lors qu’on en sort.
Ce film est un petit bijou de sobriété et de justesse, les 3 actrices sont parfaites, bref je suis sortie de la projection presque gênée d’avoir vu sur l’écran des moments aussi intimes et des histoires dont certaines font certainement écho chez beaucoup de spectatrices.
Une révélation !

 
Courageux anonyme
20H12 17/08/2007

« je suis sortie de la projection presque gênée d’avoir vu sur l’écran des moments aussi intimes »

hummmmmmmm…on imagine la suite !

 
Courageux anonyme
02H39 16/08/2007

Comme l’a dit plus haut un commentaire, un petit bijou :
http://minilien.com/?ItbqP7kwYc

 
Courageux anonyme
15H31 16/08/2007

Si je puis me permettre, voici mon point de vue plus nuancé sur ce film:

http://www.ohmydahlia.com/blog/?p=611

Dahlia

 
Courageux anonyme
17H58 16/08/2007

Je l’ai vu, et j’ai beaucoup aimé.
Voici un film sans gras et sans fioritures de mise en scène et pourtant plein de beauté et de douceur.
On se sent bien en le voyant.

Quelle belle hauteur de cinéma…

 
Courageux anonyme
16H53 17/08/2007

Encore une tentative pour la « gay culture »…fatigant de niaiserie …à classer entre le boy band gay et le outing de dugenoux !

 
Courageux anonyme
12H04 18/08/2007

Deux remarques sur le film :
- Y voir, comme le font certains, un film sur l’homosexualité me parait une contresens. C’est un élément assez secondaire du film.

- J’ai vu plusieurs fois des comparaisons avec« Virgin suicides ». « Naissance des pieuvres » me semble plutôt être un anti-virgin suicides, par son refus (et même la dénonciation) du romantisme de l’adolescence.