Mangamania

« Les larmes de la bête », tranches de vie crues à la Zola

Plus morne, plus noir, plus miséreux, cela semble impossible. Quand le manga s'éloigne du ludique ou de l'esthétique, quand il choisit de coller au plus des convulsions de la société et de se noyer dans les tréfonds de l'âme humaine, le résultat est décapant. Lisez donc » Les larmes de la bête » de Yoshihiro Tatsumi.

Les larmes de la bête

La première histoire. Dans un appartement modeste, un jeune homme lave du linge. Il se presse, car il est l'heure de partir travailler. Mais sa mère invalide, dans la chambre, se plaint. Elle vient encore de se faire dessus ; le fils doit tout nettoyer avant de rejoindre ses collègues éboueurs.

La nuit suivante, incapable de dormir au milieu des râles de sa mère, le jeune homme s'imagine débarrassé de toute corvée filiale. Après tout, sa mère autrefois se montrait peu soucieuse du petit garçon qu'il était. Et puis la société met bien au rebut des machines à laver qui fonctionnent encore au seul prétexte qu'elles sont trop vieilles. Sans compter qu'il y a son amie, désireuse de visiter son appartement…

L'auteur. Né en 1935 à Osaka, Yoshihiro Tatsumi a publié sa première œuvre en 1953. Ses trois recueils d'histoires courtes disponibles en France, » Coups d'éclat » (Vertige Graphic, 2003), » Good bye » (Vertige Graphic, 2005) et donc » Les larmes de la bête » , illustrent parfaitement le nouveau style de bande dessinée dont il est le chef de file : le gekiga.

Geki signifie » drame » , mais contient aussi l'idée d'intensité, de violence, de force ; ga veut dire » dessin » . D'emblée, le message est clair. Yoshihiro Tatsumi ne veut plus faire rire, à grand renfort de déformations, d'exagération des expressions ou des attitudes, de gags. Il veut au contraire rendre compte de la réalité, explorer peurs et laideurs humaines, s'appesantir sur les états psychologiques d'être malmenés, traqués, misérables.

Le gekiga, mouvement qui se développe dans les années 60, s'adresse donc à des lecteurs plus mûrs auxquels Tatsumi n'épargne rien : ni zoophilie, ni prostitution ou viol, ni nécrophilie, ni cannibalisme… Le mangaka brusque les gens ordinaires, achève les laissés-pour-compte, pour mieux leur faire cracher regrets et remords, honte, folie, échec et trahison, cruauté.

En dépit de leur noirceur repoussante, ces histoires courtes happent le curieux, Yoshihiro Tatsumi usant d'un talent narratif indéniable. Il serait néanmoins illusoire d'en attendre un quelconque happy end.

 » Les larmes de la bête » de Yoshihiro Tatsumi (Vertige Graphic, 2004, 12 euros).

Pas facile pour le néophyte de trouver sa place au pays des mangas. Alors pourquoi ne pas s'offrir un mois d'août de lectures pour être enfin à la page ? Chaque jour, sur le thémablog Mangamania, je vous propose de découvrir un titre. Nombre de pépites manqueront sûrement à l'appel. L'essentiel, c'est d'apprendre à lire de droite à gauche. Et d'y prendre goût !

2 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

  • Téléchargez votre photo sur votre page perso. Elle apparaitra à côté de vos réactions.
  • Merci de respecter la charte des commentaires, sans quoi nous nous réservons le droit de supprimer votre réaction.
  • Les commentaires sont fermés après quatre jours.
Portrait de Courageux anonyme

De

20H32 | 16/08/2007 | Permalien

Bonne proposition !

Hélas aucune image pour présenter une bande DESSINÉE…

Fort dommage ou vous pouvez rattraper ça ? ? ? ?

Portrait de Courageux anonyme

De

20H34 | 16/08/2007 | Permalien

Autant pour moi, la couverture vient d'apparaitre !

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code