Critique

« Le fils de l'épicier », fresque rurale d'Eric Guirado


C. Hesmes et N. Cazalé dans le film de E. Guirado (DR).

On avait déjà constaté la capacité du documentariste Eric Guirado à s'emparer d'un sujet de société délicat pour en faire une fable des temps modernes avec son premier long métrage de fiction « Quand tu descendras du ciel » (2003). Pour ce deuxième essai de fiction, le ton est conservé. Antoine, 30 ans et pas d'argent, mène à Paris une existence précaire et s'occupe à des tâches peu lucratives. Comme il doit de l'argent à sa meilleure et seule amie, Claire, ce dernier décide de remplacer au volant de l'épicerie ambulante son père convalescent, le temps d'un été d'abord.

Le cinéaste anthropologue souligne par ce propos tout simple -et somme toute assez peu creusé dans le cinéma français- la désertion toujours croissante des communes rurales par la population, mais surtout par tous les services publics, que des règles sociales de rentablité assujettissent aujourd'hui strictement.

« A Paris, les gens ont une vision faussée et clichée de la province. Pour moi, c'est un lieu de contrastes, de paradoxes, que j'ai toujours filmé avec envie et curiosité. Le documentaire a été pour moi l'occasion rêvée de m'approcher des gens, de partager leur quotidien. J'aime rechercher, en documentaire, leur humanité, celle des héros minuscules effacés dans le paysage et je m'efforce de révéler ce qu'il y a d'exceptionnel en eux, sans complaisance, mais avec discernement et pudeur », explique le réalisateur, qui a grandi à la campagne et nourri un rapport affectif très fort à cet univers.

La parole est donnée à des personnes âgées totalement abandonnées à elles-mêmes et dont la solitude extrême se voit seulement brisée lorsque passe le camion itinérant. Hommage, aussi, aux petits commerçants qui font œuvre sociale quotidiennement, mine de rien.

Alors, bien sûr, ce retour aux sources pourrait friser l'attendu, mais la qualité du regard qu'Eric Guirado porte sur les campagnes oubliées par la modernité et l'attention toute juste accordée aux protagonistes -cet Antoine auquel Nicolas Cazalé apporte sa beauté butée appelée à s'assouplir et la fougueuse Claire qu'incarne avec brio Clotilde Hesme-, l'emportent, et nous avec.

« Le fils de l'épicier », d'Eric Guirado, avec Nicolas Cazalé et Clotide Hesme, sortie mercredi 15 août.

6 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Ruevalparaiso

De Ruevalparaiso

16H20 | 15/08/2007 | Permalien

Eric Guirado qui avait reçu un césar du court métrage… un cinéaste sensible, et prometteur

http://lyonenfrance.blogspot.com/search/label/culture%20cin%C3%A9ma

Portrait de leconcombrevert

De leconcombrevert

La vraie vérité >:-)) | 18H44 | 15/08/2007 | Permalien

Merci pour cette belle invitation a un voyage au coeur de « la France d'en bas » - la vraie. Esperons, que ce film sera visible en province.

Portrait de Courageux anonyme

à leconcombrevert Portrait de leconcombrevert De

07H09 | 12/10/2007 | Permalien

la drôme est magnifiquement filmée - merci

Portrait de FOU ALLIER

De FOU ALLIER

09H38 | 16/08/2007 | Permalien

Ayant vu une séquence sur FR3, je pense que ce
film va me réconsilier avec le cinéma ?

Portrait de compte supprimé 24

De compte supprimé 24

| 00H36 | 17/08/2007 | Permalien

Bon, il sort un nouveau film, alors je fonce. J'avais vu « Quand tu descendras su ciel » avec délectation.

Amis des villes, Guirado sait ce que nous vivons ; il sait l'écrire et le filmer.

À part ça, c'est fin de saison dans le Sud et on va avoir plein de bonnes choses à se raconter au coin du poêle à mazout cet hiver, vu que la fenêtre de la cuisine donne sur une ruelle très fréquentée par les touristes… qui nous font gentiment marrer avec leurs réflexions martiennes quand ils passent.

Je pourais écrire un bouquin là-dessus ; ça en ferait un de plus à la prochaine rentrée littéraire (je sais, je suis pas sur le bon article, mais j'ai la flemme et ça fait d'une pierre deux coups), mais comme il y a embouteillage, je laisse tomber d'avance. Z'avez plus qu'à venir à nos veillées…

cyp luraghi

Portrait de Courageux anonyme

à compte supprimé 24 Portrait de compte supprimé 24 De

21H39 | 17/08/2007 | Permalien

LE PREMIER FILM ETAIT TRES BIEN /NUL DOUTE QUE LE SECOND SERA DU MEME BOIS ET ON PEUT PARLER DE BOIS POUR CE JEUNE HOMME ELEVE PRES DES SAPINS .NOUS QUI CONNAISSONS CE QUE VIVRE A LA CAMPAGNE VEUT DIRE NOUS SOMMES HEUREUX DE CE TEMOIGNAGE LA RICHESSE N EST PAS L ARGENT MAIS L AMITIE .

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