La visite de Sarkozy en Libye, la libération des infirmières et la controverse sur ses concessions en matière nucléaire, d’armement, etc. ont masqué le reste de sa visite en Afrique et de l’important discours prononcé à Dakar devant la jeunesse africaine.
C'est pourtant là que Sarkozy a exposé sa "vision" du continent africain, d'un partenariat avec l’Afrique dans un discours "fondateur" qu'il avait envisagé de faire à Brazzaville, là où le général De Gaulle avait en 1944 amorcé la décolonisation. Ce ne fut que poncifs, clichés et lieux communs sur l’identité africaine. Et Sarkozy, contrairement à ce qu’il affirme, s'est bien posé en donneur de leçons. Est-ce pour cela que les médias amis ne lui ont pas donné le retentissement qu’il méritait?
Dès l’introduction, le ton est donné:
"Je veux, ce soir, m’adresser à tous les Africains qui sont si différents les uns des autres, qui n’ont pas la même langue, qui n’ont pas la même religion, qui n’ont pas les mêmes coutumes, qui n’ont pas la même culture, qui n’ont pas la même histoire et qui pourtant se reconnaissent les uns les autres comme des Africains. Là réside le premier mystère de l’Afrique."
Les Africains sont "frères à travers cette foi mystérieuse qui (les) rattache à la terre africaine, foi qui se transmet de génération en génération."
Remplacez Africains par Européens, Afrique par Europe, voilà des platitudes et des affirmations qui peuvent s’appliquer à toutes les situations, à n’importe qui, à n’importe quel continent (asiatique, américain etc.). Sur l’identité africaine, sa réflexion est parsemée de jugements péremptoires, de clichés et de lieux communs, qu’on croyait révolus. L’opposition entre l’européen moderne, civilisé et le mythe de l’homme africain soumis aux forces de la nature rejoint l’opposition entre le civilisé et le sauvage:
"L’homme moderne qui éprouve le besoin de se réconcilier avec la nature a beaucoup à apprendre de l’homme africain qui vit une vie en symbiose avec elle depuis des millénaires."
Jean-Jacques Rousseau, le retour... Il prend au préalable la précaution d’affirmer :
"Le drame de l’Afrique ne vient pas de ce que l’âme africaine serait imperméable à la logique et à la raison. Car l’homme africain est aussi logique et raisonnable que l’homme européen."
L'homme africain fatalement immobile
On l’a échappé belle... Sarkozy poursuit, en la développant, sa conception de l’identité africaine:
"Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles."
De quel paysan africain parle-t-il? Ne méconnaît-il pas les progrès déjà accomplis en Afrique? De fait, l’homme africain en symbiose avec la nature, soumis aux lois de la nature, serait devenu incapable de s’en abstraire pour rester "immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance". Très logiquement, Sarkozy en conclut que: "Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès." Avec son corollaire: "Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin."
Du cliché au mépris et à l’injure, il n’y a qu’un pas et Sarkozy l’a ici allègrement franchi. Au fond, ce discours n’est pas nouveau. Il rappelle des déclarations fort anciennes, d’une autre époque, celui des missionnaires venus en Afrique civiliser les arrières grands-parents des étudiants auxquels Sarkozy s’adressait et qui ont réservé à ce discours l’accueil froid qu’il méritait.
Cette affirmation récurrente d’un homme vivant dans un éternel présent, incapable de se projeter, donc d’avancer vers le progrès, incapable de "sortir de la répétition", à quoi correspond-elle? La gestion du temps du Sénégalais travaillant à Paris, Londres ou New York n’est-elle pas la même que celle des "autochtones"? Et ces jeunes, dont les étudiants auxquels s’adressait Sarkozy, qui surfent sur le Net, qui échangent des textos, en quoi se différencient-ils de leurs homologues européens, asiatiques ou américains: rapidité, réactivité et efficacité?
Le temps de nos parents n’est pas le nôtre!
Leur parler de leur immobilité "au milieu d’un ordre immuable où tout est écrit d’avance" est une ineptie, quand nombre d’entre eux vivent dans les villes, captent les télévisions satellitaires, voyagent, sont informés par les radios... Vouloir enfermer l’Afrique dans de telles représentations s’inscrit dans la logique de lectures africanistes obsolètes. Les temps ont changé. Sarkozy ne l’aurait-il pas vu? "Le temps de nos parents n’est pas le nôtre", chante Youssou N’Dour.
Sarkozy, qui affirme rejeter tout paternalisme, a donné l’impression inverse: celle du "grand chef blanc" venu asséner ses vérités aux "petits frères" africains.
"Cette souffrance de l’homme noir, je ne parle pas de l’homme au sens du sexe, je parle de l’homme au sens de l’être humain et bien sûr de la femme et de l’homme dans son acceptation générale."
Pour qui prend-il ses interlocuteurs sénégalais? Pourquoi précise-t-il que quand il parle de l’homme noir, il parle de l’homme au sens générique? Pensait-il que ses interlocuteurs n’avaient pas compris et qu’ils avaient besoin d’une leçon de vocabulaire? Par ailleurs, avant de faire la leçon, qu’il emploie les bons termes ("acception" et non "acceptation").
Il martèle doctement:
"Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de ressasser, c’est de s’approprier les droits de l’homme, la démocratie, la liberté, l’égalité, la justice comme l’héritage commun de toutes les civilisations et de tous les hommes. La faiblesse de l’Afrique, ce fut longtemps de ne pas participer assez à ce grand métissage."
Entre Kadhafi et Bongo
Inviter à prendre leur destin en main, en s'appropriant l'héritage européen est louable. Mais il y a loin du conseil aux actes. C’est le même Sarkozy qui prône la rupture dans son pays mais qui encourage le statu quo dans nombre de pays africains. C’est le même Sarkozy qui, après avoir déclaré "la France ne décidera pas à votre place. Mais si vous choisissez la démocratie, la liberté, la justice et le Droit, alors la France s’associera à vous pour les construire", apporte son aide aux présidents africains qui tordent le cou à leur constitution pour se maintenir au pouvoir, quand, après Kadhafi, il va voir Bongo au lendemain de sa visite au Sénégal. Son discours le disqualifie vis-à-vis de la jeunesse d’Afrique.
Par ses choix de politique intérieure (politique d’immigration etc.) et extérieure, il n’est pas perçu comme celui qui accompagnera la jeunesse africaine sur le chemin du développement de l'Afrique. Avec ce discours paternaliste et passéiste de Sarkozy en 2007, on est loin du plaidoyer visionnaire prononcé en 1944 par le général de Gaulle à Brazzaville.

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Quelle vision réductrice et méprisante ?
C'est assez odieux comme propos.
Eric
j'ajouterais : question et non pas "quession" comme au G8
et après l'Afrique , l'Amérique.....
samedi 11 août, chez GW Bush : allocution devant la presse il a dit " quand on voit sur la côte atlantique tous les cimetières aux croix blanches, c'est des jeunes américains qui sont venus mourir pour nous...."
N. Sarkozy semble ignorer que le débarquement a eu lieu en Normandie et ques les côtes normandes sont baignées par la Manche
Le Soir Belgique a remplacé " c'est des jeunes " par ce sont des jeunes " mais a laissé "atlantiques"
pour vérifier : l'article du Soir et la vidéo de son allocution à Kennebunkport sur le site du Nouvel Obs.
pauvre Sarko, y a du boulot : cours de français, d'anglais, de géo et d'histoire: pense encore que le Sénégal est une colonie française:
" vous qui n'habitez pas en métropole" en s'adressant aux français résidant au sénégal....
On peut imaginer sans peine quelle image de la France de telles déclarations donnent au reste du monde.
Quelle tristesse ...
http://chroniques-sarkosiennes.over-blog.fr
Je n'arrive pas à imaginer que ce type ait voulu être président pour une autre raison que celle de flatter son ego.53% de beaufs...Je suis d'accord et ai hâte que cela change!
sarkolonialisme
L'ensemble du discours de Dakar figure sur le site www.elysee.fr. On y lit que l'Afrique "a réveillé ce besoin auquel je crois moi-même tant, ce besoin de croire plutôt que de comprendre, ce besoin de ressentir plutôt que de raisonner, ce besoin d'être en harmonie plutôt que d'être en conquête". "Ressentir plutôt que raisonner" ? Si Le Pen avait tenu de tels propos, les associations antiracistes lui seraient tombées dessus, à juste titre.
Et quand Nicolas Sarkozy évoque - sur le ton du reproche bien sûr - "ceux qui jugent la culture africaine arriérée, ceux qui tiennent les Africains pour de grands enfants", où a-t-il pêché cela ? Dans des ouvrages du 19eme siècle ou dans son entourage ?
Un homme qui tient de tels propos (même si ce n'est pas lui mais Henri Guaino qui a écrit le discours) est-il apte à représenter la France ?
Je me demandais bien d'où venait l'idée selon laquelle l'homme africain était a fleur de peau... j'ai trouvé la réponse : Il ressent plus qu"il ne raisonne. Sarkozy et l'Afrique ou quand le parler vrai prend la forme du racisme le plus abjecte.
A lire l'article : Le faux pas africain de Sarkozy, par Philippe Bernard
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-946870,0.html
Islande
Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire.
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...apres des millenaires et des civilisations florissantes d'est en ouest...apres 400 ans aux mains des negriers de toutes sources...notre naboleon trouve encore le temps de sortir des postillons de ce genre...
ou encore celui qui ecrit les discours merite un tour a la Bastille pour en sortir de tels fumerie...
Peut-etre que naboleon n'a pas fini ses etudes, mes les con-seillers et autres "negres" a plume en provenance de la Sorbonne, ENA et autre Academie de chez rance devraient lui souffler ou un mot ou revoir/relire les copies avant de sortir des mulets pareils.
Oui fin 19éme et je dirai encore mieux, début 20ème là où se situait Tintin au Congo.
On fait enfin la nique aux Belges. Nous aussi nous avons notre Tintin.
La France traînait un certain nombre de casseroles en Afrique. Avec ce discours, notre président de la république les a remises sur le feu. En d’autres lieux, on nommerait cela de la pyromanie.
C’est inquiétant…
bonjour,
très bon article, stimulant !
Les premières réactions africaines vigoureuses commencent à pleuvoir...
Allez lire le discours, lapidaire et verbe haut, du président de l'Assemblée nationale ivoirienne, M.Koulibaly.
www.legrigri.info
je pense aussi a rama Yade qui était à ses cotés, qui avait au préalable fait lesture du discour et qui n'à rien trouvé à redire. la stupidité et l'ignorance serait-elle contagieuse...?
JUSTEMENT, PARLANT DE LA BELLE RAMA: SI SEULEMENT SON... " RAMAGE ETAIT AUSSI BEAU QUE SON PLUMAGE ! "(cette autre sarkozette - dont on voit bien maintenant que c'est pour la gloire qu'il se la coltine après lui - ne peut même pas invoquer la distance d'avec le sujet, pour justifier son peu d'influence sur les "pensées" de son mentor ( à supposer bien sûr, qu'elle même ne soit pas, sait-on jamais?, du genre oncle Tom!!!).
Bonjour.. je viens de terminer il y a qq temps le petit ouvrage" dela Françafrique à la mafiafrique"(3 euros sur internet). on est surpris d'y apprendre, avec preuves à l'appui, que le gouvernement français soutient depuis des années les régimes les plus corrompus et dictatoriaux en Afrique.Il y envoie de faux mercenaires, des agents secrets et favorisent un réseau très mafieux permettant d'exploiter(dans le mauvais sens du terme) à vil prix les ressources de l'Afrique.. et qui sont impliqués dans ses réseaux? des gens très proches de notre président, pourfendeur de l'immoralité et apologue de l'intégrité,Bolloré, Dassault, Bouygues etc...alors les discours donneurs de leçons sur l'Afrique!!!la Honte!...
oui c'est vrai, mais il oubli que l'époque où on faisais dire aux africains que leurs ancêtres étaient les gaulois sont révolues.
Sark-o zizi, franchement sarko est la plus grande erreur de la france moderne, un joli pantin à la quêtte de la gloire. il est venu en afrique pour prendre des leçons chez ses copins et faire croire au monde qu'il était là pour une nouvelle base des relations de la france avec notre chère et vieille afrique.Je propose une pétion qui réclamme un pardon public de sarko à tous les africains.