A la Une 14/08/2007 à 14h30

Les Indiens guatémaltèques disent « non » aux mines



Le vote à main levée lors de la consultation des habitants de Nenton (David Baché)

(De Nenton, Guatemala) Les Indiens s’organisent pour refuser les exploitations minières dans les « altiplanos » (plaines d’altitude) de l’ouest du pays, près de la frontière mexicaine. Les communautés ont déjà organisé neuf consultations citoyennes, rassemblant plus de 150000 personnes, pour le signifier officiellement. Samedi, à moins d’un mois de l’élection présidentielle, le « municipio » (la plus petite division politico-administrative) de Nenton s’est exprimé à son tour.

Le gouvernement guatémaltèque a déjà reçu 57 demandes d’autorisation d’exploitation des sous-sols. Les terres du département de Huehuetenango contiennent de l’or, du fer et du zinc. Des richesses qui suscitent les convoitises d’entreprises américaines et canadiennes, ce que le gouvernement ne voit pas d’un mauvais oeil.

Mais les communautés indiennes d’origine maya qui vivent sur ces terres, elles, n’en veulent pas. Et parce que le gouvernement ne leur a pas demandé leur avis, elles ont décidé elles-mêmes de le donner. Dans le municipio de Nenton, où est née et vit Laura Pascual, les habitants refusent de voir leur cadre de vie dégradé par les mines, explique-t-elle :

Menace pour l’environnement

Pollution des sols, des eaux, de l’air, les produits chimiques utilisés pour l’extraction des minerais sont une menace pour l’écosystème local. Un écosystème qui ne constitue pas seulement le cadre de vie privilégié des populations indigènes depuis des siècles. C’est aussi la ressource essentielle de ces paysans, qui vivent principalement de leurs cultures traditionnelles et familiales, du maïs notamment.


Les habitants de Nenton se rendant à la consultation (David Baché)

Laura Pascual s’est rendue, ainsi que les 12000 autres habitants concernés par la consultation de Nenton, sur la place principale de son village, pour lever son poing. Car il s’agit d’un vote à main levée : dans ces terres reculées du Guatemala, le processus démocratique encore en apprentissage se mêle aux modes de fonctionnement traditionnels. Les enfants, à partir de sept ans, étaient aussi convoqués pour participer à la consultation.

Après s’être tous inscrits en présentant leurs papiers d’identité (et non leur carte d’électeur puisque, au Guatemala, près d’un million d’Indiens en âge de voter n’en possède pas), les habitants se regroupent, et répondent à la question : « Acceptez-vous l’activité minière dans votre municipio ? “ Une question rhétorique, le principe de la consultation étant d’officialiser un refus qui fait ici consensus :

Eveil politique

A un mois de l’élection présidentielle, une telle mobilisation laisse entrevoir un début de conscience politique nouveau chez les populations indigènes. Bien qu’elles représentent 60% des habitants du pays, elles n’ont jamais été au pouvoir. Issues d’une vingtaine d’ethnies différentes, dont la plupart sont des subdivisions mayas, les communautés indiennes ont toujours peiné à s’organiser.

Après 36 années de dictature (1960-1996) durant lesquelles ils ont été persécutés par les régimes militaires successifs, les Indiens ébauchent avec ces consultations un début de mouvement citoyen communautaire. Hugo Morales, le vice-président de la commission organisatrice de la consultation, veut croire qu’il s’agit là d’un éveil politique des populations indiennes, autour de ce front commun :

D’après la convention 169 de l’Organisation internationale du travail (OIT), dont le Guatemala est signataire depuis les accords de paix en 1996, l’Etat doit informer et consulter les populations indigènes pour les projets susceptibles de les affecter. L’année dernière, le ministère de l’Energie et des Mines a reconnu la validité des consultations, en affirmant néanmoins leur caractère non contraignant.

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  • Anonyme

    à quand une union des mayas du Guatemala avec ceux de l’EZLN de ce cher MArcos ? ?
    quand on voit nos autochtones français, défiler en Ariège (à Saverdun très exactement) pour défendre leur subventions aux OGM,l’Amériue Latine fait décidemment rêver
    Lucha Libre
    ZApata Vive

    El Guille

  • Anonyme

    Il est bien dommage que dans l’actualité et les informations de tous les médias on occulte systématiquement tout ce qui se passe en Amérique Latine. On ne parle nullement de l’ALBA, l’organisation d’échanges économiques, proposée par Venezuela, ni des résulats paraît-il assez significatifs obtenus.
    Cela est certe contraire aux intêrets de l’impérialisme américain, mais si nous sommes vraiment dans une démocratie nous devons être informés. Est-ce que ce modèle de société, latino-américain, fait-il peur à tous les néo liberalistes, même en Europe ?

  • Anonyme

    Les mines que vous mentionnez sont-elles vraiment nationalisées et appartiennent-elles au gouvernement du Guatemala, où est-ce que comme dans tous les autres pays caraibo-latino-américains, elles sont contrôlées et régies par les compagnies américaines et surtout canadiennes.
    Parce que si c’est encore le cas, les descendants du Président Monroe, ne tarderont pas à trouver une voie détournée. Un petit débarquement de marines américains ni vu ni connu ? Une petite pression politico-économique sur le cours du mais, par pur exemple, histoire de créer un slogan « des mines.. ou la famine ! » lequel pourra être repris par Barack Obama dans sa course à l’investure ?

    • Anonyme

      Comme je ne suis pas lâche, je signe mon commentaire. Merci de bien vouloir pardonner cette étourderie.

      T. Rebecchi
      Lien

  • Anonyme

    Aujourd’hui c’est le tour des américains et canadiens...mais si je vous racontasse ce qui fait votre entreprise française Total chez moi en Patagonie...et les gros mots qui m’inspire la chanson de la publicité « everything for you... » de la Total
    Allez les français vous étés dans le même sac que les américains sauf que c’est plus snob faire semblant d’intellectuel critique en regardant ce qui font les autres. Ou vous voulez savoir que les techniques de tortures que les militaires argentins ont pratiqué..cela a été appris des français...lors de la guerre de l’Algerie...pardon quelle guerre ? quelles tortures ? ? ? nous ! ! ! ! Parlons du mur des nazis...allez petits napoleons... tout le monde vous connaît...

    Pablo

    • Anonyme

      Je peux comprendre ces paroles surtout avec l’exploitation des sables contenant du pétrôle au Canada. D’une manière générale, je ne crois pas connaître un pays qui ait les mains propres...

      Après jouer le jeu du : mon pays c’est le mieux... je pense que c’est une discussion futile et inutile. Les français n’ont pas plus de moral à faire que d’autres pays. Par contre please il ne faut pas caricaturer tous les français non plus. Je ne suis pas à l’aise avec nos actions en Afrique par exemple et bien d’autres héritages de notre passée (et de notre présent hélàs). Par contre considérer que tous les français sont des collabos, c’est une belle insulte. (voir simplement le fait qu’il est très impoli en France de dénoncer, faute aux erreurs de certains de nos aïeuls....)

      Si c’est juste un message de haine, pourquoi venir sur un journal français, si par contre c’est pour rappeler aux lecteurs que le Canada n’est pas le seul pays concerné par l’exploitation des autres, bienvenue.

      Pour ce qu’il en est de l’article, je me réjouis de ces prises de conscience collective ! D’une manière générale, le mouvement des « non alignés » est en train de réapparaître dans le monde, surtout avec la brouille des cartes suite à l’irruption de la Chine et de l’Inde et la baisse des Etats Unis...

      Puisse la conscience guidé nos actes.

    • Anonyme

      C’est vrai les français ne sont pas les meilleurs à ce jeu mais ça ne nous empêche d’avoir le droit de réagir, de penser et de ne pas être d’accord avec les actions de nos entreprises nationales.
      Les indiens au Guatamela ont dit non et on espère tous(sauf ceux qui ont des intérêts financiers) qu’ils pourront se faire entendre, les elections arrivent, un moment opportun !

      Anita

    • C. Creseveur
      C. Creseveur
      D'actualité, de dessin surtout
      • Posté à 14h51 le 15/08/2007
      • Internaute 7715
        D'actualité, de dessin surtout

      Et encore Pablo, si tu savais ce que Total fait subir aux ethnies africaines au Gabon et ailleurs, tu serais encore plus dégoûté de notre pays.
      Pour autant sache que tout les français ne sont pas que snob, ou sauvages.
      Pour ce qui est de la guerre d’Algérie, elle est une honte totale, au même titre que la guerre d’Indochine, et que toute les guerres coloniales.
      Néanmoins, n’oublie pas que si des gens comme le colonel Aussaresse et d’autres ont pu donner leur apprentissage de la torture, c’est qu’ils avaient des élèves. La France n’est tout de même pas responsable de la dictature en Argentine et de ses exactions.

      Amicalement