Cultures 10/08/2007 à 13h24

Le réchauffement climatique dérègle l'horloge des fruits

Lorraine Gublin | Etudiante


Après la récolte des pommes en Corrèze, en 2006 (Audrey Cerdan/Rue89).

Aux vergers d’Ableiges, dans le Val d’Oise, on trouve près de 27 variétés de fruits : pommes, poires, groseilles, abricots, prunes seront à l’honneur aux portes ouvertes organisées le premier week-end de septembre. Seules les mirabelles manqueront à l’appel. Avec l’arrivée précoce des fruits cette année, pas sûr qu’il en reste. Un hiver des plus doux (+2,1° par rapport à la moyenne) et un mois d’avril des plus estivaux (+4,3° par rapport à la moyenne) font, pour l’instant, de 2007 l’année la plus chaude depuis 1950. Conséquence : des récoltes plus précoces. Mirabelles et prunes dès le mois de juillet, raisin dès le mois d’août. Abricots, pommes et nectarines avec près de dix jours d’avance. S’agit-il d’un cru 2007 exceptionnellement précoce où d’un phénomène installé dans la durée ?

Pour Sandrine Morard, directrice de la Fédération nationale des producteurs de fruits, « c’est conjoncturel » : les dates de floraison « varient d’une année à l’autre » , elles sont tantôt en avance, tantôt en retard. Mais pour Nadine Brisson, chercheuse à l’unité Agroclim de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) d’Avignon, les producteurs « ont la mémoire courte, ils ne font pas l’exercice de rétrospective jusque vingt ans en arrière » . Depuis la fin des années 1980, les cultures pérennes –arbres fruitiers et vignes– sont de plus en plus précoces. La cueillette et les vendanges ont ainsi été avancées de quinze jours en moyenne en quinze ans. Les cultures annuelles (semées chaque année) subissent le même sort et « c’est visible dans le paysage » , souligne Nadine Brisson. Alors qu’il y a dix ans, il fallait attendre la mi-août pour fêter la fin des moissons, aujourd’hui plus un épi de blé ne pointe vers le ciel après la mi-juillet. Pour la chercheuse, le réchauffement climatique est le responsable de ces changements dans le milieu agricole.

Les agriculteurs s’adaptent

Les agriculteurs, habitués aux variations d’une année sur l’autre, « se sont adaptés, sans souvent s’en rendre compte, aux nouvelles conditions climatiques » , poursuit-elle. Le réchauffement de la surface de la Terre, de 0,6 à 0,9°C depuis 1860, les a conduits à semer plus tôt : autour du 10 mai il y a vingt ans, les dates de semis des cultures d’été ont été avancées au 20 avril.

Autre façon de s’adapter : changer les variétés cultivées. Il y a cinq ans, dans le Sud-Ouest, une parcelle sur deux était consacrée à la culture du maïs. Aujourd’hui, c’est une parcelle sur quatre. La précocité des cultures peut même s’avérer être un avantage. Dans les régions viticoles situées au nord de la Loire, elle peut favoriser une meilleure maturité du raisin. Certaines cultures d’hiver peuvent par ailleurs échapper aux sécheresses.

« Il suffit de faire coïncider le cycle des cultures avec le moment où le climat le permet, via les techniques d’irrigation ou de fertilisation, ou via la génétique, en choisissant des cultures à cycle plus long, plus résistantes à la chaleur, pour maximiser les rendements » , résume Nadine Brisson. Reste que la vraie question est de savoir s’il faut ou non s’y adapter. Adopter une logique productiviste ou préférer une approche environnementale.

L’adaptation des cultures aux changements climatiques s’accompagne d’une autre nécessité : mesurer l’utilisation des ressources, et en premier lieu de l’eau. D’autant qu’il est établi que les pluviométries estivales sont en diminution (entre 20 et 30% de diminution entre 1951 et 2000 dans le Sud-Ouest et le long du rivage méditerranéen). La rareté de l’eau oblige à repenser sa répartition entre agriculture et activités industrielles et ménagères.

Les cultures ne sont pas menacées

Pour l’heure, ni les professionnels de la terre, ni les chercheurs-agronomes ne semblent inquiets pour l’avenir des productions françaises. La hausse continuelle des rendements n’est pour le moment pas menacée par les changements en cours. « L’année caniculaire 2003 a même produit des vins exceptionnels, comme l’année 1976 ! “ , remarque Gil Rivière-Wekstein, fondateur de la lettre d’information Agriculture & environnement. Aucune culture n’est amenée à disparaître mais Nadine Brisson prévoit un nouvel équilibre entre les cultures déjà existantes.

Les fruits arrivant de plus en plus tôt dans les étalages, ils viennent se téléscoper avec les importations étrangères, espagnoles surtout. Sandrine Morard, déplore ‘ une perte de repères, chez les consommateurs, dans les saisons’ . Depuis longtemps on mange des agrumes en été, à quand les fraises en janvier ?

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  • Alexad
    • Posté à 16h49 le 10/08/2007
    • Internaute 8145

    Reportage TV vu cet été : un agriculteur nous faisant la démonstration suivante devant un champ de blé :
    Vous voyez les blés devraient être à cette hauteur là (montrant de sa main environ 1,20m) mais, du fait de la sécheresse, ils ne montent que là (environ 60cm).
    Oui, sauf que maintenant, lorsque vous traversez notre belle campagne, tous les champs de blés présentent une hauteur d’environ 60 cm.
    Sans doute pour des questions de rendement, les plantes ont été génétiquement « améliorées »...
    Et ensuite, on nous fera le coup du manque de paille...
    De qui se moque -t-on ?
    Sans nier le réchauffement climatique, il s’agirait de nous informer honnêtement

    • Anonyme répond à Alexad

      Tout a fait, les agriculteurs répendent des hormones pour que le blé ne dépasse pas 60 cm...et il ne s’agit pas de sécheresse, c’est pour éviter que les blés ne se couchent dans les champs ( d’ailleurs l’efficacité reste a prouver car on peut toujours voir des blés couchés dans les champs). Ce qui provoque naturellement des dommages sur la vie aux alentours, détruisant une partie de l’écosystème, réduisant les rendements, d’où augmentation des produits chimiques...un cercle vicieux dont seules les multinationales sont gagnantes
      Kinos

  • Anonyme

    Personnelement dans mon jardin j’ai des poires williams presque mures et des fleurs viennent juste de sortir sur le meme arbre ? Le Printemps et l’automne sur le meme arbre dans un ete qui ressemble presque a un debut d’hiver ?

    La nature en a pris un serieux coup ?

    • Anonyme

      Et presque plus d’oiseaux pour picorer tous ces fruits ... vous avez remarqué ? Plus d’hirondelles, plus rien de rien, sauf des étourneaux, des corvidés et des mouettes. Plus d’insectes non plus, et ça, en quelques années. Le soir, on peut laisser les fenêtres ouvertes, les lampes allumées : plus un seul papillon de nuit ne tourne autour des lumières, plus de moucherons,le désert. Quand on met le pied dans un pré, plus de sauterelles, plus rien. C’est bientôt la fin du règne animal. Et nous sommes des animaux même si certains ne veulent pas le savoir. Mais ça, c’est tellement secondaire que personne n’en parle ...

  • JacquesLestrade
    • Posté à 20h26 le 10/08/2007
    • Internaute 13163

    Marrant, ce texte : « le rechauffement de la terre depuis 1860 de 0.6 à 0.9 “...ça n’a strictement aucun sens.ça dit quoi ? Qu’on a une muyenne de temperature avant 1860 qui s’est inflèchie à cette date ? Que la moyenne a été realisée après 1860 et que ça baisse ? Elle parle de la terre Ou de la Terre ?
    Ceci dit, mes potes cultivateurs ont bien ri avec cette histoire de dates de moissons....
    Peut etre parce qu’on se les gèle dans la Nievre ?

    • Mansikka
      • Posté à 12h10 le 14/08/2007
      • Internaute 14105

      Ca veut dire qu’avant 1860 y’avait pas des masses de thermomètres et pas de relevés style Météo France.

  • Anonyme

    Ableiges n’est pas dans l’Oise, mais dans le Val d’Oise....

    • Pascal Riché
      Pascal Riché
      Redchef Rue89
      • Posté à 16h46 le 11/08/2007
        éditeur
      • Journaliste 7
        Redchef

      c’est corrigé, merci

  • Anonyme

    Il faudrai demander à Cromagnon si le climat se dérègle, ça serai plus fiable que tous les scientifiques reunis. Et puis même si il se « dérègle » ce climat, et qu’il sort des règles établies par l’homme (sourire), c’est quand même pas l’homme qui va lui dire ce qu’elle doit faire la planète non ? (petits prétentieux d’humains va..)

    Pour ma part, entre l’homme et la nature, je pari sur la nature !

    NTD