Amoureux de la littérature japonaise, vous restez insensible aux sirènes des mangas, que vous croyez légers, divertissants, mais résolument dénués de style et d'écriture ? Lisez donc la série » Au temps de Botchan » de Natsuo Sekikawa et Jirô Taniguchi.
L'histoire. 1905. Voilà près de trois ans que Natsume Sôseki, affaibli par une grave dépression nerveuse, est rentré d'Angleterre. L'ordre venait du ministre japonais de l'Education, qui avait reçu un télégramme disant » Natsume est devenu fou » .
Le professeur, parti contre son gré, a passé là-bas les deux années les plus pénibles de sa vie. Et même de retour au pays, il doit encore enseigner engoncé dans son costume occidental pour faire vivre sa famille !
Rêveur sous sa véranda, il a envie d'écrire une histoire gaie. Il s'attelle à l'écriture de » Botchan » (Le Serpent à plumes, 1993), qui deviendra l'un des grands classiques de la littérature du pays…
Les auteurs. Au dessin, l'immense Jirô Taniguchi, déjà évoqué à propos de » Quartier lointain » . Au scénario, le romancier Natsuo Sekikawa. Les deux amis se sont rencontrés en 1977 et ont réalisé plusieurs ouvrages en duo.
Ils débutent la publication d' » Au temps de Botchan » en 1986 et mettent douze ans à achever cette série, dont chacun des cinq volumes paraît dans des magazines sous forme de feuilleton. Avec cette gigantesque fresque de 1500 pages, emplie de tristesse et de poésie, Natsuo Sekikawa et Jirô Taniguchi ont créé le premier manga littéraire.
» Au temps de Botchan » décrit en effet les mutations de la fin de l'ère Meiji (1868-1912) à travers les intellectuels et la littérature de l'époque. On croise notamment le poète Ishikawa Takuboku, les écrivains Futabatei Shimei et Mori Ogai, ou encore de jeunes militants politiques –la période fut marquée par un complot contre l'empereur Meiji à la suite duquel une vingtaine d'anarchistes et de socialistes furent condamnés à mort.
Natsume Sôseki est le fil conducteur. Ses déchirements illustrent parfaitement cette période charnière pour l'archipel. Afin d'entrer de plein pied dans un monde en progrès, le Japon s'ouvre sur l'Occident, mais sacrifie au passage certaines de ses traditions les plus anciennes. Et fait naître une douloureuse nostalgie pour une ère en train de disparaître.
► » Au temps de Botchan » de Natsuo Sekikawa et Jirô Taniguchi (5 tomes, Seuil, 2002-2006, 15 à 17 euros le tome).
Pas facile pour le néophyte de trouver sa place au pays des mangas. Alors pourquoi ne pas s'offrir un mois d'août de lectures pour être enfin à la page ? Chaque jour, sur le thémablog Mangamania, je vous propose de découvrir un titre. Nombre de pépites manqueront sûrement à l'appel. L'essentiel, c'est d'apprendre à lire de droite à gauche. Et d'y prendre goût !


























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De
14H36 | 07/08/2007 |
Merci pour cette chronique.
De
14H41 | 07/08/2007 |
Allez, Rue89, encore un effort pour publier plus de BD et de littérature, svp.
De pikasso02
18H11 | 07/08/2007 |
Merci pour cette proposition de lecture où l'image joue un rôle essentiel. Ce que je réalise s'y apparente, et se lit de haut en bas, et de gauche à droite. Le mois prochain, Paris fêtera les cents ans des « Demoiselles d'Avignon ». Je vous propose une fiction, bien différente de ce que vous pourrez entendre lors de cette exposition au musée Picasso. Pour les curieux : cliquez pikasso02 sur Google. Sur mon blog, aux pages 482 et suivantes, début de ma fiction. Pour moi aussi, l'image apporte plus que les mots. Merci de me donner votre avis. pikasso02
De
19H28 | 07/08/2007 |
Juste un mot : super !
De
09H56 | 08/08/2007 |
autant j'ai bien aimé les précédents mangas cités, autant Botchan j'ai du mal, truffé de références et de personnes inconnues, trop pointu et à mon avis illisible, sauf pour les spécialistes de la littérature japonaise. Je ne connais pas grand monde qui ose aller au delà du deuxième tome.
De
09H57 | 08/08/2007 |
Très beau manga, très loin des séries ultra commerciales. à lire en prenant son temps
De bingobongo
00H57 | 09/08/2007 |
juste de la publicité ! ! ! !
combien touchez vous pour cette chronique ? ? ?
la est la question……….
à bingobongo
De Rafaële Brillaud
(auteur)
10H33 | 09/08/2007 |
Question fastoche : pas un kopeck !
De
02H31 | 09/08/2007 |
Du Jirô Taniguchi dans un style plus abordable, « L'orme du Caucase » est également superbe. C'est un recueil de nouvelles, assez court mais qui laisse de belles impressions.
De pikasso02
20H37 | 09/08/2007 |
Franchement, pour partir à la recherche « du temps perdu », encore faut-il que ce « temps perdu » le mérite. J'espère que celles et ceux qui seront venus voir mon travail penseront que le temps que j'ai retrouvé méritait de l'être. Sinon, merci de me le dire.
http://pikasso02.skyblog.com/
De L.A.F
10H32 | 10/08/2007 |
Pour en revenir à « Au temps de Botchan » je suis d'accord avec ceux qui disent qu'il s'agit d'une merveille à déguster en prenant son temps. On y fait un voyage dans une tranche d'Histoire qu'on ne connait de coutume, que par les faits. Ici on entre dans les pages avec un travail technique pour réapprendre à lire et à tourner les pages… ça procurre un effet d'intériorisation : on est tout de suite dans un état psychique propice à l'immersion… dans ces vies qui aimaient les mots d'une culture qui donne du sens là où nous mettons trois ou quatre verbiages d'occident et une pincée d'amer… dans les rues bondées où l'on entend des rires imbibés de bières qui exultent le dragon… Alros que la poésie qu'on découvre comme un enfant sur ces planches noirées blanches où les fleurs et les femmes sont ici défardées sans nos pauvres artifices d'estringués… Si l'on retrouve sans l'oeuvre de Natsuo Sekikawa et Jirô Taniguchi l'ambiance poétique de Sôseki -- ne pas confondre cependant les deux. On pourra creuser d'avantage par soi-même les célébres haikus du premier et se détendre un peu plus sur la série de sublimes manga littéraire des seconds !