A la Une 06/08/2007 à 18h18

Dans les camps de déplacés de l'est du Tchad

Valérie Babize | Journaliste

La situation humanitaire est alarmante dans l’est du Tchad, où les réfugiés fuient les violences communautaires.

(De Koukou, Tchad) Le regard de Souleyman peine à dissimuler sa détresse. L’image de cette nuit où son village a été incendié et où son père a été tué hante chacun de ses silences.

Après une longue période d’accalmie relative au début de l’année, le sud-est du Darsila, dans l’est du Tchad, a été le théâtre de violentes attaques intercommunautaires. Fin mars, des communautés voisines ont attaqué les villages de Tioro et Marena. Originaire de Tioro, Souleyman a fui à dos d’âne. Le petit enfant à la béquille en bois, blessé, vit maintenant avec sa mère et ses quatre frères et sœurs dans un des quatre camps de déplacés du village de Koukou. Les violences s’exacerbent entre populations arabes et non arabes de la région, autour de la question de l’accès à l’eau et du pâturage.

Dans cette zone volatile où l’insécurité est latente, le drame du Darfour voisin essaime. Les armes affluent en masse, le Soudan et le Tchad recrutent, entretiennent des milices, organisent des incursions... Depuis quelques mois, les tensions s’accroissent sur fond de guerre interne. « Ces violences ont dépassé les chefferies traditionnelles », confirme le sultan de Goz Beïda, Seïd Brahim Mustafa.

Koukou, une bourgade de 5000 habitants, abrite aujourd’hui 20000 réfugiés et maintenant 40000 déplacés. Sur cette zone marécageuse, les camps de Tchadiens qui fuient les violences sont plus que précaires. Pas de latrines, peu d’eau et une nourriture distribuée au compte-gouttes et de manière désorganisée.

Suleyman est exclu de l’aide car il était absent le jour de la distribution des cartes. « Il a fallu attendre la veille de la saison des pluies pour que l’aide arrive, mais elle parvient de façon chaotique et en quantité insuffisante... » Isabelle Defourny est acerbe. La responsable de Médecins sans frontières, fraîchement dépêchée dans l’est du Tchad, ne mâche plus ses mots. L’organisation vient de publier un rapport affirmant qu’un enfant sur cinq dans la zone de Goz Beïda souffre de malnutrition. Les seuils d’alerte sont bien franchis en terme de mortalité des moins de 5 ans.

Devant elle, la file ne désemplit pas. Ils sont plus d’un millier à attendre derrière la barrière en plastique orange. Des femmes et des enfants du plus grand camp de déplacés de Goz Beïda, à quelques kilomètres de là. En quelques heures, 250 enfants sont repérés comme sérieusement carencés, confirmant l’étude et une situation que les acteurs locaux ont du mal à reconnaître.

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  • Servais-Jean
    • Posté à 02h19 le 07/08/2007
    • Internaute 4591
      43

    Que dire, que faire ?
    Il n’y a rien à rajouter.

  • Anonyme

    Je rentre du Tchad. Il faut faire un distingo entre les camps de réfugiés où la situation est « correcte » et les sites de déplacés où la situation est catastrophique.
    Les camps ont reçu des réfugiés soudanais et les premiers déplacés tchadiens fuyant leurs villages. UNCHR et ses associés y apportent l’essentiel. La violence y a baissé.
    Les sites de déplacés tchadiens, quant à eux, voient se regrouper des tchadiens fuyant leurs villages pillés, et ce en dehors de tout contrôle de UNHCR et sans que les ONG puissent intervenir tant la situation est dangereuse.
    Un espoir : l’arrivée de la force franco-européenne à l’est du Tchad en octobre 2007, en attendant l’arrivée de la force ONU-OUA-etc vers la fin de l’année au Darfour (Soudan).
    Alain

  • sabaudia
    • Posté à 06h34 le 07/08/2007
    • Internaute 8229

    C’est là que Cecilia pourrait trouver un rôle qui serait à l’honneur de la France

  • Anonyme

    Merci de continuer à parler de ce pays et de cette catastrophe. Pour les journalistes qui repartiront, ils doivent forcément s’arrêter à Abéché où il n’y a pas 15 adresses pour dormir. je leur conseille l’auberge « César ». Elle apartient à un homme qui m’a marqué pour toute ma vie, Mahamat HISSEIN.
    Mathieu

  • Anonyme

    Bravo pour ce reportage !

  • Anonyme

    bonjours,
    je suis un tchadien qui vit depuis longtemps à l’etranger.je remercie et felicite ces ames courageuses qui prennent la detresse de ces pauvres personnes en main et essaient de les soulager.
    ce qui me desole,c’est ce mutisme de la communauté internationale sur ces massacres quotidiens que subissent les tchadiens du nord au sud et cela ne date d’hier.
    aucune personnalité internationale ne s’est penchée sur la situation de ce pays d’afrique centrale qui vit un calvaire depuis plus de 40 ans.
    Toute ma gratitude vers ces humanitaires qui risquent leurs vies et delaissent leurs confort pour soulager ces « damnés » qui ne veulent que survivre.
    un tchadien compatissant