Lorsqu'il s'agit de décrire la menace imminente que pose l'Europe, l'élite politico-financière américaine semble un peu désorientée.
Tantôt l'Europe est une sorte de bastion socialiste, dans lequel l'innovation, l'esprit d'entreprise et la croissance seraient découragés par des gouvernements envahissants, des impôts élevés, et cet entêtement étrange à vouloir maintenir un filet de sureté social. Bref, selon les critères du business américain, une zone à fuir comme la peste.
Mais tantôt, c'est un paradis pour capitaliste, où les bas impôts sur les entreprises et la légereté des règlementations boursières devraient inspirer les Etats-Unis.
La semaine dernière, Glenn Hubbard, le doyen de Columbia Business School, plaidait, dans le Wall Street Journal, pour une baisse du taux de l'impôt sur les sociétés. Hubbard, ancien conseiller économique de Bush, remarque que des nations comme l'Allemagne ou la Grande-Bretagne se battent, pour attirer les capitaux, à coup de la réduction du poids sur la fiscalité des entreprises.
L'article se conclut (surprise ! ) par un appel à faire de même aux Etats-Unis. Ce texte a servi d'introduction à une conférence organisée par le secrétaire au Trésor Henry Paulson, consacré à la fiscalité des entreprises. Un document de présentation déplore que les Etats-Unis figurent au second rang des pays de l'OCDE par le taux d'impôt sur les bénéfices. Ce texte s'alarme : l'Allemagne s'apprête à » ramener son taux d'imposition total de 38% à 30% en 2008 » et les repaires gauchisant tels que la France, l'Italie, l'Espagne et la Suède ont tous des taux d'imposition sur les sociétés plus cléments qu'aux Etats-Unis ! Sans parler du fait que, grâce à des astuces fiscales, pratiquement aucune société paye le taux légal.
Cette euro-jalousie a été ensuite manifestée, dans les même pages » opinion » du Wall Street Journal, sous la plume de Phil Kerpen, de l'American Enterprise Institute (très conservateur, NDT) : il plaide, lui, pour une réduction de l'impôt sur les plus-values des entreprises. » La France et l'Allemagne, bastions traditionnels de la dépense publique, exonèrent de l'impôt 95% des plus-values des entreprises » écrit-il avec envie .
Pendant ce temps, banquiers d'affaires, financiers, et autres boursiers se plaignent que la règlementation comptable imposée par la SEC (Securities and Exchange Commission, le gendarme boursier américain, NDT) leur fait perdre du terrain par rapport à la place de Londres, qui retrouve de sa superbe. The Financial Services Authority suit en effet une approche plus souple de ces questions.
Mais ces capitalistes qui lorgnent sur la clémente fiscalité européenne sur les sociétés sont les même qui considèrent l'Europe comme un monstre, à mettre dans le même sac que les syndicats, les journalistes, ou le réalisateur Michael Moore.
Défenseur de la baisse de l'impôt sur les sociétés, Mitt Romney, le candidat à l'élection présidentielle qui a la plus importante expérience financière, a ainsi « habitude d'utiliser le mot Europe comme un nom d'oiseau .
Lors d'un déjeuner la semaine dernière, le président d'une des principale sociétés financières de New York a quasiment recraché sa salade d'endive quand une de ses collègues, qui a longuement résidé à Londres, lui a raconté qu'elle avait donné naissance à deux enfants, en bonne santé, dans des hôpitaux public britanniques. Les cadres supérieurs américains croient en effet dur comme fer que le système national de santé britannique (et plus généralement n'importe quel système national de santé publique) est un désastre, un lieu que doivent éviter les yuppies.
Autant ces commentateurs jalousent le régime européen d'impôt sur les sociétés, autant ils abhorrent le système européen de prélèvements obligatoires sur les particuliers, fondé sur la consommation et sur le revenu, et qui permet de financer une couverture sociale pour tous -santé, retraite et autres avantages.
Et c'est ce qui rend hypocrite ces comparaisons sélectives sur la fiscalité européenne. Car si l'Europe peut maintenir des taux d'impôt sur les sociétés aussi bas, c'est en partie parce qu'elle prélève des impôts élevés sur les salaires et la consommation de ses citoyens. (Les chiffres l'OCDE montrent qu'en 2006, le taux de prélèvement obligatoire était de 28,9% pour les Etats-Unis, à comparer à 52,5% pour l'Allemagne et à 50,2% pour la France). Et la même Allemagne qui est aujourd'hui vantée pour ses bas taux d'imposition sur les sociétés vient de faire passer sa TVA de 16% au niveau stratosphérique de 19%…
Traduction : Pascal Riché
En partenariat avec



























10
(Pour réagir, connectez-vous)
De
18H50 | 31/07/2007 |
et tous les être humains s'asservissent davantage tous les jours à cette loi du libre échange financier sans entraves.
même s'il faut passer par des paradis fiscaux.
http://www.peuples.net/
De
20H13 | 31/07/2007 |
Le seul, vrai, unique et tangible dieu, même et surtout chez les peuples les plus bigots, c'est le pognon, le blé, le pèze, le flouze, l'oseille, la thune…
On se lève pour lui, on se bat pour lui, on souffre pour lui, on tue pour lui bien plus que pour l'autre, le Vrai, euh… enfin l'Autre quoi.
Histoire authentique : un homme a vécu toute sa vie en refusant obstinément et jusqu'à son dernier souffle de toucher l'argent sous quelque forme que ce soit et sous quelque prétexte que ce soit. C'était au XXe siècle et c'est l'unique authentique athée qu'il m'ait été donné de croiser.
Pendant ce temps-là des milliards d'êtres humains chantent : « Every morning… I wake up on the wro,ng side of capitalism ! »
De
21H49 | 31/07/2007 |
Il me semble que la derniere phrase de l'article est fausse : « La même Allemagne qui est aujourd'hui vantée pour ses bas taux d'imposition sur les sociétés vient d'augmenter sa TVA de 16% au niveau stratosphérique de 19%… »
C'est le contraire non ?
De
23H33 | 31/07/2007 |
Non c'est bie cela, et c'est d'ailleurs l'exemple pris par l'UMP pourjustifier la « TVA sociale »… Baisser les prélèvements sociaux sur les entreprises et compenser par un hausse de TVA. Fort bien analysé par quelques économistes français comme une « dévaluation compétitive masquée » (je vous renvoie à une tribune publiée dans Le Monde par Peyrelevade début juillet sur ce thème).
Cédric
De
17H05 | 01/08/2007 |
non
De
22H19 | 31/07/2007 |
Je ne comprends pas bien comment on peut tout reduire a un taux d'imposition sur les entreprises. Alors que pour bon nombre d'experts, le veritable probleme en Europe est la legislation du travail. Les systemes fiscaux sont complexes. Il faut faire entrer en cause la TVA qui est un impot qui penalise les entreprises et qui est nettement plus eleve en Europe.
C'est comme considere un salaire US (qui ne comprend ni assurance maladie, ni retraite, ni aide a l'education des enfants) avec un salaire europeen. Il est impossible de comparer la fiscalite de ces deux regions car la philosophie est differente et aboutit indeniablement a des contre-sens. La diversite des opinions contenue dans cet article le prouve.
La vraie question sur les relations economiques USA/Europe concerne l'Euro. La solidite de la monnaie europeenne si elle deplait aux politiques europeens est un atout. Cette situation ne durera pas eternellement mais il etait important que l'euro prouve qu'il etait capable de s'apprecier fortement face au dollar. Dans ces conditions, bon nombre de pays asiatiques ou du moyen orient pourraient revoir leur politique de reserve. Et la sacro-sainte regle du prix du petrole en dollar pourrait etre remise en cause. Ce qui serait clairement la preuve qu'un nouvel ordre economique est en marche et que les Etats-Unis ont trouve un partenaire concurrent loyal…. mais viril : )
De
07H29 | 01/08/2007 |
Pour ceux qui comprennent l'anglais :
http://www.zeitgeistmovie.com/
Les states vont imploser comme une vieille télé.
« Close the goddam TV » ! ! ! !
Un Quèbe à Paris
De
09H32 | 01/08/2007 |
Que veut prouver ou ne pas prouver cet article ?
Que le système européen est meilleur que le système américain ?
Et Michael Moore, l'américain que tous les européens adorent (parce qu'il dit du mal des USA), va dire que c'est vrai dans SICKO, son prochain documentaire sur le système de santé américain.
C'est un peu plus compliqué que ça, je crois, non ? Et non (en réponse à un des internautes), nous n'avons pas intérêt à ce que les USA s'écroulent. Arrêtez avec cet anti-améracinsme primaire ! Et je ne me prétends pas économiste. Donc je vais en rester là pour ce qui est de la question économique. Par contre, ce qui serait déjà bien, c'est que les français changent d'attitude, cette attitude arrogante qui les caractérise. Voyagez les yeux et les oreilles grands ouverts dans des pays étrangers (profitez-en, l'Euro est fort…). Intéressez-vous à ce qui se passe politiquement, soicalement et économiquement dans le pays que vous visitez (en écoutant et non pas en ayant pas une opinion déjà bien faite de la situation).
Ah, ce serait bien. On aurait une toute nouvelle France… Et ce ne serait pas la même (ni à droite, ni à gauche ! ).
Bonne chance !
De kawaayi
2012??? | 10H42 | 01/08/2007 |
Que veut prouver ou ne pas prouver cet article ?
Que le système européen est meilleur que le système américain ?
Et Michael Moore, l'américain que tous les européens adorent (parce qu'il dit du mal des USA)
==============================================
M.Moore dit pas du mal de son pays, mais demontre a sa facon comment les CApittalistes prennent son peuple pour des CONS, et les encourage a ouvrir les yeux…et les USA s'ecrouleront car leur systeme c'est du « bulldust », geant aux pieds de glaises, les jours sont proches ou il se ramassera la figure.
De
18H20 | 01/08/2007 |
Je crois qu'au-delà des chiffres, qui peuvent être lues des diverses manières, puisque les scénarios sont très différents, il y a, entre les USA et l'Europe, une différence de civilisation, et c'est ce qui fait difficile une comparaison de détail. Le grand danger de la civilisation US c'est la privatisation, pas celle de telle ou telle entreprise (parfois nécessaire), mais celle de la vie sociale, à tel point que cette dernière prend le risque de disparaître. C'est ce qu'on appelle l'anomie. Voilà le vrai danger. Heureusement il y a l'Europe, même si dans son sein il y a de la mauvaise herbe qui pousse…