Les journalistes voyagent-ils aux frais de la princesse?

Plusieurs internautes, dans les commentaires à la revue de presse et de blogs sur le discours de Sarkozy au Sénégal, nous demandent si les journalistes qui accompagnaient le Président en Afrique étaient bien invités « aux frais de la princesse » comme l’écrit un journal sénégalais. Et au passage nous demandent des comptes: « Rassurez-moi Rue89, vous? », écrit l’un d’eux… Cette question, recurrente dans la défiance du public vis-à-vis des médias, appelle une remise à plat que voici.

D’abord Rue89 ne participait pas à ce voyage présidentiel. Nous n’avons pas pour vocation de suivre ce genre d’événement institutionnel hypermédiatisé. Et, de surcroît, le voudrions-nous, nous n’en aurions pas les moyens à ce stade, car ces voyages sont payants, j’y reviendrai. Rue89 a par ailleurs pour règle de refuser les invitations, un héritage de notre « ADN Libération », car ce journal est l’un des rares dans la presse française, à s’être doté d’une charte interne qui interdit formellement les invitations payées (précision: je n’y suis plus et ne sais pas si cette règle a changé depuis notre départ au début de l’année). Nous reprenons cette règle à notre compte, et espérons qu’elle devienne la norme et pas l’exception d’une profession qui a trop souffert d’ambiguïtés sur ce terrain.

Retour d’abord sur le déplacement de Sarkozy en Afrique: les frais des journalistes qui suivent les déplacements présidentiels ne sont pas couverts par l’argent des contribuables. Le système est assez au point. Il existe une Association des journalistes de la presse présidentielle, qui organise l’interface entre l’Elysée et les médias, et facture les déplacements avec le Président. C’est évidemment l’Elysée qui organise, affrète l’avion, réserve les hôtels, etc., mais les organes de presse payent un prix forfaitaire pour l’ensemble du voyage. Le système est transparent et, à ma connaissance, fonctionne correctement.

Mais c’est le seul. Il n’y a en effet que les voyages présidentiels qui soient ainsi régis par un système rodé et accepté par tous, autorités et médias. Pour le reste, c’est la jungle et l’arbitraire. Lorsque les ministres se déplacent, ils invitent souvent deux ou trois journalistes à bord des petits avions de l’ex-GLAM (les transports militaires qui assurent les déplacements ministériels). Dans le meilleur des cas, ils opèrent un tour de rôle qui permet à toutes les sensibilités de la presse de faire de temps en temps un déplacement avec un ministre, bon moyen d’avoir une interview ou un contact avec ses conseillers… Dans le pire des cas, on invite les copains, et surtout le journal de la circonscription du ministre, pour soigner sa com’ électorale.

Mais il n’y a pas que les voyages officiels. Les entreprises utilisent énormément cete méthode des invitations, qui se font sans aucune transparence, et brouillent considérablement l’image des médias. Lorsqu’un grand patron se déplace à l’autre bout du monde pour signer un gros contrat, il invite deux ou trois journalistes à l’accompagner, tous frais payés. Lorsqu’une grande entreprise veut redorer son image de marque, ou lancer un nouveau produit, le voyage de presse est également une méthode efficace.

Lors de mes années comme correspondant de Libé en Chine, j’ai ainsi vu passer des voyages de presse avec hôtels cinq étoiles et grands restaurants, survol des Trois gorges en hélico, pour des groupes de journalistes invités et bichonnés. Idem quand le patron d’un grand groupe venait signer un gros contrat… Il n’y a certes aucune obligation formelle pour le journaliste, mais on court évidemment le risque de l’article de complaisance, même si la personnalité du journaliste reste le dernier rempart dans ce cas.

Il y a pire: quand un constructeur automobile invite les journalistes spécialisés à tester un nouveau modèle pendant une semaine aux Caraïbes ou au Mexique, que devient le sens critique du rédacteur? Dans le secteur culturel, combien de voyages de journalistes à l’autre bout du monde au début d’une grande tournée d’un groupe de rock ou autre, pour ramener une interview « exclusive », alors que tout journal (expérience vécue à Libé) qui demanderait la même interview en payant ses frais se la verrait refuser?

Comment introduire un peu de transparence dans ce système dont la princpale victime sont les lecteurs, qui ignorent ce qu’on leur « vend »? La difficulté est double. Il y a d’abord la pauvreté relative des médias, qui, pour la plupart, n’enverraient pas de journalistes s’ils n’étaient pas invités. Moins pardonnables sont ceux qui en ont les moyens et qui acceptent quand même cette pratique douteuse… Ensuite, il y a l’attitude de ceux qui invitent, et n’ont aucune raison de remettre en cause un système qui marche bien pour eux.

D’autant que tout n’est pas noir et blanc, qu’il y a, heureusement, beaucoup de journalistes honnêtes qui ne se laissent pas influencer par une invitation, et des entreprises ou des ministres qui invitent sans en attendre un « retour » sur investissement autre que de pouvoir présenter leur point de vue.

La solution, de mon point de vue, ne peut venir que de deux acteurs: 1) des journalistes eux-mêmes, qui, sous l’impulsion de leurs sociétés des rédacteurs, doivent imposer des chartes déontologiques à l’intérieur de leurs entreprises; 2) des lecteurs qui doivent exiger la transparence. Si un journal reçoit 200 e-mails sur chaque article ambigu en demandant si le journaliste qui a testé une voiture au Mexique était invité par le constructeur, ou si l’envoyé spécial en Chine ou au Gabon était invité et par qui, le tocsin commencerait à sonner dans les rédactions.

En attendant, heureux lecteurs de Rue89, soyez assurés que votre site n’a jusqu’ici jamais accepté d’invitation douteuse (en trois mois, me direz-vous, ce n’est pas difficile…). Et a bien l’intention de se conformer à un code de conduite déontologique et éthique indispensable pour un média libre et indépendant. Nous savons de surcroît que votre vigilance sera un précieux garde-fou…

Pierre Haski


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Courageux anonyme
15H43 28/07/2007

cela me rappelle le reportage de Daniel Mermet à Doubaï où il semble bien que lui et son équipe étaient les seuls journalistes à avoir payé leur séjour (ce qui étonnait beaucoup les autochtones)
et après on va nous dire qu’on est paranos !
 salmacis

 
Courageux anonyme
15H45 28/07/2007

… tout au plus, on peut envisager la prochaine entrée du Nouvel obs dans le capital de ce site.

 
Courageux anonyme
15H54 28/07/2007

C’est sûr, à nous d’être vigilant.

Je regrette d’autant plus la disparition d’ASI qui pour ce genre de truc nous révélait les dessous du panier de crabe.

http://anthropia.blogg.org

 
Ferdinand.Bardamu | Rien.
03H03 29/07/2007

Ben il reste tout de même, ACRIMED, l’observatoire des médias :
http://www.acrimed.org/

 
Thomas Huchon | Journaliste
17H12 28/07/2007

Cher Pierre,

Collaborant depuis deux mois avec Rue89, je me demande si le plus simple ne serait pas de préparer une charte, et que les journalistes la signe. Cette charte serait alors mise en ligne pour plus de transparence.

De ma propre expérience, lorsque je travaillais à l’Expansion, je renvoyais toujours les cadeau de presse et autres invitations, à la grande surprise des entreprises qui nous les envoyaient. Ils ne comprenaient pas, ou feignaient de ne pas comprendre parce que au fond ils savaient très bien ce qu’il faisaient. A nous de balayer devant notre porte, et de dénoncer les attitudes peu éthiques, à moins de voir la crédibilité de tous les journalistes disparaître…

Longue vie à Rue89, et à tous ceux qui veulent une presse de qualité.

 
Courageux anonyme
22H49 28/07/2007

cher Thomas,
C’est tout à votre honneur.
philippe tixier
http://libre.gauchepopulaire.fr/index.php/category/humour

Savez vous quelle compétence il faut avoir pour travailler avec RUE89 ?

Savoir compter pour envoyer ses messages !

(humour cher Yann)

 
Pierre Haski | Rue89
12H40 29/07/2007

Merci Thomas, excellente idée. On s’y met.

 
Courageux anonyme
14H25 09/08/2007

Bonjour Pierre,
Joburg, le technique AFP fin des années 70 tu te souviens ? j’ai suivi ton chemin de virgules en point à la ligne et j’apprécie bien ce que tu fais maintenant. J’ai quitté l’Agence voici 2 ans pour restaurer un vieux tas de pierres en forme de château dans le Sud ouest pour l’aider à reprendre vie. J’aimerais bien reprendre contact avec toi si l’envie est partagée. Mon mail qui te donne mon nom : barret.bernard@wanadoo.fr
Amicalement BB

 
Courageux anonyme
17H58 28/07/2007

Pas plus tard que ce matin, une amie travaillant dans une prestigieuse agence de vacances de luxe, me racontait qu’un(e) journaliste du Monde l’avait appelé pour savoir si elle pratiquait « l’échange marchandise », soit un article contre un voyage. Je trouve çà tout à fait incroyable….Celà tombait bien, c’était une destination lointaine, la mer bleue turquoise ,etc…Ce n’était pas la Creuse, mais quand même!!! La règle doit être la même pour tous…!Sébastien

 
Courageux anonyme
18H05 28/07/2007

Ayant travaillé pour differents journaux de mode, je sais que les voyages dans les endroits de rêve sont payés soit par le syndicat du tourisme du pays visité soit par l’hotel. les contreparties sont photos de l’hotel et articles dityranbiques sur le pays en question.
Quand au « redactionel » les journalistes de mode doivent mettre des vêtements des annonceurs..Sous peine qu’ils aillent voir ailleurs.
Quand aux voyages de presse, invitées disons à Tahiti, par une maison de cosmetiques par exemple; les journalistes se voient remettre une enveloppe afin de ne pas depenser leurs petits sous!.
Les cadeaux nombreux fait a ces journalistes influentes au moment de Noël affluent de toute part….Le plus drôle a été le cadeau envoyé par Jean Paul Gaultier à ces dames rédactrices..UNE DINDE…une vraie!

 
18H06 28/07/2007

Resistez et surtout ne nous decevez pas, car la presse française(et oui,je suis en france)n’a déjà pas beaucoup de crédibilité et peut-être encore moins de lecteurs, il ne faudrait pas grand chose pour qu’il ne reste ni l’un, ni l’autre…
Et sinon pour info, depuis que mr Hasky a quitté « libé » quels sont les changements ?? il doit bien avoir encore quelques collègues qui lui racontent le quotidien du quotidien, pour ma part depuis le départ de Serge July, j’ai un mauvais préssentiment, qui n’engage que moi bien sur,mais j’aimerai bien être rassuré sur ce journal qui m’a accompagné en m’ouvrant les yeux sur le monde pendant 20ans.Malheureusement j’accroche de moins en moins…la vie change…

 
H. | A chipé a chopé
01H34 29/07/2007

Article très intéressant. Je suis particulièrement sensibles à tout ce qui touche directement à la profession d’autant que ce sont des sujets, paradoxalement, assez peu traités.

Imaginons maintenant.
Je suis journaliste. Un ministre part dans quelques jours et emmène 2 ou 3 journalistes avec lui.
Le media uquel j’appartiens n’a pas une ligne éditoriale ena ccord avec la politique du ministre. En ce moment, de nombreux articles sont publiés contre sa politique.
Je fais quoi ? J’insiste pour l’accompagner, quitte à l’épargner avant, mais en sachant très bien que là-bas je pourrais d’autant plus mettre à mal son action que je l’aurai vu agir. Je refuse de l’épargner quitte à me faire, très certainement écarter de la liste.

Autre problème, si je pars aux fraix de la rédaction, l’invitation du ministre est déjà un privilège qu’il m’offre. Et le mécanisme du don-contre don peut alors s’enclencher.

Mon but n’est pas du tout de fausser votre argumentaire, qui m’a réellement intéressé. Juste pour continuer dans le discussion.

 
Courageux anonyme
09H01 29/07/2007

Votre commentaire est très intéressant car vous résumez parfaitement le processus de la corruptibilité :

si je fais ça, je risque plus tard de me voir refuser quelque chose. La supputation de pouvoir perdre (ou ne pas gagner) quelque chose parce que l’on agit en conscience est le point de départ de pratiquement toutes les corruptions.

exemple : je ne vais pas dire au prof de mon fils qu’il explique mal car les enseignants lui rendront la vie difficile

je ne me syndique pas car si je suis licencié, je ne trouverai pas de travail

etc…

regardez autour de vous et vous constaterez que même dans la vie quotidienne la corruption s’est installée, à des niveaux différents certes, mais bien présente.

 
Pierre Haski | Rue89
12H07 29/07/2007

Cas de figure intéressant. C’est toute la question du journaliste et de ses sources. Vous faites un article critique, vous vous coupez de vos sources, donc vous restez dans une dose de critique acceptable pour garder le contact avec vos sources, ça s’appelle l’autocensure. Mon point de vue est que les hommes politiques comme les autres ne respectent pas ceux qui font de la flagornerie, ils ne font que les utiliser. Donc soyez vous-même, quitte à rater le voyage avec le ministre si son service de presse est revanchard contre ceux qui critiquent l’action de leur « patron », mais vous n’en serez que mieux respecté professionnellement. Mais ce n’est pas facile à assumer si vous n’êtes pas soutenu dans votre rédaction. Bon courage…

 
Courageux anonyme
09H27 29/07/2007

un grand merci pour cet article éclairant mais qui fait froid dans le dos

 
Courageux anonyme
09H53 29/07/2007

Merci pour cet article, Pierre Haski! Il me rappelle un reportage de voyage paru dans « The Guardian ». A la fin du texte, le journal avait ajouté au nom de l’auteur le fait que le voyage décrit a été payé par un voyagiste. Si cela peut rester de la pub, c’est au moins transparent!

Bon courage pour votre site qui enrichit vraiment le paysage médiatique de la France.

Alexander Musik

 
Courageux anonyme
12H36 29/07/2007

Je souhaiterais également gratter des articles sur la magnificence sarkozienne.

A qui puis-je m’adresser ?

http://www.peuples.net/

 
Courageux anonyme
17H50 29/07/2007

Est-ce qu’une rubrique Economie est prévue sur la V2?
Par ailleurs, je trouve les blogs de Rue89 assez peu visibles. Y aurait-il un moyen de sélectionner sur notre page de garde, les blogs que l’on préfère sans qu’on ait à la rechercher à chaque fois d’une part et d’autre part le blog le plus consulté en général?
 Merci

 
Pierre Haski | Rue89
18H05 29/07/2007

Vous aurez effectivement dans la V2 la possibilité de vous constituer votre propre page d’accueil! Merci de vos commentaires.

 
Courageux anonyme
19H06 29/07/2007

Merci pour votre intervention.

J’ai une question : allez-vous conserver en archives non payantes tous vos articles ?

Parce que ça : c’est LA révolution de l’Info :

La continuité. Fixer le temps. L’info. L’Histoire.

 
Pierre Haski | Rue89
19H34 29/07/2007

Absolument, il n’est pas question de rendre les archives payantes. Merci de vos commentaires.

 
Courageux anonyme
10H45 30/07/2007

Pierre,

J’admire ce regard ni noir, ni blanc sur votre profession. Il existe un millieu bien plus sombre que le votre de ce point de vue. Ce millieu c’est l’informatique. Vous seriez écoeuré de voir les us et coutume de ce milieu. Vous seriez pétrifiez de voir dans quelles conditions beaucoup de grand DSI (Directeur des Système d’Information) prennent leurs décisions technique. Enfin, je pense que vous avez déjà observer les conditions de vote des lois qui régissent ce secteur. Si ce n’est pas le cas, un petit aperçu de l’iceberg ici:

http://www.senat.fr/seances/s200605/s20060504/s20060504001.html#section1…

Et encore, je ne parle pas ici, de la rencontre de nos milieux, la presse informatique….

Merci pour votre engagement.

Anonyme moins courageux que vous.

 
Courageux anonyme
10H57 30/07/2007

SVP, merci de penser aux daltoniens: les textes qui ne sont pas en gras sont illisibles.
Et bon courage à l’équipe

 
12H02 30/07/2007

Bonjour H., Imaginons maintenant… Vous êtes journaliste. Un ministre part dans quelques jours et emmène 2 ou 3 journalistes avec lui. Vous êtes sur la liste. Vous rendez compte à vos lecteurs de son déplacement tel que vous l’avez vécu, en fonction de ce que vous avez observé, en leur proposant votre regard et votre analyse, sans vous encombrer l’esprit avec les arrière-pensées que vous évoquez. Comme l’écrit Pierre Haski, "Soyez vous-même (…) Vous n’en serez que mieux respecté professionnellement." Vous en supporterez, si je puis m’exprimer ainsi, peut-être ultérieurement les conséquences - pas d’invitation à des voyages de presse (je vous parle d’expérience…) Et alors ! Vous aurez fait votre métier en conscience, et c’est autrement plus valorisant. Quant à la crainte (que je sens implicite) dans votre commentaire qu’on ne vous parle plus ? N’ayez aucune inquiétude : un journaliste est rarement en mal de sources - la difficulté est plutôt au contraire de discerner celles qui sont fiables et celles qui ne le sont pas !

 
H. | A chipé a chopé
15H19 30/07/2007

Mais n’a-t-on pas tendance à verser dans la complaisance même malgré soit, quand on a été choisi ? C’est plutôt cet aspect là qui m’inquiète.
Et avant cela, pour être choisi par ledit ministre, et donc pour informer les lecteurs avec l’info la plus fiable possible, ne doit-on pas faire quelques concessions éditoriales ? Sont-elles légitimes ? Autrement dit, épargner aujourd’hui pour mener une charge plus dure demain.

Et plus généralement, il peut arriver que l’aide d’une organisation soit indispensable pour réaliser un reportage. Comment se positionner après, surtout si l’organisme se rélève douteux ? On épargne parce que sans eux rien n’aurait été fait, ou on charge quitte à être mis à l’écart et à ne plus pouvoir informer sur des situations similaires par la suite. J’imagine que les informations sur les journalistes tournent rapidement dans certains milieux.

Merci pour vos éclaircissements,

H. (étudiant en journalisme, ou presque).

 
16H07 30/07/2007

L’un des travers journalistiques les "mieux" partagés est la sympathie (ou l’antipathie) à l’égard des interlocuteurs - voyage de presse ou pas. Les concessions, petites ou grandes, sont un danger et donc une préoccupation que nous, journalistes, devons (devrions) avoir constamment en tête. La fonction d’un journaliste n’est ni de verser dans la complaisance ni de "mener la charge", comme vous l’écrivez.Je vous laisse méditer ;-) Et bonne chance !

 
13H32 30/07/2007

la conclusion logique de l’article est donc que la déontologie journalistique des grands titres français est morte depuis longtemps ?
Que plus ça va et moins il faut lire ce qui nous est asséné par les médias français… Enfin en même temps TF1 nous l’a fait comprendre depuis longtemps !

 
14H18 30/07/2007

Je ne sais pas ce que répondrait l’auteur à votre commentaire. Ce n’est en tout cas pas ainsi que j’ai lu son article. La déontologie n’est pas l’affaire de médias mais des journalistes qui constituent leurs rédactions. Et je serais bien moins négatif que vous concernant l’information sur TF1 - chaîne dans laquelle je précise n’avoir aucun intérêt !

 
14H35 30/07/2007

Merci pour cet article très clair. Un journaliste « tout frais payé » n’est pas un vrai journaliste, juste le porte-parole de l’entreprise, du ministère, ou du gouvernement qui le « loue » pour sa propagande médiatique. C’est une forme de corruption et en tant que telle, cela devrait être interdit. De même, un journaliste « loué » ou « acheté » n’est pas un vrai journaliste, juste un faire-valoir de son employeur temporaire, un nègre en quelque sorte…

 
Laurène Champalle | Journaliste, Paris
15H44 30/07/2007

J’ai été invitée une fois à un voyage de presse en Chine par une entreprise : hôtel 5 étoiles, excellents restos, pas les Trois gorges en hélico mais la Cité interdite (à pied !), les cadres de l’entreprise qui essaient de faire ami-ami, l’ambiance colonie de vacances un peu lourdingue, certains interlocuteurs qui profitent de l’occasion pour draguer…

C’est une situation très délicate pour un journaliste et effectivement mieux vaut rester soi-même et s’en tenir à des relations strictement professionnelles. J’ai gardé mes distances, alors que d’autres journalistes invités ont franchement copiné avec les cadres de l’entreprise : j’ai trouvé ça gênant. Ce n’est pas la première fois que je vois des journalistes s’entendre comme des petits fous avec des hommes politiques (ou autre) et ça me choque à tous les coups…

J’ai accepté ce voyage de presse car mon journal n’aurait jamais eu les moyens de m’envoyer en reportage en Chine. J’ai bien réfléchi avant d’accepter. Je n’étais pas dupe : une entreprise « investit » dans un voyage de presse. Elle attend forcément un retour sur investissement (un article dithyrambique ou juste qu’on la mentionne, c’est selon). Je me suis fixée une ligne ferme : je savais exactement de quelles infos j’avais besoin, j’ai privilégié le reportage et je suis restée imperméable à toute la communication dont l’entreprise m’abreuvait : 5 jours de bourrage de crane, c’est épuisant ! Il y a eu énormément « déchet ». Mais au final, j’ai pu réaliser mon enquête sans me laisser parasiter.

Comme le dit Pierre Haski, la personnalité et la déontologie du journaliste font la différence. Certains tomberont dans le panneau et écriront l’article complaisant dont rêve l’entreprise (au risque de passer pour un lèche-botte dans la profession), d’autres non (au risque de passer pour un ingrat et de ne plus être invité : c’est mieux !)

 
16H17 30/07/2007

Rien à ajouter à ce descriptif… Un voyage de presse ressemble effectivement à celui que Laurène raconte ; c’est une situation où l’on doit se tenir particulièrement sur ses gardes (particulièrement parce qu’être sur ses gardes est ou devrait être une constante de notre profession) ; la situation idéale serait effectivement que nos médias aient les moyens de nous envoyer en reportage, ce qui est de moins en moins le cas. Et comme le conclut Laurène, la satisfaction du travail bien accompli vaut ou en tout cas devrait valoir tous les voyages de presse ! (puisse cette appréciation être plus largement partagée…)

 
Courageux anonyme
17H00 30/07/2007

Ce n’est pas Beuve-Mery qui disait « aller à la soupe puis cracher dedans »?

 
17H37 30/07/2007

Du même, je préfère : "Le journalisme, c’est le contact et la distance"…

 
10H33 31/07/2007

et la publicité dans tout ça?
La liberté de la presse et l’indépendance des journaux a commencé à décliner avec l’arrivée de la publicité.
Que fera RUE89 quand ayant pris de l’importance (ce que je vous souhaite) sa régie pub lui dira que là c’est pas possible au risque de perdre des marchés publicitaire?

 
Courageux anonyme
14H12 09/10/2007

A la règle il y a toujours l’écart. J’ai invité ou fait inviter des journalistes de Libé à des promotions de livres dans des lieux prestigieux, à des repas gastronomiques sans qu’il a été question de « charte interne ». Et j’ai eu de beaux papiers.
En toute chose, il y a le visible et l’invisible.
Philippe Monnier