La politique est faite de symboles, de choix et de contraintes. Les hésitations sur le déplacement en Afrique du 24 au 26 juillet 2007 en témoignent. Initialement étaient envisagés, outre le Sénégal, l'Afrique du Sud, le Ghana, le Congo Brazzaville et la République démocratique du Congo. Ce qui témoignait d'une ouverture vers l'Afrique anglophone.
En définitive, ont été choisis, dans la tradition chiraquienne, deux pays francophones amis, le Sénégal et le Gabon, où la France dispose de bases militaires, avec peut-être un détour par la Libye.
Symboles d'ouverture et hommage à la Françafrique
Depuis son investiture, Nicolas Sarkozy a fait plusieurs déclarations et choix symboliques qui témoignent d'une volonté de rupture quant à la politique africaine de la France. Lors du premier discours le jour des élections, il parlait d'un « appel fraternel aux Africains pour décider ensemble d'une politique de l'immigration maîtrisée et d'une politique de développement ambitieuse ».
Ses premiers interlocuteurs à l'Elysée ont été Ellen Johnson-Sirleaf, présidente du Liberia, et Omar Bongo, Président du Gabon, ami de Nicolas Sarkozy et symbole de la Françafrique. Le Président s'est déplacé les 18 et 19 mai derniers au Mali et au Bénin pour défendre la politique d'immigration (choisie par la France) et le pays d'émigration, le co-développement et un plaidoyer pour un partenariat rénové avec l'Afrique.
« Nous ne pouvons plus accepter que l'aide au développement puisse devenir une prime à la mauvaise gouvernance et aux régimes prédateurs », disait-il à Bamako le 18 mai. Lors de son voyage en Algérie le 10 juillet, il a lancé un grand projet d'Union méditerranéenne, regroupant les pays des deux rives de la Méditerranée. Les initiatives sur le Darfour ont été nombreuses avec récemment un projet de déplacement au Darfour avec Gordon Brown.
De la volonté de rompre avec certains réseaux de la Françafrique
Alors que l'Afrique avait été peu présente lors de la campagne présidentielle, elle est un des deux chantiers internationaux majeurs, avec côté de l'Union européenne, du nouveau Président. Nicolas Sarkozy et François Fillon ont choisi une ouverture africaine avec comme membres de son gouvernement Rachida Dati et Rama Yade, « qui appartient au Sénégal et à la France ». Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, donne une forte dimension humanitaire à la politique étrangère.
Le ton des discours a très nettement changé et la rupture est significative avec le style, les méthodes et les gestes de ses prédécesseurs. La réception à l'Elysée de la femme du juge Borrel est un symbole de la volonté de rompre avec certains réseaux de la Françafrique. Nicolas Sarkozy se présente sans passé colonial ni paternalisme, refusant la repentance mais voulant construire l'avenir sur les intérêts d'Etat à Etat, et des relations adultes, responsables et décomplexées.
Peut-on pour autant parler de fin de la Françafrique ?
Les relations entre les chefs d'Etat étaient restées durant la présidence de Jacques Chirac marquées par des liens personnels, le rôle de la cellule élyséenne voire l'existence de réseaux poursuivant une Françafrique parfois éloignés des débats démocratiques et de la transparence.
Les relations entre la France et l'Afrique restaient fortement marquées par l'histoire coloniale et demeuraient complexes et complexées. La France oscillait entre indifférence et ingérence. Elle était à la fois accusée d'abandon et d'intervention néo-coloniale. On notait une imbrication des objectifs de l'aide française rendant très difficile leur lisibilité.
L'aide publique au développement (APD) répond à différents mobiles : de solidarité (lutte contre la pauvreté et aide d'urgence), utilitaristes (accès aux ressources naturelles, présence sur des marchés protégés), géostratégiques (sécurité, prévention des conflits, lutte contre le terrorisme, gestion des risques migratoires ou épidémiologiques, recherche de voix dans les décisions internationales), de rayonnement culturel (défense de la langue et de la culture), de mauvaise conscience (culpabilité post-coloniale, fardeau de l'homme blanc), redistributifs ou encore développementalistes (réduire les asymétries internationales et les divergences de trajectoires).
Côté français, une cacophonie institutionnelle
Le système de coopération français est d'une grande complexité et les centres de décision sont multiples (cellule élyséenne, ministère des Affaires étrangères et ministère délégué de la Coopération, ministère des Finances, AFD, ministères techniques, lobbies et réseaux divers). On pouvait, malgré la réforme de 1997, parler d'une cacophonie institutionnelle. Depuis mai 2007, les centres de décision de la politique africaine demeurent pluriels même si la présidentialisation du régime conduit à donner plus de poids aux « Africains de l'Elysée » et au pôle diplomatique dirigé par Jean-David Levitte, auquel est rattachée la cellule africaine dirigée par Bruno Joubert, qui n'a, selon un proche de Nicolas Sarkozy, « jamais sacrifié aux us et coutumes du village franco-africain ».
L'Afrique demeure du domaine réservé du Président. Il demeure un secrétariat d'Etat à la Coopération dont le responsable est le socialiste Jean-Marie Bockel, sous la tutelle du ministère des Affaires étrangères, dont le titulaire est Bernard Kouchner, mais sont concernés également le grand ministère de l'Intérieur, de l'Immigration et de l'Intégration, avec en charge le co-développement sous la responsabilité de Brice Hortefeux, ou le secrétariat des Droits de l'Homme dont la titulaire est Rama Yade. La présidentialisation de la politique africaine devrait, en revanche, donner un poids plus important au Parlement dans le contrôle des décisions.
Au delà des signes et symboles, restent les vraies questions
En dehors des gestes, des symboles et des déclarations, on ne constate pas pour l'instant de réponses claires aux différentes interrogations quant aux relations entre la France et l'Afrique. Y aura-t-il continuité gaullo-mitterrando-chiraquienne ?
L'indépendance de la justice doit-elle conduire à des risques de perte de marché (Angolagate pour Total) ou de base militaire (affaire Borrel à Djibouti), ou la raison d'Etat doit-elle l'emporter pour défendre des intérêts ?
La France doit-elle se soumettre à un devoir de mémoire, par exemple en reconnaissant officiellement ses responsabilités dans la mise en place d'une machine qui deviendra génocidaire au Rwanda ?
La France doit-elle se désengager de l'Afrique ou du moins normaliser ses relations avec un continent marqué par des crises lointaines, complexes voire inextricables (Nicolas Sarkozy avait déclaré lors de sa campagne que « la France n'a pas besoin sur le plan économique de l'Afrique »), ou doit-elle, au contraire, affirmer sa présence, vu les nouveaux enjeux stratégiques d'accès aux ressources naturelles, de contagion des réseaux terroristes dans la région soudano-sahélienne (avec le Groupe salafiste pour la prédication et le combat, GSPC) ou dans la corne de l'Afrique, d'où l'intérêt stratégique des bases militaires de Djibouti, de Dakar ou du Tchad ?
La France doit-elle pérenniser une politique africaine réaliste avec maintien de ses bases militaires, de sa diplomatie avec jeu d'alliances durables et évolution vers plus de transparence, une meilleure utilisation des fonds et une mobilisation de différents acteurs ?
Y aura-t-il, au contraire, mise à plat et renégociation des accords de défense et des accords de coopération militaire ? Doit-elle transférer l'essentiel de ses prérogatives à l'Europe (dans le domaine monétaire, militaire et diplomatique) ?
Sarkozy répondra-t-il à Kouchner ?
Doit-elle avoir une « diplomatie transformationnelle » avec devoir d'ingérence, pression sur les changements démocratiques, dans la continuité des questions posées par Bernard Kouchner dans Le Monde daté du 27 décembre 2007 à propos de l'Afrique et de la crise du Darfour :
« Ce qui devrait fonder notre diplomatie : défense des droits de l'Homme, secours aux populations civiles victimes des massacres, guerre contre le fanatisme islamique, soutien aux démocrates et aux laïques, maintien d'une présence forte en Afrique, définition d'une ligne de conduite à la fois autonome et responsable à l'égard de nos alliés américains, lutte contre l'entreprise chinoise d'achat de l'Afrique au mépris de toute considération morale et politique, sortir du mutisme et avoir une ligne claire. Sommes-nous condamnés à décevoir éternellement nos alliés et à faire sourire nos adversaires ? “
La tournée en Afrique du Président Sarkozy du 24 au 26 juillet apportera, en partie, une réponse à l'interrogation de son actuel ministre des Affaires étrangères.
►Philippe Hugon, auteur de Géopolitique de l'Afrique (Armand Collin, 2005) et directeur de recherche à l'Iris.


























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De
11H41 | 27/07/2007 |
J'ai suivi, comme les millions d'Africains la prestation « universitaire » de notre Président ! …
Etait-ce un cours magistral d'hypnose collective ? Edgar Cayce serait de ce monde qu'il en pâlirait ! Combien de diamants avons-nous vu briller dans les yeux du Président, à chaque fois qu'Il exprimait les volontés de la « Jeunesse africaine », et celle de SES Volontés ! … Que reste-t-il du discours, une fois éliminés tous les mots, ou groupes de mots à répétition « ennuyeuse », à souhaits endormissement garanti ! Je crois bien que NS a pris nos amis Africains pour des « demeurés ». Le rédacteur du texte à carrément perdu les pédales, et suis persuadé que les grands sages et penseurs ne vont pas s'y laisser prendre.
Un discours peu comparable à celui des universités juste avant son élection. Ça ne va pas du tout à NS de faire de la poésie, pas non plus dans le symbolisme. D'ailleurs, il a bafouillé plusieurs fois, et s'est gratté le nez à plusieurs reprises, l'air de dire, « Ecoutez-moi bien, je vous en colle plein les oreilles, c'est pas ça qu'il faut entendre » …
Les Africains seront-ils plus dupes et « tête-de-bois » que les Français et que les Européens ?
Bien mal à qui pourrait Le croire. Là, c'est une sorte de tourisme, et le public le prends comme un animateur en tournée des plages… Peu se sont déplacés au Sénégal. Beaucoup moins d'enthousiasme que pour Chirac (pas le dernier à magouiler, non plus).
Dur va être le réveil, à la rentrée !
Les vrais Sages africains, d'où est originaire toute la lignée ADN de l'humain, ne l'entendront pas de cette oreille ! …
Un « pilleur professionnel », tel NS, laisse entrevoir des caisses noires et de nouvelles « socétés écran » pour faire briller de milles feux, le nouveau rayonnement de la Fance.
Je pourai ajouter : c'ést-n'égalait ! …. : D
De
21H42 | 31/07/2007 |
Cet article aurait pu être pertinent s'il l'auteur avait intégré le discours de Dakar de N.Sarkozy qui je cite déclare que : « Le drame de l'africain, c'est qu'il n'est pas assez entré dans l'Histoire. Jamais il ne s'élance vers l'avenir, jamais il ne lui vient à l'idée de sortir de la répétition pour s'inventer un destin ». En un mot les « bons nègres“manquent d'intelligence et d'ambition. Etrange que ces propos soient passés inaperçus. Rue 89 devrait rapporter de tels propos honteux et émanant d'une persone qui ne connaît rien aux réalités africaines. Mais que fait Rama Yadé ?
Bien à vous,
Olivia
De toktomi
, les "abderhamane, martin, david" ... | 12H00 | 27/07/2007 |
logiquement sarko devrait prolonger son action par une « égalité » de rapport avec les anglophones (hors culturel et histirik.
ya les « intérets de la nation » donc peut pas décider de lacher l morceau partout.
c pas plus mal k il se tape kouchner,quand ils sont pas d accord ça pose les idées pour la pratique.
ya un devoir de réserve des ministres pour le choix de la politik présidentielle ? (jdis meme pas gouvernementale : )
De ThomasLefebvre
Rapatrié | 14H39 | 27/07/2007 |
« Nicolas Sarkozy se présente sans passé colonial, ni paternalisme, refusant la repentance »
Tout de meme, parler de « torts de la colonisation » ; n'est-ce pas faire preuve, implicitement, de repentance ?
Perso, j'ai remarqué une évolution flagrante sur sa vision de la repentance en comparerant les discours de campagne (Strasbourg/Nice) avec celui de Dakar.
à ThomasLefebvre
De toktomi
, les "abderhamane, martin, david" ... | 15H11 | 27/07/2007 |
bof,clairement c est
on a fait des conneries sériuses mais faites pas chier-c est plus lmoment-n en parlons plus-çava-toi bongo,et tes mouflets ?
à toktomi
De
22H38 | 28/07/2007 |
t'as oublié « danse avec les gnous »
Salut à toi Talk to me
Charles Mouloud
à ThomasLefebvre
De David Servenay
Rue89 | 22H24 | 27/07/2007 |
Vous avez raison, mais cette tribune a été rédigée avant la tournée présidentielle. Nous avons pris un peu de retard dans la mise en ligne, à cause de notre déménagement (voir making of).
à David Servenay
De ThomasLefebvre
Rapatrié | 23H59 | 27/07/2007 |
Ok, cool, cette tribune apportait des informations interessantes de toutes les manieres.
De Rico de Nanterre
Syndicaliste | 16H46 | 27/07/2007 |
dois je en conclure que Sarkozy sait faire du vent autant en Afrique qu'en France ?
Mon conseil en bourse du jour :
achetez de l'éolienne
à Rico de Nanterre
De toktomi
, les "abderhamane, martin, david" ... | 19H02 | 27/07/2007 |
et de l eau bénite en LYBIE…
editer ;
au fait,il veut pt etre refiler le bébé africain à l europe.
comme désengagement ce serai pratique et économique.
De
17H04 | 27/07/2007 |
les francais qui se lèvent tot sont dèja oubliés.
De
10H00 | 28/07/2007 |
Pour qui bosse sarko ? D'abord cadeaux fiscaux en France pour ses amis tel dassault,bouygues,bollorré ect… Ensuite vite aller en Afrique au frais du contribuable francais pour décrocher des contrats pour ces memes amis.Et si Sarko est-il le pion de ces groupes financiers ?
De
09H37 | 31/07/2007 |
Après Clearstream …. DARKSTREAM !
Soyons vigilants : une politique magouillarde, complicité d'une bande de copains habitués à niquer tout le monde dès lors qu'ils s'en mettent plein les poches pour assurer la survie de 7 générations. Le reste n's que du vent… Il y a trop d'humains sur Terre, et faudra « karchériser » tout ça !
- Uranium
- Bois rares
- Or
- Pierres précieuses
- et prochain produit en voie de disparition : EAU potable
(Les Américains ont déjà tout compris)
De le fonctionnaire
10H04 | 28/07/2007 |
« Si les gens savaient par quels petits hommes ils sont gouvernés, ils se révolteraient vite. »
MAIS QUE FONT-ils ? Notre politique étrangère est bien étrange ; elle semble être en désaccord avec l'Europe, nous sommes donc bien isolés…et nos Chefs font tout pour que cela continue…
De
14H18 | 28/07/2007 |
eh bien oui, ce n'était qu'une question de petits hommes, et il n'y a pas à voir le mal partout : ces deux-là voulaient juste parler de leurs talons de chèque (pardon, je voulais dire leurs talonnettes), et puis c'est tout.
Luke
De
18H04 | 29/07/2007 |
Lisez un peu les journaux étrangers et vous verrez les réactions africaine sur la diplomatie spectacle sarkozienne : faire trop de bruit,geste et acte qui vont dans tous les sens,le franc- parler qui plait à une partie du peuple francais y compris front national mais ne passe pas ailleurs,critiquer les dictateurs africains dont on sait toutes les fortunes qu'ils possèdent en france,ect…