Entretien 27/07/2007 à 19h08

La loi sur l'université ne peut être qu'une « première étape »

Antoine Teillet | Journaliste


Michel Lussault, vice-président de la CPU

Selon Michel Lussault, porte-parole et troisième vice-président de la Conférence des présidents d’universités (CPU), le texte relatif à l’autonomie des universités actuellement en discussion à l’Assemblée nationale n’est qu’un préalable à d’autres importantes réformes qui porteront sur l’échec des étudiants de premier cycle ou encore la redynamisation de la recherche.

Quels sont selon vous les points les plus délicats dans le projet de loi relatif à l’autonomie des universités en discussion à l’Assemblée nationale ?

Le texte tel qu’il a été voté par le Sénat voici quelques jours est une base de travail proposant des évolutions sensibles par rapport au statut antérieur des universités. Quelques interrogations demeurent cependant du côté de la CPU. Il s’agit de points assez techniques –mais le texte est lui-même relativement technique– concernant notamment dans le conseil d’administration la participation des personnalités extérieures au choix du président. Une participation que nous souhaitons mais qui n’a pas encore été reprise dans le projet. Autre sujet auquel nous serons attentifs, le traitement des statuts dérogatoires des composantes universitaires. Le Sénat a par ailleurs proposé une série de mesures transitoires curieuses, comme la confirmation par les nouveaux conseils d’administration des établissements des présidents déjà en exercice.

Des points relativement techniques pour un document lui-même complexe...

De quoi traduire la complexité de la situation et d’une loi qui se veut moins un texte de conquête de nouvelles prérogatives que l’approfondissement d’un certain nombre de capacités. Il faut savoir que les universités sont relativement autonomes depuis 1984. Il ne s’agit donc pas de leur conférer de nouveau cette qualité mais de leur permettre de mieux réaliser leurs projets. En fait, cette loi ne peut être qu’une première étape avant de nouveaux efforts à fournir dans des domaines décisifs comme la réussite des étudiants en premier cycle, le renouveau des bibliothèques universitaires, l’amélioration de nos locaux ou encore la dynamisation des activités de recherche. Préalable nécessaire, le texte veut recentrer les responsabilités de l’établissement universitaire sur le conseil d’administration en attribuant à ce dernier des fonctions plus clairement définies notamment en matière de recrutement. Il n’est qu’un cadre pour une vraie politique universitaire à mener dans les cinq ans à venir.

Seul, ce projet ne servirait donc pas à grand-chose...

Il permettrait de mieux faire fonctionner les universités mais s’en tenir à cette seule évolution serait très insuffisant. Ce qui manque aux universités françaises, c’est un soutien public et financier important au service d’une vraie politique de formation et de recherche de niveau européen. Aujourd’hui, nous souhaitons passer au plus vite aux étapes suivantes qui, elles, demanderont plus que six semaines de travail.

Il y quelques semaines, les discussions achoppaient notamment sur la question de la sélection qu’on ne retrouve plus dans le projet actuel...

La question de la sélection étant très importante, nous avons souhaité pouvoir en débattre dans un autre cadre que celui de la loi sur l’autonomie, texte d’administration et de gouvernement alors que le principe de la sélection méritait une discussion plus globale. Aujourd’hui, je crois sincèrement que cette loi est une première étape pour faire des universités des ensembles solides capables de définir leur propre politique. Si j’estime que la loi n’est pas exempte de critiques, à tout prendre, mieux vaut ce texte que rien du tout...

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  • Anonyme

    C’est pas en augmentant les inégalités entre facs, et entre étudiants, qu’on va arranger les choses !

  • jjezfm
    jjezfm
    Internaute
    • Posté à 14h06 le 30/07/2007
    • Internaute 9633
      Internaute

    je lis dans le texte de l’article que les universités sont autonomes depuis longtemps, et, un peu plus loin, qu’elles veulent un soutien financier plus important de l’Etat !
    c’est mignon : -)

    l’université, j’y travaille, et j’ai toujours entendu les présidents se plaindre de n’avoir encore pas assez de pouvoir ... tout en réclamant plus de sous et moins de contraintes au contribuable ! ben voyons, et un chèque en blanc, aussi, ça irait ?

    je comprends que l’on envie les prestigieuses université anglo-saxonnes, mais ce n’est pas comparables. D’abord, il n’ y a pas une miriade d’organismes de recherche qui se partagent les chercheurs et leurs résultats, ensuite les partenariats de toute sorte, y compris avec le secteur privé, y sont beaucoup mieux organisés.

    pour finir, il y a un détail « technique », dans le projet de loi, qui me choque : la possibilité de recourir à tous les niveaux à du personnel administratif contractuel plutôt qu’aux fonctionnaires. Jusqu’à présent, les postes d’encadrement sont rarement occupés par des contractuels. Les présidents considèrent-ils que leur fonctionnaires ne sont pas compétents ? C’est sans doute parce qu’ils ne les connaissent pas, sinon, franchement, je ne comprends pas. Tous les cadres que je connais bossent beaucoup et en général bien, alors, à quoi ça rime ?

    • Anonyme répond à jjezfm

      en effet, mais tout lecteur du canard enchaîné a lu mille exemples où les parlementaires de droite dénigrent les fonctionnaires de l’ed. nat. (Renaud Dutreil étant le pire) ; trop paresseux, trop de gauche statistiquement.
      Déjà nos secrétaires enseignement, nos secrétaires recherche sont recrutées au lance-pierre-cdd-10 fois de suite, si c’est pareil pour les cadres ça devient n’importe quoi, on ne ferait pas ça dans le privé (j’y ai été cadre).
      La droite pense (et essayer des modeler les esprits vers cela) que l’argent est la seule et l’énorme motivation des gens. Tuer la culture et l’école pour ouvrir des banques et des prisons, voilà en gros le programme. Pour le faire adopter, laver les cerveaux via les amis de tf1.