A la Une 27/07/2007 à 09h00

Au Liban, Bernard Kouchner tente de briser l'impasse

Régis Audemard | Journaliste


Kouchner et al-Musawi, délégué du Hezbollah, le 14 juillet (Reuters).

C’est un terrain miné qui attend Bernard Kouchner, samedi et dimanche à Beyrouth. Le ministre des Affaires étrangères, qui espérait organiser une nouvelle réunion avec les représentants des principaux courants politiques libanais, devra se contenter de les rencontrer séparément si le Hezbollah maintient son refus de participer. Faute de mieux, il se rendra ensuite au Caire pour coordonner son action avec ses homologues égyptien et saoudien.

L’objectif de la diplomatie française se veut modeste : maintenir le fil du dialogue amorcé les 14 et 15 juillet à La Celle Saint-Cloud entre la majorité anti-syrienne, soutenue par les Occidentaux et la plupart des pays arabes, et l’opposition menée par le Hezbollah et appuyée par la Syrie et l’Iran, alors que les institutions du pays sont paralysées depuis la démission en novembre 2006 des six ministres d’opposition. L’urgence est dictée par le calendrier : le Parlement libanais, dominé par la majorité anti-syrienne, doit, théoriquement, élire un successeur au Président pro-syrien Emile Lahoud, dans la période comprise entre le 25 septembre et le 25 novembre. A la veille de cette échéance, Paris veut éviter la création d’un vide institutionnel, doublé d’un vide sécuritaire au Liban.

Les navettes préparatoires du diplomate Jean-Claude Cousseran, spécialiste du Moyen-Orient et ancien patron de la DGSE (services de renseignement extérieur), ont buté sur un obstacle de taille : Bachar Al-Assad et le régime syrien. En dépit du retrait, en avril 2005, de ses troupes stationnées au Liban depuis 1976, la Syrie n’a nullement renoncé à sa « carte libanaise » Une enquête, citée mardi par Bret Stephens dans le Wall Street Journal, du Comité international pour l’application de la résolution 1559 du Conseil de sécurité, une ONG américaine ayant statut consultatif à l’ONU, affirme que les forces syriennes continuent à occuper plus de 458 km2 de territoire libanais le long de la frontière syrienne, avec des barrages militaires et des batteries de défense aérienne dans plusieurs localités de la Bekaa.

Les conditions syriennes : inacceptable pour Paris

Les dirigeants syriens entendent bien faire reconnaître leurs intérêts au Liban, au besoin en y exerçant leur capacité de nuisance. La semaine dernière à Damas, le vice-président Farouk Charaa et le ministre des Affaires étrangères Walid Moallem ont fait savoir à l’émissaire français qu’ils souhaitaient voir la France traiter ses relations avec la Syrie indépendamment de ses relations avec le Liban. Une demande inacceptable pour Paris, pour qui la normalisation des relations avec Damas passe obligatoirement par le Liban.

En bloquant toute proposition « contraire aux intérêts de ses alliés libanais » , le régime syrien cherche à gagner du temps. Après les départs de Jacques Chirac et de Tony Blair, la fin du mandat de George W. Bush lèverait pour Damas le « dernier obstacle » pour avoir les coudées franches au Liban et rétablir son contrôle sur les institutions, de la présidence de la République au Parlement, en passant par le gouvernement. En mal de diversion, le régime syrien affirme aujourd’hui que la principale menace à la stabilité du Liban vient des réseaux al-Qaeda, désormais implantés sur le territoire libanais. Le ministre syrien des Affaires étrangères avait agité cette menace dès le mois d’août 2006, au moment même où les cellules salafistes-jihadistes du Fatah al-Islam manipulées par Damas commençaient à s’organiser dans la région de Tripoli.

Sans illusion sur les intentions syriennes, la France mise ouvertement sur l’influence « modératrice » de l’Iran. La République islamique, soucieuse d’affirmer son statut de puissance régionale, cherche à être reconnue par la France de Nicolas Sarkozy comme un interlocuteur valable en offrant sa « coopération » sur le dossier libanais. Téhéran, dit-on au Quai d’Orsay, souhaite que l’échéance de l’élection présidentielle soit respectée et s’oppose à l’idée syrienne de formation d’un gouvernement libanais parallèle qui consacrerait la division politique du pays.

Jouer la carte iranienne : un pari risqué

Mais si Bernard Kouchner croit pouvoir jouer sur les différences entre la Syrie et l’Iran, le pari semble risqué. Jusqu’à preuve du contraire, les intérêts de Téhéran convergent avec ceux de Damas sur l’essentiel : défendre le Hezbollah et son arsenal militaire, clef de voûte de sa stratégie régionale ; vider de leur contenu les résolutions 1559 et 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU sur le retrait de toutes les forces étrangères du Liban et le désarmement de toutes les milices, libanaises et non libanaises, et sur la Finul renforcée, en rendant les casques bleus déployés au sud du pays totalement dépendant de la « protection » du Hezbollah ; faire en sorte que le prochain Président ne soit pas un obstacle.

Depuis des semaines, des scénarios s’échafaudent à Beyrouth sur la possibilité d’un marchandage autour d’un package-deal « gouvernement-présidentielle » : la formation d’un gouvernement d’union nationale dans lequel l’opposition disposerait d’une minorité de blocage, en échange de l’élection simultanée d’un nouveau Président par la majorité parlementaire. Or, pour le Hezbollah et son allié chrétien Michel Aoun, la formation de ce gouvernement reste un préalable et il n’est pas question de s’engager sur l’élection d’un Président. Bernard Kouchner découvre les limites du « rôle productif » de Téhéran. La réunion de La Celle Saint-Cloud a permis au Hezbollah de marquer des points sur la scène internationale. Mais Téhéran n’a aucune raison d’inciter son allié libanais à faire des concessions, en l’absence de contrepartie sur le dossier nucléaire. En attendant ce coup de théâtre improbable, l’impasse libanaise continue.

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  • Pierre Haski
    Pierre Haski
    Cofondateur Rue89
    • Posté à 09h58 le 27/07/2007
      éditeur
    • Journaliste 9
      Cofondateur

    dans la ligne de quoi ? ...

    • Antonin Leguar
      • Posté à 10h06 le 27/07/2007
      • Internaute 4883

      ... dans la ligne de la stratégie de soutien à la droite affairiste libanaise et aux milices maronites qui caractérise la politique chiraco-sarkoziste au Liban ... et de soutien aux extrémistes sionistes qui constitue l’originalité de l’apport sarkoziste.

  • Antonin Leguar
    • Posté à 10h00 le 27/07/2007
    • Internaute 4883

    Je suis absolument d’accord avec Ira. L’auteur de cet article présente une vision unilatérale des faits et des responsabilités. En particulier, il diabolise le Hezbollah sans même prendre la peine de justifier sa position.
    Il va de soi qu’il ne s’agit pas d’être naïf à l’égard de la stratégie de l’Iran et du Hezbollah, mais de les replacer dans un contexte plus complexe que celui présenté par le propagandiste recruté par Rue89.
    On croirait un copier-coller du Figaro dans ses plus mauvais jours (en fait, les articles de ses « grands reporters » y sont la plupart du temps bien plus honnêtes et moins propagandistes que celui-ci).

  • Anonyme

    Je viens de lire successivement les papiers de La Croix et de Rue 89 sur le Liban. Les phrases se ressemblent tellement (quand elles ne sont pas identiques à la virgule près) que j’ai l’impression de lire deux fois le même article... Merci l’AFP ? Déception.
    Par ailleurs, de quelle « ligne » parle « ira » ?
    Signé : Abbeyrouth

  • Anonyme

    « bouuuuuh les méchants syriens, vive les gentils américains et les gentils Israeliens »
    j’ai mal lu ou c’est à peu près ca cet article ? Rangés du côté de Sarko et ses amis Rue89 ?

  • Anonyme

    « bouuuuuh les méchants syriens, vive les gentils américains et les gentils Israeliens »
    j’ai mal lu ou c’est à peu près ca cet article ? Rangés du côté de Sarko et ses amis Rue89 ?
    Signé AA

  • Anonyme

    il ne s’agit pas du méchant Sarko ni des méchants Américains, mais bien de terroristes, car le Hezbollah est un groupe terroriste et de l’ingérence d’un pays assis par le Hezbollah dans un autre pays.
    Quelle déception après la guerre qu’ils ont connue et quelle tristesse d’avoir recours à ces terroristes financés par leurs voisins ! !

    Israêl n’est pas une justification de l’existence ni du combat du Hezbollah car Israêl n’est nullement menacé(soyons réalistes) dans son existence par ces groupes...
    C’est le moment d’appeler un groupe terroriste qui se justifie mal un groupe terroriste...

  • Anonyme

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