Nous sommes tous des enfants de Bongo… La proposition peut surprendre, mais qu'on y pense : la grande majorité des Français a grandi avec le même Président gabonais, tandis que défilaient les occupants de l'Elysée. Vous êtes de la génération de Gaulle ? C'est là que Bongo entre en scène, installé au pouvoir par l'incontournable Jacques Foccart, le Monsieur Afrique de l'Elysée. Vous êtes de la génération Mitterrand ? Pierre Péan raconte dans « Affaires africaines » (Fayard, 1983), sans avoir jamais été démenti, comment Bongo a participé au financement de la campagne du PS en 1981, histoire d'être sûr de gagner, quel que soit le vainqueur… Et c'est à la suite d'un clash avec Bongo que Jean-Pierre Cot, le ministre socialiste de la Coopération qui tenta vainement de changer les choses, fut éjecté par Mitterrand, et que tout rentra dans l'ordre. Quant à Jacques Chirac, ce fut la continuité sans le changement. Bongo incarne parfaitement la permanence de la politique africaine de la France tout au long de la Ve République, jusqu'à la caricature si on se replonge dans le « mapping » de l'argent sale de la Françafrique que nous avons récemment diffusé sur la base de la plainte de plusieurs associations contre Omar Bongo et son gendre, le Président congolais Denis Sassou Nguesso.
Arrive Nicolas Sarkozy, l'homme de la « rupture ». Quel est le véritable Sarkozy ? Celui qui promet la transparence et le renouveau dans les rapports franco-africains, ou celui qui, pendant la campagne électorale, n'a pas manqué au rituel de la visite à Bongo pour écouter ses « sages » conseils ? Le fait que le Gabon ait été inclus dans cette première tournée, ce qui n'était pas acquis d'avance, donne une partie de la réponse. Nicolas Sarkozy n'est certes pas issu du sérail franco-africain comme tous ses prédécesseurs, il n'a pas baigné dans cet univers incestueux et paternaliste qui a pourri les rapports entre la France et ses anciennes colonies. Mais il n'est pas étranger aux réseaux qui la composent : ceux, politico-affairistes, de Pasqua, dont il a capté une partie de l'héritage politique dans les Hauts-de-Seine, ou encore ceux du business incarné par son ami Vincent Bolloré, très présent sur le continent noir, et entouré d'anciens de la galaxie Chirac en Afrique. L'Afrique est donc loin d'être une terra incognita pour le nouveau Président.
Il faudra donc aller au-delà du discours de Dakar de Nicolas Sarkozy pour voir si quelque chose peut changer dans les rapports franco-africains. Ce qui ne changera pas, assurément, c'est la personnalisation des rapports, comme l'épisode libyen avec Cécilia Sarkozy en a donné un avant-goût. Entre la concentration des pouvoirs de décision à l'Elysée –pour l'Afrique, ce fut toujours le cas sous la Ve–, et l'implication familiale, on a un air de déjà vu. Mitterrand, là encore, n'avait-il pas nommé son fils Jean-Christophe aux affaires africaines ? … On touche là aux limites étroites de la transparence promise.
On se prend pourtant à rêver d'une véritable remise à plat des rapports France-Afrique, d'un grand débat tant en France qu'en Afrique francophone sur une redéfinition de ces relations après près d'un demi-siècle d'indépendances empoisonnées. Que veut encore la France sur le continent, qu'en attendent ses partenaires, pas seulement les chefs d'Etat mais aussi les sociétés ? Comment intégrer la problématique de l'immigration, le non-dit de cette situation, dans une politique africaine dépoussiérée ? A l'heure où les nouveaux acteurs débarquent sur le continent, à l'image de la Chine à laquelle on reproche un peu facilement ce que la France a fait pendant si longtemps…, cette redéfinition n'est pas du luxe. Rien ne serait pire que la même politique avec d'autres mots. C'est pourtant, hélas, ce qui risque fort de se produire dans l'ère Sarkozy si les pesanteurs du passé ne sont pas balayées.
Pierre Haski

























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De
10H58 | 26/07/2007 |
L'inflexion d'un voyage, initialement prevu pour sauter de Dakar à Pretoria sans la case Gabon, histoire de montrer une redefinition de notre politique subsaharienne, participe helas au pessimisme
Tout comme l'annulation de la dette gabonaise par le club de Paris, quelques jours avant la visite de notre petit Napoleon III…
Pour les internautes anglophones, je vous conseille de lire le remarquable et tout frais livre de Nicolas Shaxson, « Poisoned Wells, the dirty politics of african oil » avec une vision sans concession sur le bongoland…
De toktomi
, les "abderhamane, martin, david" ... | 11H37 | 26/07/2007 |
il est bien obligé de sy coller à régler ces rapports louches.enfin obligé…on aimerait bien.
l probleme c est comment il règle la circulation du fric ET des populaces dans les 2 sens).
les grosses boite françaises sont elles censées faire leur beurre sans le soutien politik ? m étonnerait évidemment mais ya surement moyen de faire autrement.
plus la concurrence des ptis copains necessiteux (usa , chine,etc ).et les accords militaires.
il a une méthode annoncée dans son programme électoral ?
d un coté rama yade en mission évangélik, de l otre des contrats bizness avec la libye…
un peu de clarté serait bienvenue.
ou alors c est justement déjà éclairci.
succes médiatik et continuation (mieux ,remise en route ,avec kadafi) de l intéret énergétik et financier de la nation.
suis perplexe,comme souvent avec Mr hyperCONVENANT.
De
12H30 | 26/07/2007 |
Paradoxalement, la collusion entre les différents présidents Français et les dictateurs Africains pourrait bien parvenir à créer, en mirroir, une collusion d'intérêts entre les citoyens des deux continents.
Déjà, la proximité entre les français d'origine européenne et ceux d'origine Africaine commence à porter ces fruits. Les rencontres, les mariages mixtes, les relations avec les copains d'école favorisent la parole. Une fois qu'il a suffisement de confiance et que les Africains de france se sentent assez à l'aise avec leurs compatriotes pour raconter ce qui se passe chez eux, on peut commencer à construire ensemble une réaction commune à ce système pourri.
Par exemple, depuis des années, l'association française Survie a rassemblé et compilé les informations émanant de toutes les régions d'Afrique. Dans le mirroir offert par ces publications, de plus en plus d'Africains commencent à voir que ce qui se passe dans leur pays se passe également dans le pays d'à côté. Des liens se tissent entre les opposants Gabonais, Congolais, Togolais, et bien sur aussi avec les citoyens Français.
L'action du Réseau Education Sans Frontière (une des seules à ce jour étant parvenue à faire trébucher Sarkozy dans sa marche vers le pouvoir) montre que des solidarités actives se créent et que les vues sur la situation de l'Afrique commencent à se transformer : d'une vision « coloniale » globale d'une Afrique ensanglantée par des conflits ethniques (« un combat de nègres dans un tunnel » dont le paroxisme de ces dernières années se trouve dans la propagande négationiste à propos du génocide Rwandais), on passe à une vision multiple des situations au milieu de laquelle la nébuleuse « Françafrique » fait de plus en plus tache.
De plus en plus de nos concitoyens commencent à comprendre que leurs énemis ne sont pas ceux qu'on leur a présentés comme tels depuis si longtemps (les immigrants Africains) mais plutôt les élites corrompues de nos deux continents.
De toktomi
, les "abderhamane, martin, david" ... | 14H20 | 26/07/2007 |
ils z ont pas le meme acces informatif et éduquant,nos citoyens répliquants d en face.
Doivent d abord se faire soutenir gravement pour avoir des conditions de vie normales (tous domaines)
Et tant que les décideurs feront ce qu ils veulent…
Donc par défaut jme rabat aussi sur le bouche a oreille et les conditions de traitement en france des étrangers.
jdois d ailleurs me bouger le cul voir ce qui se dit sur le net dans les autres pays.
tant qu on a l acces.
c est bien ru89 çà m aide à me secouer la pulpe en lisant les posts.
jamais trop tard.
survie, 1ere réponse de google.
merci
quel repaire de gaucho ici ! : ))
De pierrejcallard
www.nouvellesociete.org | 19H20 | 26/07/2007 |
Est-ce que l'on ne comprend pas l'insupportable arrogance qu'il y a à toujours vouloir régler les problèmes des autres à partir de nos principes à nous ? Ca me rappelle Folke-Bernadotte, suggérant Aux Juifs et aux Arabes de régler leur différend dans un esprit chrétien…
On de devrait intervenir en Afrique que dans un cadre consensuel. http://www.nouvellesociete.org/414.html
Pierre JC Allard
à pierrejcallard
De
16H38 | 27/07/2007 |
Houla !
terrain glissant !
D'abord, ce ne sont pas les problèmes des autres, mais aussi et surtout les notres ! ELF, la Françafrique, Bolloré, Bouygues, ça ne vous a pas un petit parfum Frenchie ça ? La corruption en Afrique ne s'arrète pas à la côte méditerranéenne. Leur problème, c'est notre problème, comme en témoignent les nombreuses Affaires qui apparaissent au grand jour de plus en plus souvent ! En plus, il ne faut pas oublier que l'histoire nous lie à ces contrées dont le cours à été radicalement et irréversiblement modifié par la colonisation.
Les maisons de Bongo sont Avenue Foch à Paris, pas à Cape Town….
Ensuite, le relativisme culturel, merci bien. Il y a quand même des constantes dans l'humanité : aucun humain ne veut vivre dans la misère, ne veut voir ses enfants malades, sa femme violée par son voisin et les fruits de son travail détruits ou accaparés par quelque seigneur de la guerre. Chacun aspire à vivre dans la paix et la sécurité, à être en bonne santé, à pouvoir rire et s'amuser, manger à sa faim.
C'est sur ces bases simples que se contruisent toutes les communautés humaines parce que la société est un jeu à somme positive. C'est sur ces bases que doit se construire aujourd'hui l'alliance entre les peuples d'ici et de là bas pour affronter ensemble les problèmes de la mondialisation Mafieuse dont les noms des grands acteurs s'étalent tous les jours dans nos journaux.
Si c'est ce que vous appelez le cadre consensuel, je suis d'accord avec vous. Mais considérez qu'aujourd'hui, de très nombreux Africains rendent hommage à François-Xavier Verschave, un blanc, et à Survie pour leur travail. Alors cessons de dresser des barrières culturelles entre nous. Il y a belle lurette que le Français n'est plus une langue étrangère en Afrique et les Africains en connaissent bien plus de notre culture que nous des leurs. Cet argument du « La bas, les valeurs sont différentes et les choses ne se passent pas comme ici » sert avant tout aux aventuriers de tout poil pour justifier là bas des choses qu'ils ne peuvent pas faire ici : exterminer un village, se tapper une prostituée de 13 ans etc…. Mitterand a d'ailleurs dit à propos du Rwanda : « Un génocide, en Afrique, ce n'est pas très important ».
De
22H16 | 27/07/2007 |
En parcourant le web je viens de lire que l'association Survie et la Cellule Françafrique ont organisé hier un tour de Françafric pour visiter les 5 appartements et l'hotel particulier qui appartiennent à O. Bongo …
N. Sarkozy emmenait les entreprises françaises qui pillent les ressources naturelles se ravitaillaient auprès du doyen des chefs d'etats africains à cote de son hotel particulier …
Ca avait l'air génial
Retrouvez le tout en photos et vidéos sur http://www.cellulefrancafrique.org
dommage que Rue89 n'est pas fait un reportage dessus mais peut etre n'ont ils pas été prévenus …
De Pierre Haski
Rue89 | 00H42 | 28/07/2007 |
Pour tout vous dire, on déménageait à ce moment-là… Mais merci de nous l'avoir signalé, nous avons mis le lien dans la « vigie » en page d'accueil.