TRIBUNE

Rwanda: Munyeshyaka, le prêtre-bourreau de Gisors

L'abbé Wenceslas Munyeshyaka, ainsi que d'autres Rwandais tels que la veuve de feu le Président Habyarimana, Laurent Bucyibaruta, ancien préfet de Gikongoro dans le sud-ouest du Rwanda, ou encore Dominique Ntawukurirayo, recherchés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda et la justice rwandaise, continuent à vivre en France dans l'impunité et la tranquillité les plus totales.

Cet état de choses ne constitue-t-il pas une forme de complicité de la part des autorités françaises avec les génocideurs ? Plus d'un mois après la délivrance des deux mandats d'arrêt, la France vient seulement de passer à l'acte aujourd'hui à l'encontre de MM. Munyeshyaka et Bucibaruta, alors que ces derniers sont sous contrôle judiciaire. En effet, le 19 juillet 2006, le gouvernement français signalait –par courrier émanant du ministère de la Justice– son accord pour juger devant les tribunaux Munyeshyaka, Bucibaruta et Dominique Ntawukurirayo, sur la base du principe de compétence universelle de ses tribunaux.

Le cas Munyashyaka est le plus étrange . Tout le monde sait où se trouve le prêtre soupçonné, qui ne se cache même pas. Accusé d'avoir aidé à la sélection de Tutsi devant être tués et d'avoir violé des femmes contre la promesse de les sauver, il est visé à Paris par une instruction qui piétine depuis 1995. L'ecclésiastique va devoir répondre de génocide, viol, extermination et assassinat, constitutifs de crime contre l'humanité.

Depuis le 20 juin dernier, Hassan Jalla, procureur du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), prie le gouvernement français de bien vouloir le rechercher et l'arrêter . La Cour européenne des droits de l'Homme a d'ailleurs condamné, le 8 juin 2004, l'Etat français pour sa lenteur à traiter les plaintes visant Munyashyaka. Cependant, l'évêché d'Evreux (Eure) estime pour sa part que le père Wenceslas Munyeshyaka, condamné à la prison à vie en novembre 2006 par le tribunal militaire rwandais qui l'a reconnu coupable d'avoir aidé au massacre des Tutsi en 1994, bénéficie toujours de la présomption d'innocence » . C'est pourquoi le curé continue à exercer sans encombre dans la paroisse de Gisors (Eure).

Pourtant, Munyeshyaka reste une énigme. Sa mère était tutsi et son père inconnu. Au Rwanda, c'est la paternité qui détermine l'ethnie. Et si Munyeshyaka a choisi de s'identifier en tant que Hutu, c'est certainement par opportunisme ; il était bien sûr plus sûr et gratifiant d'être Hutu sous le régime raciste d'Habyarimana. En plus, le prêtre est doté de la physionomie qu'on attribue aux Hutu généralement.

Pendant le génocide, Munyeshyaka a conduit sa mère à l'hôtel des Milles Collines, un lieu en théorie protégé des milices génocidaires, où il l'a placée sous la protection de Paul Rusesabagina, l'ancien directeur de l'établissement et le héros du film Hôtel Rwanda . Munyeshyaka aurait dit au directeur : Voilà, je te confie mon cafard à moi.

Le père Wenceslas était d'abord simple vicaire de la paroisse de la Sainte Famille. Il en a été nommé responsable le 10 avril 1994, lorsque le précédent curé, le père Anaclet Mumvaneza, fut chassé par les miliciens Interahamwe pour leur avoir interdit l'accès de l'église. Le père Anaclet alla se dissimuler à son tour dans l'église Saint-Paul, toute proche. Les réfugiés tutsi cachés à la Sainte Famille furent tout de suite frappés par le changement de style de leur nouveau protecteur : vêtu d'un gilet pare-balles et armé d'un pistolet glissé dans sa ceinture, Munyeshyaka semblait au mieux avec les miliciens génocideurs.

Du 10 avril au 5 juillet 1994, le prêtre sera chargé du Centre d'éducation aux langues africaines (CELA) et du centre pastoral Saint-Paul du secteur de Rugenge, deux établissements de l'Église catholique relevant de la paroisse de la Sainte Famille de Kigali sur le plan administratif. Pour cette raison, par son statut de prêtre et son autorité dans l'église dont il était responsable, le père Wenceslas Munyeshyaka était chargé de la sécurité et du bien-être des personnes réfugiées dans la paroisse de la Sainte Famille.

Pourtant, il entretenait des rapports avec les autorités administratives, les responsables militaires et les chefs politiques ,ceux-là mêmes qui organisaient le génocide, tels que le colonel Tharcisse Renzaho, préfet de Kigali-ville, Odette Nyirabagenzi, conseillère du secteur de Rugenge, Angeline Mukandutiye, inspectrice de l'enseignement, et le colonel Yusuf Munyakazi, officier de l'armée rwandaise (condamné à mort pour génocide), ainsi que d'autres membres de l'armée rwandaise, des gendarmes, des gardes présidentiels et des miliciens interahamwe, à la paroisse de la Sainte Famille, au CELA et au centre pastoral Saint-Paul de Kigali du 8 avril au 5 juillet 1994.

Le père Wenceslas Munyeshyaka a usé de son pouvoir pour commettre les crimes dont il est accusé. Il est l'exemple même de ces dizaines de moines soldats » rwandais à la solde de la communauté des Pères blancs et de l'Internationale démocrate chrétienne (IDC), à l'instar de ceux qui, dans les dictatures d'Amérique latine, agissaient pour le compte de l'organisation intégriste La Cité catholique. Marie-Monique Robin l'explique fort bien dans son livre Escadrons de la mort, l'école française (éd. La Découverte, 2004).

La société missionnaire des Pères blancs, fondée à la Maison Carrée (Algérie) en 1868 par le cardinal Lavigerie (1825-1892), archevêque d'Alger, s'est distinguée dès sa création par ses travaux en ethnographie sur le continent africain (Maghreb et Afrique noire). D'où l'intérêt des Pères blancs pour le Rwanda, où il se sont installés avant même l'arrivée sur le terrain des militaires allemands, après le partage de Berlin de la fin du XIXe siècle. Le Vatican et la France redoutaient une emprise des protestants allemands sur les populations. Ces missionnaires ont donc une excellente connaissance du Rwanda et y exercent une forte influence, aujourd'hui encore.

Entre le 10 avril et 30 juin 1994, Munyeshyaka a violé plus de cinq femmes tutsi à l'intérieur du presbytère de la paroisse de la Sainte Famille. Il exigeait de ses victimes des faveurs sexuelles en échange de sa protection. Celles qui refusaient ses avances étaient livrées aux milices extrémistes hutu. Il a aidé et encouragé le colonel Tharcisse Renzaho, des Interahamwe et des militaires à identifier et à enlever environ quarante hommes et garçons tutsi dont il avait eu la liste en vue d'une évacuation par des Casques bleus de la Minuar, en sachant parfaitement que ces gens seraient assassinés. Ces Tutsi ont été emmenés à bord d'autobus et de camionnettes pour être exécutés.

Le 14 juin 1994, le prêtre a aidé et encouragé des militaires et des Interahamwe à rechercher et à identifier soixante civils tutsi qui avaient trouvé refuge au centre pastoral Saint-Paul. Depuis le 13 septembre 2001, les tribunaux auprès desquels des plaintes ont été déposées ont été dessaisis au profit du tribunal de grande instance de Paris, dans la mesure où le juge d'instruction parisien de l'époque avait déjà été saisi, depuis 1999, d'une information ouverte contre l'abbé Wenceslas Munyeshyaka.

Plusieurs juges se sont succédé. Sont actuellement en charge de ce dossier à Paris Mme Pous, doyenne des juges d'instruction parisiens, et Mme Ganascia. Espérons qu'on les laissera faire leur travail jusqu'au bout.

Le site de Benjamin Sehene.


A lire :
Deux suspects de génocide
arrêtés en France


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paulo3
01H01 21/07/2007

Le père wenceslas a le soutien de tous les gisorsiens qui ont eu le bonheur de le connaître.
Un personnage exquis, la douceur et la gentillesse en personne.
C’est un bonheur de le rencontrer et de voir son visage s’illuminer lorsqu’il vous reconnait et vous salue.
Samedi dernier, il mariait encore un jeune couple en faisant chanter avec enthousiasme toute l’assemblée pourtant amorphe en début de cérémonie.
Il a terminé la célébration comme à son habitude en faisant applaudir les mariés mais bien vite les applaudissements et les acclamations se sont tournés vers le père Wenceslas.
Il est impossible que cet homme ait pu comettre ce dont on l’accuse mais qu’enfin, on le juge et qu’enfin on le lave de tous ces soupçons.
Qu’il nous revienne vite.
l’église a besoin de lui,
la ville a besoin de lui,
la France a besoin de lui,
l’humanité a besoin de lui.

 
paulo3
23H09 22/07/2007

les dignitaires nazis étaient coupables, il n’ y a pas de doute, ca fait une différence.
Au sujet de Wenceslas, tolerez que le doute existe encore jusqu’au procès. s’il est coupable ses paroissiens le condamneront eux aussi et même davantage que les juges.
Mais si vous voyez une preuve de sa culpabilité dans l’acte d’accusation moi je n’y vois qu’une possible manipulation. n’oubliez pas les témoignages en sa faveur.
Qu’on le juge et on verra bien. mais jusque là il est présumé innocent. le sens de mon message était aussi de dire qu’il était inutile de l’enfermer, jusqu’au procès, il ne se serait pas enfui.

 
Charles Mouloud | Bras gauche de la Vénus de Millau
07H48 23/07/2007

Je reste sidéré par votre obstination à vouloir défendre l’indéfendable !

Cet homme n’est pas présumé innocent !!!!

Il a été condamné par un Tribunal Pénal International !

C’est un assassin de la pire espèce ,violeur et génocidaire,qui a profité de son influence pour se livré à des horreurs !

Vous utilisez la mm argumentation que les pires négationnistes ,et ainsi vous cautionnez intellectuellement un criminel de guerre !

Dormez bien !

 
paulo3
08H54 30/07/2007

« c’est un assassin de la pire espèce « 
où avez vous lu cela ?
il a été condamné par un tribunal militaire rwandais si cela suffit pour vous convaincre alors le débat est inutile …Dreyfus était coupable pour vous alors.
il est vrai qu’il est inculpé par le tribunal international
et en tant qu’inculpé, il a donc la présomption d’innocence.
ce Tribunal international délégera sa compétence à un tribunal français - du moins nous l’espérons -
et s’il est reconnu coupable par ce Tribunal alors avec vous je le reconnaitrai coupable.

 
LAVOIX
14H27 05/10/2007

pourquoi se serait il enfui ? Où voulez vous qu’il aille ? De plus le controle judiciaire n’était pas très contraignant puisqu’il exercait encore son activité normalement et il lui arrivait quelquefois de se déplacer à l’étranger !!

 
sabaudia
10H02 21/07/2007

c’est sans doute de l’humour noir, mais fanchement ça ne fait pas rire

 
toktomi | , les "abderhamane, martin, david" . . .
03H03 21/07/2007

on lui a donné un cours de cathéchisme en france ? dur probleme du maitien de la tradition…

pour o dssu court er rageux:je sais ,c pa rigolo

 
David Servenay | Rue89
10H38 21/07/2007

Pas à ma connaissance.
Le Vatican a toujours eu une attitude ambiguë sur le Rwanda. D’un côté, il fut la première institution à parler de « génocide » (dès le 27 avril 1994) pour qualifier ce qui se passait alors dans le pays. De l’autre, il n’a jamais poussé à une franche explication publique sur le rôle joué par le clergé (haut et bas) rwandais pendant les massacres. Une question qui empoisonne d’ailleurs toujours les prêtres rwandais, dont certains ont aussi fait preuve d’un grand courage face aux tueurs.

 
Liesel Schiffer | Ecrivain
12H39 21/07/2007

Munyeshyaka ou l’aveuglement volontaire ( ?) de l’Eglise catholique

Désespérante est la lecture du commentaire des paroissiens de Gisors en faveur de Wenceslas Munyeshyaka, qui fut, ces derniers temps, à la tête de leur église. Désespérante mais probablement sincère. En France et dans cette paroisse en particulier, l’ecclésiastique a certainement été un excellent prêtre, comme la plupart de ces Africains appelés depuis quelques années en renfort pour venir remplacer les vocations mourantes de la vieille Europe. Mais justement, l’Eglise catholique devrait réfléchir un peu avant d’agir et sortir du réflexe que je crois imprégné de néo-colonialisme, qui consiste à recruter à tour de bras dans ces viviers du tiers-monde démunis en tout, des candidats plus préoccupés – et on peut le comprendre – d’assurer l’avenir de leur famille et d’accéder à un statut prestigieux que de vraiment vivre un sacerdoce. Oui, en Afrique aujourd’hui et probablement dans tous les continents les plus pauvres, la fonction de prêtre, comme ce fut le cas longtemps jadis dans le monde riche, constitue avant tout un levier social. Si l’on a pas d’argent ni de réseau, en dehos du séminaire, point de Salut, c’est le cas de le dire, ni même souvent d’études possibles ! Les choses changent, heureusement, mais trop lentement encore. Il suffit d’aller sur place pour constater, ce que ne semble pas vouloir beaucoup creuser l’Eglise – peur , lâcheté, angoisse de la pénurie de candidats ? – la distorsion entre le statut officiel d’un prêtre avec tout ce que comporte les exigences de la morale chrétienne, et la réalité du terrain (sur la vie sexuelle des prêtres et religieuses, notamment). En Europe, bien sûr, ces phénomènes existent, mais ils sont plus rares car en général, ceux qui s’engagent dans une vie ecclésiastique, en nombre toujours décroissant, sont poussés par une réelle vocation, le statut de prêtre en lui-même étant plutôt décrié et la morale chrétienne rejetée.
Je ne suis pas en train de dire, bien sûr, que tous les religieux originaires du tiers-monde sont de vils exploiteurs préoccupés uniquement de leur propre promotion, la plupart sont des gens honnêtes et sans aucun doute de talent. Mais il me semble important de rappeler cette différence de « recrutement » d’un continent à l’autre; l’Eglise devrait s’en préoccuper avec plus de vigilance, elle éviterait ainsi de se retrouver avec des cas tels que celui de l’abbé Wenceslas.
Le triste cas de Munyeshaka n’est pas encore réglé, attendons l’action de la justice. Quant à l’argument des Girsorsiens, consistant à dire qu’un “bon” prêtre ne peut avoir été un bourreau, il est bien innocent. Volonté de se refaire une “virginité” loin du lieu de ses exactions présumées ? Sincère remord ? Simple poursuite d’une carrière religieuse accomplie avec zèle, hors des frontières de son pays natal ? Schizophrénie réparatrice d’un présumé bourreau ? Toutes les hypothèses sont possibles et seul Wenceslas Munyeshyaka a la réponse, qu’il donnera peut-être au tribunal, en fonction de sa conscience, s’il en conserve une, ce que je lui souhaite.
Le crime de viol, le crime de génocide sont déjà suffisamment épouvantables en eux-mêmes, mais songer qu’ils peuvent avoir été exercés par un prêtre utilisant son poids social et moral pour manipuler plus facilement les victimes, est particulièrement ignoble. Les paroissiens de Gisors devraient y réfléchir et accepter déjà de l’ENVISAGER seulement. Sont-ils assez innocents, je le répète, pour croire que, parce qu’on organise de jolies messes de mariage et que l’on prône l’amour, on est un homme bon ? Imaginent-ils vraiment que les victimes survivantes, qui sont plusieurs, iraient s’amuser à accuser un homme innocent ? Mais dans quel but ? Il faut à ces paroissiens de Gisors sortir de cette pulsion affective, elle aussi imprégnée de néo-colonialisme, qui suppose qu’un “bon prêtre noir converti, si gentil, si attentionné avec tout le monde”, ne puisse avoir ou avoir eu de mauvaises intentions et actions… Un peu comme dans “Tintin au Congo”, où les Noirs sont alternativement très méchants ou très en gentils, en fonction de leur docilité vis-à-vis de l’homme blanc. Difficile, avec ce genre de vision de l’Autre, de l’envisager tout simplement comme un humain normal, et éventuellement mauvais, calculateur, machiavélique, comptant sur cette forme d’innocence, cette étrange aveuglement appuyé sur une fausse morale (chrétienne ? je n’espère pas !), qui, on le voit ici, peut pousser à des prises de positions dangereuses.
Je souhaite que l’affaire soit éclaircie, les victimes comprises et aidées à poursuivre une destinée déjà tellement abîmée, Munyesnaka en clair avec sa conscience, les paroissiens de Gisors revenus à la raison ce qui, je crois, n’exclut pas le pardon pour les Chrétiens, et l’Humanité, débarrassée à jamais de toute envie de génocide. Mais là, j’en suis consciente et triste, je ne fais que rêver…

 
Bonobo35
12H08 22/07/2007

Vous n’aviez pas le CHOIX ?!?!!!!!!!

Comment osez vous tenir de tels propos ?

Le libre arbitre vous connaissez ?

La décence devrait vous conduire ,au minimun à reconnaitre que l’on vous a trompé,sinon à vous taire!!!!!

Nous ne savions pas que le prêcheur était un assassin ,condamné à la prison à vie au Rwanda , ses hosties étaient tellement bonnes !

Si toutefois vous autres dévots aveuglés par vos croyances et autres superstitions monothéistes,votre évéché, lui devait Savoir….

Ne jouez pas les « malgré nous » !
Allez vous demander des comptes à votre évèque?

Sans doute préfèrez vous la justice divine à celles des profanes.

Allumez un cierge et dormez en paix !

L’église a longtemps « ignorée » les crimes nazis , l’histoire se répète .

Quelle est la frontière entre l’ignorance ,votre prétendue absence de choix et la complicité passive ?

 
Liesel Schiffer | Ecrivain
12H36 22/07/2007

On pense à vous, je crois qu’on l’a dit et on peut comprendre votre méprise du début, mais pas sur le long terme. Au fil du temps, vous ne pouviez plus ne pas vous interroger et chercher la vérité au sujet de quelqu’un susceptible de « gouverner vos âmes ». Ou alors sinon, vous êtes à la merci de n’importe quel charlatan et de toutes les sectes. Certaines victimes sont même venues sur place interpeller Wenceslas qui s’est montré bien violent et bien fermé, pour un ecclésiastique, un « personnage exquis, la douceur et la gentillesse en personne » (voir la première intervention dans ce forum) . Cette double attitude, pour le moins étrange, aurait du vous mettre la puce à l’oreille.
Je comprends la réaction scandalisée de Bonobo. Et vous, y compris dans votre positionnement d’aujourd’hui, pensez-vous aux victimes rwandaises ? Celles qui ont probablement péri à cause de Wenceslas, mais aussi toutes les autres, réfugiées dans des église où elles croyaient échapper à leurs bourreaux et qui partageaient pour la plupart les mêmes croyances que vous  ? Le premier intervenant qui parlait au nom des paroissiens de Gisors, quand il écrit au sujet de Munyeshyaka : « C’est un bonheur de le rencontrer et de voir son visage s’illuminer lorsqu’il vous reconnait et vous salue », pense-t-il une seconde à la réaction à cette lecture, des survivantes qui auraient été violées par Munyeshyaka et qui ont du voir, elles aussi, dans des circonstances moins sereines, c’est le moins qu’on puisse dire, le visage du prêtre s’illuminer en les approchant ? Il faut faire preuve d’un peu d’imagination parfois et sortir des clichés doucereux.
J’espère au moins que les paroissiens feront leur propre mea culpa après le procès et qu’ils exigeront la même chose, de manière publique de l’Eglise catholique.

 
Liesel Schiffer | Ecrivain
10H14 22/07/2007

Le phénomène est malheureusement inévitable dès que l’on aborde le sujet du génocide des Tutsis du Rwanda de 94, lors de conférences ou sur le Net : les négationnistes pointent leurs mufles malfaisants pour faire de la désinformation !
Les propos tenus dans le précédent message de 20H55, y ressemblent fort. Outre que celui qui s’exprime montre son absence de crédibilité en affirmant deux faits contradictoires : 1) il dit ne pas connaître l’histoire de Munyeshyaka et 2) il prétend que « ses accusateurs utilisent des façons illégales pour avoir des preuves qui sont montées de toutes pièces », il use aussi de l’argument particulièrement ignoble que « des gens sont payés pour jouer le rôle de survivants”. D’une part, comment donc cette personne non informée est-elle informée de cela ? Des détails seraient les bienvenus… De plus certes, très peu de Tutsis "de l’intérieur" ont survécu au génocide et la plupart des femmes sont touchées par le sida pour avoir été violées par leurs agresseurs malades, mais il reste encore des témoins qu’on n’a pas besoin de payer pour dire l’horreur qu’ils ont vécus, n’en déplaisent aux Interhamwe (les miliciens génocidaires) et à leurs amis. L’intervenant de 20H55 parle également de  »massacre » et non de génocide, vocabulaire négationniste par excellente. On imagine, après cette entrée, suivre un prochain message avec l’éternel, vicieux et fallacieux thème du « double génocide » (le mensonge selon lequel des Tutsis auraient tués des Hutus !). Tout cela sent le travail de propagande des négationnistes à plein nez et c’est fort nauséabond.
La liberté d’expression est importante mais il faut veiller à bloquer cette désinformation odieuse et mensongère. Le temps fait déjà suffisament son oeuvre avec la mort des victimes survivantes et l’oubli « naturel » de la mémoire humaine. C’est Primo Levi, je crois qui, à la fin de sa vie, se sentait de plus en plus miné à l’idée qu’un jour, il n’y ait plus personne de vivant pour témoigner de la Shoah, réduite à un seul fait historique. Et si on ne l’écrit pas très vite, l’Histoire peut-être remaniée de mille manières.
Au fait, puisque la France semble enfin vouloir mettre de la bonne volonté à laisser la justice faire son travail, qu’en est-il du sort d’Agathe Habyarimana, la veuve de l’ex-président de la République Rwandaise, celui qui, de 1973 à 1994, a contribué à développer le régime raciste de son prédécesseur ? Toujours tapie dans son fief de Courcouronnes ou envolée vers un refuge plus clément après le refus de l’Ofpra de lui donner asile encore sur le territoire français  ? Peut-être David Servenay a-t-il des informations à ce sujet ?

 
Liesel Schiffer | Ecrivain
11H25 22/07/2007

En effet, pour les Gisorsiens - d’ou peut-être cet aveuglement volontaire, ce refus de vouloir mettre en doute le passé de leur curé - la question s’avère épineuse. Aucun n’était certainement au courant de l’histoire de Munyheshyaka lors de son arrivée dans la paroisse,et j’imagine que même si ils lui ont posé des questions au sujet du génocide, Wenceslas ne s’est pas attardé sur son rôle. Ou alors il l’a magnifié, du style : »J’ai sauvé plein de vies ». Mais des documentaires ont été tournés, des livres écrits (le roman de Benjamin Sehene, « le Feu sous la soutane », éditions l’Esprit frappeur, inspiré de cette histoire, est sorti en 2005). Nous vivons tout de même dans un monde ou l’information et les recoupements sont possibles. Le rôle de la hiérarchie de Munyeshyaka, bien évidemment, est encore plus ambigue. J’imagine que l’Eglise catholique arguera du fait du droit à la protection de tous, y compris les criminels potentiels, dans le cadre de la pensée de la charité chrétienne. Mais cela n’autorise pas à laisser un criminel potentiel exercer un sacerdoce ni de le soustraire à la justice, en accord, probablement, avec l’Etat français. J’ose croire que certains religieux se sont sentis perturbés par la question et il serait intéressant qu’ils se manifestent. Et aussi des catholiques pratiquants. J’en ai plein dans mon entourage, qui restent toujours très réservés sur la question, souvent par méconnaissance, mais ils ne semblent pas vouloir vraiment aller plus loin. Pourtant, si mes souvenirs sont bons, le Salut, ça s’acquière (ortho ?) après une repentance réelle et sincère, non, n’en déplaise à notre président de la République ?

 
Dominic1949
19H40 22/07/2007

Il y a eu les prêtres qui abusaient certains de mes condisciples au Petit Séminaire ou les Guides ou Jeannettes pendant les camps d’été, puis les curés pédophiles, puis les affaires politiques : l’Armée Bleue de lutte contre le communisme, l’Opus Dei, les appuis aux régimes fascistes de l’époque : Chili, Argentine, Brésil…
Il y a eu la position criminelle de Jee Pee Two, prêchant la dissémination systématique du VIH en Afrique en interdisant le préservatif…
J’en oublie certainement.
Je pense que ma place de chrétien et d’homme pour essayer de vivre l’Evangile est dans le siècle et dans la vie, mais certainement ailleurs que dans l’église catholique romaine.
Quand j’étais enfant, un ami prêtre-ouvrier disait que la disparition de l’Eglise catholique n’était pas un fait grave en soi :  » Il ne restera plus que l’homme et Dieu  » disait il.
Qui virera les marchands du Temple ?

 
underscore
23H09 22/07/2007

mais je croie que si cela arrivé le « dieu » en question serait certainement pourchassée ou isolé et ne pourrait faire grand choses pour les autres étant donnée qu’il ne pourrais rien faire pour lui ! il devrais attendre beaucoup des autres pour se sortir passer moi l’expression de la me…! enfin je croie aux vue des crimes et des destructions psychologique que cette bêtes a mille tète engendre dans ces sillons ! le temple a déjà était vider une première fois j espère qu’il le sera une deuxième!

 
Liesel Schiffer | Ecrivain
15H00 23/07/2007

« Il parâit qu’il avait tuer pour défendre sa famille,jamais il n’a été question de viols »… écrivez-vous sans broncher au sujet de votre ancien curé. !!!! Je ne savais pas que les catholiques prônaient la loi du Talion… Tendez l’autre joue, disait plutôt Jésus, avais-je cru comprendre ? Et vous reconnaissez que vous auriez pu mieux vous informer; en effet, car si vous vous étiez, ne serais-ce qu’un peu intéressé à l’histoire du génocide, vous auriez découvert qu’aucun Hutu ne pouvait être amené à « défendre sa famille » (excepté s’il y avait des Tutsis dans sa famille mais lors de cette tragédie, les Hutus étaient tellement fanatisés que nombre d’entre eux ont tués leur propre épouse tutsie !) puisque ce n’étaient que des Hutus qui tuaient des Tutsis et aussi, quelques Hutus modérés. Wenceslas, comme vous pourrez le lire dans l’ouvrage de Benjamin Sehene, le savait parfaitement comme chacun à l’époque dans ce monde où seuls les Tutsis étaient pourchassés, puisqu’ il a tenté de protéger sa mère, une Tutsie, de ses amis hutus génocideurs.
D’autre part, je remarque une fois de plus, et m’effare de l’importance incroyable accordée à la sexualité et au péché sexuel par les chrétiens : si Wenceslas avait tué, basta c’était excusable sous-entendez-vous, mais le viol, là, c’est vraiment vilain. La plupart des tueurs violaient de toute façon leurs victimes AVANT le meurtre, je vous rassure.
J’espère que votre communauté, vous les paroissiens, allez mettre ce problème sur la table avec les pères Morin et David ! Ca mérite une petite soirée de réflexion après une veillée de prière ou séance de cathéchisme, non ?
Et vérifiez bien qu’on ne vous envoie pas un ancien Khmer rouge de Pol Pot en remplaçant !

 
xroo2s
09H15 26/07/2007

La France et l’église sont coutumières du fait,proteger et donner l’asile à des bourreaux reconnus est un classique dans leurs histoires au point que souvent j’éprouve de la gène voir de la honte d’être assimilé au(x) gouvernement(s) et dirigeants français et à leurs trop nombreux crimes, heureusement pour moi, mon sommeil, ma famille et mon salut il y a longtemps que je ne crois plus aux religions, lieux de cultes et dieux si miséricordieux qu’elles disent représenter.

 
paulo3
22H53 04/08/2007