A la Une

Du plancton pour refroidir la planète: imposture écologique?

Trainées de phytoplancton en Mer Noire

La géo-ingénierie signera-t-elle le salut de l’humanité face au réchauffement climatique ? Planktos, une société américaine, est sur le point de mettre en œuvre, pour la première fois, une de ces techniques : saupoudrer de la poussière de fer dans l’océan pour doper la captation de CO2 par le plancton. Une solution miracle pour cette entreprise commerciale américaine, une méthode jugée inefficace voire dangereuse par la communauté scientifique et les ONG environnementales.

Puisque l’homme semble incapable de réduire significativement ses émissions de gaz à effet de serre, une solution de dernier recours est envisagée en cas d’emballement climatique : refroidir artificiellement la planète. Ainsi naît la géo-ingénierie . Longtemps sujet tabou dans la communauté scientifique, cette science occupe aujourd’hui le devant de la scène.

Le phytoplancton, le super-absorbant du CO2 ?

Les projets en la matière, autrefois jugés loufoques, sont légion : épandre divers matériaux dans l’atmosphère pour la refroidir, créer de la banquise artificielle pour affaiblir l’effet du Gulf Stream ou encore lancer en orbite un miroir géant entre la terre et le soleil. La réalisation la plus consensuelle dans ce domaine est encore la plantation de forêts climatiques . Une autre méthode consisterait à répandre des particules de fer dans l’océan afin de stimuler la croissance du phytoplancton. Le plancton pomperait aujourd'hui un tiers du CO2 de la planète. Ainsi fortifié, celui-ci devrait absorber un surplus considérable de ce gaz à effet de serre, qui serait ensuite déposé dans le fond des océans, ne représentant plus aucun danger.

Se présentant comme leader mondial en écorestauration » , l’entreprise cherche à participer à la régénération des écosystèmes et à ralentir le changement climatique. Et ce par deux méthodes : planter massivement des parcs de forêts climatiques , et en rétablissant les populations océaniques mondiales de plancton . Mais Planktos attire les foudres dans son sillage, et cette expérimentation grandeur nature est loin de faire l’unanimité.

Planktos, une société à but lucratif

D’abord parce que derrière ce remède » climatique présenté comme miraculeux se cache un projet commercial : sa visée écologique n’est visiblement que secondaire. Planktos, alchimiste des océans, cherche d'abord à changer le fer en or, comme il est annoncé sur son site internet : La société Planktos est une compagnie à but lucratif qui génère des crédits de réductions d’émissions de carbone . Depuis plus d’une dizaine d’années, les ingénieurs américains voulant mettre en application la géo-ingénierie sont en effet soutenus par des financiers, qui convoitent le pactole potentiel qu’elle peut représenter sur ce qu'on appelle le marché du carbone .

Car si Planktos parvient à prouver l’efficacité de cette technique de captation du CO2, elle sera habilitée à vendre des crédits de carbone sur le marché des droits à polluer. Ce système de marché des droits à polluer a été mis en place dans la foulée de la ratification du protocole de Kyoto, en 2005, et sera généralisé l'année prochaine. Les entreprises et les Etats qui dépassent les quotas d'émission fixés peuvent ainsi acheter des permis de polluer » . Le marché est juteux, et les ambitions écologiques de Planktos, qui promet des actions à petit prix, sont entachées par l’appât du gain. La légitimité de l’entreprise est ainsi largement contestée.

Les apprentis sorciers de la lutte climatique

Même si Planktos certifie que toutes les mesures de surveillance de l’opération seront assurées, la recherche du profit semble prendre le pas sur l’éthique scientifique du principe de précaution. Car Planktos joue aux apprentis sorciers de la lutte climatique : les dernières études sur l’épandage de fer dans la mer sont en effet sans appel.

C’est la revue Nature, le 26 avril dernier, qui brise le tabou, en révélant les conclusions d’un vaste programme mené autour des îles Kerguelen : verser du fer dans l’océan serait 10 à 100 fois moins efficace que le processus naturel, 90% du fer versé se perdrait dans l’océan, et l’effet en serait peu durable. Nous avons démontré que l'activation de la pompe biologique par l'apport naturel de fer n'est pas imitable par la fertilisation artificielle , explique Stéphane Blain, du laboratoire d'océanographie et de biogéochimie de Marseille. Nous ne pouvons atteindre l’efficacité de la nature, conclue Ulf Riebesell, océanographe à l’Institut Leibniz des Sciences Marines, à Kiel, en Allemagne, la géo-ingénierie des océans à l’heure actuelle ne fonctionne pas .

Pire, des effets secondaires sont à craindre. Le fer sera versé sous forme de nanoparticules, dont les effets sur l’écosystème marin et in fine sur l’atmosphère sont pour l’instant imprévisibles. Certains scientifiques évoquent par exemple une possible réaction chimique qui produirait un gaz à effet de serre, le protoxyde d’azote (N2O), plus dévastateur que le CO2.

Un effet domino catastrophique sur la chaîne alimentaire marine

D’autres, comme des experts de la WWF, évoquent un éventuel effet domino catastrophique sur la chaîne alimentaire marine. Le remède pourrait donc se révéler pire que le mal. Le 22 juin, le comité scientifique intergouvernemental de la Convention de Londres (Convention pour la prévention de la pollution maritime par la décharge de déchets et autres matériaux) a ainsi lancé une alerte face à la fertilisation des océans par le déversement de fer, en visant explicitement l’initiative de Planktos.

La WWF ainsi que le groupe canadien ETC, l’un des principaux observateurs des développements technologiques et de leurs effets sur l’écosystème, se mobilisent également contre l’expérimentation. De même, les autorités du parc national des Galápagos, site classé par l'Unesco et plus grande réserve marine du monde, ont tenté en vain de faire avorter le projet dont ils n’ont jamais été averti officiellement.

Face à ces turbulences, l’entreprise maintient son cap. Lorsque l’Agence américaine de protection de l’environnement a prévenu Planktos que des sanctions seraient prises si son navire portait le pavillon des Etats-Unis, l’entreprise a rétorqué qu’elle utiliserait un autre drapeau ou un autre navire. Car Planktos exploite une faille majeure du droit international : il n’existe actuellement aucune régulation à l’échelle mondiale interdisant le déversement commercial de fer dans l’océan.

Silverto Ribeiro, expert pour l’ETC Group, explique que ce déversement n’est que le premier d’une longue liste d’initiatives de géo-ingénierie océanique et stratosphérique, présentées par des entreprises commerciales comme des moyens écologiques pour lutter contre le réchauffement planétaire » . Ces projets, entre les mains d’entreprises aveuglées par la quête du profit, semblent jouer avec l’environnement sous couvert d’intentions louables. Plus loin, les partisans de la géo-ingénierie paraissent se défausser de la question centrale : comment freiner la production humaine de gaz à effet de serre ?


En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.

 
lenifou
21H04 20/07/2007

Merci à Rue89 pour avoir mentionné l’étude dans Nature, et pour dénoncer ce type d’actions. Les cycles du CO2 entre atmosphère, océans, roches et êtres vivants sont extrêmement compliqués et se régulent entre eux, d’où l’impossibilité de prévoir l’effet d’une action telle que propose cette société.

un autre exemple étrange que l’on voit placardé sur les murs du métro à Paris depuis quelques mois : cette publicité « Urgence climat CO2 : plantez des arbres ». Sponsorisée par de nombreuses marques, dont, bizarrement le ministère des affaires étrangères.

Pour y répondre : les arbres n’ont quasiment aucun effet sur le bilan du CO2 : à maturité, les entrées égalent les sorties et lorsque l’arbre meurt, la totalité du carbone stocké se re-volatilise dans l’atmosphère.

C’est effectivement le plancton qui régule le carbone et l’oxygène sur terre, car lorsqu’il meurt, le carbone stocké n’est pas revolatilisé, mais tombe au fond de l’eau. On le retrouve ensuite, plusieurs millions d’années après, dans les roches calcaires, plus grand réservoir de CO2 de surface.

Pour donner un ordre de grandeur, il y a a peu près 2 fois plus de CO2 dans l’atmosphère que dans tous les être vivants rassemblés ! Donc vous voyez la portée insignifiante de l’action pronée par la réclame « urgence climat : plantons des arbres » ! (a part ça, c’est très bien de planter des arbres, dans la limite du raisonnable)

Aujourd’hui, il vaut donc mieux faire bien attention aux initiatives d’écologie amusante que proposent certaines boites. L’écologie peut se marier efficacement avec le business, mais je ne crois pas trop à la spéculation sur l’écologie, comme le fait Planktos.

 
lenifou
00H52 21/07/2007

Oui, effectivement, sur quelques décennies, un peu de C est stocké. Mais je ne suis pas vraiment d’accord que ce soit l’échelle de temps qui nous intéresse : il faudrait que la solution persiste à plus d’une ou deux générations.

Mais le point le plus important était que la quantité de carbone fixée par les arbres est ridiculement faible par rapport à tout ce que l’on envoie en fumée chaque année : j’ai lu dans the guardian que chaque année, l’équivalent de la production primaire de 400 ans est brûlée par le pétrole. C’est à dire : cela revient à planter des arbres jeunes pendant 400 ans, et tous les brûler en une année.

Pour comparaison : nous avons utilisé déjà la moitié des réserves de pétrole utilisables connues, ce qui représente environs 15000 km3 de carbone. Les arbres, eux, constituent un réservoir de (à la louche) 2000 km3. Les océans contiennent eux 1500000 km3 de carbone. La plupart des 15000 km3 de carbone que nous avons vaporisé par le pétrole et le charbon s’est retrouvé en très majeure partie dans les océans par effet d’équilibre thermodynamique.

C’était quelques chiffres pour illustrer la part faible du terrestre par rapport au maritime. Dans tout ce qui est bilan de matière, ce sont souvent les migroorganismes qui font la différence sur les méga-tonnes d’atomes présents en surface (C, N, O…) !

 
Bebert Cassandre
10H01 21/07/2007

Pour info:
Il existe en Bretagne, sur le golfe du Morbihan, un site cinéraire tout à fait étonnant. Un site absolument écologique. On y plante des arbres!
Alors, n’hésitez pas un seul instant! Visitez le et mourez utile!!!
http://www.jardinsdememoire.com

 
Karg se | Ingénieur agronome en recherche d'emploi
22H47 20/07/2007

Je m’y connais un peu en halieutique, donc petite explication sur cette histoire de fer:

- certaine zone, notamment l’océan antarctique, sont riches en minéraux mais pauvre en plancton. Hors il manque du fer pour permettre une croissance du phytoplancton, et donc du zooplancton.

- le plancton ne peut sans doute pas absorber directement du fer, il faut qu’il soit sous forme dissoute, et peut être même organique, un peu comme le mercure qui dans sa forme organique est beaucoup plus actif biologiquement parlant. Cette conversion se fait souvent par des bactéries…

- l’ajout massif de fer sous forme de particule doit avoir des effets sur les équilibres des autres minéraux, et même provoquer une précipitation des minéraux, surement pas l’effet attendu

- au niveau biologique, la dose faisant le poison, localement le fer doit avoir un effet toxique (si bien sur la forme nanoparticule est biologiquement active)

 
Bebert Cassandre
22H49 20/07/2007

Le réchauffement de la planète est-il réellement un problème?
Sans doute pour quelques uns. Seulement une paire de milliards d’êtres humains devraient en faire les frais…C’est beaucoup et c’est peu… C’est juste de savoir de quel contingent nous feront partie… Quand à ces gens sans scrupule qui font flèche de tous bois pour arrondir leur pécule, il me font penser à ces chapardeurs d’occasion enfouissant au plus profond de leurs poches la vaisselle d’argent tandis que là haut l’orchestre jouait « Ce n’est qu’un au revoir » et que le Titanic plus tout à fait paquebot, pas encore épave, entre deux eaux, entrait dans l’histoire de la navigation. Le réchauffement de la planète ne sera un problème que pour les plus démunis, les plus fragiles. L’humanité s’en remettra… Le problème est de savoir si les rescapés sauront tirer les leçons de notre incurie…
Il nous faut prier! Mais ne pas oublier en égrenant nos chapelets que si les
civilisations sont mortelles comme l’annonçait Allain, les Dieux le sont aussi fort heureusement!

 
relatif
00H37 21/07/2007

Dans la première partie de votre message, je vous suis. La planète terre et l’univers n’ont en rien besoin de nous.

Mais votre délire d’hostilité lui enlève toute crédibilité. Dommage.

 
Dany-de-montreuil
09H25 23/07/2007

Excellent !

 
Karg se | Ingénieur agronome en recherche d'emploi
00H53 21/07/2007

Sur le principe non puisque ça fait des années qu’on en parle, mais à la limite un brevet sur les nanoparticules oui, mais sur le procès, pas sur la nanoparticules qui n’est pas un objet en temps que tel (à vérifier)

 
Grégory
17H33 22/07/2007

Non. Soit c’est déjà breveté, soit ce simple article invalidera le passage obligé de recherche d’antériorité.

 
relatif
00H45 21/07/2007

Il m’apparait désormais complètement illusoire de miser sur le développement technologique pour nous amender. Si nous allons vite, très vite même, les effets que nous produisons par nos activités sur les écosystèmes vont encore bien plus vite. Nous serons rattrappés, assurément, si nous ne modifions pas nos façons de faire, et nommément, par la mise en place de mécanismes de marché qui nous inciteront à nous enrichir en adoptant des modes de consommation responsable.

 
Sonelle
09H44 23/07/2007

Après avoir transformé les animaux par le biais d’hormones de croissance, continué à stériliser la planète avec les OGM, imposé leur « diktat » sur la quasi totalité de la planète, tué des innocents sur la chaise électrique…..

voilà que maintenant, « CEUX QUI SE PRENNENT POUR LES MAITRES DU MONDE », se moquant éperduement des scientifiques de haut rang, pensent pouvoir limiter le réchauffement climatique en voulant saupoudrer de fer les océans !!!!!

IL EST GRAND TEMPS QUILS SE GREFFENT DES CERVEAUX D’EINSTEIN au lieu de gracier des dindes !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!