Des milliers de réfugiés continuent à affluer, pour s'entasser dans un camp du HCR ou dans les bidonvilles près d'Aden.
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(De Basateen, Yémen) » Rien. Nous n'attendons rien. » Mohamed Dirie Odoura répond laconiquement à la question de savoir ce qu'attend la communauté somalienne au Yémen. Le responsable du Community Center (un centre communautaire pour les adultes somaliens) de Basateen, dans la proche banlieue d'Aden, dresse un constat amer de ces seize dernières années toutes verrouillées sur l'attente : celle du retour, d'une meilleure intégration ou d'une vie un peu moins dure, tout simplement.
Avec un peu de lassitude, il explique la vie ici. Chacun l'appelle « le cheikh ». Dans le réduit modeste du Community Center, beaucoup ont pris place, surtout des femmes. Elles n'écoutent pas forcément ce récit qu'elles ont directement vécu. Elles regardent l'étranger avec attente. Sera-t-il seulement convaincu ?
Depuis 1991, les conflits répétés dans la corne de l'Afrique ont jeté dans le golfe d'Aden plusieurs centaines de milliers de Somaliens. Mohamed Dirie Odoura a lui aussi échoué sur les côtes yéménites de l'océan Indien. Comme 90000 autres, il bénéficie du statut de réfugié. Aujourd'hui, il redoute la reprise des flux migratoires, à l'automne. Car le trafic a sa saison, de septembre à mars, lorsque les conditions de navigation sont moins défavorables. Les passagers clandestins remettent leur destin entre les mains de passeurs, qui, pour 50 à 100 dollars, les entassent sur des barcasses pour une traversée périlleuse de 300 kilomètres.
Une traversée périlleuse
Beaucoup de passagers perdent la vie au cours de la traversée, passés par-dessus bord ou touchés par les tirs des militaires yéménites. Sur la côte, d'Al Mukalla à Mokha, les points de débarquement sont toujours plus nombreux, pour déjouer la surveillance des autorités locales. Une situation qui inquiète l'antenne du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) à Aden et rend plus difficile l'accueil des nouveaux arrivants. Ils étaient 26000, Somaliens et Ethiopiens, à risquer l'aventure en 2006 ; 15000 les années précédentes.
A peine débarqué, chacun est hanté par le désir de retour dans une Somalie qui aurait retrouvé stabilité et sécurité… » Le Yémen est un lieu de transit, forcément » , rappelle Aisha, de l'ONG Save the Children Suède, présente depuis 1992 dans le soutien éducatif.
Le Yémen reste le seul pays de la région à avoir signé la Convention de Genève de 1951 et à accorder le statut de réfugié, qui donne un minimum de protection. Certains réfugiés acceptent d'y être pris en charge par les agences internationales ou les ONG.
Le HCR les accueille à Mayfa, près de Bir Ali, pour les premières formalités, et leur délivre une carte d'identité bleue. Puis direction le camp de Kharaz, à 165 kilomètres au sud-ouest d'Aden, ouvert en 2001 en plein désert, qui héberge 9000 réfugiés. » C'était ça ou rien » , souligne, résigné, un responsable de l'agence onusienne. Conditions de vie difficiles, rations alimentaires réduites, absence totale de perspectives. Certains réfugiés préfèrent partir tenter leur chance en ville, près d'Aden.
Basateen est à moins de 15 kilomètres d'Aden, la blanche cité portuaire décrépie. Les baraquements de tôle ondulée et de parpaings se succèdent sur la route qui mène de Taiz à Sanaa, encombrée de poids lourds et de minibus. Quelques carcasses de voiture bordent l'artère, les échoppes sont encadrées par des milliers de sacs en plastique rouge. Les éboueurs ne sont plus passés depuis presque deux ans. Mais, au moins, certains réfugiés peuvent trouver de quoi gagner un peu d'argent.
Ils sont plus de 15000, avec la carte d'identité jaune, sur une population de 35000 habitants. On ne sait plus s'il faut parler de camp ou de ville. Un officiel de l'antenne des Affaires étrangères d'Aden s'y trompe lui-même. Il pointe la misère » de nos frères, dans le camp de Basateen ou ailleurs » .
» La situation économique, la santé et l'éducation sont les trois principales difficultés auxquelles sont confrontés les réfugiés » , énumère sobrement Mohamed Dirie Odoura. Un seul hôpital à Basateen, tapissé d'affiches pour la prévention du Sida, la contraception. Trois écoles sont ouvertes, mais les frais ne permettent pas aux familles les plus nombreuses de scolariser tous leurs enfants.
Des cubes de tôle dans un dédale de ruelles
Les logements : des cubes de tôle et de béton enchevêtrés dans le dédale des ruelles. Une chambre de 15 mètres carrés, étouffante, accueille ici une famille de cinq personnes. La cuisine et la salle de bain sont les pièces communes : un réchaud, une bassine, un frigo en équilibre. Les fils électriques tressent des toiles anarchiques au-dessus des têtes. L'eau potable, livrée par la citerne charriée par un dromadaire, coûte cher ; l'eau de pluie fera l'affaire.
Khaled, un des responsables de la jeunesse somalienne, progresse lentement. Il prend le temps de montrer les rues, chaque détail qui rend la vie plus difficile. La foule se presse. Un étranger ? » Ramène-t-il de l'argent ? » » Peut-être pourra-t-il nous aider pour les visas ? » Khaled a terminé ses études universitaires à Aden. Pour lui, l'horizon paraît un peu moins sombre. La communauté somalienne s'organise : les associations de jeunes jouent un rôle de médiation, une police informelle déverrouille les tensions, l'entraide s'applique automatiquement.
Et puis il y a les clandestins qui arrivent, anonymes, pour qui débute une longue marche vers les Etats voisins, ces riches monarchies aux devantures tentantes. Un itinéraire dans la crainte de l'arrestation, de l'emprisonnement, de l'expulsion. Tous auront perdu leur famille, abandonnée là-bas, ou auront laissé seuls ici femme et enfants.
HCR et ONG multiplient les actions de prévention destinées à mettre en garde les futurs clandestins : films ou brochures sont distribués en Somalie, pour dénoncer le visage plein de promesses du passeur.
Mohamed Dirie Odoura, lui, n'attend rien, » car si quelque chose avait dû se passer, ce serait arrivé depuis bien longtemps » . Il demande simplement » qu'on parle de nous » .
Photos : Catalina Martin-Chico





















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De
17H15 | 18/07/2007 |
Merci de parler des réfugiés somaliens, ce sont des grands oubliés : les Somaliens, en général, ne sont à la une des journaux que quand il est question de terrorisme.
Ayant travaillé avec des ONGs somaliennes pendant plus de 3 ans, j'apprécie votre article.
De
18H15 | 18/07/2007 |
tout à fait, merci beaucoup pour ce papier qui parle d'un peuple totalement oublié et laissé au ban de la communauté internationale. Et oui, nos médias n'en parlent que quand le spectre d'Al Quaeda apparaît avec ces fameux « talibans africains »…qui -n'en déplaisent à certains- avaient rammené un semblant de sécurité à un peuple lassé de 15 ans de guerre civile…et ceci est un fait avéré !
De François-Xavier Trégan (auteur)
Journaliste | 00H32 | 19/07/2007 |
Merci. Il est vrai que le « spectre » dont vous parlez alimente les craintes ; les autorités yéménites redoutent la formation de cellules islamistes sur leur territoire, en provenance de Somalie…ils peuvent alors abuser de cet argument. Le sujet d'un prochain article ?
De
12H31 | 20/07/2007 |
Ce qui me déplait à moi c'est que vous dites n'importe quoi. Que cette prétendue « sécurité » se fasse aux dépends de jeunes bastonnés, voir pire, pour des cheveux longs ou des raisons aussi grotesques, des femmes assasinées, oui la gorge tranchée, parce que seules sans hommes pour les proteger, et toutes ces barbaries d'un autre age, celà ne compte pas pour vous ?
Etre sous la domination des talibans, ou des américo-ethiopiens, c'est le même malheur pour ce pays sans plus de souveraineté ni de paix
De François-Xavier Trégan (auteur)
Journaliste | 00H22 | 19/07/2007 |
Merci. Saluons d'ailleurs la couverture de cette question par la presse yéménite, arabophone et anglophone…qui relate avec précision la situation dramatique des réfugiés, les difficultés rencontrées dans les démarches administratives, entre autres…
De H.
A chipé a chopé | 19H06 | 18/07/2007 |
Intéressant article sur un sujet dont on commence à parler.
A voir aussi le reportage de Daniel Grandclément intitulé « les naufragés du golfe d'Aden ».
à H.
De François-Xavier Trégan
(auteur)
Journaliste | 00H51 | 19/07/2007 |
Merci. « Les martyrs du golfe d`Aden », l'excellent documentaire de Daniel Grand Clément…Récemment diffusé à Sanaa, au Centre Culturel Français.
Disponible sur CanalObs, dans l'emission « Reporters ».
http://tempsreel.nouvelobs.com/videos/index_rub.php ? id_rubrique=3&id_vid…
à François-Xavier Trégan
De
09H07 | 19/07/2007 |
Egalement évoqué, si je ne me trompe pas, dans une des éditions de la (regrettée…) émission ARRET SUR IMAGE.
Le document peut aussi être rapproché du reportage d'Olivier JOBARD (SIPA) sur Stanley qu'il avait suivi d'Afrique centrale aux Canaries.
De
20H47 | 18/07/2007 |
Bravo et merci pour cet article qui fait enfin connaitre ce problème humanitaire et pour les photos qui l'accompagnent qui permettent de mieux visualiser et comprendre la situation des réfugiés Somaliens. On ne parle jamais d'eux dans la presse alors que cette situation devrait alerter les médias depuis longtemps. Je souhaiterais que cet article puisse être développé dans les différents points qu'il aborde. R. H.
De François-Xavier Trégan (auteur)
Journaliste | 00H36 | 19/07/2007 |
Merci R.H. Nous espérons pouvoir développer les différents points de ce premier article. Notamment à la reprise des flux entre la corne africaine et le Yémen, à l'automne prochain.
De
22H29 | 18/07/2007 |
Oui et encore merci de parler de ce problème tant méconnu et qui touche ce grand peuple dont on a tendance à oublier dans cette grande souffrance qui l'affecte et dans laquelle il est mis souvent pour les interets de nos sociétés riches et ignoré,et cela est surprenant, par leurs « frères » arabes…N'oublions pas qu'ils sont à peine tolèrés sur cette terre et que leurs espoirs sont tournés vers nous….Ne les laissons pas dans cette situation dantesque et sans issues ! ! ! ! !
De François-Xavier Trégan (auteur)
Journaliste | 00H43 | 19/07/2007 |
Merci. Oui, la solidarité arabe envers les réfugiés somaliens est fragile. N'oublions pas aussi le cas de « returnees », les rapatriés yéménites, chassés de Somalie, et qui représente plus de la moitié
de la population de Basateen, cette extension urbaine d'Aden…Ni le cas des Ethiopiens, qui ne peuvent bénéficier (pour la grande majorité) du statut de réfugié. Chacun reconnaît par contre la bienveillance des autorités yéménites, malgré les faiblesses structurelles de l'Etat…Et malgré les tirs à répétition des militaires contre les embarcations des passeurs.
De
23H34 | 18/07/2007 |
Il est vrai que ce reportage attire moins que les pbls de dopage dans le sport cycliste ! .
Travaillant aupres des demandeurs d'asile ,j'ai l'occasion de connaitre des familles somaliennes depuis qqs années , et d'avoir tissé des liens d'amitiés avec certaines d'entre elles .
La corne de l'Afrique connait le chaos depuis longtemps ,et la Somalie est un pays oublié , livré aux conflits ethniques et instrumentalisé par le fanatisme religieux.
Lorsque j'ai annoncé ce matin à l'un des couples que je connais ,qu'il y avait un reportage sur Rue 89,il m'a été demandé de le lire . Ils ont pleurés.
Ils souhaitent vous remercier pour avoir parlé d'eux .
Merçi à rue 89
De François-Xavier Trégan (auteur)
Journaliste | 00H46 | 19/07/2007 |
Merci. Nous parlerons encore d'eux…
Remerciements à Rue 89 partagés.
à François-Xavier Trégan
De Jolod
11H05 | 25/07/2007 |
Bravo pour votre article très instructif ET SURTOUT continuez.
De Arnaud Aubron
Rue89 | 10H14 | 20/07/2007 |
Pourquoi, si vous en avez le temps, ne pas leur demander de témoigner de leur propre exode et nous réstituer ici une partie au moins de ces récits pour poursuivre le débat sur cette question effectivement oubliée. Si vous vous situez dans la région parisienne, nous pouvons venir filmer ou sinon recueillir des témoignages par téléphone.
De
09H05 | 19/07/2007 |
Merci pour cet article de très « bonne facture » ! Des faits objectivement relatés et des chiffres précis, le tout présenté dans un document bien construit et bien illustré par un bon reportage photo. Monsieur TREGAN est-il également l'auteur des photos ? En tout cas, bravo ! C'est tellement bien fait qu'on a l'impression d'y être allé avec le journaliste ! Un vrai reportage, et un bon !
De Arnaud Aubron
Rue89 | 10H15 | 20/07/2007 |
François-Xavier Trégan n'est pas l'auteur des photos, qui sont signées Catalina Martin-Chico.
De
14H05 | 19/07/2007 |
excellent travail ; par ailleurs, la « plume » est de qualité : on va du style journalistique à l'expression plus littéraire ; c'est excellent !
De
15H43 | 19/07/2007 |
Merçi , rue 89
je voudrai me rallier à tout ces gens qui vous remercie .
c'est la première fois que j'écrit un commentaire sur un article en regle generale je lis et j'en parle à des amis si l'article me plaît . mais celui que je viens de lire me touche énormement et montre la réalité de la misère somaliens telle qu'elle est.
merci encore et continuer
De
17H38 | 19/07/2007 |
Merci pour votre reportage et bravo a Catalina martin CHICO pour la sensibilite de ses photos. Je tiens a preciser que le documentaire de daniel Grandclement sur le voyage epouvantable des refugies somaliens jusqu'au Yemen a ete diffuse dans Thalassa en mars dernier. C'est le meilleur reportage tele qui ait ete fait sur les clandestins depuis des annees. Un documentaire qui DOIT etre vu.
De
01H24 | 20/07/2007 |
et ça continue encore et encore…ce n'est pas le début d'accord d'accord…16 années à feu et à sang..et dans cette perpétuelle misère, il y a le malheur des uns qui font le triste bonheur des autres ! ! ! … le plus misérable c'est l'indifférence de certains médiats…un bravo pour ce reportage ! ! ! …rebelle
De
11H35 | 21/07/2007 |
on peut voir un extrait de l'émission Thalassa qui reprend l'intégralité du reportage de D.Grandclément à cette adresse :
http://fr.video.yahoo.com/video/play ? vid=504502
De
14H29 | 21/07/2007 |
Merci a tt les gens ki ont exprime leur sympathie a ce peuple oublie et exclu de la communaute internationale il est vrai k c reportage est tres proche de realite et puis ceci n`est juste qu`une partie du calvaire subit par ce peuple.