
(De Buenos Aires) L'Argentine continue de régler ses comptes avec son passé. La Cour suprême vient de lever le dernier obstacle aux poursuites contre les responsables de la dernière dictature (1976-1983) en déclarant inconstitutionnelles les grâces accordées par l'ancien Président Carlos Menem aux militaires, dans les années 1990. Les enquêtes pour crime contre l'humanité peuvent donc reprendre à l'encontre de trente-deux anciens responsables des forces armées, dont les chefs de la junte Jorge Rafael Videla et Emilio Massera, condamnés en 1985 à perpétuité et graciés en 1990. La décision de la Cour suprême ne remet en revanche pas en cause les grâces accordées à d'anciens guerilleros, les magistrats ayant jugé que leurs crimes ne sont pas imprescriptibles.
En 1985 s'ouvrait le procès de la junte, jugée responsable de la disparition de 30000 personnes. Plusieurs de ses chefs, dont Jorge Videla et Emilio Massera, sont condamnés à perpétuité. Les poursuites judiciaires s'arrêtent en 1986 quand le président Raúl Alfonsín fait voter la loi » du point final » puis en 1987 la loi » d'obéissance due » , qui absout de toute responsabilité les militaires chargés de la répression. En 1989-1990, Carlos Menem gracie 277 militaires et civils, parmi lesquels des officiers poursuivis pour crime contre l'humanité.
En arrivant au pouvoir en 2003, Néstor Kirchner décide de revenir sur les heures sombres de l'Argentine et d'en finir avec l'impunité. Dans un premier temps, le Congrès déclare la nullité des lois passées en 1986-1987, décision confirmée par la Cour suprême en 2005. Des centaines de procès ont donc été rouverts depuis dans tout le pays. La Cour suprême vient ainsi de mettre un terme à la dernière des largesses dont avaient bénéficié les tortionnaires et sa décision a surtout valeur de symbole.
Car si Videla et Massera ont été graciés cinq ans seulement après le procès de la junte, ils n'en étaient pas quittes pour autant avec la justice. Ils sont poursuivis pour d'autres crimes. Videla (82 ans), chef de la junte qui prit le pouvoir en 1976, est en résidence surveillée en raison de son âge, mis en cause pour son rôle dans le plan Condor (opération de répression commune à plusieurs dictatures du continent) et pour le vol systématique de bébés de disparus.
Quant à l'ancien amiral Massera (81 ans), membre de la première junte en résidence surveillée depuis 1998, il a souffert d'une attaque cérébrale il y a deux ans et son état de santé l'empêche pour l'instant de comparaître. Il est mis en cause pour le vol de bébés, pour sa participation au plan Condor et pour sa responsabilité dans les crimes commis dans l »Ecole de mécanique de la marine, l'un des principaux centres de torture et de disparition de détenus pendant la dictature.





















17
(Pour réagir, connectez-vous)
De
21H46 | 15/07/2007 |
et que va-t-il se passer pour M. Zorguieta, ministre sous la dictature et pere de Maxima, l'epouse du futur roi de Hollande ?
De Danielofsky
18H23 | 16/07/2007 |
Ces procès ne sont qu'une mascarade organisée par l'actuel président en fort danger de ne pas être réélu au mois d'octobre dans le seul et unique but de détourner l'attention.
De
01H02 | 16/07/2007 |
La politique de la mémoire de Kirchner est aussi un artifice bien commode pour (sauve-)garder une image progressiste qui couvre une répression latente, quand elle ne déborde pas directement sur une violence policière dont sont victimes les mouvements sociaux actuels. Les professeurs de la province de Santa Cruz ont en fait l'amère expérience. Si bien que le journal satyrique Barcelona avait titré « Le gouvernement promet que s'il réprime à Santa Cruz, immédiatement il prendra des mesures pour ouvrir un musé des victimes ».
Cette politique de la mémoire, dont on ne peut certes pas minorer l'impact symbolique, se comprend seulement à travers plusieurs facteurs. En premier lieu, la marginalisation de l'institution militaire qui a progressivement perdu son pouvoir durant les années 80 et 90 et, parmi elle, le vieillissement de la génération des criminels. Le second point important est le manque de légitimité avec lequel Kirchner arrive au pouvoir (moins de 25% aux élections de 2003 qui n'ont pas eu de second tours). Le président s'est gagné une légitimité en grande partie grâce à sa politique contre l'impunité des vieux criminels, ce qui lui vaut aujourd'hui le soutient inconditionnel de l'association des Mères de la Place de mai. L'autre versant de sa « normalisation » sont divers mesures (plus ou moins coercitives) visant à réduire les mouvements les plus combatifs des révoltes post-2001.
Il n'est évidemment pas question de critiquer le grand effort pour la Justice dans ce pays qui en a si besoin, mais il n'est pas inutile de voir les raisons et éventuelles manipulations qui accompagnent cette politique.
De
19H21 | 16/07/2007 |
bien vu
De
01H41 | 16/07/2007 |
Donc tous les dictateurs sud americains ne fuient pas au Chili ou au Japon ?
T. Rebecchi
http://aelor.over-blog.com
De
01H53 | 16/07/2007 |
Mal élu alors que l'Argentine déposait le bilan et que plus grand monde n'en voulait, ne peut on pas au moins créditer à Kirchner d'avoir sorti rapidement le pays de la zone rouge, et ce sans le fmi ?
Ne peut on pas lui accorder le fait qu'il n'aime pas les dictateurs militaires avant d'en voir un artifice bien commode ?
Avant d'examiner ses travers à la loupe, dont vous me l'apprenez « les professeurs de la province de Santa Cruz », ne peut on pas éviter de transformer systématiquement ses actifs en passifs ?
merci.
De
07H13 | 16/07/2007 |
Les profs des provinces de Santa Cruz, Salta et Neuquen n'on pas eut besoin de loupe ces derniers mois pour juger de la repression, en particuliler Carlos Fuentealba qui en est mort.
Que Kirchner n'aime pas les « dictateurs militaires », c'est effectivement indéniable, mais je ne vois pas pourquoi cela devrait cacher le reste. Ce serait très bien de juger les massacres de Charonne ou de Saint-Michel de 1961, mais ça n'excuserait pas les violences policières de 2007.
Quand à « la sortie de la zone rouge sans le FMI », il faut tout de même savoir que la même semaine où l'Argentine payait ses « dettes » (en grande partie contractées durant la dictature justement, et donc pas forcément légitimes), le gouvernement Kirchner faisait un autre prêt équivalent (si ce n'est qu'à un taux plus élevé) auprès de l'Espagne. Sortir du giron du FMI est un symbole fort, mais ce n'est qu'un symbole.
Mais ce qui me dérange surtout, c'est la repression larvée qui s'est abatut sur les mouvements sociaux combatifs avec le retour à la « normale » (la recomposition d'une classe moyenne qui, bonne propagande aidant, s'est immédiatement retournée contre ses anciens amis, piqueteros en particulier qui sont passé d'être le symbole d'un pays qui relève la tête à des empêcheurs d'arriver à l'heure à son bureau).
De lecocoyote
08H18 | 16/07/2007 |
Au delà d'une reconnaissance de culpabilité de certains dirigeants à cette époque, c'est avec elle même que l'Argentine cherche à se réconcilier. Alors bien sûr, Videla et autres têtes pensantes de l'époque sont les premiers coupables mais la justice Argentine se devra d'aller plus loin en jugeant et en condamnant tous les miliciens, tous les petits chefs de quartiers, tous les courageux délateurs de cette triste époque ! Enfin, que la presse Argentine n'ait plus peur de nommer clairement les vrais responsables de cette page de l'histoire Argentine, à savoir, les Etats unis d'amérique avec ce que l'on à nommé l'opération Condor et donc la CIA. Je souhaiterais que la mémoire de Richard Nixon soit à jamais entachée du sang des 30.000 disparus. L'Amérique dont l'arogance n'a d'égale que sa lacheté face à la souffrance des opprimés. C'est avec des épisodes aussi douloureux que l'on s'aperçoit qu'il n'y a pas de différence entre une Amérique hautaine et une union sovietique stalinienne, du moins au niveau des effets pervers sur les plus faibles.
à lecocoyote
De
08H46 | 16/07/2007 |
hello coyotte,
dites pas l'Amérique mais la caste dirigeante américaine ou utilisez un autre terme, car l'Amérique compte un sacré paquet d'opprimés de toutes sortes (de plus c'est pas l'Amérique mais les USA).
je trouve que c'est dangereux de faire des raccourcis comme ca. des raccourcis comme ca ca revient à dire que tous les francais sont sarkozystes par exemple, et ca, ca ferait mal au cul (comme une hémorroide en qquesorte), donc voila, l'Amérique n'est pas arrogante et oui, les USA ont a leur tête un sacré paquet de connards, présidents y compris et ca n'est pas très différents pour nous non plus.
De
16H28 | 16/07/2007 |
Ce que j'aime bien avec les frustrés de l'élection présidentielle, donc les perdants, c'est qu'ils utilisent la moindre petite occasion pour faire glisser que Sarkozy n'est pas leur président… et vous allez grandir quand ?
De
13H29 | 16/07/2007 |
Merci pour vos commentaires, courageux anonymes de 2h53 et 8h13. C'est vrai qu'aujourd'hui, les classes moyennes qui ont retrouvé leur niveau de vie d'antan se désolidarisent de l'Argentine d'en bas, les traite de « vagos » et d'« aprovechados ». Je me réjouis en tout cas du travail de mémoire, que Kirchner exploite au bon moment (il faut souvent une génération avant de pouvoir reparler du passé), sur cette période si sombre qui a poussé à l'exil de nombreux Argentins, dont certains, comme mes parents, sont arrivés en France au petit foyer de la Cimade à Massy.
Ana
De JuanMardel
15H20 | 16/07/2007 |
Cher courageux anonyme de 02h02 et 08h53, je vois que tu as une dent contre Kirchner, soit. Je me permets de faire quelques petites remarques pour équilibrer un peu.
A son arrivé au pouvoir il s'est occupé du renouvellement de la cour suprême de justice, a la différence de ses prédécesseurs (notamment Menem) il n'a pas mis des amis pour le couvrir ou le servir. Personne ne critique aujourd'hui l'indépendance de cette Cour suprême qui rend donc possible le jugement des militaires.
Quant a son manque de légitimité avec moins de 25% de voix, si Menem s'était présenté a deuxième tour en 2003 il se serait fait ridiculiser parce que plus personne ne voulait de lui et ce la raison pour laquelle il n'y a pas eu de deuxième tour (Chirac aurait été un président « sans légitimité » si Le Pen ne s'était pas présenté au deuxième tour ? )
Sincèrement, je ne comprends pas quel est le lien entre tes remarques et cet article ? Pourquoi chercher les travers de celui qui rend la justice possible, alors qu'il y aurait beaucoup à dire sur les deux présidents (Alfonsin – Menem) qui ont accordé l'impunité aux assassins ?
Et puis ce n'est pas de Kirchner et son bilan dont il s'agit ici, mais de l'Histoire. Des assassins seront jugés en tant qu'assassins, et passeront a l'histoire en tant que tels.
Et ça c'est une merveilleuse nouvelle.
à JuanMardel
De
18H10 | 16/07/2007 |
Oui, tes remarques sur l'arrivé de Kirchner (avec le piteux abandon de Menem entre deux tours) et le renouvellement de la cours suprême sont importantes, sans quoi on ne voit qu'un aspect utilisateur à une politique fondamentale.
Mais le lien entre l'article et mes remarques ne sont pour autant tiré par les cheveux. Si l'on veut comprendre la possibilité aujourd'hui de juger les criminels flics et militaires, il faut saisir la perte de puissance réelle (budget entre autre) de l'institution militaire durant les années Alfonsin et Menem (ceux-là même qui ont organisé l'armature juridique qui a consacré l'impunité). Sans quoi on ne comprend pas pourquoi les autres pays du plan Condor (en particulier le Chili) ont autant de mal à suivre les même pas que l'Argentine. Ou encore, pour revenir en France, pourquoi il ne sera probablement jamais possible de juger les assassins du 17 octobre 1961 ou de Charonne (lorsqu'on renforce une institution on s'interdit de la juger, ce n'est pas en plébiscitant un ministre de l'intérieur qu'on ouvrira une brèche dans l'impunité). Autrement dit, je voulais mettre en lumière un mécanisme qui explique la possibilité de justice.
Par ailleurs, il y a bien un aspect utilisateur de la politique de la mémoire de Kirchner, elle sert en partie à recouvrir des conflits sociaux d'aujourd'hui. Ceci dit, ce n'est probablement pas le moment de faire une attaque en règle de sa politique, vu que ce qui menace est le recouvrement des forces de droite (Macri à Buenos Aires) avec lesquelles même le processus de justice serait remis en cause, sans parler des mouvements sociaux. Mais doit-on toujours s'empêcher de réfléchir et de critiquer sous la menace de la droite ?
Dernière petite remarque, tu confonds histoire et justice. Nous pouvons (heureusement) très bien écrire l'Histoire hors des tribunaux.
De
17H18 | 16/07/2007 |
Comme au Chili : Les ordures et les assasins en tole !
De
18H37 | 16/07/2007 |
un peu partout dans le monde n'existe pratiquement pas.
Je pense à l'affaire des extradés Italiens.
Par contre pour les crimes d'extremes droites de masse en Amérique du sud, le pardon est de mise.
merci les USA pour votre influence néfaste dans ce continent.
http://www.peuples.net/
De toktomi
, les "abderhamane, martin, david" ... | 07H27 | 17/07/2007 |
c koi se sslaissé aller ,les gouines smarient les dictateurs sont sacqué,ma qué ?
c était l inverse normalement : ))
De
20H55 | 17/07/2007 |
Le pardon n'existera plus du tout dans ce monde.
Ce qui me rend triste.
Comment en est-on arrivé-là ?