L'histoire est presque banale. Troy Davis est noir et clame son innocence. Il est l'un des 3400 détenus attendant la sentence finale dans les couloirs de la mort. Accusé d'avoir tué un policier, il devrait, le 17 juillet, être le 1084e condamné à mort exécuté aux Etats-Unis depuis la réintroduction de la peine capitale en 1976.
Mais est-il vraiment coupable ?
Il y a de sérieuses raisons d'en douter, affirment les organisations des droits de l'Homme, tant son procès a été bâclé. Sept témoins à charge se sont rétractés depuis et, au début du mois, deux membres du jury qui l'ont condamné ont fait part, par écrit et sous serment, de leurs doutes : A la lumière des nouveaux éléments, a écrit un des jurés, selon Time, j'ai de sérieux doutes sur l'équité de la condamnation à mort de Mr Davis ...
A l’approche de la date de l’exécution, fixée pour le 17 juillet, un comité de soutien, dirigé par Amnesty International et la National Coalition to Abolish the Death Penalty (Coalition nationale pour l'abolition de la peine de mort), a lancé un mouvement de mobilisation. Le comité rassemble associations abolitionnistes, membres du Congrès, juristes et responsables religieux. Quelques personnalités de poids donnent également de la voix pour faire ployer la machine judiciaire américaine, comme l’archevêque et prix Nobel de la paix Desmond Tutu.
L'objectif du mouvement n'est pas de proclamer aveuglément l'innocence de Troy Davis, mais de médiatiser les faiblesses du processus judiciaire dans cette affaire. Nous n'affirmons pas que Troy Anthony Davis est innocent. Nous disons qu'il n'a pas eu droit à un procès équitable , explique Anne-Marie Duranton, responsable du suivi Etats-Unis pour Amnesty France :
L'accusation porte sur la difficulté d’avoir le droit à un procès équitable quand on est noir et pauvre aux Etats-Unis. Anne-Marie Duranton érige le dossier Davis en cas symbolique » de la défaillance du système judiciaire américain, et d’un procès biaisé et bâclé .
Troy a été condamné en 1991 pour des faits commis deux ans plus tôt. C’est dans la nuit du 19 août 1989 que Mark Allen McPhail, jeune policier de 27 ans, est tué de deux balles dans un parking de Savannah, en Géorgie. Il était intervenu pour porter secours à un SDF agressé par un homme armé. Selon les témoignages, trois hommes se seraient enfuis après les tirs. Quelques heures après, Troy Davis, alors âgé de 20 ans, est interpellé et écroué. Depuis, il n’a jamais cessé de revendiquer son innocence.
En janvier dernier, il raconte son histoire dans une lettre :
Où est la justice pour moi ? (...) Tout ce que je demande, c’est un seul jour de vérité dans un tribunal juste. Si je suis irrémédiablement coupable, pourquoi les tribunaux me refusent-ils cela ? La vérité est qu’ils n'ont pas de véritable dossier ; la vérité, c’est que je suis innocent.
C’est que depuis 1991, sept des dix témoins à charge se sont rétractés, et évoquent des pressions policières. L'un d'entre eux déclare ainsi, sous serment, en 2002 :
J'ai témoigné contre Troy au procès. Ce n'est pas vrai. Je n'ai jamais vu Troy faire quoi que ce soit à cette personne. J'ai dit ça au procès, parce que j'avais toujours peur que la police me jette en prison comme complice, si je disais la vérité sur ce qui s'était passé… »
Or le dossier ne repose que sur ces témoignages : aucune preuve matérielle ne vient les appuyer. Plus encore, parmi les trois témoins qui ne sont pas revenus sur leur déposition figure le principal suspect alternatif. Quant aux deux autres, ils ont multiplié les déclarations contradictoires et incohérentes.
Jamais l’enquête policière n'a été rouverte. Elle fut entièrement focalisée sur l’accusation du jeune Afro-Américain. Qui plus est, tous les recours juridiques de Troy ont été rejetés, pour des raisons de vice de procédure, le délai de présentation des rétractations étant jugé trop long.
Débouté par la Cour d’Etat de Géorgie en 1997, Troy Davis voit également ses chances de succès au niveau fédéral amputées : la loi sur le terrorisme et la peine de mort , votée l’année précédente, amenuise sensiblement la possibilité pour les tribunaux fédéraux de réviser des décisions prises par les tribunaux d’Etat. En plus de douze ans de procédures d’appel, jamais le dossier Davis n’a été réexaminé : le condamné, aujourd’hui âgé de 38 ans, vient d’épuiser tous les recours possibles. Le 25 juin dernier, la Cour suprême a en effet refusé de donner suite à une ultime demande de révision.
A l’heure où l’opinion américaine est ébranlée par la condamnation à mort et l’exécution d’innocents , la mobilisation rencontre un écho favorable, explique Anne-Marie Duranton. Comme action de la dernière chance, le comité de soutien a mis en ligne une pétition adressée au Bureau des grâces et des libérations conditionnelles de l’Etat de Géorgie, relayée par lle site français d’Amnesty.
Il a été démontré à maintes reprises que le système de justice pénale aux Etats-Unis n’est pas exempt d’erreurs. Nous savons aujourd’hui que 124 personnes ont été libérées des couloirs de la mort aux Etats-Unis après avoir été injustement condamnées, souvent suite à de faux témoignages. Il est indispensable d’accepter ce fait inébranlable qui est que la peine capitale est un système de justice faillible, car il est mis en œuvre par des êtres humains eux-mêmes faillibles.
L’instance représente désormais le seul espoir de Troy Davis. Le 16 juillet, elle décidera de commuer, ou non, son exécution en prison à perpétuité.
► 17/07/07 Un sursis pour Troy Davis. A moins de 24 heures de son exécution, Troy Davis s'est vu accorder un délai de 90 jours par le bureau des grâces de l’Etat de Géorgie. Pendant la séance, le représentant démocrate de l’Etat, John Lewis, des représentants d’Amnesty Internationale et cinq des témoins à charge du procès de 1991 ont plaidé en sa faveur. D’ici le 14 octobre, le bureau des grâces rendra sa décision finale sur la demande de clémence de Troy Davis. Pour l’instant, ses avocats se disent soulagés et ont annoncé qu’ils feront appel devant la Cour Suprême des Etats-Unis.
A lire :
Où est la justice pour moi ?
Tribune de Troy Davis publiée sur le site d'Amnesty International.













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signez la pétition, signez, signez … Une fois de plus l’horreur dans un pays « démocratique ». Utilisons et abusons du seul pouvoir qui reste face à l’horreur, là-bas (mais ici aussi, sur d’autres questions c’est vrai) SIGNEZ ET FAITES SIGNER !
Et mardi, qu’avez vous prévu pour ce jour de vacances ? plage, cinéma,……. ou pleurer ! pleurer avec sa famille, à qui il ne restera plus que ce pouvoir là !
Marie-Anne
Pas d’accord, il faut faire du bourrage de crâne dans ces affaires. Contactez le président de la Polynésie, Bush ou n’importe qui pour qu’il relaie l’information sera toujours utile.
Pardon, mais comment peut-il avoir 28 ans s’il en avait 21 en 1989 ?
erreur corrigée, merci
Je n’arrive pas à envoyer ma signature. Un message d’erreur me parvient. Marieanne si tu as un conseil peux-tu me le dire s’il te plaît ?
Je suis personnellement passé par le site américain,signalé dans l’article:(National coalition to abolish the death penalty ».
une autre excécution , celle de Darrel Grayson est aussi programmée pour les jours prochains ….pétition à signer également.
Amitiés riveraines
Bonjour,
Il faut sinscrire en premier lieu et ensuite envoyer sa signature.
Merci pour vos conseils. Finalement, je suis passé par le site conseillé par Charles Mouloud car le site d’Amnesty ne m’envoyant pas de confirmation, je ne sais si ma signature a bien été prise en compte.
Aux sceptiques pour qui la peine de mort reste une solution, je conseillerais le film d’Alan Parker « La vie de David Gale » qui est assez « marrant » dans sa façon de pointer du doigt les failles du système léthal américain.
Non, je ne peux être d’accord avec la peine de mort, même dans les cas que tu cites, car l’accepter c’est nécessairement prendre le risque de tuer des innocents. La justice est humaine, donc faillible, et la peine de mort ne permet pas de retour en arrière, comme ça risque d’être le cas ici.
Le seul argument qui me ferait presque pencher pour la peine capitale est l’incapacité des autorités judiciaires à reconnaître que certains criminels sont irrécupérables, ce qui fait que la perpétuité n’existe plus (en Europe), alors que les exemples de récidives multiples ne manquent pourtant pas.
J’ai connu un homme qui entretenait des relations sexuelles avec une fille de quatorze ans alors qu’il en avait lui 19. A l’époque, elle lui avait menti sur son âge (c’est ce qu’il m’a raconté) et lui avait affirmé qu’elle était âgée de seize ans.
Si l’on suit ton raisonnement, qu’elle aie porté plainte à l’époque et le type aurait encouru la peine de mort. C’est franchement idiot. Si l’on rentre dans ta logique, quelles limite devra-t-on poser pour définir les pédophiles, les psychopathes (comme tu dis) et consorts ?
PS : aujourd’hui, les deux amants sont mariés et ont une fille.
J’en doute… aujourd’hui, aucun candidat ne se risquera à perdre les 60% et quelques d’américains qui sont pour la peine de mort
Si l’avancement d’une civilisation s’évalue en regardant la manière dont sa justice est menée et sa police agit, les États Unis ne peut pas prétendre au rôle qu’ils aiment se donner celui de la plus grande nation en s’appuyant sur les notions de progrès, démocratie et de liberté.
Sa justice a suffit á tous les ébranler rien que dans les quelques dernières années.En plus des erreurs judiciaires, des procès bâclés, des condamnations á mort inhumaines dans leurs exécutions meme, il faut mentionner les dernières innovations ,tel que le Patriotic Act ou Guantanamo, dans la brutalité émanant d’une société voulant la Sécurité á tout prix quant á perdre son áme.
Cela révele la paranoia et les archaimes de cette société en ce qui concerne le racisme en particulier.
Il ne faut pas que les américains s’ étonnent de la violence dans la société qui est_ avant l’influence des jeux vidéos, de la pauvreté ou encore des génes _la conséquence logique d’une violence étatique (et ne parlons meme pas de la politique étrangere!).
Seville
Dieu est mort le jour ou les hommes l’on inventé.
Que dire ? Sinon qu’il faut interdire la peine de mort partout dans le monde.
Comment critiquer la Lybie quand on accepte les exécutions capitales aux USA ?
Où peut-on signer une pétition ?
existe-t-il une pétition française facile d’accès et largement diffusable ?
une petite injustice de temps en temps ne peut faire de tort… à ceux qui détiennent le pouvoir. L’autorité reçoit alors l’aura de la fatalité.
Accepte et tais-toi ! En un mot : amen !
Comment les Etats-Unis peuvent se dire démocratique quand les libertés individuelles sont bafouées : patriot act. Et surtout comment peut-on enlever à quelqu’un ce que l’on ne désire pas perdreb ?
La mort d’un être humain est toujours un drame.