La justice chilienne refuse d'extrader Fujimori au Pérou
(De Santiago) L’ancien Président péruvien peut sourire, la “ saga Fujimori” continue. La Cour suprême du Chili, par le biais de son président, Orlando Alvarez, a rendu jeudi matin un avis défavorable à l’extradition vers le Pérou de “ el Chino” , poursuivi pour divers crimes. Cette décision peut surprendre, puisque la juge chargée de statuer sur une éventuelle extradition de l’ancien mandataire avait rendu un avis favorable début juin. Monica Maldonado avait alors estimé que les preuves étaient suffisantes et qu’Alberto Fujimori pouvait être envoyé au Pérou afin d’y être jugé.
Le président de la Cour suprême a ainsi pris le contre-pied total de sa collègue. Pour lui, “ il n’y a que des témoignages accusant Fujimori et pas de preuves matérielles” dans les douze affaires l’impliquant (dix de corruption et deux de violation des droits de l’Homme). “ Il faut respecter la présomption d’innocence, et, dans ces cas précis, la culpabilité de Fujimori n’est pas prouvée.” Cette décision met bien en lumière les difficultés rencontrées quand il s’agit de juger les anciens dictateurs, ces derniers utilisant tous les moyens pour entraver le travail des juges.
Va-t-on en rester là ? Visiblement pas, puisque le Pérou a d’ores et déjà annoncé sa volonté de faire appel de la décision. Du côté du gouvernement chilien, même si la déception est palpable, la Présidente, Michelle Bachelet, a décidé de jouer l’apaisement : “ Nous ne sommes pas intervenus dans la décision judiciaire, nous avons appris la nouvelle par les médias. Il ne nous correspond pas de statuer sur les décisions de la justice, qui est indépendante.” Cette décision ne devrait d’ailleurs pas “ avoir d’incidence sur les relations diplomatiques avec le Pérou” , a expliqué le ministre des Affaires étrangères, Alejandro Foxley.
“ C’est un jour noir pour la justice chilienne ! ‘ , a déclaré un groupe de parlementaires socialistes. Une position partagée par le sénateur PS Jaime Naranjo, président de la commission des droits de l’Homme du Sénat : C’est une honte. Je demande pardon au peuple péruvien, et spécialement aux victimes de Fujimori, pour cette décision aberrante.’ Un autre député socialiste va encore plus loin, refusant de voir son pays se transformer en havre pour anciens dictateurs : ‘ Le Chili ne peut pas être un paradis et un refuge pour ceux qui violent les droits de l’Homme ! Le jugement en appel devrait intervenir avant les prochaines élections sénatoriales japonaises de fin juillet, auxquelles Fujimori est candidat. Une victoire lors du scrutin lui permettrait de bénéficier de l’immunité des sénateurs nippons, et mettrait fin au processus judiciaire à son encontre.
- 3020 visites
- 18 réactions
















15








Cela fait très longtemps que Fujimori est en résidence surveillée à Santiago. Il a été arrêté lors d’une escale là-bas fin 2005. Je crois qu’il comptait rentrer au Pérou par voie terrestre. Il s’est présenté aux élections de 2006 mais sa candidature (adressée depuis sa résidence surveillée à Santiago) fut rejetée par les tribunaux péruviens puisqu’il était mis en accusation pour corruption, détournement de fonds publics, meurtres multiples, vente d’armes aux FARC colombiens et crimes contre l’humanité (stérilisation forcée de centaines de milliers de péruviennes). Lors de ces élections péruviennes, Alan Garcia, un social-démocrate que Fujimori avait battu aux élections de 1990, est revenu au pouvoir après seize ans de vie à l’étranger, notamment à Paris.
Ce n’est pas la première fois que le Japon sauve son enfant de la prison. Déjà lorsqu’ il a fui le pays dès que son implication dans le scandale de corruption a été découverte (fin 2000), il s’est réfugié au Japon d’où il n’est sorti que pour se rendre au Chili. Ce que j’aimerais savoir, moi, c’est comment l’ambassade japonaise au Pérou a justifié les agissements du pouvoir nippon auprès des gouvernements qui se sont succédés ces sept dernières années à Lima. D’autant plus que le détournement de fonds concerne une aide économique japonaise au Pérou !




Partager