Chili papers 13/07/2007 à 19h20

La justice chilienne refuse d'extrader Fujimori au Pérou

Thomas Huchon | Journaliste


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(De Santiago) L’ancien Président péruvien peut sourire, la “ saga Fujimori” continue. La Cour suprême du Chili, par le biais de son président, Orlando Alvarez, a rendu jeudi matin un avis défavorable à l’extradition vers le Pérou de “ el Chino” , poursuivi pour divers crimes. Cette décision peut surprendre, puisque la juge chargée de statuer sur une éventuelle extradition de l’ancien mandataire avait rendu un avis favorable début juin. Monica Maldonado avait alors estimé que les preuves étaient suffisantes et qu’Alberto Fujimori pouvait être envoyé au Pérou afin d’y être jugé.

Le président de la Cour suprême a ainsi pris le contre-pied total de sa collègue. Pour lui, “ il n’y a que des témoignages accusant Fujimori et pas de preuves matérielles” dans les douze affaires l’impliquant (dix de corruption et deux de violation des droits de l’Homme). “ Il faut respecter la présomption d’innocence, et, dans ces cas précis, la culpabilité de Fujimori n’est pas prouvée.” Cette décision met bien en lumière les difficultés rencontrées quand il s’agit de juger les anciens dictateurs, ces derniers utilisant tous les moyens pour entraver le travail des juges.

Va-t-on en rester là ? Visiblement pas, puisque le Pérou a d’ores et déjà annoncé sa volonté de faire appel de la décision. Du côté du gouvernement chilien, même si la déception est palpable, la Présidente, Michelle Bachelet, a décidé de jouer l’apaisement : “ Nous ne sommes pas intervenus dans la décision judiciaire, nous avons appris la nouvelle par les médias. Il ne nous correspond pas de statuer sur les décisions de la justice, qui est indépendante.” Cette décision ne devrait d’ailleurs pas “ avoir d’incidence sur les relations diplomatiques avec le Pérou” , a expliqué le ministre des Affaires étrangères, Alejandro Foxley.

“ C’est un jour noir pour la justice chilienne ! ‘ , a déclaré un groupe de parlementaires socialistes. Une position partagée par le sénateur PS Jaime Naranjo, président de la commission des droits de l’Homme du Sénat : C’est une honte. Je demande pardon au peuple péruvien, et spécialement aux victimes de Fujimori, pour cette décision aberrante.’ Un autre député socialiste va encore plus loin, refusant de voir son pays se transformer en havre pour anciens dictateurs : ‘ Le Chili ne peut pas être un paradis et un refuge pour ceux qui violent les droits de l’Homme ! Le jugement en appel devrait intervenir avant les prochaines élections sénatoriales japonaises de fin juillet, auxquelles Fujimori est candidat. Une victoire lors du scrutin lui permettrait de bénéficier de l’immunité des sénateurs nippons, et mettrait fin au processus judiciaire à son encontre.

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  • Tempus_Fugit
    • Posté à 22h20 le 13/07/2007
    • Internaute 10619

    Cela fait très longtemps que Fujimori est en résidence surveillée à Santiago. Il a été arrêté lors d’une escale là-bas fin 2005. Je crois qu’il comptait rentrer au Pérou par voie terrestre. Il s’est présenté aux élections de 2006 mais sa candidature (adressée depuis sa résidence surveillée à Santiago) fut rejetée par les tribunaux péruviens puisqu’il était mis en accusation pour corruption, détournement de fonds publics, meurtres multiples, vente d’armes aux FARC colombiens et crimes contre l’humanité (stérilisation forcée de centaines de milliers de péruviennes). Lors de ces élections péruviennes, Alan Garcia, un social-démocrate que Fujimori avait battu aux élections de 1990, est revenu au pouvoir après seize ans de vie à l’étranger, notamment à Paris.
    Ce n’est pas la première fois que le Japon sauve son enfant de la prison. Déjà lorsqu’ il a fui le pays dès que son implication dans le scandale de corruption a été découverte (fin 2000), il s’est réfugié au Japon d’où il n’est sorti que pour se rendre au Chili. Ce que j’aimerais savoir, moi, c’est comment l’ambassade japonaise au Pérou a justifié les agissements du pouvoir nippon auprès des gouvernements qui se sont succédés ces sept dernières années à Lima. D’autant plus que le détournement de fonds concerne une aide économique japonaise au Pérou !

  • Thomas Huchon
    Thomas Huchon
    Auteur(e) de l'article Journaliste
    • Posté à 22h22 le 13/07/2007
    • Journaliste 5927
      Journaliste

    Merci tout d’abord de vos compliments, et de vos critiques. C’est l’avantage de ce média qu’est Internet, et qui nous permet ( à nous journalistes, et à vous lecteurs) de produire un travail plus poussé, et plus riche.
    Pour ce qui est du Japon, je ne crois pas que Rue89 dispose au pays du soleil levant d’un correspondant.
    Le gouvernement japonais sait très bien quelle est la situation de Fujimori (il est entré au Chili avec un passeport japonais), et assure ne pas avoir fait de pression sur le gouvernement chilien. Il semble que le passé trouble de « el Chino » ne pose pas de problèmes aux autorités japonaises, puisque c’est au Japon qu’il s’est réfugié a la fin de son mandat de Président péruvien en 2000. Comme nous l’a expliqué un internaute dans une réaction à l’article « Le Péruvien Fujimori candidat au Japon pour éviter la prison », Fujimori est une des rares personnes à bénéficier de la double nationalité sino-péruvienne. Il avait alors bénéficié de fait à l’époque d’un traitement de faveur, comme aujourd’hui apparement...

    • Anonyme répond à Thomas Huchon

      Juste une petite correction : Fujimori ne s’est pas réfugié au Japon à la fin de son mandat : il venait d’être réélu pour la 2ème fois aux élections de 2000 (en battant Toledo, élu l’année suivante) lorsque le scandale de la corruption de journalistes et d’hommes politiques a éclaté. Craignant d’être destitué, il a fui le pays vers le Japon. Sa destitution s’est faite en son absence par un gouvernement de transition qui a appelé à de nouvelles élections l’année suivante.

      Tempus fugit

    • Anonyme répond à Thomas Huchon

      Tout d’abord merci de m’avoir répondu et pour vos précisions ainsi que celles de tempus fugit.

      « Il semble que le passé trouble de “el Chino” ne pose pas de problèmes aux autorités japonaises, puisque c’est au Japon qu’il s’est réfugié a la fin de son mandat de Président péruvien en 2000. »

      C’est là, de mon point de vue, la principale interrogation. Fujimori est il traité comme un citoyen ordinaire par les japonais (ce n’est sans doute pas le seul pays qui refuse d’extrader ses ressortissants) ou a-t-il des « parrains » ? Dans ce cas qui sont-ils et pourquoi le protégent-ils ?

      D’une manière plus générale, comment est il perçu au Japon, que ce soit par les politiques, médias ou les citoyens lambda ? (peut être est il tout simplement un anonyme ?).

    • jc_helary
      • Posté à 08h43 le 14/07/2007
      • Internaute 164

      D’après Wikipedia (Japon) il semblerait que Fujimori ait demandé au Minshuto (le principal parti d’opposition) d’être candidat sur les listes proportionnelles mais cela lui aurait été refusé. Il a ensuite demandé au Kokumin Shinto, un parti d’opposition minoritaire né de la précédente dissolution de la diète par Koizumi lors du passage de la loi sur la réforme de la Poste japonaise. Ce parti est essentiellement constitué de caciques du Jiminto (le parti majoritaire).

      Lienアルベルト・フジモリ

      D’après le Yomiuri, c’est l’épouse de l’ancien président Indonésien Sukarno (Dewi Sukarno) qui le représente pendant la campagne qui a commencé. Il y est présenté comme un émigré qui a grandi dans des conditions extrêmement pénibles et qui à force d’efforts est devenu président. « Quel meilleur candidat pourrions nous avoir » ? Le droit japonais n’ayant pas prévu ce genre de cas il ne semble pas y avoir de problèmes légaux à sa candidature. Fujimori est aussi attendu pour son expérience dans le domaine des mesures anti-terroristes et ses compétences de négociateur dans la sphère asiatique.

      Lien

      Kamei, l’actuel dirigeant du Kokumin Shinto, aurait demandé à Aso, le ministre des affaires étrangères de faire en sorte que le Chili accepte la libération de Fujimori pour un retour au Japon mais Aso semble avoir refusé en indiquant que ce genre de demandes mettait en cause le principe de souveraineté des états, tout en indiquant que le Chili avait engagé une procédure pour étudier la situation de Fujimori au regard de la demande d’extradition du Pérou.

      Lien

      Commentaire personel : il semble que l’opinion publique japonaise ne soit pas prête à accepter une nouvelle bourde du gouvernement Abe alors que celui est en position relativement défavorables pour les élections sénatoriales qui auront lieu dans 2 semaines. Il est donc extrêmement peu probable que le Japon fasse de demande ouverte aux États concernés et en tout cas probablement pas avant la fin des élections. D’autant que si il est élu, Fujimori bénéficiera de l’immunité parlementaire et devra donc être libéré.

  • Anonyme

    Voilà qui ne vas pas faire plaisir aux vrais péruviens...

    P.O. Peru real
    Lien

  • Anonyme

    La protection des anciens dictateurs semble décidément un sport national au Chili...
    Plus sérieusement, j’aimerais comprendre l’intérêt que peut avoir le Chili, tout au moins sa Cour suprême, à protéger Alberto Fujimori. Quelqu’un peut-il m’expliquer ?

    Thomas GREDAT

    • Thomas Huchon
      Thomas Huchon
      Auteur(e) de l'article Journaliste
      • Posté à 22h33 le 13/07/2007
      • Journaliste 5927
        Journaliste

      Pour répondre à votre question, je ne crois pas que le Chili aie un intérêt à « protéger » Alberto Fujimori. Il faut pour mieux comprendre cette affaire remonter à ses sources (voir l’article « Le Péruvien Fujimori candidat au Japon pour éviter la prison »). La justice chilienne est en effet devant un problème assez cornélien : comment déclarer extradable Fujimori sans preuves matérielles, qui visiblement manquent au dossier ? Sur les seuls témoignages des victimes ? Ce serait possible, et c’est d’ailleurs l’avis de la juge chargée en première instance de se prononcer sur la question. Mais elle a été remise en cause par la Cour sûprème, qui a estimé que faute de preuves, il ne pouvait pas y avoir d’extradition.

      Pour information, le juge de la Cour sûprème n’est pas un « ami » des dictateurs, il s’était prononcé en faveur de la suppression de l’immunité de Pinochet en 2002. Il a, sur le cas Fujimori, analysé les choses de manière purement juridique, avec le résultat que l’on connait. La question est à présent la suivante : doit-on donner aux anciens dictateurs les moyens de se défendre en démocratie, moyens qu’ils refusaient hier à eurs victimes ? Je vous laisse répondre, même si j’ai mon opinion sur la question.

      • Anonyme répond à Thomas Huchon

        Merci beaucoup pour vos éclaircissements, qui m’ont été très utiles.
        Une démocratie doit-elle accorder à un dictateur les moyens de défense qu’il a lui-même refusés à ses victimes ? Question délicate, n’est-ce pas ? A laquelle je ne sais pas comment moi-même je répondrais si j’avais été victime d’un dictateur.
        Ce dont je suis sûr, c’est que si tel était le cas, je réclamerais justice. Notez bien : je n’ai pas dit « vengeance », j’ai dit « justice ». J’aurais certainement des désirs de vengeance, parce que c’est humain. Mais je suis convaincu que la vengeance ne résout rien. La vengeance, c’est la loi du karcher. La justice, qui n’exclut pas la fermeté, permet l’apaisement, quand elle est bien faite. Ce qui est un autre débat. Ce n’est que mon opinion.
        Comme je sais que le problème est complexe, je répondrai à votre question par une autre question : une démocratie qui refuse à un dictateur les moyens de se défendre, au motif qu’il les a lui-même refusés à d’autres personnes, est-elle encore une démocratie ?

        Thomas GREDAT

         
        • Thomas Huchon
          Thomas Huchon
          Auteur(e) de l'article Journaliste
          • Posté à 01h08 le 14/07/2007
          • Journaliste 5927
            Journaliste

          Bonne question que vous posez là. La réponse est d’ailleurs comprise dedans, dirai-je. Mais alors, il n’y a pas de solution...
          Le problème des pays qui vivent le difficile procesus de réconciliation et de récupération de l’Etat de droit après des dictatures, c’est que les dictateurs ne sont pas vaincus, et qu’il faut bien faire avec eux. Et avec leurs réseaux de pouvoirs, et d’argent. C’est souvent un point apporté par mes interlocuteurs chiliens quand je leur parlai de Pinochet. Ils me disaient : « Vous en France, après la guerre, les nazis étaient vaincus, et les résistants, vainqueurs. Ici, si on a retrouvé la démocratie, c’est parce que Pinochet a laissé le pouvoir, mais il était encore chef de l’armée ! ».
          On peut reprocher aujourd’hui le manque de fermeté de la justice chilienne face aux bourreaux d’hier, mais combien de temps en France pour juger Papon (encore un agrument né d’une discution sur le sujet...) ?
          D’où l’idée suivante : la solution ne serait pas de créer à la fin de ces régimes des tribunaux d’exception, type Nuremberg ou TPI-Y ?
          Je vous laisse en juger... Et en débattre...

          • Anonyme répond à Thomas Huchon

            Il me semble qu’au TPI l’accusé a droit à un avocat. Et que ce fut le cas à Nuremberg.
            Ceci dit, vous pourrez répondre à vos interlocuteurs chiliens que nous n’avons pas de leçons à leur donner. En 1945, l’hydre nazie était à terre, mais la France aussi. Il fallait la relever, y compris sur le plan administratif. Or, beaucoup de fonctionnaires étaient plus ou moins mouillés durant l’Occupation. Les remplacer tous était impossible. Et De Gaulle n’était pas fou : il savait qu’il avait besoin de fonctionnaires pour reconstruire le cher et vieux pays. Il eu donc recours à ceux qui étaient déjà en place. Ceux-ci se mirent au travail avec ardeur, trop heureux que l’on passe l’éponge sur leurs petites incartades. Papon, puisque que vous parlez de lui, eut le culot de croire qu’il ne lui suffisait pas de s’en être tiré à si bon compte. Du reste, le Général ignorait-il le passé de celui qui fut Préfet de Police de Paris sous sa Présidence, et, à ce titre, organisa le massacre de Charonne, pour lequel il ne sera jamais jugé ?
            La personnalité et la clairvoyance de De Gaulle ont facilité un processus de réconciliation de toute façon douloureux, et qui fut bien plus encore pénible en Allemagne.
            Ceci dit, je pense que vous avez compris la réponse qui était dans ma question. Mais pourquoi dites-vous qu’il n’y a pas de solution ? N’est-ce pas justement le signe de la supériorité de la démocratie sur les autres types de régimes possibles que de privilégier la justice à la vengeance ?
            Ce qui est inacceptable, c’est la liberté dont jouit actuellement Fujimori. En jouit-il vraiment, d’ailleurs, lui qui, tant qu’il ne sera pas arrêté, passera le restant de sa vie à fuir ? Mais si on lui refuse un avocat, cela veut dire qu’il aurait fallu en refuser un à à Landru, au docteur Petiot ou à Emile Louis. Et rétablir la peine de mort pour ce dernier ; pourquoi pas remplacer la guillotine par le karcher ?
            Peut-être est-ce la pensée profonde de certains ? Mais alors, ce ne sont pas des démocrates. Quant à savoir s’ils ont raison ou tort, c’est un autre problème.

            Thomas GRECAT

        2 autres commentaires
  • Anonyme

    Vous utilisez 2 fois le mot « dictateur » pour qualifier Fujimori. Vous vous permettez meme de faire un parallele avec Pinochet. Et, je vois que tous les commentaires reprennent ce mot ! !

    Fujimori a ete elu 2fois president par le peuple peruvien. Il a redresse le perou de la crise economique qu’elle a connue sous l’ere Garcia ( oui..le nouveau president). Rappelons aussi qu’il a tres fortement affaibli (voir eradique) les mouvements sandinistes (sentier lumineux etc) qui ont ravage la societe peruvienne pendant de nombreuses annees.
    Pour avoir ete a plusieurs reprises au Perou, je sais que beaucoup de peruviens lui sont reconnaissant... et d’ailleurs la croissance du pays s’est ralentie depuis son depart.

    Ceci etant dit, je suis tout a fait d’accord pour qu’il reponde des crimes qu’on lui reproche devant la justice peruvienne. Tout comme j’aimerais que nos presidents francais soient responsables devant la justice (Chirac n’est pas tout blanc... Mitterand ne l’etait pas non plus). Ou plus generalement tous les presidents : Bush, Poutine etc.

  • Anonyme

    Vous utilisez 2 fois le mot « dictateur » pour qualifier Fujimori. Vous vous permettez meme de faire un parallele avec Pinochet. Et, je vois que tous les commentaires reprennent ce mot ! !

    Fujimori a ete elu 2fois president par le peuple peruvien. Il a redresse le perou de la crise economique qu’elle a connue sous l’ere Garcia ( oui..le nouveau president). Rappelons aussi qu’il a tres fortement affaibli (voir eradique) les mouvements sandinistes (sentier lumineux etc) qui ont ravage la societe peruvienne pendant de nombreuses annees.
    Pour avoir ete a plusieurs reprises au Perou, je sais que beaucoup de peruviens lui sont reconnaissant... et d’ailleurs la croissance du pays s’est ralentie depuis son depart.

    Ceci etant dit, je suis tout a fait d’accord pour qu’il reponde des crimes qu’on lui reproche devant la justice peruvienne. Tout comme j’aimerais que nos presidents francais soient responsables devant la justice (Chirac n’est pas tout blanc... Mitterand ne l’etait pas non plus). Ou plus generalement tous les presidents : Bush, Poutine etc.

    • Anonyme

      Eh bien, si l’élection au suffrage universel suffisait pour ne pas qualifier un président élu de « dictateur » cela se saurait depuis longtemps...
      Quelques dictateurs notoires dans l’histoire ont bel et bien été élus par le peuple, certains même ont été élus après avoir maintenu leur pays dans l’oppression totale (Banzer en Bolivie p ex, ou encore le nombre très elevé des partisans de Pinochet au Chili...) Dire que Fujimori n’était pas dictateur c’est jouer avec les mots ou faire preuve de formalisme typologique... Par ailleurs, plus que le qualificatif de « dictateur », c’est le contenu de sa politique et les moyens mis en place qui importent (et non le fait d’avoir été élu ou pas, de conserver ou non un parlement...) Prétendre que bcp de péruviens lui en sont reconnaissants c’est aller un peu vite en besogne et faire preuve d’une connaissance superficielle de la réalité sociale du pays... Pour y travailler depuis 1998, je cherche encore à voir les améliorations économiques que vous mentionnez, depuis 1995 (où j’y suis allé pour la première fois) à ce jour, la situation est la même pour 80% de la population...
      Quant à la croissance, elle ne signifie strictement rien : la Bolivie en 1996 avait une croissance de 17% ( ! ! !) et le Chili « seulement » de 2%, est-ce significatif de la réalité des deux pays ? ? ?
      Quant à dire que le Sentiet Lumineux était sandiniste, là franchement vous mélangez absolument tout : le SL était un mouvement maoiste qui n’a aucune parenté idéologique avec les Sandinistes du Nicaragua (sauf à considérer le plus petit dénominateur commun -la référence à une société socialiste- comme parenté idéologique ! ! !)Le SL ne bénéficiait presque d’aucun soutien en dehors du pays alors que les Sandinistes étaient soutenus par un très grand nombre de mouvements démocratiques à travers le monde et bénéficiaient d’un soutien très très large de la population
      Bref, pour ne revenir à l’article de rue89, dans l’ensemble les poursuites judiciaires contre les dictateurs (avec ou sans « ) sont très selectives et obéissent à des critères avant tout politiques, la conception de la justice n’étant qu’une expression formelle de l’idéologie dominante : appliquer la loi n’est pas rendre justice, des preuves vous en avez tous les jours et les péripéties de l’affaire Fujimori en sont un exemple
      Cordialement
      V.K.
      Un. San Marcos/Lima

      • Anonyme

        Etant actuellement au Pérou, je peux témoigner que de nombreux péruviens, en particulier les plus modestes d’entre eux, me parlent du président Fujimori avec beaucoup de nostalgie. Je ne suis pas du tout un spécialiste de sa politique mais il me semble qu’il a beaucoup fait pour les plus pauvres de son pays, en plus d’avoir combattu le Sentier Lumineux. N’était-ce que de la poudre aux yeux pour récolter les voix de l’électorat populaire ? Peut-être, mais au moins les aides parvenaient aux populations reculées des Andes qui semblent être la dernière précoccupation de l’actuel président Garcia qui fait actuellement face à un fort mécontentement populaire et à de nombreuses grèves, parfois assez violentes (on a parlé d’un ou deux morts hier dans la région d’Arequipa...).

        De leur côté, les japonais affectionnent particulièrement Fujimori pour son rôle joué lors de la prise d’otages à l’ambassade du Japon, sauvant ainsi des centaines de compatriotes...

        Bref, ma vision a son égard a beaucoup changé depuis que je vadrouille au Pérou et s’est éloignée du portrait tout noir que dressent les médias français. Cela dit, s’il était tout blanc, il ne devrait pas hésiter à comparaître devant la justice de son pays...

  • Anonyme

    article enrichissant, commentaires érudits...tout dans cette suite est passionant.

  • Anonyme

    Par Jonathan Ch.

    Après dix ans de ce que beaucoup ont pensé être une
    guerre anti-terroriste menée par la C.I.A financée
    contre le Sentier Lumineux et plus tard contre les
    Tupac Amaru, Alberto Fujimori a re-découvert, au début
    des années 90, ses racines japonaises, il était sur le
    point d’être poursuivi en justice pour crimes et
    corruptions vers la fin des années 90. Le Japon a
    financé ses campagnes. Diverses raisons : ses racines
    d’enfant émigré quand le Japon était pauvre et ses
    immigrés allaient en Amérique latine, Brésil, Chili,
    Pérou ; souhait de Tokyo d’exercer un « rôle »
    international, complaisance vis a vis des Etats Unis
    engagés dans leur guerre contre les mouvements de
    libération.

    Il n’est pas surprenant qu’il soit aujourd’hui
    candidat aux Sénatoriales japonaises du 29 Juillet au
    Kokumin Shinto (mini-Parti du Nouveau Peuple),
    celui-ci est dirigé par Kamei Shizuka qui fut, pendant
    plusieurs années, l’un des chefs du PLD le parti
    libéral démocrate aux affaires depuis 60 ans (droite
    et populiste), puis viré par Junichiro Koizumi, pour
    officiellement avoir lutté contre ses réformes
    économiques, en fait parce qu’il torpillait la
    campagne de réchauffement politique avec l’Asie du
    Nord - Est menée par le populaire et rock fan ex
    premier ministre.

    En outre il est établi que Kamei en tant qu’ancien
    responsable politique, et policier de son état, a
    surveillé pour les américains, les aller et retours
    des espions russes et chinois qui « visitaient » le
    Japon. D’autres observateurs japonais affirment que
    les services américains ont incité Kamei à remercier
    Fujimori pour sa répression de la sanglante guérilla
    sud américaine et donc, en cas de victoire électorale,
    lui éviter l’assignation à résidence, voire pire, au
    Chili. Son aide d’alors, le sinistre chef des
    services de renseignement Montesinos, fait en outre,
    l’objet de multiples enquêtes.

    En ce qui concerne Dewi Sukarno qui chaperonne
    Fujimori au Japon, citée sur cette page, c’est une
    ancienne hôtesse d’un club de Tokyo, dans le quartier
    de Akasaka Mitsuke. Elle fut présentée durant les
    années 60 à celui qui allait devenir le président
    Indonésien des années de guerre civile, par le célèbre
    « kuromaku » Kodama Yoshio, un criminel de guerre
    pardonné par les Américains pour lutter contre les
    communistes japonais, Kodama très lié à l’affaire
    Lockheed, et aux services secrets américains.

    Dewi Sukarno vit toujours au Japon et mène une vie
    dite de « Talento ». Elle apparaît plus ou moins vêtue,
    avec plus ou moins de gouaille suivant les apéritifs,
    dans des shows de la télévision japonaise, et ne se
    cache pas de ses liens avec des personnages influents,
    politiciens, parrains du milieu nippon, très présents
    dans l’univers « flottant » de la nuit avec ses trafics
    et ses starlettes de la télévision japonaise...
    Glauque mais fantasque, à l’image du Japon !

  • Anonyme

    Je pense qu’il est bon de souligner que les relations entre le Pérou et le Chilie sont assez tendu. Il existe un certain racisme entre ces 2 nations. Datant d’une part d’une guerre ancienne entre les 2 pays, et d’autres pars de la situation économique meilleur au Chilie qu’au Pérou, et de l’omnie présence du Chilie dans l’économie péruvienne.
    D’aprés ce que j’ai compris les relations diplomatiques sont aussi réguliérement envenimé, comme en ce moment à propos d’une histoire de frontiére maritime que conteste le Chilie.

    Je pense que le climat global entre ces 2 nations est aussi un élèment à prendre en compte.

    Tout comme dit précedement Fujimori est apprécié par une large partie de la population péruvienne, surtout parmis les plus pauvres. Pour beaucoup d’entre eux, lui au moins à « fait des choses » même s’il s’en est aussi mis pleins les poches. Le Pérou est depuis quelques semaines secoué par des gréves coupant la plupart des voies de communication terrestre, signe du mécontentement du gouvernement actuel. Je pense que c’est aussi ca qui créé une vague de nostalgie envers Fujimori.

    Un expatrié au Pérou