carnets d'irak

Dans « Bagdad ville morte », l'art tente de survivre

Suite de notre série d’articles sur la vie quotidienne dans Bagdad en guerre. Aujourd’hui, la journaliste Anne Nivat nous fait découvrir la jeune scène artistique irakienne.



Avec son foulard coloré sur la tête, Azza, 25 ans, a fière allure. Ce matin, elle est venue à pied de chez elle, sur la rive occidentale du Tigre, non loin de la Zone verte, siège des forces armées américaines, jusqu’au siège de l’Union des artistes d’arts plastiques, à Mansour, ancien quartier résidentiel huppé devenu très dangereux depuis quelques mois.

C’est qu’aujourd’hui on inaugure une exposition de jeunes artistes irakiens dont elle fait partie. Et elle ne voulait rater le vernissage pour rien au monde. "Je n’en peux plus de cette guerre. Je sais qu’en Occident, les gens disent que si les Américains partent, ce sera pire. Mais ils ne comprennent pas que ‘pire’ que ce que nous vivons aujourd’hui est impossible", n’hésite pas à déclarer la jeune artiste.

Alors, pour "se défouler", pour "continuer à exister", pour "faire passer des messages", elle peint. "Uniquement des tableaux qui font réfléchir." Ses modèles : "Picasso et Guernica, bien sûr." Celui qu’elle expose et pour lequel elle a reçu un Prix est terrifiant : un cœur humain troué par du fil barbelé, une main qui se cramponne à un mur. "Ce cœur, je l’ai vu à la télé après un attentat, ici, on est habitués à ces horreurs", lance-t-elle avant de repartir chez elle, son iPod sur les oreilles (elle écoute surtout du flamenco et de la musique égyptienne) pour ne pas entendre les bruits de la guerre et les commentaires de ceux que cela surprend de voir se promener une jeune femme seule dans la rue.

Partir à l’étranger ? L’idée l’effleure à peine : elle n’a jamais franchi les frontières de son pays et ça ne la tente pas plus que cela aujourd’hui… Ou alors, ce serait "dans le seul but de poursuivre des études artistiques et de revenir", assure-t-elle dans un anglais hésitant.

"Nous sommes le dernier bastion de l’art dans Bagdad, capitale assiégée, zone ni verte ni rouge, mais ville complètement morte", clame Qasim Al-Sabti, toujours en forme et souriant malgré la situation qui devient de plus en plus insupportable. La dernière fois que je l’avais vu, c’était en octobre 2005, dans sa galerie d’art quasiment mitoyenne de l’Académie des beaux-arts, derrière l’ambassade turque. Déjà, ses propos montraient qu’il avait senti le vent tourner.

Notre première rencontre avait aussi eu lieu dans sa galerie, alors très active, peu après l’euphorie de la "libération" d’avril 2003. A l’époque, Qasim arborait encore un air flamboyant et portait sur la situation un regard résolument optimiste.

Aujourd’hui, dans "Bagdad ville morte", il organise la résistance. Artistique, bien sûr. Alors que plus rien ne fonctionne dans cette capitale privée de divertissements, il a organisé le "Prix annuel Ichtar des jeunes artistes irakiens", qui met en valeur le travail de 120 jeunes peintres, céramistes, sculpteurs, spécialistes des arts plastiques âgés de 20 à 30 ans.



"Cette exposition est un message que nous lançons au gouvernement irakien, aux Américains, et au monde des artistes en général, pour dire que nous sommes vivants, que nous respirons encore, et qu’ici à Bagdad, on essaie d’aider nos jeunes, c’est-à-dire qu’on croit encore en l’avenir ! ", déclare Qasim, un tantinet lyrique. "On a confiance dans notre futur… sans les Américains, évidemment", croit-il bon de préciser, en baissant la voix. Car ici dans Bagdad l’assiégiée, "on est encore capables de payer des millions de dinars pour faire fonctionner des générateurs d’électricité. Pour que, par exemple, le théâtre de Karrada (un quartier de Bagdad sur la rive orientale, ndlr) reste ouvert. Un ballet pour enfants y a été inauguré aujourd’hui même." Qasim insiste : "On n’est pas comme ce que vous voyez à la télé, on est capables de produire des bonnes choses ! ".

Montage vidéo : Ophélie Neiman
Sous-titrage : Yann Guégan


En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.

 
pikasso02
15H46 13/07/2007

L’art! L’art! L’art! Mais que peut l’art contre la barbarie? Des ministres de la culture qui commandent des oeuvres? Mais à QUI? Quand l’art est devenu loisir, il a perdu son âme. Une oeuvre doit rassurer. Mais pour cela, encore faut-il la comprendre!

 
pikasso02
17H25 13/07/2007

Facile de me retrouver, j’utilise le même pseudo!
Et ceux qui ne peuvent pas admettre ma démarche, en COURAGEUX!!!ANONYME!!! FACILE!!, se font un plaisir de me démolir un peu plus. Dommage que les critiques d’art manquent sur Rue89. Vous me direz, il n’y a pas que l’art dans la vie! Vos propos sont peut-être drôles! Ce n’est pas ce que j’attendais sur ce site. Facile d’avancer masqué! Pour celles et ceux qui ne comprendraient pas, le pourquoi de ces insultes à ma personne, cliquez pikasso02 sur Google. Mon blog vous dira si je correspond aux propos de cet anonyme courageux! Si vous êtes d’accord avec lui, merci de me le faire savoir!

 
pikasso02
11H14 14/07/2007

Merci ena22, vous m’avez devancé pour le PS:.

 
Arthur Mage
20H17 13/07/2007

Que je salue respectueusement car en se rendant en Irak malgré les risques considérables encourus, elle contribue grandement à ne pas laisser à l’abandon une partie de l’humanité.

 
poulpe | licenciée de l'Etat
22H28 13/07/2007

c’est beau de voir un propos interressant sur l’art dans la guerre se transformé en conflit d’égo de la part d’un artiste ( ??? ) dans la paix …

j’acquiesse pour l’inviter à un diner de cons, pour réagir pareillement alors qu’il s’agit d’hommes et de femmes vivant dans une ville dévastée, pillée et sous controle frole l’indécent …

et très ennuyeux ce blog sur le mimétisme …

la paix soit avec vous, et surtout avec les Irakiens …

 
pikasso02
12H05 14/07/2007

Je me bats comme je peux, très chère poulpe, licenciée de l’Etat. Je ne suis pas sûr, qu’Azza sache que Picasso mima une oeuvre de Prud’hon, pour concevoir son « Guernica ". Je ne sais pas, comme le dit, le courageux anonyme, que la vérité ait donné naissance en Perse au mot art. Mais sachez, qu’il n’y a pas de petites vérités cachées qui ne méritent d’être révélées. C’est mon petit combat! Mais que peut faire David contre Goliath, quand en plus, des poulpes licenciés par l’Etat, se mettent du côté de Goliath? Et s’il n’y avait que des poulpes! Je doute fort, que vous ayez pu voir l’article que j’ai consacré à Guernica. Faute de temps bien sûr! Loin de moi, l’idée, que vous ne soyez pas allée voir mon " conflit d’égo ». « Licenciée de l’Etat », c’est trop drôle!

 
N A F
22H34 13/07/2007

yep , vous lui trouvez un air heureux a cette
artiste ? je sais c est elle qui l affirme etre
en vie et pratiquer son art c est déja beaucoup
j imagine une famille
aisée pour laisser une femme/fille « desoeuvrée »
je ne connais rien a l art on ne distingue pas tres bien les tableaux peut etre refletent ils
les souffrances physiques et morales de ces peuples?

 
pikasso02
11H38 14/07/2007

Si vous avez lu, le reportage, Azza fait référence à Picasso. A Guernica, évidemment! Mais qui avait demandé à Picasso, une grande composition pour le pavillon espagnol, à l’exposition internationale de 1937? Le gouvernement Espagnol! Azza peint, mais sans commande! La différence est de taille. Les « blancs » du reportage parlent pour elle. Merci encore pour ce reportage. Pourquoi, avoir écrit que je critiquais les artistes de Bagdad?

 
toktomi | , les "abderhamane, martin, david" . . .
16H35 14/07/2007

***norme déterminant la sensibilité à la lumière

Et dire qu il y a des inconscientes qui s évadent (lâches)
en se référent a des occidentaux (picasso) ou écrire sur des populaces non chrétiennes lointaines.

C est le 14 juillet bordel ,un ptit article sur la promotion des chanteurs a la gueule de bois, yapas ?

Merci anne de préserver tes abbatis.
Et ,je suppose, relayer les regards française ainsi que transcriptions de « jeux de mots fraternels » à ceux que tu croise làbas.

Bon courage à eux,avec l aide de dieux (x) et qq journaleu-ses :)