A Vitry-sur-Seine, en banlieue parisienne, le collège Gustave-Monod se distingue par » ses idées qui marchent » . Dans la cour du collège, des espaces verts, et, comme point de vue, l'horizon. Etudier en dehors des tours d'immeubles est sans doute un » plus » pour ces élèves d'une » zone sensible » . Mais, surtout, la jeune équipe professorale utilise une méthode alternative d'enseignement et d'évaluation.
L'idée est venue d'un jeune professeur de mathématiques, Carlos Lechevallier, qui souhaitait à la fois permettre à ses élèves de réussir et obtenir leur confiance. En interrogeant les élèves, il s'est rendu compte que la méthode d'évaluation traditionnelle provoquait un découragement et un blocage.
L'organisation classique veut que le contrôle porte sur le chapitre qui vient d'être étudié. Cela ne permet pas un retour sur les notions non assimilées par l'élève. De plus, les progrès ne sont pas valorisés. L'idée a alors été de remettre en cause le système d'évaluation et l'organisation au sein de la classe. Le projet dure depuis sept ans, concerne aujourd'hui six professeurs de maths, entre 18 et 26 élèves par classe.
Le professeur a donc découpé le programme en notions à assimiler, appelées » Brikamaths » . Il n'y a pas de barème lors des évaluations, mais un code pour dire à l'élève s'il a parfaitement maîtrisé, ou s'il doit travailler d'urgence. Il n'y a pas non plus de notes sur les copies. Seuls les professeurs gardent une notation.
Bien évidemment, cela demande un travail régulier de la part des enseignants. Pour ceux qui rejoignent l'équipe, la première année est déroutante, car cela remet en cause les méthodes acquises. Si les professeurs ne suivent pas les progrès de leurs élèves régulièrement, ils perdent le fil, et la méthode n'a plus aucun sens.
Les enseignants doivent aussi tenir compte du rythme d'avancement de la classe. Concrètement, elle est séparée en deux groupes. Après un cours en classe entière, on fait une évaluation. Les élèves ayant compris vont au fond s'entraîner sur des exercices. Les autres, plus lents, restent devant et revoient les notions avec le professeur. Auparavant, quatre heures par semaine étaient consacrées à la classe entière, et une heure au soutien des élèves les plus en difficulté. Le rapport a été inversé : une heure de cours pour les plus rapides qui, le reste du temps, travaillent sur les exercices du livre, ou sur les » livrets d'entraînement » mis au point par les professeurs.
Pour le moment, les résultats sont plutôt positifs, le climat dans les classes apaisé. Cela est dû à la fin des notes sanctions : un climat de confiance, même fragile, est instauré. La plupart des élèves sont vraiment très satisfaits, comme Siham, 15 ans, en classe de 3e : » J'ai progressé grâce à cette méthode. Le fait de bosser régulièrement m'a motivée. Le système de notes est encourageant. Le but est d'arriver au fond, c'est valorisant. Mais au moins nous sommes encadrés. Quand on ne comprend pas, on nous explique. Le brevet est appréhendé plus sereinement. En plus, avec les corrigés associés au livret d'entraînement, ça permet de revenir. Les cours sont à notre rythme. »
Ludivine, 14 ans, en 3e, fait sa première année au collège Monod. » Dans les autres collèges, si on n'a pas compris une notion, on ne revient pas dessus. Ici, j'ai fait des progrès. J'ai pu rattraper mes lacunes, quitte à bosser deux fois plus. On est motivés parce qu'on sait que derrière il y aura du résultat. » Ceux de devant sont ainsi motivés pour s'améliorer et au fond, on déclare : » On a plus d'autonomie, on s'ennuie moins qu'en revoyant des choses qu'on a déjà vues. »
Les professeurs sont eux-mêmes surpris du résultat. Les élèves ont compris qu'ils devaient travailler régulièrement s'ils souhaitaient réussir. Certains demandent même du travail supplémentaire pour combler leurs lacunes. Ils ont pris confiance en eux. Les résultats du classement du collège dans le département montrent qu'il ne cesse de grimper dans le haut du tableau. Pour Carlos Lechevallier, l'idéal serait d'étendre cette méthode à tout le collège et à différentes disciplines. Les jeunes professeurs sont convertis, et, pour le proviseur, » l'accent est mis sur le dialogue, par un énorme travail en amont de l'ensemble de l'équipe pédagogique » . Le dialogue, l'adaptation, la régularité… autant de qualités exigées par la méthode » évaluer autrement » . Les élèves et leurs professeurs sauront-ils » réussir autrement » ? Tout semble indiquer qu'ils sont en bonne voie…



















71
(Pour réagir, connectez-vous)
De Shix
Madteam since 2010 | 21H17 | 13/07/2007 |
Ce qui marche ici marchera-t-il ailleurs ? Peut être, peut être pas !
En tous cas, une très bonne expérience à analyser.
La question est aussi de savoir si l'Education Nationale d'une part et de nombreux enseignants d'autres part, sont prêts à changer leur façon de travailler ?
L'autre question est de savoir quelle part d'efficacité de cette méthode est annihilée par des contextes hors-scolaires pas toujours propices aux apprentissages ?
L'éducation est une question cruciale d'une société puisqu'elle pose la question à tous de « quelle société voulons-nous pour demain ? » Il est temps d'essayer de remédier aux défaillances actuelles par ce genre d'expérimentations.
à Shix
De Nastassia
12H35 | 15/07/2007 |
A ce niveau consternant de démagogie, révélateur de ces gens qui n'ont jamais fait la classe de leur vie et qui pérorent sur ce qu'ils ne connaissent pas, il me reste à citer les Fatals Picards, comme ça, tout sera dit :
Paroles La Sécurité De L'Emploi Fatals Picards (Les)
Artiste : Fatals Picards (Les)
Chanson : La Sécurité De L'Emploi
Ils sont marrants cette année
C'est difficile de deviner dès la rentrée
Lequel se fera arrêter pour les scoots qu'il aura piqué
Lequel sera incarcéré pour avoir trop dealé
Moi en bon prof, chuis préparé
Un peu de maths et de français, du Kick-boxing du Karaté
Tant pis pour la géographie ce qu'ils connaissent de l'Italie
C'est juste vaguement les spaghetti et Rocco Sifredi
Le programme de cette année
En français faudrait arriver à lire tout un livre en entier
Mais même Dan Brown et Marc Lévy y a plus d'cent mots d'vocabulaire
On sera toujours à lire la préface même après l'hiver
Et mon voisin en me voyant me dira
« Bandes de fainéants, alors vous êtes déjà rentré, vous savez pas c'que c'est d'bosser, avec vos semaines de 20h, vous bossez bien moins qu'un facteur, et dire que je paye pour vos congés, et pis vous êtes même pas bronzé ! »
Vite les copies à corriger, 2/3 Prozac, 8 cafés,
Mais j'l'entends quand même dire d'en bas
« Et j'compte même pas la sécurité d'l'emploi ».
C'lui aux lunettes, c'est mon surdoué
Il sait écrire son nom sans fautes, il sait compter, wow !
Bah, c'est pas mal pour un 3ème, il faut savoir s'en contenter
C'est clair qu'un intello pareil, il va se faire racketter
35 élèves, cette année,
J'leur ai d'mandé c'qu'ils voulaient faire comme métier
J'ai 10 Zidane, 15 Amel Bent et 9 Bouba,
Un original qui veut faire vigile et avocat.
Il a dû voir chez Courbet
Que c'était pas mal d'être avocat si jamais t'allais en prison.
Ils croient tous qu'ils auront leur brevet en regardant l'Île de la Tentation
Merci pour tout ce que fait pour eux la télévision.
Et mon voisin, le même qu'hier, me dira :
« Bande de fonctionnaires, alors vous êtes déjà rentré, vous savez pas ce que c'est de bosser, avec vos semaines de 20 heures, vous bossez moins qu'un contrôleur, et dire que je paie pour mon gamin, il a redoublé son CE1 »
Vite les bulletins à remplir, 2/3 Prozac, et 8 kirs,
Mais j'l'entends quand même dire d'en bas
« Et j'compte même pas la sécurité d'l'emploi ».
Les directives du ministère
Nous imposent d'faire des réunions plus régulières
On en fait même pour planifier les prochaines réunions
Ou pour décider de c'qu'on peut donner sans risques comme sanctions
Car fini les notes, de temps en temps
Faut juste leur envoyer des sms d'encouragement
L'évaluation c'est pas toi qui la fais, eux y't'disent si t'es cool.
J'préfère quand même qu'ils me donnent des notes plutôt que des coups de boule
Impossible de les faire redoubler
Les pauvres chéris faut surtout pas les perturber
Les programmes faut les simplifier y a trop d'leçons ça les assomme
Ils ont même proposé de donner le bac avec la prochaine Playstation
Et mon voisin, vous l'connaissez, me dira
« Bande de surpayés, vous foutez rien de la journée, vous devez pas être fatigué, avec vos s'maines de 20 heures, vous bossez bien moins qu'un chômeur, et pis pas d'chef et pas d'rend'ment, c'est pas pour c'que vous faites vraiment »
Vite les parents à rencontrer, 2/3 Prozac, 8 Grand Marnier
Et vu leur investissement, l'année prochaine ira pas en s'arrangeant
Faudra p't'être songer à les adopter
Venir le matin, le soir les coucher
Et p't'être dormir à leur place pour qu'ils restent éveillés en classe
La prof de gym n'est pas venue, s'est faite agresser dans la rue, mais bon ils l'avaient avertie, ils veulent pas d'sport avant midi, ils peuvent d'jà pas fumer en classe, et ça déjà c'est dégueulasse,
Entre chaque cours une bière et un joint, c'est quand même pas de gros besoins…
Cette fois-ci c'est décidé, mes gosses iront dans le privé, j'ai beau r'garder à deux fois, j'la vois pas tant qu'ça, la sécurité d'l'emploi.
à Nastassia
De
14H14 | 15/07/2007 |
Je ne vois pas le rapport… Je suis passé par un système assez semblable où je n'avais pas de note, mais des niveaux à atteindre (niveaux qui représentaient les fondamentaux). C'était en lycée. Finalement, je ne sais pas si cela m'a réussi,mais j'ai découvert une équipe pédagogique motivée et plus encore qui a su me passionner pour la biologie. JE suis aujourd'hui chercheur en biologie (après avoir obtenu une thèse). Merci à eux, ce sot des enseignants du public.
je pense que de telles initiatives sont salutaires face au monde des notes qui ne prennent en compte que ceux qui savent le mieux « recracher » un cours, meme sans l'avoir compris. Il suffit de ressortir les bonnes phrases.
Il faut mieux une tête bien faite qu'une tete bien pleine.
FF
à Nastassia
De
18H23 | 15/07/2007 |
Je trouve cette expérience vraiment très interressante. Mais est ce possible dans toutes les matieres et les équipes enseignantes sont t-elle pretes à s'investir.
Concernant le commentaire au dessus, No comments ! ! !
à Nastassia
De
18H23 | 15/07/2007 |
Je trouve cette expérience vraiment très interressante. Mais est ce possible dans toutes les matieres et les équipes enseignantes sont t-elle pretes à s'investir.
Concernant le commentaire au dessus, No comments ! ! !
à Nastassia
De
19H21 | 15/07/2007 |
Chère Nastassia,
Vos problèmes sont réels, et je les connais bien. Mais je vous le dis tout net : vous vous trompez de combat.
Où voyez-vous de la démagogie dans cet article ? J'ose espérer que pour vous ce n'est pas être démagogue que de s'adapter aux élèves pour que tous arrivent à suivre, au lieu de leur imposer un rythme qui ne sera tenu que par quelques-uns.
J'ai enseigné dans le secondaire, dans des zones difficiles. J'ai cru à la philosophie de l'école républicaine, et j'ai essayé de m'y adapter. Le résultat est que je m'en suis pris plein la gueule, chahuté, comme beaucoup de profs, par des élèves ne me respectaient pas. Paraît-il parce que je manquais d'autorité n'ayant jamais voulu considérer l'éducation comme un rapport de forces. En fait, j'étais trop soucieux de mes cours et du programme, et j'avais trop peur de la violence de mes élèves pour les connaître vraiment. Si mes élèves ne me respectaient pas,c'est parce que, comme beaucoup de mes collègues, je ne les respectais pas moi-même. On ne nous l'apprend pas, on nous apprend même le contraire.
C'est parce que j'ai accepté de me remettre en question que j'affirme que le système éducatif français est aujourd'hui dépassé, et que des initiatives comme celles de ce professeur de mathématiques doivent être saluées et relayées. C'est à l'école de s'adapter aux élèves et non l'inverse. Tant qu'on refusera de l'admettre, l'école créera des inégalités qui mèneront les plus faibles à l'échec, sous couvert de vouloir donner le même enseignement à tous. La question est donc : combien de temps encore s'accrochera-t-on à ce dogme du même rythme pour tous et à ce favoritisme accordé aux filières générales ? Quand l'école de la République cessera-t-elle enfin de vouloir créer des élites ? Et que fera-t-on de ceux qui casseront tout parce que l'école les laisse tomber ? Se contentera-t-on de leur envoyer les CRS ? Si la réponse est oui, et si l'école refuse de se remettre en question, alors ce pays est foutu.
Voilà, chère Nastassia. Pardonnez ce ton un peu vif dû à ma colère d'enfant d'ouvrier qui a eu accès au savoir grâce à l'école, et qui n'accepte pas qu'il soit réservé à quelques-uns.
De la part d'un collègue,
Thomas GREDAT
à Nastassia
De
14H42 | 16/07/2007 |
parce que ça, c'est pas démago et exclusivement cliché peut-être ?
De
14H45 | 16/07/2007 |
oulàlà ! en disant démago et cliché, je répondais au message de Nastassia, bien sûr, et pas à celui de Thomas ; )
à Nastassia
De
09H24 | 17/07/2007 |
Justement l'article souligne bien que la méthode fonctionne seulement si les professeurs se mettent au travail et ça c'est pas demain la veille !
Quand je vois les fumistes de profs q'il m'a été donné d'avoir, pour mon plus garnd malheur, lors de mon parcours scolaire cela fait peur ! !
Et aussi des profs moins rigide et ressemblant plus à ce prof cité plus haut, capable d'innover pour le bien de ses élèves, de les écouter et d'être en retour respecté !
ahhh et oui l'espoir est permis, le loup est dans la bergerie, le prof volontaire n'est pas une race en voie d'extinction…
De todoynada
21H20 | 13/07/2007 |
Bravo pour ce papier : utile, positif , pragmatique et sortant des sentiers battus.
à todoynada
De Nestor Romero
Ancien enseignant | 22H49 | 13/07/2007 |
Donc, tout n'est pas perdu. Il est de jeunes enseignants qui tentent d'enseigner autrement . Car, en effet, on peut « évaluer » (guillemets car l'évaluation est très à la mode dans le monde de l'entreprise, non pour le meilleur mais pour le pire) sans notation chiffrée. Non seulement on peut mais on devrait le faire, car cette note que l'on inscrit, parfois ditraitement, trop souvent en rouge vif, produit bien des malheurs, parfois des drames. En revanche, il est des enfants qui, de la maternelle à la troisième n'ont jamais connu les notes ( je pense par exemple à l'école publique Decroly). Ils vont bien, merci. Alors, bon courage aux profs de Monod.
De
21H34 | 13/07/2007 |
Une méthode adaptée au rythme des élèves. Un système d'évaluation qui encourage au lieu de bloquer. Des élèves encadrés, qui ne se sentent plus abandonnés ou renvoyés à ce qui serait de l'ignorance crasse. Bref, on les respecte et on leur apprend à être autonomes. Le but de l'école, quoi ! En voilà qui n'iront pas brûler les bagnoles. Sauf si on leur impose les bonnes vieilles méthodes.
Prenez note, monsieur Darcos ! Vous aussi, monsieur Sarkozy ! Accepterez-vous des méthodes, qui donnent à des jeunes la chance de vous prouver qu'ils valent mieux que le karcher ?
Des gens comme Dewey et Freinet, pour ne citer que ceux-là, ont montré que d'autres méthodes étaient possibles. Et plus efficaces que celles de notre merveilleux système éducatif frânçâais qui se croit toujours le meilleur du monde. S'il repasse un jour à la télé, regardez ce très joli film de Le Chanois avec Bernard Blier, « L'école buissonnière », qui rendait hommage à l'oeuvre de ce grand bonhomme que fut Célestin Freinet.
Dont le principal enseignement fut que les élèves ne s'impliquent réellement que dans un travail qui a pour eux du sens.
Veut-on fabriquer des automates soumis et sans âme, ou veut-on former des êtres autonomes et équilibrés ?
Thomas GREDAT
De Shix
Madteam since 2010 | 23H49 | 13/07/2007 |
Cherche-t-on l'épanouissement, l'autonomie et la responsabilité de l'individu ou sa capacité à être productif selon tous les critères paramétrables ?
Le système éducatif français est loin d'être parfait en effet, pourtant quelqu'un comme Célestin Freinet était bien français, non ?
A faire du chauvinisme sur des broutilles, on aurait eu une bonne raison de l'être ici …
On sait que le temps des apprentissages passent par des stades qui ne sont pas réglés au mois près chez chaque enfant : pourquoi ne prenons-nous pas davantage de temps pour accompagner le rythme de l'enfant et non pas le bloquer sur un temps scolaire qui n'est pas forcément le sien ?
De
01H41 | 14/07/2007 |
Je pense qu'il est important de réformer l'école français pour supprimer ces collèges prisons où certains élèves ont l'impression de rentrer en détention le matin et de ressortir en conditionnel le soir.
J'ai moi même ruiné ma scolarité à cause de cette sensation de privation de toute liberté quand j'étais au collège. Vous devez toujours être à l'endroit où vous devez êtres, à aucun moment vous n'avez la possibilité de faire une activité au sein de l'école de manière autonome et qui ne soit pas en rapport directe avec les matières enseignées, exepté quand un professeur en prend l'initiative, mais ça reste chaotique la plupart du temps.
L'école publique ne forme au choix que des cancres (chez les garçons) et des compétiteurs (chez les filles qui recherchent les meilleurs résultats sans nécessairement acquérir de manières certaines ce qu'elles apprennent, tout du moins des phrases par-coeur jusqu'au prochain contrôle).
Il n'existe aucun autre moyen d'épanouissement dans un établissement scolaire que si l'on est à la recherche de meilleurs résultats que ses camarades, car on a beau dire que l'esprit de compétition n'existe pas, ce n'est pas ce que je remarque encore aujourd'hui avec ma petite soeur de 12 ans (première de sa classe, mais franchement pas une lumière).
De
09H33 | 14/07/2007 |
Je le dis depuis 30 ans : il n'y a pas de « mauvais » élèves, il n'y a que de « mauvais » profs ; je sais de quoi je parle, j'ai participé, en tant que parent, à 69 conseils de classe ; parce que les enseignants ne se posent pas de questions sur leur pratique pédagogique, c'est si confortable, parce qu'ils se contentent de reproduire des schémas qui leur ont réussis, à eux qui étaient, à coup sur, de « bons » élèves (cerveau paramétré pour le cadre scolaire actuel et mémoire suffisante, sinon, ils n'auraient pas réussi le CAPES).
Donc, sauf exception, ils expliquent les échecs de l'école par le manque de travail des élèves, les difficultés familiales ( ! ) ou le fait que les élèves ne sont pas à leur place dans l'enseignement général.
A relire : « Je suis comme une truie qui doute » de Claude DUNETON.
Et encore bravo pour cette équipe d'un collège public.
De
11H06 | 14/07/2007 |
Ayant été enseignant dans le secondaire, et continuant à donner des cours particuliers, je suis pleinement d'accord pour reconnaître la faillite du système éducatif français et pour dire qu'il n'y a pas de mauvais élèves. Mais dire qu'il n'y a que de « mauvais » profs, même en mettant des guillemets, est tout aussi excessif que de dire qu'il n'y a que de « mauvais » élèves… ou de « mauvais » parents !
Je suis souvent critique à l'égard des professeurs de mes jeunes élèves. Mais je sais qu'ils sont soumis à une pression énorme. Entre une classe souvent difficile, parfois hostile, et des directives ministérielles inadaptées, un enseignant est entre le marteau et l'enclume.
Pour autant, le système français favorise et entretient le mépris envers l'élève. Aucun de ces enseignants qui travaillent d'arrache-pied pour leurs élèves ne croira éprouver ce mépris, et ils sont sincères. Mais il faut parfois les écouter parler de leurs élèves pour le croire. Tout le problème est qu'ils sont pris dans un système hiératique, qu'il n'est pas facile de remettre en question. Leur vulnérabilité, liée à leur situation, les met sur la défensive, ce qui empêche, pour beaucoup d'entre eux, cette remise en question indispensable.
Le problème, c'est cette solitude des élèves confrontés à un savoir si difficile à atteindre, et dont ils ne comprennent pas toujours la finalité, quand elle existe. Et c'est souvent sur eux qu'on rejette la responsabilité d'un échec qui n'est ni le leur, ni celui des enseignants, mais celui d'un système.
Pour répondre à la personne qui me parlait de chauvinisme : oui, si ma mémoire est bonne, Freinet était Français. Et si ma mémoire est toujours aussi bonne, ses méthodes lui occasionnèrent quelques petits problèmes à Saint-Paul-de-Vence, où il dut se défendre revolver au poing. Démis de ses fonctions d'instituteur de l'école de Saint-Paul, ce pédagogue français démissionna de l'enseignement public français.
A méditer.
Thomas GREDAT
De
11H46 | 14/07/2007 |
Quand on parle des élèves, mauvais, c'est celui qui ne réussit pas. Ca ne veut pas dire que la personne est mauvaise.
C'est dans ce sens que je parle des mauvais profs : ceux qui ne réussissent pas à faire progresser les élèves et qui ne les considèrent jamais en tant que personne, car ils n'y pensent même pas : 1/3 de bons, 1/3 qui/ rament et 1/3 de nuls, c'est la normalité dans les classes.
Juste une question : mais qu'est ce qu'ils apprennent dans les IUFM ?
Quel gachis : ça coûterait moins cher de les envoyer tous un semestre dans les universités du Quebec (et surement dans d'autres pays aussi), pour voir en vrai une pédagogie de la réussite et de l'estime de soi.
De
16H01 | 14/07/2007 |
Ce qu'ils apprennent dans les IUFM ? D'après le peu de témoignages dont j'ai eu connaissance (je n'ai jamais été titulaire), j'ai l'impression qu'on marche sur la tête.
A titre d'exemple : dans mon domaine, le français, il m'est arrivé d'expliquer à des élèves de 6ème et 5ème le schéma narratif. « Schéma narratif, kéksèksecharabia ? » Trèèès bonne question !
Le schéma narratif se décompose en cinq phases dont je vous ferai grâce. Je vous parlerai seulement des deux premières : la situation initiââle et l'élément perturbateur.
La situation initiale, c'est la situation telle qu'elle est au tout début d'une histoire. L'élément perturbateur, c'est l'événement qui va provoquer tout le pataquès qui va suivre.
Comme vous l'avez remarqué, c'est plutôt chiant à expliquer, et pas toujours facile à suivre. Aussi , je vous donne un exemple, tiré d'une aventure de Tintin : « Les Bijoux de la Castafiore ».
Situation initiale : la vie est calme et paisible au château de Moulinsart.
Elément perturbateur : la Castafiore arrive.
La suite : le quotidien de Tintin et du Capitaine est perturbé par les caprices de la diva. Arrivée de journalistes, d'une équipe de télé, vol des bijoux du Rossignol milanais, etc.
Ah ! là c'est plus clair, non ?
En d'autres termes, on leur apprend en IUFM que c'est en enseignant des notions abstraites en jargonnant à qui-mieux-mieux qu'on va rendre les élèves intelligents ! Alors que si je dois moi-même les réexpliquer en cours particulier, c'est précisément parce qu'elles n'ont pas été comprises.
C'est le même phénomène qui explique le remplacement de l'Ecole Normale par l'Institut Universitaire de Formation des Maîtres, et celui de l'instituteur par le professeur des écoles.
Avec tout ça, n'est-il pas étrange qu'on divinise le Savoir aux yeux des élèves, qu'on ne sache pas le leur rendre accessible… et qu'on leur donne une mauvaise note parce qu'ils n'ont pas compris ?
Thomas GREDAT
De
22H59 | 15/07/2007 |
J'aime bcp les gens qui pérorent en plus avouant leur non connaissance du système… il y a des inepties dans les IUFM comme des choses très intéressantes… il ya aussi des profs qui écoutent parce l'épée de Damoclès de leur titularisation pendant leur année de stages mais qui réfléchissent et font bien autrement une fois dans leurs classes… Gardez vous des généralisations hâtives…
De
23H55 | 15/07/2007 |
J'aime beaucoup les courageux anonymes qui profitent héroïquement du couvert de l'ombre propice pour tirer sur quelqu'un qui, lui, ne se cache pas pour dire ce qu'il pense.
« En avouant leur non connaissance du système. » 1°) J'avoue dans mes propos une connaissance LIMITEE, moins cependant que l'entendement dont tu fais preuve ici, mon amour ! J'ajoute que j'ai passé le CAPES et l'Agrégation, et que je n'ai aucune honte à avouer que j'y ai échoué. Ma connaissance du système est donc imparfaite, mais question ignorance on trouve pire, non ? J'en profite pour te signaler qu'« ignorance » ça le fait mieux que « non-connaissance » ! 2°) Si j'avais préféré me taire sur ce chapitre, je ne serais peut-être pas passé pour un con, mais je n'aurais pas été honnête. Et comme le dit Courteline : « Passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est une volupté de fin gourmet ».
« Généralisations hâtives ». Où as-tu vu que je généralise ? Il y a des profs qui ressortent intacts de l'IUFM, heureusement !
Et si je me suis permis de dénoncer les aberrations ci-dessus, c'est parce que, ayant moi-même des élèves, je suis en mesure de les vérifier. Je parle donc d'expérience.
En parlant d'expérience, quelle est la tienne, toi qui m'accuses de « pérorer » ? Je constate que tu n'en parles pas. Et pourtant, je t'ai lu attentivement, contrairement à toi. Es-tu prof ? Dans ce cas, je suis désolé si tu t'es cru attaqué par le post auquel tu as répondu, et dans lequel, si tu m'as bien lu, je ne visais pas les collègues. Sinon, je n'ai plus rien à te dire.
Je reconnais que j'ai été un peu vif, mais comme on dit dans « Les Tontons flingueurs », « Je ne te dis pas que ce n'est pas injuste, mais ça soulage. »
Thomas GREDAT
De
11H50 | 14/07/2007 |
Quand on parle des élèves, mauvais, c'est celui qui ne réussit pas. Ca ne veut pas dire que la personne est mauvaise.
C'est dans ce sens que je parle des mauvais profs : ceux qui ne réussissent pas à faire progresser les élèves et qui ne les considèrent jamais en tant que personne, car ils n'y pensent même pas : 1/3 de bons, 1/3 qui/ rament et 1/3 de nuls, c'est la normalité dans les classes.
Juste une question : mais qu'est ce qu'ils apprennent dans les IUFM ?
Quel gachis : ça coûterait moins cher de les envoyer tous un semestre dans les universités du Quebec (et surement dans d'autres pays aussi), pour voir en vrai une pédagogie de la réussite et de l'estime de soi.
De
10H17 | 14/07/2007 |
Merci, Mr 10H33
J'apprecie ton analyse, je fréquente moi-même depuis quelques années les conseils de classe, et je retrouve les mêmes types de profs (un peu actualiser dans leurs look)mais avec les mêmes discours que mes anciens profs 25 ans après.
des milliers de reformes pour rendre les élèves plus competitifs et faciliter leurs intégrations en entreprises. Comme si le but de l'ecole etait de former des ouvriers qualifiés. Et depuis aucun ministre de l'education ne s'est penché sur le fait que l'ecole devait etre avant tout un endroit pour apprendre et develloper ses capacités. et quoi de plus motivant et enrichissant que de le faire à son rythme.
De
10H45 | 14/07/2007 |
Je ne pense pas personnellement que le système classique de notes soit en cause. Même remplacé par des appréciations, un système d'évaluation reste une notation et celui qui n'obtient que des « insuffisants » se sentira en échec. De toute facon il faudra bien un jour ou l'autre que les élèves se confrontent aux vraies notes (ne serait-ce que pour le bac) et qu'arrivera-t-il alors à ces élèves qui n'ont jamais connu ca ?
Je pense que ce qu'il faut plutot retenir dans cette initiative c'est le suivi personnalisé des élèves, le fait de leur donner des objectifs précis et pas trop difficiles à atteindre et de fonctionner à leur rythme propre. Le grand succès c'est de faire que les élèves comprennent d'eux-mêmes qu'ils doivent travailler et ne surtout pas leur imposer les devoirs comme une punition.
De
11H19 | 14/07/2007 |
Le problème du système classique de notes, c'est que de moyen, créé pour mesurer les progrès de l'élève, il est devenu une fin. L'élève cherche moins à progresser qu'à atteindre la fameuse moyenne. Il ne travaille pas pour apprendre, même s'il peut y éprouver du plaisir, il travaille pour retenir sa leçon afin de pouvoir s'en tirer sur ce satané DST.
En tant que professeur particulier, je peux témoigner que quand des parents font appel à mes services, c'est moins pour aider leurs enfants à travailler sur le savoir en tant que tel (cela arrive quand-même) que pour améliorer des résultats critiques. S'il n'y avait pas la pression de la note trimestrielle, peu d'élèves seraient motivés par des cours particuliers. Et je n'aurais plus qu'à changer de métier !
Tout mon travail consiste, en fait, à stimuler l'élève pour pallier à la peur que crée cette obligation de résultat à laquelle il est confronté.
Donc, oui, le système de notation est à revoir. Heureusement, il en existe d'autres, qui permettent de se rendre compte des progrès des élèves sans avoir à leur coller la frousse.
Thomas GREDAT
De
21H07 | 19/07/2007 |
Merci, tout simplement.
Une jeune stagiaire.
De
10H59 | 14/07/2007 |
La nouveauté vient sans doute du fait que cette expérience se déroule dans un collège car ces méthodes d'évaluation et de travail sont mises en oeuvres depuis bien longtemps dans de nombreuses écoles élémentaires.
On ne peut que se réjouir que des équipes enseignantes ne partent pas battues d'avance et essaient, malgré leurs maigres moyens budgétaires, d'aider les gamins à s'en sortir.
Espérons que M. Darcos les laissera tranquilles et ne trouvera pas excessif d'avoir des classes entre 18 et 26 élèves en ces temps de restrictions budgétaires (pour les pauvres. Pour les riches, tout va bien, merci pour eux ! ) et de suppressions de postes.
De Shix
Madteam since 2010 | 14H27 | 14/07/2007 |
Le monde est une classe ouverte. Les enfants peuvent apprendre en dehors des murs. Le monde est un livre interactif de tous les instants. Mais il faut donner les clés de ce livre et apprendre à le découvrir et à la partager.
L'éducation populaire me parle : elle m'a été d'un grand secours même si je n'en ai conscience qu'aujourd'hui. Il est temps de la revaloriser !
L'enseignement public français devrait s'en inspirer !
Accompagner des élèves qui font grève en redonnant du sens à ce qu'ils font, c'est pertinent ?
Ces dernières années, je n'ai jamais vu d'élèvess autant impliqués dans la vie de leur établissement scolaire que lorsqu'il s'agissait de l'organiser lors d'évènements sociaux. Le reste du temps qu'est-ce qui fait vibrer un élève entre ces murs ?
De Robert Marchenoir
15H27 | 14/07/2007 |
« Au collège Monod, la réussite ne passe pas par les notes »
De l'art de coller un cliché gauchiste sur une réalité innovatrice et intéressante.
Il suffit de lire l'article pour s'apercevoir que le titre est faux. Si davantage d'élèves réusssissent, c'est d'abord et avant tout parce que les profs font des groupes de niveau différenciés, et ne lâchent pas les élèves les plus faibles avant qu'ils n'aient compris.
C'est évidemment une excellente idée. Une idée de bon sens. C'est aussi une idée « de droite », suivant les classifications idiotes imposées par la bien-pensance gauchiste dans ce pays.
Car, dit la religion gauchiste, le Bien, c'est le collège unique, la mixité sociale, tous les élèves ensemble, les bons avec les mauvais, je ne veux voir qu'une seule tête, gratuite, laïque et obligatoire.
Ce collège fait exactement l'inverse : il met les mauvais entre eux, et leur donne des coups de pied au cul jusqu'à ce qu'ils puissent passer dans le groupe des bons. Et il met aussi les bons entre eux, qui se perfectionnent pendant ce temps !
Mon Dieu, quelle horreur ! Quel élitisme bourgeois, néo-libéral et outrageusement sarkozyste !
Après, que les notes soient baptisés « codes » ou « barêmes », quelle différence, sinon l'hypocrisie ? Si je comprends bien, on a remplacé une note sur 10, ou sur 20, par une note à deux niveaux : 1 ou 0. Et les profs, eux, continuent à donner des notes plus détaillées en secret, ce qui signifie, j'imagine, que les élèves et les parents peuvent les obtenir s'ils le désirent.
Donc le fameux cliché gauchiste qui s'invite en fraude dans le titre, « les notes stigmatisent les élèves qui ont le plus de mal, c'est élitiste et capitaliste-oppresseur gna-gna-gna », c'est de la daube en barre, puisque la « stigmatisation », si stigmatisation il y a, elle est bien plus importante dans ce système que dans les classes ordinaires : car il y a une séparation physique, visible, entre le groupe des bons et celui des nuls, placés devant ou derrière dans la classe !
C'est carrément du racisme ! De la discrimination ! Que fait la Halde ? Et pourtant, les élèves ont l'air d'aimer ça ! Ca a l'air de marcher ! Quel scandale que la réalité ne se conforme pas à la théorie !
Laissez-moi deviner : l'article est écrit par une étudiante en journalisme. Elle a eu la naïveté d'écrire ce qu'elle voyait. Le titre a été rajouté par les vieux croûtons gauchistes de Libération, qui se sont empressés de ramener la prose de cette péronelle dans le droit chemin du dogme gauchiste.
J'ai bon ?
à Robert Marchenoir
De
16H31 | 14/07/2007 |
Cher Robert,
J'ai lu avec la plus grande attention ce que vous venez d'écrire. Voici ce que j'en pense.
Prose d'une vigueur remarquable. A n'en pas douter, vous avez du style. Il est seulement à déplorer que vous le mettiez au service de l'aigreur la plus noire et d'une mauvaise foi qui tranparaît quasiment à chaque ligne.
Vous avez des capacités argumentatives intéressantes, malheureusement mises au service d'une argumentation qui aurait gagné à être moins limitée.
De plus, l'analyse politique à laquelle vous vous livrez en opposant gauche et droite est sans rapport avec le sujet d'origine : l'introduction de nouvelles méthodes dans un établissement public. Vous commettez donc un hors-sujet qui, dans l'enseignement classique, vous aurait valu un 2/20, pour l'encre et le papier. Or, ici, il n'y a ni encre ni papier.
Enfin, l'emploi du susbstantif « péronnelle » témoigne d'une réelle connaissance de la langue française pour laquelle on ne peut que vous féliciter. Hélas, je suis au regret de vous rappeler que « péronnelle » prend deux « n ». De plus, la qualification est fort peu flatteuse à l'égard de cette jeune rédactrice que vous accablez de votre ire, et qui, pour parler comme Racine, ne mérite ni cet excès d'honneur ni cette indignité. Allons, Robert, un peu de galanterie, que diantre !
Comme je suis moi-même adepte de l'évaluation formative, c'est-à-dire basée sur les progrès de l'élève, je ne vous mettrai pas de note. Je vous donnerai seulement ma conclusion : travail prometteur qui laisse entrevoir de réelles qualités de style. Mais il faut d'urgence améliorer la réflexion. Mon conseil : sortez de chez vous.
Thomas GREDAT
à Robert Marchenoir
De Toosie89
18H38 | 14/07/2007 |
Cette idée de couper la classe en deux, les bons et les…ons ne me satisfait pas non +
J'enseigne depuis + de 30 ans dans une école primaire (CP) et j'ai toujours essayé de valoriser au maximum le travail de chacun. Il y a des « bons », tant mieux pour eux, ils vont aider ceux qui patinent un peu. Les « bons “ le seront peut-être moins en EPS ou en arts plastiques …. à eux d'être aidés. Un certain Freinet ne faisait pas autrement. Notre école a encore du chemin à faire.L'enseignement dans les IUFM n'est guère encourageant.Et nos ministres successifs , n'en parlons pas ! ! ! ! Ce ne sont pas les méthodes qu'il faudrait changer, note ou pas, c'est l'état d'esprit. Je suis le prof : je suis là pour t'aider à avancer. Mais commnent mettre en pratique avec des effectifs de + en + importants ? J'ai travaillé cette année avec 15 enfants : assistance individuelle assurée, bonne humeur, réussite. Mon collègue en a 35 : ça change la donne. Darcos va supprimer des postes : pauvres mômes ! !