Suite de notre série d'articles sur la vie quotidienne dans Bagdad en guerre, Anne Nivat nous entraîne aujourd'hui dans les locaux de la chaîne par satellite Alsumaria.
Même à Bagdad, personne ne sait où elle se trouve, tant les impératifs de sécurité prennent le pas sur le reste. Installée dans deux gigantesques maisons bunkerisées en bordure du Tigre, cachée derrière de hauts murs où veillent dix caméras de sécurité et gardée par 70 hommes lourdement armés, la télévision par satellite Alsumaria (350 employés), du nom de la plus ancienne civilisation mésopotamienne, émet depuis Bagdad (en passant par le Liban car le propriétaire, l'homme d'affaires Chafic Tabet, est libanais) plus de 50 heures en direct par semaine. L'aventure a commencé en septembre 2004, et, comme pour la vingtaine de chaînes satellitaires arabes irakiennes qui se partagent aujourd'hui le marché, elle vaut la peine.
Soumis au huis-clos, les Bagdadis sont collés devant leur poste
La télévision et sa manne publicitaire jouent un rôle capital dans un pays où les divertissements sont totalement inexistants. Soumis à un huis-clos de plus en plus pesant, les Bagdadis sont collés devant leur poste, que ce soit pour zapper sur les informations ou pour déguster leur feuilleton préféré. Et ça, Alsumaria l'a bien compris. Depuis l'attentat de la mosquée de Samarra en février 2006, et même si Alsumaria refuse de « faire de la politique », dans le coin supérieur gauche de son écran, elle affiche en permanence le logo « Pour un Irak uni ».
Au printemps, son feuilleton de trente épisodes « Ta Maison de pisé », tourné en Irak (en extérieur dans le sud du pays où il y a moins d'insécurité, parfois en Syrie ou en Jordanie) avec des acteurs inconnus, narrant les déboires d'une famille de gens de la campagne, a passionné le public jusqu'à Bagdad !
Quant aux jeux, ils prennent de plus en plus d'importance, notamment par le biais des téléphones portables qui permettent aux téléspectateurs de participer sans être vus ni avoir à se déplacer en studio, ce qui serait trop dangereux. Sur chaque appel passé, un pourcentage atterrit dans l'escarcelle de la télé. Les studios du « jeu de l'oie » version locale viennent à peine d'être terminés (voir la vidéo). Henri Hasbani, libanais, directeur de production, est très fier de me les montrer. Nous nous faufilons aussi dans un autre studio où l'on est en train de tourner une autre émission très populaire, diffusée (en différé) pendant deux heures le jeudi soir (équivalent de notre samedi soir) : un concours de poésie.
1600 mails et 300 coups de fil par émission
Une autre émission phare est « Allo Walid », retransmise en même temps à la télé et à la radio Sumer FM, appartenant au même propriétaire. Trois fois par semaine, de 23h30 à une heure du matin, Walid, la cinquantaine, le sourire ravageur et maquillé comme un acteur depuis qu'il est filmé, parle sans complexes de tout ce qui lui passe par la tête en répondant aux appels, mais surtout, il fait rire le public qui en a bien besoin. « Les gens doivent un peu penser à autre chose qu'à ce terrible quotidien. Il faut leur donner la possibilité de se reposer un peu, c'est pourquoi, en étant toujours détendu, je me sens particulièrement utile ! “, explique l'artiste pendant un clip publicitaire (pour un opérateur de téléphonie portable, les seules publicités qui existent actuellement en Irak) et avant de recevoir en studio la première star de l'équivalent irakien de la Star academy, un jeune homme d'une vingtaine d'année sur le T-shirt moulant duquel est écrit en anglais ‘NO FUTURE’. Pendant l'émission de Walid, une télévision est à gagner, et elle trouve toujours preneur ! Dans la partie inférieure de l'écran, deux bandes défilent à toute allure : les textos envoyés à Walid pendant son émission. Ils viennent de partout dans le monde où la télé est diffusée par satellite. La chaîne en reçoit environ 1600 par émission, ainsi que 300 coups de fil.
Qui gagne sa vie ‘correctement’ est suspecté de ‘travailler pour l'ennemi’
L'émission terminée, il est beaucoup trop tard pour que chacun rentre chez soi, et Alsumaria a dû prévoir des dortoirs pour ses employés. La quinzaine de techniciens assistant Walid (dont trois cameramen) ont en moyenne 25 ans. Souvent, par mesure de sécurité, personne d'autre que leur famille proche ne sait qui est leur employeur. Car, à Bagdad, toute personne qui a un travail régulier et qui gagne sa vie ‘correctement’ est suspectée de ‘travailler pour l'ennemi’ et représente potentiellement une cible pour la centaine de groupes mafieux agissant pour de l'argent sous couvert de ‘terrorisme’.
Il n'y a évidemment aucun moyen pour Alsumaria de connaître son audience, mais l'équipe de direction la mesure à l'aune de ce qu'on en dit dans la rue. ‘Quelque trente personnes par jour viennent nous voir pour qu'on les embauche, et de très nombreux producteurs indépendants nous proposent des projets, ce qui est toujours bon signe’, se félicite le directeur des programmes.




















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De
19H35 | 11/07/2007 |
Oups, je n'ai pas réussi à visionner le 2ème écran.
Distraire ! … oui mais à quel prix ?
Si les Irakiens peuvent malgré tout sourire et se distraire, au prix fort de communications par téléphone portable ( ! ), les Libanais (le propriétaire, l'homme d'affaires Chafic Tabet), Lui, ne fait pas dans la dentelle… même en souriant. Partout où la télévision est régnante, les Libanais ont compris le « Pouvoir » au travers de ce média (que ce soit en Irak, en Guyane française, où prochainement sur Mars ( ? ), en terrains de paix ou de conflits. Quand il y a du fric à prendre, Les Libanais, comme les « Juifs », sont les premiers à « investir » dans ces projets, risqués, certes, mais avec des entrées d'argent « faciles ».
Diffuser des « jeux télévisés payants » aussi niais qu'ils proposent n'est, à mon avis, pas le meilleur moyen de les « distraire ». Si les Libanais veulent se donner un rôle « social ». L'Irak était l'un des pays avec une culture des plus « riches » (arts, philosophie, science, ….). Rehausser le niveau social, faire honneur à tous les intellectuels, artisans, chercheurs, philosophes, … serait à mon goût, plus approprié.
Après avoir tout perdu, les Irakiens sont harcelés en permanence, avec des risques quotidiens d'être surpris par des raids. Il est inutile de leur appauvrir les neurones.
Et puis, il ne faudrait qu'un dixième de seconde pour « localiser » l émetteur de cette télévision par les radars… un missile, et hop, fini les émissions ! … Tant que rien de « litigieux diplomatiquement » émane de cette TV, alors ils pourront continuer à diffuser… Qui sont les co-détenteurs de cette TV ? qui sont les actionnaires ? y-a-t-il des partenaires Irakiens, et à quelles conditions ? …
De
11H53 | 12/07/2007 |
Toi tu dis vraiment n'importe quoi…
De zorbek
21H48 | 11/07/2007 |
Bravo Anne Nivat !
Je suis littéralement béat d'admiration pour votre courage. J'ai peur pour vous et je vous admire. Très sincèrement.
De
12H32 | 12/07/2007 |
« Même à Bagdad, personne ne sait où elle se trouve, tant les impératifs de sécurité prennent le pas sur le reste. » Sur la deuxiéme video pourtant vous donnez l'emplacement des studios il n'y aurai pas comme une légére contradiction ?
De
17H26 | 12/07/2007 |
je donne l'emplacement des studios ? ecoutez bien ce que je dis, « a Bagdad, traversée par le Tigre », c'est plutot vague, non ? Comme si je disais « a paris, au bord de la seine… »
mais les connaissent qui les cherchent, ces studios, evidemment. Ils ont pignon sur rue, mais ne font pas de pub sur leur quartier general,
anne nivat
De
23H06 | 12/07/2007 |
j'ecoute bien et j'entend juste aprés « en face la raffinerie de pétrole du quartier aldora qui est un quartier trés dangereux et puis au loin la bas la zone verte, le quartier général des forces américaines ». Le tout en images, bref cela me semble plus précis que au bord de la Seine….
De
15H40 | 12/07/2007 |
Tu veux dire que toi tu ne ferais bien sur car tu n'es ni Libanais ni Juif, heureusement ! tu as raison, laissons les gens dans leur quotidien tellement joyeux et surtout ne créons rien, laissons tout dans l'état dans lequel il est !
Bravo ! au moins tu ne te fais pas de « fric » sur le dos des gens qui sont juste prets à payer pour un service qu'ils ont demandé et dont ils ont besoin
Quel courage ! je le salue ! et continue de critiquer les Libanais qui nous le savons sont tous riches ainsi que les Juifs, bien sur, nous ne tombons pas dans le cliché….
tu as oublié presque oublié de mentionenr les fameux interets des « sionistes » et des « américains apostats » dans ta réaction….
De
17H50 | 12/07/2007 |
Effectivemet, je ne ferai rien, en AFFICHANT une étiquette politique ou religieuse !
Avant tout je suis CITOYEN du MONDE et tout ce qui touche à un parti politique ou à une quelconque illusion à une religion, je le mets dans la poche… ça me fait gerber. Ce ne snt pas ces deux paramètres qui permettent un efficacité meilleure qu'un autre. Je privilégie « l'expérience de terrain »… !
Faut pas affecté à ce point ! Le constat évident, seul l'argent permet de résoudre les manques d'urgence.
En Irak, dans les décombes, des milliers de « Lumières » sont en train de s'éteindre… Les « Libanais », opportunistes je le confirme, peuvent profiter de ce support (la TV) pour faire rejaillir ce qui existait avant la guerre. Des artistes réussissent, malgré l'état déplorable de la situation, à exprimer leurs opinions, et leurs idées… de Grands poètes ne demandent qu'à exprimer leurs douleurs, leurs joies, et leur Histoire…. En France nous avons connu l'invasion Nazi, et je ne pense pas qu'il faille collaborer avec l'envahisseur pour faire de la résistance (cabaret, boite de nuit, pubs, théatre … Bien au contraire, je ferai tout pour défier les autorités en place afin d'entretenir les hautes valeurs intellectuelles, philosophiques, scientifiques … Mais par pitié, n'imposez pas une « Bébête-show » (même si cel peu soulager accesoirement les peines )… mais il en faudra bien plus pour ôter les blessures profondes… L'Irak mérite mieux (ne serait-ce qu'au niveau culturel,sans parler du cultuel ! Les Américains partiront… de gré ou de force ! pas la peine d'attendre pour « reconstruire » le pays.
De toktomi
, les "abderhamane, martin, david" ... | 17H15 | 16/07/2007 |
Combien de fois (pas tous les jours kan meme ! ) jme suis imaginé l ambiance libano-rda
en france ; dans le bus, les commerces,les médias…regards de travers partout ,brrrrr.
Et en + on a dkoi bouffer pas de bombes au diner ni barbus (oups ,intégristes jprécise)égorgeurs pro et anti gouvernement en 3x8.
Douce france…
M est avis que ce seras notre tour si on (on=tous) continue de les (et permettre de les) exciter l un l autre.
ça mrapelle Oslobodenje (sarayevo), un ptit bol d air papier siouplé.