C'est une forme de transcendance que Romain Turzi recherche dans la musique. Dans celle qu'il écoute comme dans celle qu'il pratique. Avec ses machines quand il est seul dans son studio du Point éphémère, à Paris, ou avec ses quatre exécutants zélés quand il se produit sur scène : Sky Over, Judah Warsky, Hard Gunther et Arthur Rambo.
Mélange de psyché et d'électro façon Krautrock allemand de la fin des années 60, longues tirades étirées, hypnotiques, et ruptures rythmiques dansantes, Turzi se dévoile aujourd'hui, grâce à la sortie (après le EP « Made Under Authority », en 2005) d'un premier album, A , déclinant treize titres commençant par ladite lettre : « Alpes », « Animal signal », « Afghanistan »...
L'humour et la provocation y règnent, comme en écho aux diverses étiquettes dont le groupe se réclame en souriant : disciplinaire , autoritaire » , répétitif jusqu'à l'hypnose , comme en clin d'œil à son nom initial, Reich IV , qui évoque la musique contemporaine de Steve Reich. La tendance est plutôt à l'effacement des musiciens derrière leur instrument.
Ce n'est pas le fait de maîtriser techniquement tel ou tel instrument qui m'intéresse, mais plutôt d'arriver à le faire sonner comme je le veux, à le détourner de son utilisation d'origine : les guitares et les orgues passent systématiquement à travers des synthétiseurs analogiques avant de finir dans une chambre d'écho, pour arrondir un peu les angles. Cette musique s'apprécie sur le moment, chacun est libre de l'interpréter à sa façon. Pas de message ni de leçon pour cette musique subjective et suggestive. Après, toute la difficulté est d'arriver à imposer de façon originale ses visions, sa personnalité. La musique peut être influencée, elle l'est d'ailleurs forcément, mais les influences doivent être bien digérées, sinon l'autosatisfaction est nulle !
On est proche ici des expériences pionnières de Can, Kraftwerk, Neu, ces expérimentateurs seventies qui poussaient le rock dans ses derniers retranchements, quand la libération des modèles anglais et américains était de mise et la pioche dans tous les courants préexistants (du rock psychédélique au free jazz, en passant par les musiques du monde et la musique contemporaine) prolifique.
Ici, on se sert de la tradition non anglo-saxonne de la musique pop » , même si comme les groupes pop Turzi et Reich IV, c'est une batterie, une basse, deux guitares et un clavier... Alors, afin de proposer une alternative à l'hégémonie anglo-saxonne et pour défendre un certain psychédélisme à la française par la mise en valeur de groupes proches (Aqua Nebula Oscillator, One Switch To Collision...), Romain et son acolyte Arthur (bassiste) viennent de créer le label Pan European Recording.
Le tout nouveau A » doit sortir le 28 août aux Etats-Unis, où Turzi se produira tout le mois d'octobre. En attendant la sortie d'un album entièrement électronique avant 2008.
D'ici là, le très sympathique leader du groupe, qui revendique des origines italiennes, une éducation religieuse et un goût affirmé pour les expériences chamaniques et mystiques, s'occupe à sa tâche de jeune papa.
► Turzi, « A », chez Record Makers
Discographie : www.myspace.com/turzi
www.pointephemere.org
Dessins : Erwann Terrier














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Fabuleux album, chaque ecoute est une révélation. Vive Turzi!
Ah ! Bravo M.Anonyme ! C’est finement observé… Pas du tout cliché votre manière de démonter Turzi (qui à mon humble avis s’en remettra).
Sinon qu’est ce que vous conseillez aux snobs que nous sommes qui aimons écouter de la « moissonneuse -batteuse » ?
J’attends vos recommandations avec impatience.
Au fait l’album est vraiment excellentissime mais peu mieux faire en concert (au vu et entendu de celui de la Boule noire, mais c’était quand même pas mal).
C’est un peu gênant de voir tous ces articles sur Turzi (dont je trouve l’album excellent par ailleurs) le placer sous l’étendard du Krautrock, et de voir citer Neu et Can à tous les coins de lignes, sans donner la moindre définition de cette musique.
Une musique qu’on serait bien en peine de définir d’ailleurs, car à part leur emplacement géographique commun et leur mélange de rock et d’expérimentation, pas grand-chose en commun entre des groupes comme Faust, Amon Duul, Ash Ra Tempel, ou encore les Can et Neu précités.
A l’image de la « French Touch » popularisée au milieu des années 90, le terme de « Krautrock » est surtout une étiquette musicale commode qui, bien que regroupant sous sa bannière d’excellents groupes, n’a pas vraiment de cohérence musicale. Sa seule fonction consiste à désigner un ensemble de groupes ayant, chacun à leur manière, surent faire sortir le rock de ses gonds au moyen de géniales expérimentations. Après tout, « krautrock »= »sauerkraut rock »= »rock choucroute »= »rock allemand ». Une bien maigre définition.
Excusez ces remarques tatillonnes, qui n’enlèvent rien à la qualité de cette article, mais je voulais juste pousser mon coup de gueule contre des étiquettes musicales « branchées » qui servent avant tout à faire la promotion d’un groupe ou d’un artiste. Turzi, tu n’as vraiment pas besoin de ça, ton talent parle par lui-même !
C’est très sympa un bon groupe qui monte……
Luc