Entretien

Urgence Darfour: "L'attitude de MSF est incohérente"

Camp de réfugiés de Kassab (Michael Kamber/Reuters).

La semaine dernière, Jean-Hervé Bradol, président de Médecins sans frontières (MSF), sonnait la charge sur Rue89 contre le collectif Urgence Darfour, accusé d'être dans la mouvance néo-conservatrice , et contre le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner. Le docteur Jacky Mamou, président d’Urgence Darfour, ancien président de Médecins du monde, a demandé à pouvoir lui répondre.

Le président de MSF accuse Urgence Darfour d'être des néo-conservateurs à la française...

Les crimes contre l’humanité commis par le gouvernement soudanais à l’encontre des populations du Darfour n’ont suscité aucun intérêt en France jusqu'à ces derniers mois. La direction de MSF France a été complètement défaillante pour effectuer le moindre plaidoyer significatif sur ce sujet, alors que ses équipes étaient sur le terrain. Cette discrétion pourrait à la rigueur s’expliquer par la crainte de représailles sur le personnel travaillant au Soudan.

Mais, étrangement, le groupe des dirigeants de MSF France s’en prend à ceux qui promeuvent une mobilisation qu’il n’a jamais été capable de susciter. Peut-être supportent-ils mal que ce soit des militants issus de l’humanitaire qui mènent ce travail de sensibilisation.

Il est reproché à Urgence Darfour d’être favorable à une intervention internationale de protection des civils. Curieusement, ni Human Rights Watch, ni Amnesty International, qui avaient adopté, avant nous, ce positionnement, n’ont suscité ces réactions outrancières.

La résolution 1706 du Conseil de sécurité invite le Soudan à accepter un déploiement de 22000 Casques bleus. Que cherche MSF France ? Les seuls qui se réjouissent de cette polémique indécente, ce sont les génocidaires soudanais !

D’autre part, par méconnaissance ou mauvaise foi, les chefs de MSF France expliquent que les néo-conservateurs » sont favorables à une intervention au Soudan. En fait, il y a bien longtemps que ces derniers ont choisi l’alliance stratégique avec Khartoum dans leur lutte contre le terrorisme islamiste. Sans la mobilisation de la société civile américaine et des démocrates, la gesticulation américaine continuera.

Quant à moi, je milite depuis plus de vingt ans dans le mouvement humanitaire pour améliorer la protection des civils. J’ai rencontré Kofi Annan en 2000, alors que j’étais président de Médecins du monde, pour lui proposer une réforme de l’ONU sur les processus d’alerte rapide afin de protéger les populations. Je n’ai pas de leçons à recevoir en ce domaine.

Une partie des ONG présentes au Soudan et au Tchad estiment que l'envoi de troupes étrangères n'est pas la priorité, et qu'il y a un risque de confusion des genres...

La violence est organisée par Khartoum, et les rebelles qui s’attaquent aux humanitaires sont ses alliés. A Géréida, les hommes de Minawi, ministre de Khartoum, s’en sont pris violemment aux ONG. Oxfam vient ainsi de déclarer qu’elle quittait définitivement le plus grand camps de déplacés.

Le Président soudanais a dit que les ONG sont les ennemis du Soudan . L’objectif est clairement l’épuisement des populations rescapées des massacres. Selon l’ONU, sur 4,5 millions de personnes affectées par le conflit, 1 million n’ont pas d’accès à l’aide et 1 million n’ont qu’un accès précaire. Les zones d’accessibilité ont diminué en un an de 64%. Et douze travailleurs humanitaires ont été tués en quelques mois. Tandis qu’en une année, plus de 400 000 personnes ont été chassées de force de leur village, rejoignant des camps déjà archi-saturés, véritables prisons à ciel ouvert.

Faut-il continuer ? L’humanitaire n’est pas une solution. Dès lors, demander une simple reprise des négociations, comme le fait MSF, c'est un peu court, non ? D’autant que Khartoum a choisi les bombardements, le harcèlement des humanitaires et la division des rebelles. Les populations ont besoin de protection. Demandez aux réfugiés ce qu’ils souhaitent, si ce n’est la venue des Casques bleus pour revenir sur leurs terres !

Comment caractériser ce qui se passe au Darfour ? Y a-t-il génocide selon vous ?

Quand MSF France parle de guerre civile pour relativiser ce qui se passe, nous pensons aux paroles du Sud-Africain Desmond Tutu :

Dans une course aux excuses pour justifier l'abandon du Darfour […] nous devrions nous méfier de ceux qui prétendent que le nettoyage ethnique des civils sans défense est en fait une guerre civile [ou] que la situation est bien plus compliquée que ce que vous autres, idéalistes, laissez entendre. »

Une véritable guerre contre les civils se déroule dans l’ouest du Soudan. Si le compteur de l’ONU est bloqué à plus de 200000 morts depuis dix-huit mois, des observateurs attentifs estiment à plus de 400000 le nombre de victimes.

Le crime de génocide, selon la Convention internationale de 1948, s'applique aux actes commis dans l'intention de détruire, tout ou partie d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Il peut s’agir de meurtres ou d’atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe, ou encore de sa soumission intentionnelle à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle.

Qui peut nier sérieusement que telle est la situation endurée par les groupes noirs africains four, massalit, zaghawa… du Darfour ? La litanie est affligeante : meurtres de masse, viol systématique des femmes et des fillettes, déplacement de force de millions de personnes après destruction de leur village, empoisonnement des puits, pillage, vol des cheptels…

Quant à l’aide humanitaire, Jan Egeland, alors secrétaire général adjoint de l’ONU, avait listé devant le Conseil de sécurité les quatorze moyens que Khartoum utilisait pour l'entraver. Cette aide vitale dont dépendent des millions de personnes est aussi pillée, détournée, attaquée.

Le ministre soudanais en charge de… l’humanitaire est désigné par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité : il a organisé les milices janjawids. La question de l’intentionnalité du gouvernement soudanais ne fait pas de doute tant les preuves sont nombreuses du ciblage systématique des civils par son aviation et les Janjawids.

Les survivants mentionnent avec insistance que les Janjawids les attaquent en criant Nous allons tuer tous les Noirs » ou encore Cette terre n’est pas celle des Noirs . D’innombrables témoignages et analyses, publiés par des organisations aussi diverses que Amnesty International, Human Rights Watch ou Africa Action, confirment que l’objectif est de vider la région de ses populations noires africaines .

Il existe donc un consensus international sur le crime contre l’humanité au Darfour. Les arguments sérieux pour parler de génocide s’accumulent hélas aussi.

Pourquoi ce dossier du Darfour suscite-t-il ainsi des controverses très idéologiques ? S'agit-il d'un phénomène français lié au contexte électoral, ou agit-il comme révélateur de nouvelles lignes de fracture plus profondes ?

C’est une polémique très parisienne. L’attitude de MSF France est incohérente. Dans le passé, MSF et d’autres ONG ont demandé, à juste titre, aux politiques de ne pas se cacher derrière l’humanitaire mais d’agir. C’est ce qu’elles ont logiquement réclamé pour la Bosnie, le Rwanda, le Kosovo, le Timor. A l’époque, personne ne parlait de guerre juste » , mais plutôt de la nécessité de protéger les populations contre des crimes de masse. C’est le seul guide utile aujourd’hui pour plaider la cause des populations du Darfour. Toute autre approche est idéologique ou politicienne.

 

A lire :
MSF : Au Darfour, Kouchner se met à dos les ONG
L'interview de Jean-Hervé Bradol, de Médecins sans frontières.

 


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manu2005
20H21 02/07/2007
    Je suis très dubitatif.
    Quelqu’un a-t-il de l’info « tierce » ?
 
Al Sudani
14H17 03/07/2007

Les arguments d’Urgence Darfour deviennent de plus en plus nauséabonds et fermés a toute critique. Il n’est pas acceptable intellectuellement de comparer des situations qui ne sont pas comparables afin de développer des discours schématiques.

Vous souvenez-vous du: « You are with us or you are against us. »? Urgence Darfour publie actuellement en une sur son site un article de BHL qui qualifie successivement MSF de « Ratiocineurs », « épiciers de l’horreur (…) une calculette à la place du cœur », « géostratège de salon ». Il n’est pas très étonnant de revoir un des chantres de l’intervention en Iraq, tenter les mêmes démonstrations. Certains ne supportent pas la critique. Le champ lexical utilise par BHL n’est pas sans évoquer l’aveuglement et la dichotomie de l’administration Bush qui s’est appliqué a ranger ses ennemis et ses détracteurs dans le même camp du mal, pour mieux justifier une intervention….

« Des observateurs attentifs estiment à plus de 400000 le nombre de victimes. »
Quelle est l’utilité de grossir les chiffres ? Aucune organisation sérieuse (UN, Human Rights Watch, ICG, Amnesty) n’évoque un nombre de morts supérieur à 300 000 morts. 200 000 morts reste le chiffre le plus crédible à ce jour.
Il est révoltant que 200 000 personnes aient été assassinées, mais ajouter 50% de morts n’a aucune autre utilité que justifier une intervention sur des bases fausses. Les ONG sur le terrain expriment toutes que la vague de violence a connu un pic en 2003-2004 et que le temps des grands déplacements de population à l’intérieur du Darfour est derrière nous. Les mouvements les plus préoccupants ont lieu vers le Tchad et depuis le début juin MSF alerte la Communauté internationale sur les besoins de ces réfugies.

« Une intervention internationale de protection des civils »
Quelle intervention ? Un lecteur a mentionne avec raison la taille du Darfour, ce qui rend risible l’idée d’une force de maintien de la paix de 22 000 hommes. Peut-on espérer sérieusement sécuriser une région de la taille de la France avec 20 000 hommes ?

Des mots chocs comme « génocide » ne sont pas pertinents pour éclairer la situation au Darfour. Désolé de devoir être moins spectaculaire : il s’agit hélas d’une nouvelle guerre civile africaine dans un pays constitue de toutes pièces pendant la colonisation. Pendant les 40 ans de guerre civile (20+20), la rébellion du Sud a souvent cherche a entraîner certaines ethnies du Darfour dans le conflit. Comme le Sud ou l’Est, le Darfour a été négligé par les gouvernements soudanais successifs issus du Nord depuis 1945. Comme au sud auparavant, Khartoum a alimenté les clivages ethniques et les différences pasteurs/agriculteurs afin « d’externaliser » sa guerre, tourner des populations les unes contre les autres, afin de s’attribuer les ressources naturelles.
« Vider la région de ses populations « noires africaines »» n’a aucun sens pour le gouvernement de Khartoum. Sans doute ses mots ont été utilises pour mobiliser des désœuvrés transformes en Janjawid. On a fait fuir les populations pour s’attribuer leurs richesses et ensuite ? Rien. Aujourd’hui Khartoum cherche a se débarrasser des Janjawids (en les envoyant combattre au Tchad par exemple) devenues des milices encombrantes.
Le même scénario s’est passe au Sud jusqu’en 2005. Pour prendre le contrôle du pétrole. En divisant les ethnies du Sud entre elles, Khartoum est parvenu à prendre le contrôle des principaux puits de pétrole. Et seules des négociations menées au Kenya a partir de 2002 ont permis de parvenir a l’accord de paix de 2005. Des lors les milices sont devenues obsolètes, ralentissant un processus de paix qui satisfait Khartoum. Il est même arrive au cours de l’année 2006 que les anciennes milices du sud armées par Khartoum se retournent contre leurs anciens protecteurs.

Renverser un gouvernement c’est facile, encore il faut s’en donner les moyens, ce dont personne n’est prêt pour le Soudan. Reconstruire c’est plus difficile et seul un dialogue entre les parties soudanaises permettra de parvenir à ce résultat.

Un lecteur demandait des informations. Il faut bien réaliser qu’au Darfour, a part une poignee d’ONG internationales disposant de larges capacités d’intervention (MSF, Oxfam, Coopi …), des agences des Nations Unies et des militaires de l’Union Africaine, il n’y a aucune autre sources d’informations. Il faut donc faire confiance a l’un de ses acteurs. 826 personnes (46 expatriés et 780 employés soudanais) travaillaient au Soudan pour MSF France en 2006. Peut être serait-il plus sage d’écouter ce qu’ils pensent de la situation.

J’étais l’un de ces volontaires.

 
snip
09H42 04/07/2007

C’est vraiment très intéressant tout ça.
Je me rend compte jour après jour de mon ignorance dans le domaine …
Mais il y a vraiment quelque chose qui me chagrine dans ces propos, autant dans ceux de l’article que dans ceux d’Al Sudani.
J’ai un peu de mal à l’expliquer mais je ne comprend pas comment peut on décement se tirer dans les pattes entres humanitaires, ONG … alors qu’à la base l’objectif devrait être le même.
En fait pour aller même plus loin, j’ai l’impression de revivre l’élection présidentielle française avec plusieurs partis qui veulent démontrer que c’est eux qui ont raison en se foutant royalement au fond de ce qu’en pense les électeurs.
Alors, oui c’est un peu cynique car la situation est grave là-bas, mais je suis constament mal à l’aise quand je vois des gens (a priori altruistes et sensibilisés aux problèmes) se faire la guerre par articles interposés.
Evidement je ne sais pas qui croire, je n’ai aucun moyen de savoir, je ne vais pas me rendre moi même dans une zone grande comme la France avec mon sac à dos pour constater des viols et des massacres.
Mais pourquoi tout le monde n’essaie pas de bosser ensemble pour aller vers le même objectif : AIDER LES POPULATIONS !!!
Finalement je me demande si l’humanitaire n’est pas le petit frère de la politique : Les arguments amènent les adeptes, et personnes n’a completement raison ni completement tort mais tout le monde se bouffe la gueule !

 
manu2005
13H44 08/07/2007

Certaines ONG ont pour but REEL d’aider les gens.
Même si c’est parfois maladroitement, car on ne peut pas projeter nos schémas partout.
Il faut s’adapter, et certains jeunes (ou moins jeunes) projetés dans ces pays ne le comprennent pas tout de suite.
Certaines autres ONG ne sont que des agences de propagande, voir d’espionnage de certains gouvernements.

 
Al Sudani
14H04 06/07/2007

Il me semble que les positions sont claires et que chacun peut se faire une opinion a partir des elements deja precises. Cela dit,

- « utiliser les errements politiques de BHL »
Urgence Darfour a mis en ligne en une de son site le 26 juin le texte de BHL. C’est donc qu’elle partage son point de vue.

- « c’est cette réalité-là que vous souhaitez occulter? »
MSF a ete parmis les 1ere ONG a interpeller en 2003 sur les massacres de masses et les crimes commis au Darfour. Nous continuons a interpeller regulierement la Communaute internationale.

- « Quels intérêts servez-vous ? Pensez-vous que le bizness de l’humanitaire soit le seul qui permette d’agir ? »
Je m’exprime en tant que volontaire de MSF, malgre le degout que m’inspire tes propos. L’humanitaire tel qu’il est pratique par MSF ne sert aucun autre interet qu’alleger les souffrances des populations. Nous pouvons enrayer des epidemies de cholera, faire de la chirurgie reparatrice, vacciner contre la rougeole, traiter la malnutrition… Ce sont de maigres resultats, mais c’est les seuls que nous sommes capables d’obtenir.
Contrairement a Urgence Darfour, nous ne pensons pas qu’une intervention militaire changera la situation au Darfour. Nous travaillons au Soudan depuis plus de 20 ans et notre connaissance des conflits soudanais nous incite a considerer qu’un dialogue entre les differentes forces en presence au Darfour constitue la plus sure solution pour permettre la fin des combats et le retour des refugies dans leurs villages.

- « le Darfour n’est pas que l’affaire des humanitaires »
C’est sur c’est avant tout l’affaire des Soudanais et des peuples du Darfour.

- « Il faut prendre parti, se trouver des forces, armées s’il le faut, pour intervenir »
Non. 22 000 soldats permettront de tenir 200 camps de deplaces, mais ne permettront jamais aux deplaces de rentrer chez eux.

- « Il ne sert à rien de dire qu’une intervention là-bas s’apparenterait à l’invasion de l’Irak ou aux positions de Bush. »
Il est tres interessant de voir comment Urgence Darfour cherche desomais a se demarquer de l’image de la guerre en Irak..
Chaque situation est differente mais les similitudes sont nombreuses. L’exemple le plus frappant est le manque complet d’analyse de la situation politique et sociale au soudan comme en Iraq. Renverser le regime dictatorial de Khartoum comme celui de Sadam conduirait a une fragmentation communautaire, a reveiller de nombreux conflits soudanais endormis, a remettre en question les resultats de la paix au sud. Le Soudan a traverse 20 ans de guerre civile avant que la question du Darfour ne se reveille. Il y a eu 2 millions de morts, ne pensez vous pas qu’il s’agit de facteurs essentiels a prendre en compte avant de proner une intervention?

- « les intérêts ne sont pas les mêmes qu’en Irak (pas de pétrôle, pas de ressources, pas de place stratégique. »
Allez on s’arrete ici parce que cette derniere phrase souligne ta meconnaissance complete du terrain. Le Darfour est une region riche, surtout par rapport a l’ensemble du Soudan. Les terres sont fertiles, il y fait beacucoup plus frais, ce qui favorise les cultures. Tu crois que Khartoum a deplace des populations pour leur prendre du desert? Non ce sont des terres riches qui ont ete spoliees. Par ailleurs, de nombreuses prospections petrolieres sont envisagees ou en cours, difficile de le savoir exactement. Et du point de vue geostrategique, c’est une plate forme pour le controle du Tchad…

Allez ralas,
et si tu me crois pas,

Ahlan wa sahlan
Rends toi la bas!

 
Paco Tizon
18H12 06/07/2007

Pourquoi me tutoyer ? Pour vous montrer supérieur ?

Bon, passons au fait : certes la région est fertile, comme vous dites, mais ne possède PAS de pétrole, ET VOUS LE SAVEZ. Il n’y a pas eu de pétrole décelé dans cette zone, et vous faites croire que si, pour justifier votre comparaison avec l’Irak.

Je n’ai jamais soutenu l’intervention en Irak, et pourtant je soutiens celle du Darfour qui n’aura ni la même forme ni les mêmes objectifs.

Je n’ai pas été au Darfour mais tous ceux qui y sont allés ne partagent pas vos conclusions. La plupart des humanitaires (je crois que Jacky Mamou et d’autres d’Urgence Darfour en sont, non ?) n’ont pas forcément votre analyse.

le Darfour n’est pas QUE l’affaire des humanitaires. Vous répondez : « c’est avant tout l’affaire des Soudanais et des peuples du Darfour. » En conséquences, ce sont mes affaires. C’est comme ça, les malheurs de mes frères et soeurs me concernent. Moi aussi je souhaite qu’ils cessent de crever et d’être déracinés, et il faut parfois se mêler des affaires des autres : l’individualisme qui consiste à dire « c’est l’affaire des Africains » ne me ressemble pas.

L’humanitaire est indispensable mais insuffisant. Si on n’agit pas vite, MSF risque d’être au Darfour pendant longtemps… jusqu’à ce que vos conditions de travail soient insupportables, en fait.

Respectueusement,
Paco Tizon.

 
zorbek
20H23 02/07/2007

Avec des arguments comme ceux de JH Bradol (très bien contrés par l’article ci-dessus), on arriverait très vite à reproduire ce qui s’est passé au Rwanda, ce qui est d’ailleurs presque le cas. Le seul moyen d’empêcher la perpétuation des massacres est d’agir militairement, et c’est urgent. De plus, ce n’est pas parce que la catastrophique invasion de l’Irak était basée sur un bobard que toute intervention occidentale est une supercherie ou inutile. C’est apparemment là une évidence qui échappe à certains…

 
manu2005
21H02 02/07/2007
    On ne demande qu’à vous croire. Qu’avez vous pour appuyer vos dire ?
 
Krevet
21H00 02/07/2007

il me paraît, comme à beaucoup, qu’il est urgent de mettre un coup d’arrêt aux actions soudanaises au Darfour et au Tchad.
Néanmoins, il y a une énorme différence entre une force d’interposition et une action militaire offensive. La gradation dans la violence va être difficile à établir : empêcher les janjawides et leurs soutiens soudanais d’agir sera déjà très compliqué et hasardeux, mais aller plus avant signifie supprimer le pouvoir soudanais actuel. Même problème que pour l’Irak : qui mettre à la place, sans transformer le pays en un nouvel aimant à djihadistes.
Au-delà de l’obscénité inhérente de toute guerre, celle proposée par certains devra être faite dans un pays immense, où il faudra prendre en compte de multiples facteurs ethniques, religieux et des intérêts parfois douteux (comment les Chinois vont-ils réagir ?).
Personnellement, je ne sais réellement pas quoi penser de tout ça, mais ce que je sais c’est qu’on ne doit jamais évoquer les actions de guerre à la légère, fut-ce pour de « bonnes » raisons. C’est toujours plus de gâchis en perspective (notez que je ne suis pas pacifiste pour autant).

 
Circus
01H54 03/07/2007

Il y a deux choses que j’aimerais bien que les journalistes fassent plus souvent en ce qui concerne ce genre de situation, lorsque l’on arrive au point où la seule solution que l’on envisage est l’intervention militaire « humanitaire » est :

1° retracer l’action de la « communauté internationale » jusqu’à ce que la situation dégénère
2° évaluer les actions précédentes engagées au nom de l’intervention humanitaire et voir si les institutions en ont retiré quelque chose pour leur gestion future de ces crises et sorties de crise.

La première étape: elle permet parfois de se rendre compte que la « communauté internationale » a été très active (FMI, banque mondiale, diverses institutions onusiennes et autres Etats occidentaux) et a participé au pourrissement de la situation. On a les exemples de l’ex-Yougo et du Rwanda. (voir la très bonne analyse de Anne Orford: Reading humanitarian intervention, en anglais désolé…)

La deuxième étape: elle permettrait de voir dans quelle mesure l’opinion internationale une fois mobilisée par les meurtres télévisés oublie la suite.
Le Kosovo est devenue la plaque tournante de trafics en tous genres: prostitution, drogues… La minorité est toujours aussi exclue et l’état économique est lamentable.
Le Timor oriental est également dans une déplorable situation politique et économique, du moins pour la vaste majorité de la population et ce malgré les privatisations et la dérégulation…

Je pense que cela pourrait rendre les citoyens plus critiques des politiques internationales menées par tous nos gouvernements successifs. Et voir que nous restons encore dans une vision d’intervention néo coloniale: les civilisés viennent apprendre aux barbares, et si ça rate c’est qu’ils étaient vraiment trop barbares donc il n’y a plus qu’en utiliser la force ou les laisser dans la merde…

 
Paco Tizon
18H49 06/07/2007

Bonjour,

Quelques réponses:
quant au pourrissement par les organisations occidentales, c’est possible mais peu probable : A ma connaissance, pendant de longues années, le Soudan a été le centre d’attention d’autres organisations : l’Egypte, la Ligue Arabe, et qu’il a brillé par sa volonté de ne pas dépendre de l’Occident : les clients du pétrole du sud sont principalement la Russie et la Chine, non ?

Si c’est faux, informez-moi.

La vision néo-coloniale a été celle de la France concernant le Rwanda, Mitterrand allant jusqu’à affirmer qu’un génocide n’avait « pas la même signification en Afrique », que les Africains y étaient habitués… ce qui a permis le pourrissement, certains politiciens se permettant encore d’affirmer qu’il n’y avait pas de quoi agir.

LE NÉO-COLONIALISME CONSISTE À VOULOIR ACCAPARER LES RESSOURCES D’UNEGION. Pas d’agir pour le bien de ses populations. Il faut donc militer pour une intervention de sauvetage avec une force de maintien de la paix comme a pu en envoyer au Liban (avec un succès relatif), mais sans qu’il soit question de remplacer les structures du pouvoir, sans qu’il soit question de favoriser l’impérialisme, la drogue et la prostitution.

Au Soudan, l’esclavage existe encore, le racisme aussi, et la guerre, qui se pare d’un prétexte économique, ne fait que traduire un conflit ethnique latent, tous les analystes sérieux le confirment.

Paco Tizon

 
Al Sudani
09H51 08/07/2007

La Chine est le principal client du pétrole soudanais. Probablement a hauteur de 6o%. Le pipeline qui permet d’exploiter le pétrole du sud a été construit en pleine guerre avec le sud, pour le bénéfice de Khartoum, par un consortium malaisien, canadien et chinois. Cela dit d’autres multinationales s’intéressent au pétrole soudanais, parmi lesquelles Total qui possède parmi les plus larges réserves non-exploitees et l’entreprise autrichienne OMV.
En ce qui concerne le Darfur, certains prétendent qu’il y a du pétrole, d’autres non. Sachant que ni Khartoum ni les pétroliers n’ont intérêt à faire la lumière sur ce sujet, il est impossible de connaitre la verite. Il est néanmoins légitime de s’interroger sur le sens des massacres et des déplacements de population de 2003-2004. Si il est sur qu’aucun pétrole n’est exploite en ce moment, des prospections sont très certainement en cours. La découverte du pétrole tchadien de l’autre cote de la frontière ne peut qu’alimenter ces soupçons.

En soi le fait de vouloir agir pour le bien des populations peut devenir très facilement du neo-colonialisme… Il est très dangereux d’être idéaliste en matière de relations internationales. « L’homme n’est ni ange ni bête, et qui veut faire l’ange fait la bête » disait Pascal au XVIIe… A méditer.

En ce qui concerne le Liban, l’arrêt des combats l’an dernier résulte quasi-uniquement du cessez le feu entre Hezbollah et Israéliens. L’incapacité de Tsahal a accomplir ses objectifs, la lassitude de la population israélienne, les pertes du Hezbollah et les victimes civiles, ont amene les deux parties a arrêter les combats. La pression de la communauté internationale n’a presque servi a rien. La force d’intervention permet probablement de surveiller la paix et les infractions aux résolutions du conseil de sécurité, mais elle n’est absolument pas a l’origine du cessez le feu.

La guerre au Soudan ne se « pare pas d’un prétexte économique », elle est économique et politique. C’est l’absence de consensus pour le partage des richesses du Soudan, qui a crée les guerres d’hier comme celles d’aujourd’hui. C’est le manque de reconnaissance politique du Sud hier et du Darfour aujourd’hui qui explique que ces peuples se lèvent pour défendre leurs droits. Khartoum alimente la guerre et les divisions par les clivages ethniques mais le nerf de la guerre, c’est le contrôle des ressources du Darfour.

Quels liens avec le débat sur la guerre en Irak?
Il ne s’agit pas d’une simple question rhétorique. Le parallèle ne tient pas au pétrole, tu as raison Paco. Le parallèle essentiel a mes yeux, tient au fait que dans les deux cas, des gens justifient une intervention armée extérieure pour le bien des irakiens ou des darfouris.
Dans les deux cas, je relève des similitudes dans l’argumentation et la rhétorique, comme je l’ai souligne dans un précèdent message. Mais le plus important, c’est le désaccord de fond sur l’intervention en soi. Sadam était un cruel dictateur, mais qui pouvait prédire que son éviction aboutirait a l’explosion actuelle de violences communautaires? L’intervention en Irak a sous estime le réveil des tensions inter ethniques. Personne n’imaginait que toutes ces ethnies/confessions qui avaient vécu ensemble sans problème majeur par le passe et détestaient pareillement Sadam, s’affronteraient de cette manière. Le conflit en Irak n’est pas US versus Irak, il est Irak versus Irak: Chiites de Moktada contre Chiites de Badr, Sunnites contre chiites, Sunnites pro al Qaida contre Sunnites, Sunnites contre Kurdes….

Au Soudan, il existe des lignes de fractures tout aussi profondes entre les nombreuses ethnies. Renverser le régime de Bashir déstabiliserait durablement le Soudan, sans solution miracle. Les conflits éclateront dans d’autres régions de manière inéluctable. Certainement il existe une alternative a Bashir, mais seuls les Soudanais peuvent la trouver. Certes il est révoltant pour nous occidentaux de voir ce régime dictatorial se maintenir, mais les choses ne peuvent bouger que de l’intérieur du Soudan. Le régime fait face à de nombreuses oppositions, sa survie ne passe que par une distribution plus équitable de la manne pétrolière.

Oui, la communauté internationale a un rôle a jouer. Elle doit signifier au Soudan que les massacres et les déplacements de population sont inadmissibles. Elle peut ostraciser le gouvernement de Bashir, elle peut décréter un embargo sur le pétrole soudanais. Elle peut amener la Chine a faire pression sur son allie. Pekin ne privilégiera jamais Khartoum a une bonne entente avec Washington ou les Européens. Les chinois sont peu regardants en matière de Droits de l’Homme, mais leur intérêt essentiel réside dans leur croissance a deux chiffres, et dans la poursuite de cet objectif, Khartoum pèse peu a cote du client américain… Pekin peut obtenir de très important résultats. Khartoum sera très sensible à la pression et ne pourra que négocier. Voila ce que peut faire la communauté internationale: amener Khartoum a négocier avec les rébellions du Darfour et aboutir a un traite de paix.

Les relations internationales ne sont pas angéliques, elles sont dictées par des considérations stratégiques, politiques, diplomatiques. En tenir compte permet d’obtenir de meilleur résultats que de prôner des solutions toutes faites et donc hélas inadaptées.

Amis débatteurs,
Marhaba !

 
RIVIERE
03H25 03/07/2007

Il est très tard, je n’ai rien compris à cet article et d’ailleurs je ne comprends rien à toutes ces tergiversations à propos du Darfour. Les intellectuels, les humanitaires, les politiques qui se bouffent le nez. C’est un génocide, ce n’est pas un génocide. C’est incompréhensible. Et puis on s’en fout de la sémantique quand il s’agit de la vie humaine.
Les habitants du Darfour continuent d’être massacrés et cette communauté internationale continue de disserter… Quand vont-ils arrêter leur c…….e ? Quand on sera tous morts ?

 
manu2005
07H11 03/07/2007
    Oui, d’accord. Avez vous une idée pour sauver ces gens sans destabiliser complétement la région et faire encore plus de morts ?
    S’il y a discussion, c’est justement pour éviter de reproduire ce qui c’est déjà passé ailleurs.
    Je comprend que cela vous apparaisse monstrueux, mais l’envoie de forces militaires est souvent à haut risque.
    De plus la région est productrice de pétrole. La parole des gouvernements est difficile a accepter sans autre forme de procès.
    Certaines ONG, et c’est ce qui se dit sur « URGENCE DARFOUR », sont financées par des gouvernements.
    C’est pourquoi, en début de débat, je demandais si quelqu’un avait des information tierces (et fiables) sur le sujet.
    Or pour le moment, les uns s’émeuvent, les autres (dont moi) doutent, mais pas d’info…
    Réagir sans réfléchir, sans info, risque de conduire à une tragédie plus importante encore. Et vu l’imbriglio politique, j’ai peur que nous ne puissions y échapper.
    Enfin, si l’emotion est médiatisée en ce moment, il semble que cela fait plusieurs années que des milliers de gens se font massacrer là-bas sans autre forme de médiatisation. Qu’est-ce qui les a rendus si soudainement célèbres ?
 
manu2005
08H18 04/07/2007

et a propos de silence médiatique, renseignez vous sur la Transnistrie et ce que l’OTAN y fait en ce moment…

 
ebolavir | Tianjin
07H49 03/07/2007

Les ONG européennes sont devenues des entreprises multinationales, avec des marchés (la vente de prestations aux Etats et à l’Europe, payées avec l’argent des contribuables), des dirigeants et des permanents, des mesures d’audience (le montant des dons, le nombre de donateurs). L’action sur le terrain finit par avoir moins d’importance que le marketing. C’est ainsi que le Darfour devient l’arrière-plan, l’évènement se passant dans le microcosme parisien.

Quant à la position « anti-intervention » de MSF, je n’y connais rien. Mais j’ai l’impression qu’ils ont raison sur le principe. A ma connaissance, chaque fois que des armées étrangères sont intervenues quelque part pour faire cesser le mal (ou ce que ceux qui les envoient considèrent comme le mal), elles n’ont rien empêché, sauf peut-être la résolution du conflit par l’épuisement final des adversaires.

Imaginons que des extraterrestres pas très au courant aient essayé d’arrêter la guerre en Europe aux alentours de 1943. Il est probable que nous aurions encore des camps de réfugiés où on enseigne la haine à la troisième génération depuis le cesser-le-feu forcé (science-fiction, bien sûr).

A lire (en anglais) quelque chose de stimulant: « give war a chance » d’Edward Luttwak (1999).
http://www.mtholyoke.edu/~jwestern/ps62/edward_n_luttwak.htm