Interview

Alain Minc: « Les journalistes du Monde tentent un putsch »

Alain Minc, qui s’estime légitimement réélu à la tête du conseil de surveillance du Monde estime, dans un entretien à Rue89, que les journalistes veulent remettre en cause le partage traditionnel des pouvoirs entre rédaction et actionnaires extérieurs.

Alain Minc arrive à l'Elysée (Vincent Kessler/Reuters).

Alain Minc, dont le renouvellement à la tête du conseil de surveillance du Monde a été approuvé jeudi par dix de ses vingt membres, considère qu’il a obtenu la majorité des voix. La société des rédacteurs du Monde (SRM), elle, conteste ce résultat (il manque selon elle une voix) et refuse de siéger dans ces conditions.

Cette situation a mis le quotidien dans l’impasse, car elle rend impossible la nomination formelle du nouveau président du directoire du Monde (le patron), Pierre Jeantet. Alain Minc a annoncé qu’il demanderait au tribunal de commerce la nomination d’un administrateur judiciaire si la question de la présidence du directoire n’était pas réglée avant la fin du week-end. Il a expliqué sa position à Rue89, au téléphone, vendredi matin.

Pourquoi tenez-vous tant à rester président du conseil de surveillance du Monde ?

C’est un problème beaucoup plus profond qui est posé. C’est la remise en cause du Yalta qui était respecté depuis des années entre les actionnaires extérieurs et la rédaction : nous respectons leurs droits, eux doivent respecter les nôtres. Parmi ceux-ci, il y a le choix du président du conseil de surveillance.

Dans la pratique, le président du conseil de surveillance est issu des actionnaires extérieurs. Le code de bonne conduite veut que les autres ne s’en mêlent pas. L’enjeu dépasse donc de beaucoup le débat  » ad hominem »  : on est en présence d’une tentative de putsch.

Mais les statuts parlent d’une majorité des voix…

Lorsqu’il s’agissait, l’an dernier, d’acter le départ de Jean-Paul Louveau [du poste de directeur général, ndlr] et de fixer son indemnité, nous l’avions fait avec dix voix. Maintenant, la SRM veut changer la jurisprudence en fonction de son intérêt… Et elle cherche à empiéter sur des compétences qui ne sont pas les siennes.

Ça suffit ! La scène d’hier était traumatisante. Le représentant de la SRM, en claquant la porte, a mis en danger l’intérêt de l’entreprise pour des histoires de boutique. Mais si ce qu’ils veulent, c’est un mandataire désigné par la justice, ils l’auront. Moi j’ai la responsabilité de le demander si la situation n’est pas débloquée.

Ne serait-il pas plus simple de vous retirer au profit d’un autre, comme le demande la SRM ?

Ils sont sur une autre planète, ils font régner une atmosphère pré-thermidorienne. Mais s’ils forment un bloc, nous aussi. Notre groupe était déjà solide, mais depuis qu’ils ont essayé de sortir de leurs pouvoirs, notre bloc est maintenant indestructible.

Quand comptez-vous convoquer le conseil ?

Quand je saurai qu’ils sont prêts à confirmer la nomination du président du directoire, je le ferai. Et ensuite s’ils contestent ma désignation, qu’ils aillent devant les tribunaux, ils ont toute liberté de le faire.

 

► Addendum 2/7/2007 Un compromis a été trouvé pour que Pierre Jeantet puisse être confirmé officiellement à la tête de l’entreprise : le conseil de surveillance se réunira lundi, mais sera présidé par le doyen Claude Perdriel. Les représentants de la SRM refusent de siéger au conseil sous la présidence de Minc.

A lire :
Alain Minc mis en échec, Le Monde dans l’impasse
Nouveau rebondissement au conseil de surveillance.

 

A lire :
 » Le jour où Alain Minc m’a viré »  : l’ex-PDG du Midi libre raconte
Le témoignage de José Frêches.

 

A lire :
La société des rédacteurs maintient la pression
Le communiqué des journalistes.

 


En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.

 
Jackpot
11H18 30/06/2007

Il s’agit de défendre la presse d’opinion telle l’Huma plutôt que la presse qui mange aux rateliers du capital dont Alain MINC et l’un de ses représentants le plus docile.

Jacques

 
Tempus_Fugit
14H28 29/06/2007

Mais Monsieur MINC n’a rien compris, on dirait. Ni les actionnaires, d’ailleurs: un journal n’existe pas sans primo ses journalistes, secundo ses lecteurs. S’ils maintiennent leur pression sur les premiers, et qu’ils gagnent, ils vont perdre les seconds. Où cela va les mener? A mon avis, Monsieur MINC les conduit directement à la ruine… Et si c’était volontaire? Il faudrait savoir à qui profite le crime.

 
leonardo
14H35 29/06/2007

Faut il que la place soit sensible et les intérèts personnels importants, pour qu’un homme de cette nature, adulé de ses quelques pairs, en arrive à ce type d’attitude…
Ce qui est effrayant, et pour le coup d’une pure logique stalinienne, c’est le renversement des mots et des valeurs.
Le camp opposé se voit, renvoyé à une tenttavive putchiste, par celui là meme qui fait son pou-putsch.
Du grand art.
Du grand art lamentable à laquelle la SRM répondra par les moyens à sa disposition, et comme Alain Rollat le suggère, par une mise au point ferme, je l’espère, d’Eric Foottorino.

 
Alfary | Ronchon
00H58 30/06/2007

Oui, en effet, la forte résistance d’Alain Minc révèle, sans risque de sur-interprétation, qu’il y a eu un investissement puissant dans la prise de contrôle du Monde. L’impératif de capter à des fins occultes l’audience rédactionnelle du journal semble bien être central finalement.

Le regain de vigueur de la SRM affaibli incontestablement la position de M. Minc dans son propre camp. Que les rédacteurs maintiennent encore leur poussée et les « z’investisseurs " devront choisir: soit " lâcher » Alain Minc pour conserver un pouvoir résiduel; soit l’imposer et alors vider le Monde de ce qui fait son influence: la crédibilité et la fiabilité de sa rédaction.

La défiance dit déjà que M. Minc a loupé son coup. La raison commande qu’il parte. Que les partenaires financiers se laissent donc gouverner par la raison … et libèrent Alain Minc de sa sujétion.

 
plak
15H22 29/06/2007

je vous rappelle que M. Minc a été élu avec 10 voix pour, 7 contre et 3 abstentions.
il possède une majorité relative, même si celle-ci n’est pas absolue.
est-il vraiment intelligent de bloquer une élection, car il y a eu 3 abstentions, la question à poser serait de savoir pourquoi ces 3 personnes n’ont pas pris partie, c’est là où se situe le vrai problème.

 
Traroth
15H59 29/06/2007

Les statuts prévoient qu’il faut avoir la majorité absolu. Point. Le reste c’est du baratin.

 
yapadebug
15H29 29/06/2007

Le putchiste qui se plaint d’une tentative de putch ! C’est la meilleure !
Et si M. Minc voulait mettre le monde en difficulté pour provoquer son rachat par un chevalier blanc (enfin blanc… façon de parler). Si tu ne vas à L…., L…. viendra t’ à toi ! :o)

 
David Mohamed | Illustrateur et webdesigner
15H34 29/06/2007

J’ai été assez choqué par les propos tenus ce matin par Alain Minc chez Colombe Schneck sur Inter. En gros les mêmes que ceux de l’interview mais en plus virulents et avec une suffisance et un mépris à l’égard des journalistes assez révélateurs (ego-trop, Yalta, menaces, du très lourd)…

A écouter ici : http://www.radiofrance.fr/franceinter/em/jaimessources/index.php?id=5745…

 
Alain Rollat | ancien chef adjoint du Service Politique...
15H59 29/06/2007

Minc ne pouvait être plus clair: il exige la soumission des journalistes du Monde qu’il a déjà privés, avec la complicité de Jean-Marie Colombani, du droit de choisir librement leur directeur. Le putschiste, c’est lui! Quelle est sa légitimité? Si la Rédaction fait corps derrière Eric Fottorino, le nouveau directeur du titre, et si celui-ci sait dire « merde! » à Minc, que fera ce fossoyeur? Il n’est pas propriétaire du titre. Le titre appartient aux héritiers de son fondateur auxquels M. Minc oppose aujourd’hui son souverain mépris. Quant au témoignage de José Frêches, je le confirme en tout point ayant été aux premières loges de ce psychodrame puisque je représentais alors Le Monde au conseil de surveillance du groupe Midi Libre…

 
Mrs Dalloway
23H15 29/06/2007

Je suis depuis longtemps étonnée de la notoriété d’Alain Minc et de sa « réussite » dans le monde des affaires. je ne mets pas en doute son intelligence mais, il semble n’avoir pas en lui ce qui fait un bon stratège : il a quand même été mêlé à bien des échecs financiers. Et l’endettement du Monde qu’il a initié ne prouve-t-il pas qu’Alain Minc ,n’a probablement pas le flair, la prudence et l’audace éclairée indispensables à toute entreprise. Cela peut s’appeler du bon sens, tout simplement. Les journalistes, leur indépendance, la qualité de leur plume, le plaisir que l’on a à les lire et la confiance que l’on a en eux font le journal. les actionnaires financiers devraient être tout le temps convaincus que sans les plumes, le travail d’enquête, il n’y a pas de journal ! ne jamais perdre de vue que le coeur d’un journal est là et que c’est lui qui provoque l’acte d’achat. Alain Minc n’a pas< eu la majorité prévu par les statuts. Qu’il se retire !

 
Pascal Riché | Rue89
20H57 29/06/2007

j’ai corrigé, c’est peut-être moi qui ai ainsi « barbarisé »…

 
sanilhac
17H00 29/06/2007

Admirable bal des faux-culs! Ils se liquident les uns après les autres, se font porter le chapeau, font crever un grand journal sous les dettes, et osent encore parler de principes!

Jusqu’à ce pauvre José Frèches qui ressort de sa boîte pour régler de vieux comptes. Oubliant que s’il a été liquidé, c’est surtout parce qu’il était un incapable qui menait au grand galop Midi Libre à la faillite.

Colombani l’a viré, puis il a viré Plenel. Puis Louveau. Ensuite il a été viré. Il reste Minc, le plus coriace, le cerveau, le Méphisto de tous ces apprentis sorciers. Lui s’accroche et ça va être dur de le décrocher parce qu’il doit solidement tenir ceux qui le soutiennent.

Bon courage aux journalistes du Monde. C’est un beau combat qu’ils mènent là. Si seulement leurs prédécesseurs - Noblecourt, Baudet… - avaient été un peu moins lâches et complaisants dans le passé, ils n’en seraient pas là. C’est dès la sortie du livre de Péan et Cohen qu’il fallait rompre. Et sans doute même avant.

C’est évident depuis l’achat de Midi libre: toute cette stratégie était fondée sur un principe vicieux. On finançait une fuite en avant perpétuelle en vendant par appartements le seul bien réel du Monde, son indépendance.

Maintenant, il va falloir racheter tout cela, si l’on veut que le Monde redevienne un vrai journal de référence, propre, libre et indépendant.
Un point incite quand même à l’optimisme: c’est que de tous côtés, les journalistes semblent enfin s’éveiller. Aux Echos, à la 2, dans les Sociétés de Journalistes, cette profession souvent irresponsable et légère semble enfin prendre en considération son rôle essentiel dans la marche de la démocratie. Il était temps.

 
puerta13
21H53 29/06/2007

On vous l’avez bien dit que MINC Jong Il n’allait pas lacher la proie pour l’ombre.

Il est même prêt à aller en justice envers et contre tous.

Faut croire que la gamelle est bonne.

Quand je pense que ce type conseille Naboléon, une certaine angoizze me saisit.

 
Ferdinand.Bardamu
00H19 30/06/2007

Il minc pas de toupet.

 
demba | rebelle
02H36 30/06/2007

C’est exactement la question que je me pose aussi. Et ce journal -bon, hebdo, c’est pas exactement la même chose- paie très correctement ses journalistes et dessinateurs, en est toujours encore au même design et lay-out qu’il y a je ne sais plus combien d’années sans avoir besoin de mettre photos qui n’intéressent personne mais prennent de la place utile, ni couleurs qui n’apportent rien. Par contre, il n’a pas non plus changé de ligne et fait toujours aussi peur au pouvoir établi, et a gardé une clientèle indégommable!

Et si le Monde changeait de formule une dernière fois, mais plus en accord avec ce que demandent ses lecteurs et non pas les actionnaires?

 
spahi
08H31 30/06/2007

Minc a obtenu 10 voix sur 20, c’est à dire la moitié.
La majorité, c’est au - 11.
Minc a du plomb dans l’aile. Ce grand conseil des capitalistes est intervenu dans la rédaction du quotidien.Il s’est publiquement prononcé pour Sarkozy.
Bref, des attitudes que nombre de journalistes et de lecteurs n’admettent pas.
Plenel, Péan et d’autres ont montré et démontré le rôle de Minc.
Pour ma part, je me suis désabonné du Monde à cause de ça.
Une majorité de lecteurs ne veulent pas de ce Monde là.

 
patroc
09H17 30/06/2007

Avec la main mise sur l’ensemble des chaînes de télé et plus de 80 pour 100 de la presse écrite française, le pouvoir français peut désormais maîtriser « la pensée du peuple ". Le Monde est aujourd’hui " pressé » de se soumettre au diktat de ceux qui nous gouvernent, demain ce sera le tour de Marianne sans doute, après quoi il ne restera plus que les journaux déjà considérés « extrémistes " pour une critique vraie car libre de toute censure. Et encore… La presse française se transforme irrémédiablement en porte-parole de la politique du gouvernement, perdant son " contre-pouvoir critique » au détriment d’un « pouvoir souverain ", proche de celui-ci, et dont le rôle et le but sont de préparer et guider la " masse » à l’acceptation des choix de nos gouvernants. Dès lors, les médias ne sont plus qu’un outil pédagogique au service des décideurs, la critique étant directement filtré et ingéré par le système pour en ressortir propre et sans danger face au but exigé. Opposition contrôlée, information dirigée, tout est en place pour l’hypnose collective…

 
Philippe Meunier
11H58 30/06/2007

Je me demande à quoi correspond le fait, chez Alain Minc, de définir une situation par sa fin : « pré-thermidorienne ». C’est probablement qu’il redoute dêtre très bientôt dans l’après-Minc. Cette perspective est d’ailleurs inscrite dans le communiqué du groupe Le Monde, qui émane des membres du conseil de surveillance ayant voté pour lui. Ce communiqué écrit que Minc a obtenu 10 voix au Conseil de surveillance de la société Le Monde et Partenaires Associés (LMPA). Il n’écrit pas qu’il a été élu président de son Conseil de surveillance. Ces gens là n’ont pas beaucoup de morale, mais ils ont le sens de la précision en affaires.

 
Lafayette
12H22 30/06/2007

Incroyable ! Dur à avaler ! Minc(e) alors !

L’unique source des dividendes des actionnaires du Monde et l’éventuel salaire ou honoraires d’Alain Minc, ne reposent que sur le travail des journalistes afin que le quotidien et toutes les publications du groupe aient une raison d’être…….vendus, j’ajouterais.

Ecrivez, vous aurez votre salaire et pour le reste vous fermez votre g…..! L’attitude d’Alain Minc s’apparente à un renversement des rôles. Les vrais propriétaires du Monde, ceux qui le créent tous les jours, sont ses journalistes, pas l’inverse.

A leur place, j’ accepterais l’invitation du Sieur Minc : aller devant les tribunaux !

 
leonardo
13H58 30/06/2007

Oui, moi aussi je me demande si au point ou ça en est la meileure des choses ne serait pas d’aller devant les tribunaux.
Pour crever l’abcès.Et mettre sur la place publique un certain nombre de données.
 Chiche..!

 
romain_42
00H06 02/07/2007

M. Minc se réfère à la pratique. La pratique n’a jamais constitué une règle. J’ai par ailleurs en d’autres circonstances constaté que M. Minc avait une conception très particulière de la régularité des opérations de vote.

Lors d’une Assemblée Générale de la Société des lecteurs du Monde, on a remis au participants une feuille sur laquelle ils devaient se prononcer sur les résolutions proposées. Ils étaient ensuite invités à ne déposer cette feuille dans les boîtes qui leur étaient présentées à la sortie que dans la mesure où ils rejetaient une ou plusieurs de ces résolutions. Du fait de la longueur de la séance, nombre d’actionnaires ont quitté la salle avant la fin de l’Assemblée. Mais ils n’avaient alors aucune boîte où déposer leur bulletin de vote. De ce fait, ils se trouvaient ensuite comptabilisés comme s’étant prononcé de manière favorable.

Quel merveilleux exemple de rigueur et de démocratie !