Après Strauss-Kahn, Fabius quitte le cimetière les éléphants
Le PS s'enlise dans ses batailles internes : l'ex-Premier ministre annonce son départ immédiat du bureau national.

Lors des débats socialistes le 24 octobre (Reuters)
Après Dominique Strauss-Kahn, c'est au tour de Laurent Fabius de claquer la porte du bureau national du Parti socialiste. Pour « laisser la place aux jeunes », affirme-t-il. Et comme pour DSK encore, c'est sur le blog de Jean-Michel Apathie qu'est parue l'information.
L'ancien Premier ministre sera remplacé mardi prochain par Guillaume Bachelay, 32 ans, sa « plume » depuis une dizaine d'années et qui s'apprête à devenir son « conseiller spécial » à l'Assemblée nationale. « Je vais essayer de travailler différemment, de prendre un peu de temps pour réfléchir, consulter », a expliqué Laurent Fabius, cité par Apathie. Celui qui se décrit comme un « sage actif » ne veut « plus être impliqué, comme cela, dans la vie quotidienne du Parti socialiste. Il faut laisser cela aux jeunes, il faut leur faire de la place pour qu'ils puissent se préparer à la suite. »
Après Gaëtan Gorce la semaine dernière (voir la vidéo ci-dessous) et DSK, les défections se multiplient donc au sein du navire amiral du PS, où l'ambiance est de plus en plus tendue. Sur RTL, Strauss-Kahn avait fait le procès de ses camarades socialistes : « Ils ne disent pas aux Français ce qu'ils veulent entendre, c'est-à-dire que nous n'apportons pas de réponses aux problèmes qui sont les leurs. » Des réponses que lui dit avoir, sans pouvoir les exprimer : « Mon problème, c'est que je ne réussis pas à faire passer des idées qui, je crois, sont des idées de gauche moderne. »
Quant à Fabius, dans un entretien accordé au Monde daté du 28 juin, il se disait préoccupé par « l'atmosphère délétère qui règne parmi les dirigeants socialistes », soulignant que les électeurs et militants « en sont furieux ». Il s'en prenait ensuite à Ségolène Royal, dénonçant son « triple déficit » pendant la campagne présidentielle : « présidentialité, crédibilité, collégialité ». Il regrettait notamment d'avoir été tenu à l'écart de la campagne : « Notre candidate a plutôt choisi de tenir à l'écart les principaux responsables socialistes. »
Samedi, le conseil national du PS avait déjà donné lieu à un véritable jeu de massacre anti-Royal, qui n'avait pas jugé utile de s'y rendre. Mais le premier secrétaire du parti avait également fait les frais de la colère de la nouvelle génération socialiste. François Hollande est accusé par ses détracteurs d'avoir sclérosé les instances dirigeantes du PS. Après dix années passées à la tête du parti, il a pourtant profité du conseil national pour confirmer qu'il ne se représentera pas à sa propre succession lors du congrès de 2008, mais les rancœurs sont tenaces. A l'image des critiques adressées par le député socialiste Gaëtan Gorce, même si ce dernier se défend de viser expressément le premier secrétaire :
Volonté de paraître à l'écart des jeux d'appareil ou réelles divergences avec les idées du parti ? Strauss-Kahn et maintenant Fabius entendent en tout cas se démarquer de leurs camarades en se plaçant au-dessus de la mêlée. Mais ils marchent en même temps sur les pas de Ségolène Royal dont se démarquer du Parti socialiste a été la ligne durant toute la campagne présidentielle.
Les trois ex-prétendants à l'investiture en dehors de l'organe décisionnel, un premier secrétaire sur le départ, quatre ministres socialistes recrutés par Sarkozy, le délitement du PS se poursuit. A moins que le renouvellement tant espéré commence enfin à prendre corps... C'est notamment l'avis de Christophe Borgel, 44 ans, l'homme des réseaux politiques de DSK, qui prend sa place au Bureau national :
Toute autre est l'analyse de Julien Dray. Pour le porte-parole du PS, « Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn prennent de la distance car ils sentent qu'ils doivent se mettre au-dessus de la lutte interne ». Mais surtout, poursuit ce proche de Ségolène Royal joint par Rue89, « l'un et l'autre n'ont toujours pas digéré la bataille de la désignation [du candidat socialiste pour la présidentielle, ndlr], cela se voit dans leurs interviews et leurs petites phrases ».
► Mis à jour le 28/06/2007 à 18h55, après les réactions de Christophe Borgel et Julien Dray.
Arnaud Aubron et Julien Martin
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face à la mer
face à la mer
À la différence d'autres partis, le PS a un principe d'élections internes. Ces élus ont un mandat fondé sur un projet et un bilan d'activité, qui dépasse les individus. Les « nouveaux » adhérents ont mis de l'oxygène dans un partis qui était surtout devenu celui de ses élus, de leurs supporters et des courants traumatisés par le congrès de rennes (beaucoup sont partis, ou pas venus, à la suite du vol plané de certaines chaises -« musicales » ou non).
Il me semble que ségolène royal ne soit pas non plus au bureau national, dit autrement, au conseil d'administration de cette association. Drôle d'évolution d'une démocratie interne, fondée sur la représentation. Drôle de choix au moment où la « participation » des militants se pose en dehors des débats médiatiques. Il faut quand même souligner que le PS a démultiplié les débats internes depuis 2002, et vu les combinaisons de pouvoir, telles qu'elles ont évolués, il semble qu'ils ou elles soient faiblement fondés à les critiquer ou les déserter, après les avoir décidé, en ayant participé et les avoir encensé ou instrumentalisé. Ou alors, cela veut dire que certains devraient aussi démissionner du conseil national, vu que celui-ci a décidé d'un calendrier qui a fixé les conditions et les échéances de travail de chacun.
Toutes et tous ont des collaborateurs, eux-aussi parfois responsables politiques. Toutes et tous sont des têtes de réseaux de conflits idéologiques liés, et parfois dépassés ou artificiels, à l'histoire d'unification du PS au début des années 1970, puis des années de gouvernements. Ces années 70 et 80, structurantes, sont aussi l'éclosion des élus locaux, autres barons du PS, parce que souvent cumulards de mandats et de fonctions dans le temps (hors défaites électorales). Ces cumuls ont pu s'expliquer pour battre des droites locales, par la notoriété acquise par ailleurs ( c'est + facile de devenir député ou sénateur quand on est maire ou conseiller général). Et tout cela dans un contexte où le financement public de la démocratie (partis politiques, syndicats, économie sociale-solidaire) reste à débattre, à approfondir. Et ce sans compter la configuration constitutionnelle. Et puis il y a la « jeune » génération devaquet, et la génération jospin (1997). Ah, le droit d'inventaire...
Ce premier moment d'après campagne électorale me fait penser au bal des hypocrites et des lâches d'après 2002 : surtout rebondir, à faire n'importe quoi et accuser le premier ou la première en vue, même si, voire surtout, on a participé soi-même à la campagne présidentielle, aux différents moments.
Remplacer un apparatichik par un jeune autre... entièrement dévoué ne change rien, dilue encore plus les responsabilités. D'un autre point de vue, il ne faut faire pas un pack dénigrant systématiquement celles et ceux qui sont porteurs d'une expérience politique et d'une éthique, une autre réalité dans le PS, ni tout rose, ni tout pourri.
Il semble bien que l'équipe dirigeante sortante, globalement unie sur un consensus de congrès, n'ait pas su organiser une campagne collective par aigreurs (pour certains) et ambitions (pour d'autres), mais aussi sur des fondements politiques. La démocratie participative s'est limitée à de l'écoute ( ! ) et la démocratie représentative à l'imposition de lignes politiques par le haut, souvent faiblement transparentes et en fonction du courant hégémonique au bon endroit et au bon moment. Certaines et certains ne savent pas non plus partager leur pouvoir acquis.
Et vu le traitement et la dévalorisation médiatique du fonctionnement interne au PS, ce genre de bordel n'a fait que s'accentuer (petites phrases, conflits internes qui devrait le rester un maximum tant que le mépris n'est pas avéré, etc.).
L'UMP avec son chef et sa ligne politique standardisée comme un pitch de show n'est pas un modèle, mais s'est révélé opérationnelle.
Bon nombre de journalistes et de citoyens (de gauche ou de droite) n'ont jamais lu les documents internes publiquement disponibles (par exemple produits au moment du congrès du PS, les bilans d'activités, les contributions). Il y a je ne sais combien de personnes qui me disait pendant la campagne qu'ils ne s'intéressait à la politique que depuis deux mois...
Du coup, ce sont les instances légitimes et la participation politique qui sont dévalorisées, mais aussi le débat politique de la diversité, bien réel dans ce parti politique au combien critiquable par ailleurs, et quand même bien loin aussi des imageries animalières, même si on aime la nature et la démocratie.




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