Un journaliste doit-il donner ses sources ? Aux lecteurs dans ses articles ? A la justice quand elle demande à les connaître ? C'est le sujet d'un gros bouquin de Norman Pearlstine, figure de la presse américaine. La semaine dernière, il est venu en discuter au Carnegie Council à New York.
Si Norman Pearlstine est aussi sensible au sujet, c'est qu'il était rédacteur en chef du magazine Time lorsqu'un de ses journalistes, Matt Cooper, a été tenu de révéler ses sources au procureur Patrick Fitzgerald dans l'affaire Valerie Plame (l'agent de la CIA dont la couverture avait été grillée par des membres du gouvernement). Après avoir fait appel et avoir été débouté par la Cour suprême, en 2005, Time avait communiqué ses informations. Pearlstine s'était alors fait pourrir par la presse américaine pour avoir plié. Nous avons été profondément déçus par la décision de Time, écrivait le New York Times dans un éditorial. Au quotidien new yorkais dans une situation similaire, la journaliste Judith Miller préférait aller en prison (on apprendra plus tard que ses connivences avec ses sources du gouvernement Bush étaient tellement embarrassantes, dans la manière dont elle relaya leurs convictions sur la présence d'armes de destruction massive, qu'elle pouvait préférer aller en prison et passer pour une héroïne de la liberté de la presse –le New York Times l'a remerciée depuis).
Pendant les auditions organisées par Fitzgerald, plusieurs journalistes sont venus parler de leurs interviews avec les personnes impliquées dans cette affaire. Ce que l'on a réalisé à cette occasion, c'est à quel point les journalistes offrent l'anonymat à leurs sources avant même qu'elles ne le leur demandent , a observé Pearlstine au Carnegie Council. Au procès de Libby (le directeur de cabinet de Dick Cheney mis en cause dans l'affaire Plame), Tim Russert (journaliste de NBC), comme Glenn Kessler du Washington Post ont tous les deux témoigné que lorsqu'ils décrochent leur téléphone pour parler à des membres du gouvernement, ils présument qu'ils parlent 'on background' et ils les traitent en sources confidentielles » .
C'est le résultat, a-t-il expliqué, du rapport de l'offre et de la demande en matière d'information politique : si 8500 journalistes à Washington cherchent à obtenir des informations de la même poignée de sources, celles-ci sont en position de dicter leurs conditions. (On en retrouve un exemple dans l'entretien de Sarkozy avec la presse étrangère raconté par le New York Times. Tout est off, leur dit le nouveau Président, on décidera ensuite de ce qui est on. ) Mais en fait, le travail des médias est vraiment d'informer le public, et aussi souvent que possible, de chercher à ce que les gens parlent « on the record ». On ne devrait certainement pas commencer chaque conversation en présumant que c'est du 'background' ou du 'confidentiel'. Dan Okrent, l'ancien médiateur du New York Times a reçu plus de courriers se plaignant du recours des articles à des sources anonymes que sur n'importe quel autre sujet, a rappelé Pearlstine. Le problème, selon lui, c'est que si le public croit plus volontiers un article avec des sources identifiées, les journalistes, eux, font plus confiance à ce que leurs sources disent sous couvert d'anonymat. Difficile d'imaginer le scandale du Watergate sans Gorge Profonde » . Et sans source anonyme, Le Canard enchaîné n'aurait plus beaucoup de plumes...














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L’état se sert bien du Secret défence pour cacher ses sources.Imaginez la police qui balance le nom de tous ses informateurs. Elle n’aurait en face d’elle plus qu’une pierre tombale.Ce n’est pas de la délation puisque les journalistes mènent de vraies enquètes pour recouper les informations.
Quand les politiques disent que tels sujets soient « OFF » pour le public, n’est ce pas une façon de cacher quelque chose.
Bien dit Gerald !
Moi ce qui me fascine c’est cette propension à discourir sur le sexe des anges : pensez ! Un gros livre + autant d’articles sur le gros livre !
allez c’est quand même pas tous les jours qu’on rigole non ?
C’est vrai. je n’avais pas fait attention que la valeur d’un livre était en fonction de son poids. Je n’ai pas le prix au kilo. Attention au surcharge de poids dans les sacs de plages. Il ne manquerais plus qu’une tendinite pour gacher les vacances.
Les journalistes américains, les bons en tout cas, sont quand même plus rigoureux que leurs homologues français.
Les sources anonymes ne sont utilisées qu’en dernier recours, en expliquant toujours pourquoi elles valent la peine d’être citées et pourquoi elles ne peuvent ou veulent pas être identifiées.
Ecrire, comme le fait le New York Times, « une source travaillant sur le dossier mais ayant demandé à ne pas être identifiée car elle n’est pas autorisée à s’exprimer publiquement et craint de perdre son poste », c’est long et ça peut sembler inutile, mais c’est plus précis et honnête que « dans l’entourage du ministre » (d’autant qu’en France, ledit entourage n’est souvent que le service de presse et pas ceux qui bossent vraiment sur les dossiers).
Ensuite, ces sources ne sont citées que si le journaliste a fait son travail de son côté en vérifiant et recoupant leurs dires.
Pour les anglophones, je conseille la série que vient de publier le Washington Post sur les vrais pouvoirs du vice-président, Dick Cheney (c’est toujours en ligne). Il y a beaucoup de sources anonymes mais, au total, les journalistes indiquent avoir interviewé… 200 personnes !
Pour l’exemple le plus célèbre, le Watergate, les deux journalistes du Washington Post ont mené une vraie enquête, sans se contenter des infos de « Gorge profonde » (le n°2 du FBI). En France, trop souvent, le journalisme dit « d’investigation » se résume à attendre que le juge ou l’avocat vous fournisse discrètement le dossier d’instruction… que vous vous empressez de recopier sous un titre du genre « Révélations sur le Watergate français » !
Enfin, les éventuels conflits d’intérêt doivent être clairement identifiés, pour que le lecteur se fasse sa propre opinion sur l’intérêt de la source.
Exemple : « L’auteur de ce commentaire est un journaliste français ayant appris son métier aux Etats-Unis et terriblement frustré par son boulot actuel, ce qui explique peut-être cette admiration exagérée pour la presse américaine, qui a aussi beaucoup de défauts et ne respecte pas toujours les principes exposés ci-dessus. »
Mais bien entendu, tout cela reste entre nous. C’est off, hein, vous ne me citez pas et vous ne m’avez jamais lu !
Si Cézanne, Matisse, Picasso et beaucoup d’autres avant eux, avaient livré leurs sources par écrit, le monde de l’art ne ressemblerait pas à ce qu’il est. Les génies ont caché leurs sources. POUR QUOI? Les historiens ont pu délirer et les plus chanceux et imaginatifs écrirent des livres qui sont aujourd’hui des références. Quel dommage pour le dessin et la pensée des formes!
Depuis le 4 janvier 1993, il est stipulé dans le Code de procédure pénale que: » Tout journaliste, entendu comme témoin sur des informations recueillies dans l’exercice de son activité, est libre de ne pas en reveler l’origine » Ce qui n’a pas évité à certains journaliste d’avoir été placé en garde à vue pour ne pas avoir voulut reveler leurs sources…
Pour moi, sauf cas de force majeure (comme la défense du territoire…), Les journalistes ne doivent pas ètres tenus à tout prix de devoiler leurs sources, le risque étant que lesdites sources ne soient plus en mesure par la suite de fournir des informations. Considérant que le journaliste fait bien son travail, il verifie ses informations et à des sorces fiables. Tant que nous avons de vraies information, valables et justes, que demander de plus?