Le vent de panique qui a soufflé la semaine dernière au sein du CNRS et de l'Inserm est retombé lorsque le ministère a juré que les chercheurs resteraient » sous l'autorité » de leur directeur. Mais si la question du transfert des chercheurs vers l'Université est » momentanément clarifiée » , les syndicats ne sont qu'à moitié rassurés. Interview de Patrick Montfort, chercheur à Montpellier et membre du bureau national du SNCS-FSU (Syndicat national des chercheurs scientifiques).
Etes-vous rassuré par les engagements du gouvernement ?
Il y a encore de quoi être inquiet. Le projet de loi, dans sa rédaction actuelle, reste ambigu. Il n'y a aucune référence aux chercheurs, et la dimension recherche n'est pas du tout prise en compte.
Rapprocher les chercheurs de l'Université n'est-il pas une bonne idée ?
Ce qu'on ne sait pas toujours, c'est que dans les campus, la participation des chercheurs est déjà très importante. Ils interviennent beaucoup au niveau second cycle. La grande majorité des chercheurs travaillent dans des UMR (Unités mixtes de recherche). Ils encadrent des stagiaires, des thésards. Ils s'occupent de masters. Je suis, par exemple, responsable d'un master en microbiologie (à l'Université de Montpellier II, ndlr). Le problème, c'est qu'aucune rémunération ne valide cet enseignement que nous donnons à titre gratuit, et donc, aucune statistique ne recense cette activité. La question de fond n'est pas la réforme du CNRS, mais la place de la recherche dans l'Université. Tant qu'aucune réforme n'aura été engagée, les chercheurs à temps plein du CNRS et de l'Inserm seront dans la mire. Les jeunes enseignants-chercheurs de l'Université n'ont pas les moyens de bien faire de la recherche. Leur charge de travail, côté enseignement, est trop lourde pour qu'ils s'y investissent pleinement. Dès lors, deux solutions sont envisageables : recruter plus d'enseignants, ou… basculer une partie de l'enseignement sur d'autres chercheurs. Mais la seconde voie n'augmenterait pas la capacité globale de recherche.
Le CNRS a l'image d'un organisme archaïque, avec des pôles d'excellence mais aussi plein de chercheurs qui dorment, publiant très peu. Est-ce injuste ?
C'est une vue très restrictive et caricaturale. L'obligation du chercheur est de publier, pour transmettre ses résultats et ses analyses à la communauté. Les chercheurs sont évalués tous les deux ans : combien de métiers peuvent se vanter d'être ainsi évalués ? C'est vrai qu'il y a des chercheurs en difficulté de publication. Mais ils ne sont que 5 à 10%, ce qui n'est pas énorme, si vous comparez cela, par exemple, à ce qui se passe dans une grande entreprise. Il faut savoir, également, que trois à cinq chercheurs sont licenciés chaque année (sur 10000, ndlr) : c'est peu, mais la procédure existe, ce qui n'est pas le cas dans l'Université : on peut être licencié du CNRS, et je trouve cela normal. L'image de chercheurs qui restent tranquilles sur leur paillasse, dans leur tour d'ivoire, est complètement erronée. Le chercheur est évalué, il gère une unité, il répond à des appels d'offres, il recrute, il travaille… Enfin, si la France reste parmi les pays les mieux placés pour la recherche, c'est bien grâce au CNRS et à l'Inserm.
Comment expliquez-vous cette image ?
Elle est véhiculée par les médias et les hommes politiques, mais elle n'est pas partagée par les Français, si l'on en croit les enquêtes d'opinion. Je pense que cela vient du fait que le CNRS est un grand organisme qui a du poids et qui est autonome. Il échappe aux politiques, qui n'ont donc pas confiance en lui. J'ajoute que ceux-ci ne connaissent pas le monde de la recherche. Rares sont ceux qui ont fait des études universitaires : ils sont passés par des grandes écoles. C'est l'inverse de ce qui se passe en Amérique du Nord, où la plupart des hommes politiques ont un PhD.


























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De
19H13 | 27/06/2007 |
Je serais curieuse de savoir ce que ce chercheur CNRS pense de la soi-disante fuite des cerveaux. Est-ce qu'il y a un lien avec le statut de la recherche en France, qui englobe le CNRS et l'INSERM ?
Quant a l'image caricaturale du chercheur qui est un produit des medias ou de ceux qui ne connaissent pas la recherche, je ne suis pas d'accord. Je suis chercheuse, je l'ai moi-meme constate. C'est hallucinant.
De
12H44 | 28/06/2007 |
Il n'y a pas plus de glandeur au CNRS qu'ailleurs. C'est chez Renault que j'ai entendu dire « C'est un tel bonheur de chier sur son temps de travail ». Pour autant, il y a des gens très compétents et actifs chez Renault.
Stouve.
De
19H31 | 27/06/2007 |
Le CNRS est bien mieux organisé que les universités, et même s'il est largement perfectible, il serait dommage de le vider de sa substance en 1) renforcant l'ANR qui va pousser inéluctablement chaque année les chercheurs à passer plus de temps à monter des dossiers pour chercher des financements que de faire de la recherche, et 2) en confiant à des universités qui débordent d'étudiants le soin d'orchestrer la recherche (c'est pas pour ce coup là, mais on y viendra). Je crois que Sarko et ses potes du Fouquet's s'en foutent un peu de la recherche publique ; au fond, ce qui compte pour eux c'est de défonctionnariser l'ensemble, et de faire à terme du business avec l'enseignement supérieur. Ils ont le temps pour eux. On en reparlera dans 20 ans, quand il sera trop tard.
De
20H07 | 27/06/2007 |
La soi-disante chercheuse qui a écrit le premier message semble bien mal connaître la situation réelle de la recherche en France et me semble plutôt répéter les clichés lus ici et là. A propos de la fuite des cerveaux, je lui conseille de jeter un coup d'oeil au niveau de sélection ahurissant qu'on rencontre dans certaines sections du CNRS, et notamment en physique et mathématique (les domaines que je connais), comme les sections 01, 02, 04 et 44. Dans ces domaines, il vaut mieux avoir fait Normale Sup ou Polytechnique pour avoir une chance d'être pris, et encore être passé par les endroits les plus prestigieux ne garantit rien. Quant à l'image carricaturale, qui serait une réalité, elle semble ne pas savoir que dans des domaines comme les mathématiques et la physique, la France est au premier rang mondial par rapport aux moyens si on se limite aux revues les plus prestigieuses, où on ne peut pas bidonner. Un exemple parmi d'autres :
« Déclin » et indicateurs bibliométriques : un contre-exemple
Un (vrai) chercheur au CNRS, ancien élève de l'école normale supérieure
De
21H56 | 27/06/2007 |
Je ne pretends pas connaitre la situation dans les mathematiques encore que mon pere est un professeur de mathematiques a la retraite qui travaillalit dans le superieur. Je peux parler de la chimie, de la biologie, et de la biotechnologie. En preparant ma these, j'ai pu me rendre compte a travers mon travail, mes collaborations avec de prestigieux laboratoires francais publiques et prives, que la recherche dans ces domaines n'est pas a l'image que le « vrai » chercheur ENS/CNRS a la grande chance de connaitre.
La soi-disante chercheuse : Chercheuse francaise, these en chimie analytique (1996), 3 annees de post-doc a l'etranger, directrice de recherche dans une firme pharmaceutique americaine a implementation mondiale et de plus de 50 000 employes.
De wilson1984
08H04 | 28/06/2007 |
Il faudrait donc nous relater des faits pour pouvoir illustrer cette mauvaise image du chercheur, qui pour moi reste une caricature.
Cependant, vu votre parcours, je comprends que vous n'ayiez pas une bonne image de la recherche publique puisque vous avez choisi le domaine privé où il doit y avoir une autre culture de l'efficacité, mais surtout du rendement et du retour sur investissement… Finalement, je pense que l'image du chercheur « modèle » se refaire beaucoup à nos convictions politiques et idéologiques.
PS : je me pésente quant même, je suis élève de l'ENS Cachan et je commence une thèse l'année prochaine, je suis peut-être encore trop jeune et plein d'illusions sur mon futur milieu de travail… mais pour l'instant j'y crois !
à wilson1984
De
16H58 | 28/06/2007 |
« futur milieu de travail » ? Cela m'évoque un récent article du Monde d'Olivier Godechot qui prétend que le problème des Universités provient du localisme alors que des recrutements « centralisés » pour les grande écoles, l'agrégation ou le CNRS opérerait une véritable sélection. Qu'il y ait des gens très bien au CNRS, je n'en doute pas, mais à qui voudrait-on faire croire qu'il n'existe pas de clientélisme dans ces recrutements centralisés ? Il faudra bien que cesse un jour l'omerta et pour tous. Et ne me dite pas que c'est du délire, j'ai vu comment cela pouvait fonctionner.
De
02H14 | 28/06/2007 |
« Dans ces domaines, il vaut mieux avoir fait Normale Sup ou Polytechnique pour avoir une chance d'être pris, et encore être passé par les endroits les plus prestigieux ne garantit rien. »
Quand on regarde les résultats de la section 02 cette année, on a surtout le sentiment qu'il faut avoir largement plus de 30 ans et être passé par l'Ecole Normale Supérieure, mais de Pise ; ). Force est de constater qu'on forme beaucoup de jeunes français en physique théorique qui terminent tous à la City (dans mon année de DEA de phy théo à l'ENS, au bas mot déjà quasiment un tiers de la promo et ce n'est peut-être pas fini, j'y finirai peut-être moi aussi…).
De
20H37 | 27/06/2007 |
Je confirme que l'image des chercheurs (qui cherchent mais trouvent rarement) est très dégradée aux yeux du grand public. La désaffection des filières scientifiques (hors maths) dont on a beaucoup parlé dans la presse ces derniers temps va dans le même sens. La recherche est une profession méconnue et le CNRS une institution opaque et mystérieuse.
Pour ma part, je n'ai jamais vu le moindre chercheur enseigner (et gratuitement en plus ! ) dans mon université.
De wilson1984
08H12 | 28/06/2007 |
L'année dernière j'ai suivi un M2 (ancien DEA) de mathématiques aplliquées. Tous les professeurs étaient des chercheurs reconnus dans leur domaine et je peux vous assurer que certains d'entre eux étaient du CNRS et de l'INRIA. En revanche je ne peux pas vous dire s'ils étaient rémunérés ou pas…
De
21H07 | 27/06/2007 |
Les chercheurs sont evaluees tout les deux ans, et si ils n'ont pas publie ….. il ne se passe rien, il ne sont pas virees ! ! ! !
Parceque c'est un boulot a vie ! ! ! !
Je suis chercheuse Francaise travaillant a l'etranger, ayant travaillee en France et la difference est frappante.
Non seulement les etrangers travaillent, publient mais ils passent aussi leur temps a ecrire des grants et monter des dossier pour avoir de l'argent pour leur propre salaire et leur propre recherche.
C'est pas un boulot facile mais ils'y arrivent. Pourquoi pas les Francais ? ? ? ? ? ?
A part ca, c'est une mauvaise idee de vouloir obliger les chercheurs a faire de l'enseignement, non pas parce que ils encadrent deja (exploitent) stagiares et etc. mais parceque ils doivent se concentrer sur le travail de recherche pour etre efficaces.
Je croit que c'est bcp plus important qu'ils soit plus productives en termes de brevets et de interaction avec l'industrie.
D'un autre cote l'universite n'a pas besoin de bon chercheurs-mauvais profs, mais de tres bon profs, dediees a leur passion d'enseigner. On ne peut pas croire de faire d'un chercheur mecontent d'enseigner, un bon prof. C'est une illusion.
Encore : la fuite des cerveaux existe et c'est navrant de voire arriver dans notre department 12 ! ! ! ! ! PhDs francais en un an. On sait bien que 9/10 ne retournerons pas en France dans la recherche publique. Quel dommage et quel gachi. La France paye la formation et les autres etats profitent de jeune diplomees super motivees et tout ca parceque le diplome de fac (PhD) sont totallement sousestime en France.
Une solution : pour sauver la fac commencez par eliminer les grandes
ecoles. C'est obsolet et pas Europeen.
PiX
De
22H50 | 27/06/2007 |
En quoi le CDD pour les chercheurs est-il une bonne idée ?
Mettre de la pression conduit a des comportements non ethiques (c'est la meme chose pour les eleves)plus ou moins graves, du petit plagiat a la falsification des donnees. Que se passe-t-il quand le contrat arrive a terme, qu'il manque des publis et que les factures arrivent ?
De la pression non, de la motivation oui. Et je pense que l'augmentation des grades (lecturer, senior lecturer, reader, professor…) est un tres bon moyen de motiver sans precariser ni mettre sous pression.
Un chercheur expatrie.
De
23H09 | 27/06/2007 |
soyons sérieux ! supprimer les grandes écoles ? comment ? en leur coupant le robinet à subventions ? il faut rappeler que la plupart sont des établissements autonomes qui existent depuis plusieurs dixaines voire centaines d'années : cela ne fera qu'augmenter mécaniquement leurs frais de scolarité, leur dépendance envers les financements privés et favoriser une frange de la population déjà très largement sur-représentée.
De Penchour
17H17 | 28/06/2007 |
Il suffirait de ne plus valider leurs diplomes, puisqu'ils font l'objet d'un accord préalable par les pouvoirs publics.
Mais je ne suis pas persuadé que la supression de telle ou telle « enseigne » suffise à améliorer la situation. Il y a en fait plusieurs dimensions à prendre en considération, à commencer par la structure des relations entre recherche et enseignement. Ayant travaillé au CNRS et à l'université (le privilège de la précarité des parcours de formation en 3ème cycle …), j'y ai trouvé la même proportion de « surnuméraires », pas tous volontaires du reste. C'est moins le statut de l'emploi qui compte (je ne vois pas en quoi le fait de ne pas avoir à se battre chaque fin de mois pour trouver de nouveaux fonds pour se nourrir soit tellement plus motivant que le fait d'avoir un revenu garanti …), que les conditions de réalisation : il y a beaucoup de chercheurs et d'enseignants qui sont isolés, laissés à eux-mêmes sans être controlés. Si j'ai vu beaucoup d'enseignants universitaires négliger la recherche (supposée représenter 1/2 de leur travail), j'ai aussi vu beaucoup de chercheurs qui publiaient peu, voire recyclaient un même article 2-3 fois dans l'année, en modifiant seulement un élément ou deux … Le fond du problème, c'est que nombre des personnels (enseignants et chercheurs), et notamment ceux qui dépassent la 50aine, semblent plus préoccupés par leur gloire (qui passe par la direction de tel ou tel obscur sous-comité) et leur porte-feuille (qui passe par le cumul des heures complémentaires au détriment de leur charge de travail contractuelle) que par la recherche ou l'enseignement qu'ils sont censés (payés pour) fournir. Officiellement, plus du 1/3 (officieusement, plus de la 1/2) de la recherche et de l'enseignement supérieur en France sont le fait de personnels non titulaires. Il n'y a pratiquement aucun de ces derniers qui siègent dans quelque commission ou instance dirigeante que ce soit.
De
02H05 | 28/06/2007 |
Mettons en parallèle deux extraits ici :
»
Non seulement les etrangers travaillent, publient mais ils passent aussi leur temps a ecrire des grants et monter des dossier pour avoir de l'argent pour leur propre salaire et leur propre recherche. »
et
« Encore : la fuite des cerveaux existe et c'est navrant de voire arriver dans notre department 12 ! ! ! ! ! PhDs francais en un an. “
Tout est là : dans les labos américains, on a 12 étudiants/post-doc qui arrivent par an. Sans compter les étrangers. En France, il y a trop peu d'étudiants en thèse , car effectivement le phD est sous-évalué sur le marché du travail. Supprimer les grandes écoles ? Sûrement pas : d'abord parce que beaucoup d'étudiants des grandes écoles font des phD ! En revanche, il faut absolument revaloriser le doctorat, cela passe par la création de débouchés (hors et dans la recherche publique). Et la réforme actuelle ne va pas dans le bon sens.
De facri
13H56 | 28/06/2007 |
En tout cas,je ne sais pas si vous êtes une chercheuse française mais vous avez des progrès à faire en orthographe.
à facri
De
12H29 | 29/06/2007 |
il est facile de critiquer l'ortographe quand on se contente en bon français de ne parler et d'écrire qu'en français. par contre jongler entre deux langues passe souvent par une étape de « déstabilisation orhographique ». encore faut-il avoir tenter de vivre cette expérience et surtout avoir relever le défis de l'immersion dans une autre langue pour rester compréhensif face à ce phénomène ! ! ! ! ! !
De
15H07 | 28/06/2007 |
Ben voyons. Tu as été la chercher loin celle là.
Pas besoin d'être Einstein pour savoir que la qualité d'un chercheur n'a aucun rapport avec l'épaisseur de son dossier, ni la périodicité de sa publication. Personnellement, je viens de réglé un petit projet en une semaine et je me lance sur un autre qui risque de me prendre 2ans. Or rien ne sert de publier une étude tant qu'on en a pas les conclusions. A l'inverse, les chercheurs qui font le plus de bruits ne sont pas forcement les plus efficaces. Celui qui règle rapidement une bricole n'est pas forcement plus efficace que celui qui prend un gros projet en main.
Et puis, si certains projets n'aboutissent pas, ce n'est pas forcement que le chercheur est mauvais, c'est peut être tout simplement que ces projets nécessitent des outils qui n'existent pas ENCORE et des mesures à une précision qu'on n'obtient pas ACTUELLEMENT.
La qualité d'un chercheur ne se résume pas à sa capacité d'utilisation du traitement de texte. C'est d'ailleurs rarement celui qui passe le plus de temps derrière son ordinateur qui bosse le plus. Pourtant, moi aussi, je suis évalué tous les ans, et le critère principal se restreint de plus en plus à des affaires qui font du bruit (voir qui passent à la TV) plutôt qu'à un projet qui AUJOURD'HUI interpelle peu de monde (voir qui passe pour marginal), mais qui pour se révéler une importance énorme lorsqu « il sera mis au point.
Stouve.
De pikasso02
20H06 | 28/06/2007 |
c'est pourquoi on ne nous écoute pas, quand on est un chercheur amateur qui trouve ! Stouve, pourriez-vous me dire s'il existe des chercheurs en histoire de l'art ? Je vous remercie.
à pikasso02
De
23H39 | 28/06/2007 |
oui .. en histoire de l'art , en arts plastique, en histoire tout cours, en socio etc etc
il sont maître de conférence , professeurs d'Universitée : enseignant chercheurs ..
la recherche ne se résume pas a remplir des éprouvettes et à compter des neutrons …( sans critique aucune)
ne vous en déplaise ..
De
18H08 | 29/06/2007 |
Elle travaille « à l'étranger », et « les étrangers travaillent », etc. Ce théorème admet un corollaire :
« l'étranger », c'est les USA.
Le reste du monde développé (Europe, Russie, Japon, etc.) n'existe pas. Il n'y a qu'un modèle : l'Amérique. C'était déjà le cas, pour la RD technologique, sous de Gaulle (force de frappe, Concorde, centrales nucléaires, électronique, Plan Calcul, etc.). Maintenant on veut mettre le système Universités-Recherche français à l'heure américaine, avec sans doute, un jour, des boards of trustees comprenant une bonne partie de businessmen, avocats d'affaires, etc. Il ne manque qu'une chose : les 29 milliards de dollars donnés à Harvard au fil des temps par les homologues de MM. et Mmes Pinault, Lagardère, Béthancourt, etc., ou gagnés à Wall Street. Dans ce secteur aussi, il serait temps de s'inspirer du « modèle américain »…R. Godement
De
22H38 | 27/06/2007 |
Concrètement, pour signer la pétition contre le démantèlement du CNRS (car si le gouvernement recule cette fois - c'est encore à vérifier - il faudrait être naïf pour croire qu'il a abandonné définitivement le morceau), c'est là : http://www.sncs.fr/article.php3 ? id_article=923.
À part ça, fuite des cerveaux, archaïsme du CNRS, patati patata, cela me fait doucement rigoler : il faut dire que, alors que j'étais en post-doc dans la deuxième meilleure université anglaise, sur un projet financé par la meilleure fondation (et qu'on me le répétait trois fois par jour), je n'ai eu rien de plus pressé que d'accepter un poste au CNRS (et pas en fac ! ). Parce qu'intellectuellement, ce que je voyais dans mon labo en Angleterre était d'une triste nullité (ce par quoi je ne veux certes pas dire que tout ce qui se fait en France soit intelligent).
De
22H45 | 27/06/2007 |
Pour compléter mon message précédent, parti tout seul : Si par contre il y a bien une chose qui m'a positivement impressionnée en Angleterre, c'est la qualité et l'ouverture de la procédure de recrutement. Qualité, par le respect pour les candidats, et l'attention et le temps que l'on consacre à les interroger (ce qui est quand même la meilleure manière de déceler leurs failles). Ouverture, par l'absence de tout localisme. Pour l'ouverture, je ne connais que le CNRS qui y parvienne en France, les facs étant très souvent bassement localistes, et promettant de l'être plus encore avec la réforme en cours. Quant à la qualité de la procédure de recrutement, ni le CNRS ni les facs en France n'arrivent à la cheville de ce que j'ai vu en Angleterre : CNRS où, parce qu'un absurde obligation légale rend nécessaire d'auditionner tous les candidats (qui peuvent facilement être 50), chacun n'a que 20 mn (alors qu'en Angleterre on n'en auditionne que quelques uns, mais 2-3 heures : difficile de cacher quelque chose ! ) ; et facs, où l'on n'auditionne pas tout le monde, mais où l'on ne consacre pas beaucoup plus de temps aux candidats, que l'on auditionne par ailleurs dans des conditions matérielles qui ne démontrent que mépris.
De Sébastien S.
22H50 | 27/06/2007 |
Bonjour,
Je suis enseignant-chercheur. J'enseigne à l'université (à tous les niveaux) et je fais de la recherche dans une unité mixte de recherche (laboratoire ayant la double tutelle universitaire et CNRS).
Je désirerai intervenir sur un petit point …
« C'est tellement mieux à l'étranger » …
Aujourd'hui l'ensemble des acteurs de la recherche sont évaluées sur cette activité, et ce quelque soit leur pays d'exercice. Dans certains pays, cette évaluation leur permet de continuer à exercer, et, partout, elle permet d'être reconnu et d'avoir des financements. C'est la cas aussi en France où de nombreux financements s'obtiennent sur contrat. Par exemple, les 3/4 des finances de mon labo arrivent par ce biais. Par contre, notre statut de recherche et d'enseignant-chercheur nous donne quelques libertés dans ce domaine, notamment celle de refuser un certain nombre de contrat « alimentaire ».
Sur ce point, la France est largement « en retard ». Alors que nous collègues étrangers sont souvent obliger d'accepter, nous pouvons (parfois) refuser. Quelle importance me direz-vous de devoir faire un part importante d'« alimentaire » ? … Tout simplement de ne pas remplir sa mission de recherche. Un collègue canadien d'une cinquantaine d'année, toujours précaire et sans poste fixe, me racontait qu'il cherchait durant un an des finances tous les trois ans pour lui permettre de continuer ces travaux. A titre personnel, je ne trouve pas particulièrement productif un système qui pousse à ne passer que 2/3 de son temps à remplir sa mission.
Et pourtant, c'est ce système qu'on veut nous imposer … c'est tellement plus moderne.
Cette évaluation au caractère vital a une autre conséquence fort pernicieuse. Nous sommes tous évalués sur nos publications, alors publions … Alors qu'il y a quelques années une publication se mûrissait lentement pour amener réellement des éléments nouveaux, aujourd'hui, une vraie course à la publication est lancée avec comme conséquence majeure le fait que le niveau moyen des publications est en constante diminution. Le credo mondial en la matière semble être plus de quantitatif et tant pis pour la qualité. Heureusement, il reste un garde fou … la conscience et la probité de la plupart de nos collègues. Le système tient à peu de choses !
Amicalement,
Sébastien
De
00H50 | 28/06/2007 |
quote : « Le problème, c'est qu'aucune rémunération ne valide cet enseignement que nous donnons à titre gratuit ».
Qu'est ce que c'est que cette blague, Patrick ? Tu as oublié de faire signer ton autorisation de cumul ou quoi ?
De
00H50 | 28/06/2007 |
Le probleme de base c'est qu'on donne des heures de cours (TD/TP) aux thésards pour leur permettre d'avoir un niveau de vie décent. Ensuite on considère qu'un chercheur doit enseigner, parce que c'est dans les logiques initiales …. Bravo
Je suis ingé info indus. J'ai eu en école d'ingé un prof d'amphi de chimie minérale , a qui l'école donnait le premier cycle, parce qu'il avait des heures d'enseignement à effectuer. Une catastrophe en enseignement, 10% de participation des éleves ingés. Mais ce gus était une pointure de labo, avec obligation d'enseigner, et il le faisait, mal.
A l'envers, j'ai eu aussi un excellent pédagogue en chimie (Monsieur Bonnin, ancien maire de Chantepie, paix à son âme) qui refusait la recherche.
Chercheur et enseignant, obligation débile à mon avis, parce que chaque domaine bloque l'autre.
De
06H08 | 28/06/2007 |
c'est ok si les chercheurs enseignent leur dada personnel de recherche, ça leur permet de se faire connaître des étudiants de master, candidats potentiels à une thèse, et de connaître les étudiants motivés.
Par contre :
+ la charge d'enseignant-chercheur complète,
+ le travail périphérique lié à l'enseignement qui ne peut pas être compté dans la charge (eg insertion professionnelle des étudiants), non compté dans la charge (pour raison bureaucratico-budgétaire)
+ une recherche requérant des contrats et la folie furieuse des marchés informatiques et des amortissements, des modalités de recrutement jamais documentées
+ du rapport d'activité qui arrive aussi souvent que la pluie en ce mois de juin
c'est finalement improductif côté recherche…
donc, les gars du cnrs, si vous avez le moyen de bosser , ie un emploi du temps avec des plages horaires longues pour vous concentrer, gardez-le, sinon votre agenda deviendra un méchant gruyère !
saluations au collègue de l'insa
Un MC.
De
06H27 | 28/06/2007 |
La sélection à l'entrée du CNRS est d'un élitisme extrème. Il faut tellement d'efforts pour y parvenir qu'une fois dans la place, certains mettent des années à s'en remettre (quand ils s'en remettent ! ) et ne produisent plus guère. Nombre de mes collègues universitaires (qui ont donc aussi une charge d'enseignement) publient nettement plus que leurs confrères du CNRS. En sociologie, anthropologie (disciplines que j'enseigne), la recherche est d'abord le fait d'universitaires.
De
11H34 | 28/06/2007 |
A méditer cette pensée de Jean Marc Lévy Leblond dans « La vitesse de l'ombre ».
« On ne peut faire de production de savoir sceintifique sans transmission ni de transmission de savoir scientifique sans production. »
En bref pas de chercheur non enseignant ni de professeur non chercheur.
De
12H22 | 28/06/2007 |
Bonjour
Il y a une volonté très claire depuis quelques années de « rentabiliser » à court terme la recherche, et pas seulement au niveau Français, mais au niveau européen.
Quelques exemples : la répartition des postes au CNRS, qui se fait au profit de département du type STIC (ingénierie) au détriment des postes dans des matières théoriques : histoire, langues anciennes, maths .. où la concurence devient totalement déraisonnable, tandis qu'à l'inverse, les domaines appliqués recrutent des chercheurs comparativement moins forts (et donc paradoxalement « moins rentables »). La situation est identique outre-rhin : dans une université partenaire de la mienne, 10% des postes doivent être redistribués au détriment des mathématiques ou de la physique théorique vers des domaines plus appliqués, et surtout en lien plus direct avec le monde de l'entreprise, dans le but avoué d'obtenir les fonds que l'état fédéral et les Länder ne veulent plus ou ne peuvent plus donner. Des situations similaires existent bien sur en France. Je suis persuadé que le problème se situe à l'échelle européenne.
Qu'il soit possible pour des gouvernements de mener une politique scientifique, c'est parfaitement légitime. De même faire intéragir recherche et entreprise est évidemment fondamental (et là dessus je rejoins ce qui a été écrit plus : le système des grandes écoles formant les hauts dirigeant depuis des générations nuit considérablement à la compréhension de ce qu'est la recherche au niveau des « décideurs »). Mais organiser systématiquement un torpillage des matières théoriques au bénéfice d'une recherche à court terme menant à un bénéfice financier direct me paraît suicidaire, car à ce petit jeu nous ne vaudrons plus grand chose dans 50 ans face à la chine et l'inde. Ce manque de vision à long terme contamine toutes les instances organisatrices de la recherche en europe.
Fort heureusement, l'évaluation est encore faite par les pairs, ce qui évite un emballement du système qui pousserait à publier à tout prix n'importe quoi n'importe où (emballement qui existe déjà précisément dans des domaines proches des applications) au détriment de réelles avancées pertinentes publiées dans d'excellentes revues à un rythme nécessairement plus lent. Cette question de l'évaluation est cruciale, car c'est elle qui permet encore de ne pas faire n'importe quoi : il ne faut pas la mettre entre toutes le mains !