Il passe aujourd'hui le relais à Gordon Brown. Dossier-bilan sur dix années de pouvoir. Blair l'europhile n'a pas réconcilié les Britanniques avec le continent • Dix ans de blairisme en images • L'héritage empoisonné de Blair • Ce qui va changer avec Gordon Brown • Brown, l'Ecossais grincheux apprend à sourire.

Philippe Marlière est maître de conférences en science politique à l'université de Londres. En Grande-Bretagne depuis treize ans, il a observé la fin du gouvernement de John Major, et, comme il le dit en plaisantant, « survécu » au blairisme. Selon lui, Blair n'a fait qu'adapter les réformes conservatrices de Margaret Thatcher, sans jamais oser les remettre en cause.
Tony Blair restera-t-il dans les livres d'Histoire comme un grand ou un petit Premier ministre ?
Il est un peu tôt pour le dire. La couverture de son départ, dans la presse britannique, est relativement sévère. Certes, certaines voix jugent que l'Histoire sera plus clémente sur le long terme. En attendant, la guerre en Irak a terni l'ensemble de son bilan. Il y a un sujet sur lequel tout le monde est d'accord pour lui attribuer un rôle positif, c'est la fin du conflit en Irlande du Nord, même si le processus était en fait engagé depuis le gouvernement Major (les républicains et les unionistes étaient sur les genoux).
Un « grand » Premier ministre, c'est quelqu'un qui a eu un impact profond sur le profil même de la société. L'opinion dominante est que Blair n'a pas eu un tel impact.
Le travailliste Clement Atlee, dans l'après-guerre, a changé le paradigme politique en apportant le keynésianisme, les nationalisations, l'interventionnisme. Lorsqu'on pose la question aux Britanniques, il arrive en tête de liste des grands Premiers ministres. Margaret Thatcher, qui arrive en second, a, elle aussi, changé de paradigme, avec les privatisations, la libre entreprise, une économie de plus en plus flexible. Mais Tony Blair, lui, n'a fait que poursuivre sur cette lancée. Il est resté dans le cadre néolibéral fixé par Thatcher. Avec lui, c'est un néolibéralisme à visage un peu plus humain, rien de plus.
Aurait-il pu agir très différemment dans le contexte de l'époque ?
Il a été très bien élu, après un gouvernement conservateur complètement discrédité, miné par les scandales et les déboires économiques. Il n'a pas profité de l'occasion pour corriger avec plus d'audace les effets antisociaux des politiques des conservateurs. Et finalement, les inégalités se sont accrues sous Tony Blair.
Mais le chômage a chuté sous Blair. Et ce dernier a injecté des fonds dans les services publics, créé un salaire minimum…
Quel est le bilan ? D'un côté, c'est vrai, un chômage à moins de 5%. Les plus pauvres peuvent par ailleurs désormais compter sur un « safety net », un filet de sécurité, qu'ils n'avaient pas auparavant. Mais de l'autre côté, les inégalités se sont accrues. Les riches sont plus riches. Les classes moyennes, cols blancs, employés, ont du mal à vivre, elles galèrent. Certes, les gens trouvent facilement de l'emploi. Mais la vie est devenue très chère. La flambée des prix de l'immobilier, par exemple, rend très difficile aux Britanniques des classes moyennes d'acheter à Londres. Les infirmiers, les enseignants sont obligés d'aller vivre à 20 ou 30 kilomètres en dehors.
Sur la BBC, Jeremy Paxman, a demandé à Blair s'il ne considérait pas comme un problème que les riches se soient autant enrichis sous son gouvernement. Il avait rejeté l'argument d'un revers de la main : le fait de s'en prendre aux gens riches n'aiderait pas les gens pauvres, avait-il déclaré. Mais les économistes savent bien que laisser les couches supérieures s'enrichir rapidement n'est pas sans effets sur les autres, comme en témoigne la flambée des prix de l'immobilier. Blair ne l'a jamais reconnu : il n'a jamais osé aller à l'encontre des « fondamentaux » du thatchérisme.
Blair a réinjecté des fonds dans les services publics, c'est vrai aussi. Mais ceux-ci sont loin d'être au niveau de ceux des pays d'Europe continentale. Prenez les hôpitaux, ou l'éducation… Mes collègues, qui votent travailliste, craquent tous et mettent leurs enfants dans le privé, juste après le primaire. Un quart des établissements britanniques sont considérés comme en échec (« failed schools »), c'est énorme.
Avec Gordon Brown, qu'est-ce qui va changer ?
Je parie sur la continuité. C'est déjà Gordon Brown, chancelier de l'Echiquier, qui fixait la politique économique. Blair était vaguement consulté. Il y aura un changement de style : Gordon Brown n'est pas aussi charmeur que Blair, cet orateur hors pair, toujours souriant. Brown est plus renfrogné, plus intello, moins drôle. Autre changement probable : une présentation différente des politiques suivies. Brown vient de la gauche du parti, alors que Blair vient de sa droite. Ce dernier ne se sentait pas obligé de s'encombrer de discours sur la justice sociale, la redistribution… Il craignait plus les réactions de la presse Murdoch ou du patronat ! Gordon Brown, lui, a le souci de l'électorat travailliste et son discours devrait être plus social-démocrate.
A lire :
Blair l'europhile n'a pas réconcilié
les Britanniques avec le continent
A lire :
L'héritage empoisonné de Tony Blair
La tribune de Percy Kemp, écrivain et consultant.
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Ce qui va changer avec Gordon Brown
qui a pris dimanche la tête du parti

A lire :
Brown, l'Ecossais grincheux
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A lire :
Blair, une poignée de main
et puis s'en va

A lire :
Blair émissaire au Proche-Orient
Il représentera le Quartette, malgré son aveuglement sur l'Irak.



















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De pierrejcallard
www.nouvellesociete.org | 03H51 | 27/06/2007 |
Blair passera à l'histoire comme celui qui aura suivi aveuglement la politique bushiste en Irak. Il a forcé les Européens à s'interroger sur la pertinence d'inclure l'insularité britannique dans le grand dessein d'une Europe unie. Il a aussi donné une nouvelle dimension au mot mensonge
http://www.nouvellesociete.org/5103.html
http://www.nouvellesociete.org/5122.html
Pierre JC Allard
à pierrejcallard
De Eric citoyen
"Casse ta tv" c'est ta seule chance... | 07H20 | 27/06/2007 |
Bonjour
« Le Blairisme restera comme une entreprise d'intoxication qui a fini par se retourner contre son auteur. »
Pour Jack DION dans Marianne du 9 au 18 mai 2007
Voilà.
Merci à toi, pierre,
A bientôt
Eric bloggeur Mulhousien en pays Blairiste et fumiste
http://monmulhouse.canalblog.com/
PS : « CASSE TA TV“C'est ta seule chance !
De
08H19 | 27/06/2007 |
Une petite précision d'une expatriée en Angleterre : le prix de l'immobilier n'est pas seulement une pure folie à Londres, il l'est dans de nombreuses villes. Pour quelqu'un de classe moyenne, il est proprement impossible d'imaginer vivre à Londres. A l'extérieur de Londres, les prix restent aussi fous : on retrouve des montants de loyer et de prix au mètre carré semblables à ceux pratiqués dans les beaux quartiers de Paris. A Brighton, ville balnéaire du sud de l'Angleterre, les prix de l'immobilier sont les mêmes qu'à Paris intra muros.
Le coût de la vie ici est incroyablement élevé, sur absolument tous les niveaux de la consommation : nourriture, loisirs (sauf dvd et cd), transport… Peu de chômage, certes, mais des salaires bas qui ne permettent que de survivre dans un pays où la solidarité ne passe que par la charité et les appels à donation.
De
09H13 | 27/06/2007 |
Bonjour.
Une petite réaction à la citation : « le fait de s'en prendre aux gens riches n'aiderait pas les gens pauvres, avait-il déclaré. Mais les économistes savent bien que laisser les couches supérieures s'enrichir rapidement n'est pas sans effets sur les autres, comme en témoigne la flambée des prix de l'immobilier ».
Et chez nous, on nous dit qu'il faut augmenter les privilèges des plus riches (baisser leurs impôts) afin qu'ils consomment plus de produits et donc faire marcher nos industries et nos commerces. Bon j'ai toujours trouvé ce raisonnement complètement débile, mais en plus on se rend compte que cette politique a déjà été testée par nos voisins et qu'elle augmente les inégalités sociales. Et nous, on la reprend. Qu'est ce que cela signifie ? Que Sarko considère que, si ça n'a pas marché en Grande Bretagne, c'est qu'ils sont nuls ? Il reprend un exemple de ce qui ne marche pas (enfin, ça dépend du point de vue, mais pour la majorité de la population…) déjà vu en connaissant les conséquences… Attention à ne pas se laisser bouffer ! ! !
Tout paraît tout beau aujourd'hui quand on voit les infos : réussite au G8, dialogue avec les Etats Unis, négociations pour la réforme des universités et le service minimum, relance des commandes d'Airbus, et pourtant même PPDA l'a un peu titillé lors de son interview à l'Élysée. C'est bizarre de passer d'un extrême à l'autre en si peu de temps, et moi ça ne me met pas en confiance. Aucun extrême n'est bon.
Stouve
De
09H38 | 27/06/2007 |
Surtout, il faudrait mentionner le fait que le taux de chomage de 5% est totalement faux. ce n'est qu'un affichage une fois enlevés plus d'un million de chômeurs de longue durée que l'on a ait basculer dans la catégorie « inemployables » et auxquels on verse une sorte d'AH (allocation handicapés). Il suffit de voir les chiffres de pauvreté en Angleterre pour comprendre que tout cela est une vitrine, et que l'Angleterre s'en est globalement plutôt moins bien sortie que la France ou l'Allemagne depuis 40 ans, à la fois d'un point de vue social et d'un point de vue économique (il ne reste rien de l'industrie brittanique)
Artense
De
10H12 | 27/06/2007 |
Merci pour cet article avec un titre qui résume tout. Enfin une autre vision du bilan économique « spectaculaire ! » sans parler du bilan social ou « militaire ». Et dire que maintenant qu'il est libre sur le marché, l'UMP verrait d'un bon oeil sa nomination à la tête du PS…
De La awat
10H53 | 27/06/2007 |
Je ne garde pas un bon souvenir des années blairistes.
Il était temps qu'il parte !
De
12H52 | 27/06/2007 |
à trop regarder du côté du soleil couchant Blair a perdu de vue l'Europe et les citoyens anglais accablés par les prix de l'imobilier, le chomage, l'alcoolisme des jeunes, la pauvreté, les gamines enceintes, le niveau des écoles, les hôpitaux etc.
De
13H37 | 27/06/2007 |
Bon titre !
Français habitant l'Angleterre depuis 12 ans, effectivement on peut dire que Blair n'a fait que des corrections de formes sur les réformes de Tatcher. Pour avoir une image de la politique de Blair, on peut dire que le programme de Sarkozy se situerait sur la gauche de la politique de Blair et non celui du New-Labour.
Juste trois exemples pour illustrer cela :
- La réforme universitaire avec l'introduction des frais d'inscription (tuiton fees) aussi l'accentuation de la sélection. Sarkozy n'est qu à ces prémices.
- Sur le plan fiscal, la taxation fiscale est découplée dans le sens ou l'on paye moins d'impôts sur les revenus contre au grosse taxe d'habitation ou foncière car les communes assument certains rôles précedemment dévolus à l'état (gestion des maisons de retraites, solidarité sociale, sécurité, etc …)
- Les privatisations, il n y'a presque plus de domaines réservés pour le gouvernement anglais en matière de gestion d'entreprises publique, il ne fait que la régulation et tire des bénéfices fiscaux de leur expansion. La part en France de l'état dans les entreprises comme France Télécom, la Poste, SNCF, RATP n'est pas un mal mais cela suppose aussi que l'état consent à assurer au détriment du marché la bonne marche de ces entreprises quelque soit les aléas de gestion (France Télécom après le départ de Michel Bon).
De
22H54 | 27/06/2007 |
J'y ai passé pas mal de temps aussi, mais 12 ans ça fait long quand même. Je suis rentré au pays avant cela, content de mon expérience, ravi d'y retourner de temps en temps. Mais vivre là-bas ? Non, la qualité de vie est tout simplement désastreuse…
De Ehim
ehim.over-blog.com | 17H44 | 27/06/2007 |
A lire le bilan de 10 ans de Blairisme, on a l'impression qu'il a fait avaler des couleuvres à tout le monde :
- sur le plan intérieur, la richesse des plus riches n'a cessé d'augmenter dans des proportions incroyables. Comparativement, ce qu'il a accordé aux pauvres ressemble aux miettes du festin, ce qui rejoint la doctrine Thatcher (il faut que les riches s'enrichissent pour que les pauvres en profitent),
Les services publics éducatifs et de santé sont délabrés et l'immobilier a tellement flambé que les classes moyennes n'arrivent plus à se loger.
Au point que les Britanniques s'expatrient (même en France, c'est tout dire) pour être soignés correctement, pour scolariser correctement leurs enfants, et pour trouver à se loger à la mesure de leurs moyens,
- sur le plan international, il n'a cessé d'être à la remorque des Américains, jusqu'à la servilité, tout en sabordant la construction européenne.
Et c'est ça qui fait baver d'admiration notre Sarko national et nos socialistes de droite ! Affligeant …
De Troas
21H50 | 27/06/2007 |
J'ai beau retourner dans tous les sens les années Blair, je ne vois pas ce que l'histoire pourrait retenir de lui en bien… Quand on renie la gauche, alors qu'on garde l'étiquette travailliste, comment passer le cap de l'histoire ? Blair ? Bof !
De
03H03 | 28/06/2007 |
Remplacer une demi-mesure par une mesure,le 52è premier ministre britanniqueGORDON BROWN .réputé très libérale,négociateur très coriace ; anti Euro,très sensibles aux arguments des américains , seta t'il capable comme premier objectif faire retirer 5000 soldats britanniques en Irak ; tel est le » 10 » en foot comme en politique..Amon avis il faut un BLAIR à la fRANCE ? les gens auraient fuit d'eux même sans les forcer : pas de gratage…uppercut