Trois ans après sa création, le réseau de mobilisation contre les expulsions s'interroge sur son avenir. Notre dossier.
A Voir :
« Mûrir “ou ‘rester commes nous sommes’ ?
Entretiens avec Richard Moyon et Pierre Cordelier.
A Voir :
” Sauver le papa de Valeria » ,
exemple de mobilisation réussie.
A lire :
« C'est toute la société qui est traumatisée »
Entretien avec Miguel Benasayag.
» Où est le chef ? » Même le secrétariat du nouveau ministre de l'Intérieur s'est posé la question en recevant une délégation du Réseau éducation sans frontières (RESF) le 18 juin. Une anecdote qui symbolise à elle seule le côté inclassable de ce qui ne se veut ni une association, ni une organisation, ni un syndicat et encore moins un parti.
» RESF, c'est tout le monde et personne. On ne veut pas de locaux, pas de fric, tout ce qu'on demande c'est la régularisation des familles ! » , rappelle avec force Richard Moyon, membre fondateur du réseau, resté dans la voiture qui a accompagné la délégation, tandis que Brice Hortefeux l'attendait à Matignon. La ligne officielle laisse pourtant songeur. Pas de représentants officiels, pas de structures établies ! Quelle est donc la recette de ce réseau informel devenu l'un des principaux labels de la défense des sans-papiers en France ? Comment ces quatre lettres ont-elles pu prendre autant d'importance dans les médias trois ans jour pour jour après la création du réseau ? Petit retour en arrière…
Acte 1. L'école des sans-papiers
Nous sommes le 26 juin 2004. Ce n'est pas la foule des grands jours, mais la petite centaine de représentants syndicaux et associatifs rassemblés à la Bourse du travail, à Paris, semblent plus motivés que jamais. Il y a là toutes les associations de défense des droits des étrangers. Il y a surtout des syndicalistes issus du monde enseignant. » Depuis le début, l'école est notre champ d'action » , souligne Florimond Guimard, 31 ans, professeur des écoles dans le centre de Marseille.
Devant Hortefeux, c'est d'ailleurs une architecte parisienne, un instituteur et une enseignante qui ont mené le dialogue. Un juste retour des choses. Après tout, la conférence fondatrice du 26 juin 2004 est bien née d'une réflexion de professeurs du secondaire de la région parisienne, les enseignants syndiqués restant largement majoritaires parmi les plus actifs du mouvement. A 59 ans, Richard Moyon est professeur de Lettres et d'Histoire au Lycée Jean Jaurès de Chatenay-Malabry, dans les Hauts-de-Seine. Ancien militant de LO, il est surtout bénéficiaire d'une décharge syndicale donnée par… trois syndicats ! FSU, Sud et la CGT.
Mais l'école, ce sont aussi ces parents d'élèves qui se jettent sous les roues de la voiture des policiers venus chercher un grand-père sans papiers chinois à l'école Rampal, à Paris. Ou encore ces assistantes scolaires avec lesquelles s'est construit le réseau à Lyon. RESF a, depuis le début, adopté l'attitude inverse des collectifs de sans-papiers. Au lieu d'accueillir les familles d'élèves sans papiers, le réseau les renvoie dans leur milieu, à savoir l'école. » On a tordu le cou au mythe de l'immigration. Les gens ont découvert que le clandestin fraudeur responsable du chômage, c'était le camarade de classe de leur fils » , affirme Pierre Cordelier. Cet instituteur de 66 ans, autre tête pensante du réseau parisien, est syndicaliste à Sud Education.
» La force du réseau, c'est qu'on peut s'inscrire à différents moments » , poursuit Catherine Tourier. » On commence par s'inscrire sur son école parce qu'il y a un élève en difficulté » , explique cette professeure d'Histoire-géographie de 56 ans, adhérente au Snes et l'une des principales animatrices du réseau dans l'agglomération lyonnaise. » On participe ensuite à une manifestation, à un parrainage, avant de disparaître dans la nature ! Puis on revient s'inscrire dans son quartier. »
Acte 2. La » chasse à l'enfant » de l'été 2006
Les inscriptions vont pleuvoir. Dès la rentrée 2005, les banderoles RESF fleurissent sur les façades des écoles. Le mouvement gagne le primaire et des nouveaux collectifs naissent en province, dans la plus joyeuse anarchie. Certains déposent les statuts d'une association, tel RESF Puy-de-Dôme, quand d'autres refusent même de désigner des représentants. Certains touchent des subventions des conseils généraux, d'autres ne vivent que des dons des particuliers et de la vente d'autocollants, ou encore en organisant des ventes aux enchères de peintures contemporaine, comme l'a récemment fait le collectif du Cher.
Pour Florimond Guimard, de Marseille, » le plus important est d'avoir trouvé un cadre qui nous convenait. Les gens en ont assez des vieilles recettes proposées par le monde syndical ou associatif, ils veulent des actions concrètes. On n'a pas envie de passer 36000 heures à décider d'une motion, RESF permet de se poser des questions sur comment on milite. »
Les résultats ne se font pas attendre. Pilotées à distance grâce à Internet et aux portables, les actions se multiplient. La pétition » Nous les prenons sous notre protection » obtient jusqu'à 130000 signatures et le réseau fait reculer deux fois le gouvernement. La circulaire d'octobre 2005 du ministère de l'Intérieur permet de protéger les jeunes et leur famille jusqu'à la fin de l'année scolaire. Celle du 13 juin 2006 débouchera sur la régularisation de 7000 personnes. » Si on fait le hit parade des régularisateurs depuis trente ans, ironise Richard Moyon, au premier rang on a Mitterrand en 1981, au deuxième on a Jospin en 1998, et au troisième rang, c'est Sarkozy en 2006. »
Mais la force du réseau, c'est aussi son carnet d'adresses. Un fusil à un coup dans la plupart des cas. Avec des exceptions. Premier à se mobiliser, alors qu'il était candidat à la candidature socialiste pour la présidentielle, Jack Lang était encore de la partie il y a une dizaine de jours, pour tenter d'empêcher une expulsion. C'est lui qui amènera l'actrice Josiane Balasko et d'autres personnalités du monde culturel à rejoindre le mouvement. Mobilisés également, Besancenot, Buffet, Krivine et Laguiller, qui participent à des actions ponctuelles, tout comme la verte Dominique Voynet, venue soutenir la famille Raba à Dole.
Plus au centre et à droite, la députée MoDem sortante de la première circonscription du Rhône, Anne Marie Comparini, intervient à son tour. Ou encore le député UMP de Versailles Etienne Pinte, au moment de l'examen de la loi sur l'immigration à l'Assemblée nationale. Le réseau compte désormais des soutiens dans le monde politique, culturel et associatif. Plus de 150 organisations ont signé les différents appels à la vigilance et des représentants sont régulièrement désignés dans les départements ou les grandes villes.
» Il y a une espèce d'auto-représentation, confirme Catherine Tourier. Deux ou trois personnes par collectif sont mandatées d'une façon ou d'une autre par leur région. » Depuis décembre dernier, une liste » Burot » des représentants du réseau a même été créée. » Burot avec une faute d'orthographe » , précise Richard Moyon. Manière de ne pas se prendre au sérieux, manière surtout de ne pas réveiller le souvenir des » bureaux politiques » d'antan et de ne pas effrayer les militants de base qui, pour beaucoup, ont justement en commun de n'avoir jamais milité avant.
Acte 3. Trois ans de réflexion, l'âge de la maturité
Pourtant, une réflexion semble bien engagée à l'intérieur du mouvement. RESF risque-t-il d'être victime de son succès ? Trop gros pour prendre des décisions ? Depuis le 6 mai dernier, certains parmi les plus actifs s'inquiètent de ne pas tenir au même rythme pendant cinq ans. RESF doit-il évoluer et si oui vers quoi ? La question sera certainement au centre de la réunion nationale des collectifs, début juillet à Lyon.



















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De
14H44 | 26/06/2007 |
même angle d'attaque que pour « La rumeur »…
Certains estiment qu'ils peuvent transgresser les lois, qu'ils ne se plaignent pas quand ça tombe.
De
19H01 | 26/06/2007 |
pour maintenir la terreur et sa dictature Un certain Staline (Joseph de son prénom) decidait le matin, au reveil, du nombre de personnes à deporter et selon son humeur cela pouvait etre 3000 ou 6000 …
il n'avait pas à se justifier ; il éttait le chef et la police politique raflait ,executait conciencieusement
Un certain Sarko (Nicolas de son prénom) decide le matin, au reveil, du nombre de personnes à expulser et selon son humeur cela peut etre 20000 ou 25000v….
il n'a pas à se justifier ; il a été plebicité et la police (pas encore politique)rafle et execute conciencieusement
De
21H36 | 16/07/2007 |
Je n'ai pas voté pour Sarkozy mais je trouve que vous exagérez beaucoup. De plus faire un parallèle entre lui et Staline est faux. Il faut savoir que les Français ne veulent plus de clandestins donc il faut les expulser. Sa méthode est douteuse mais respectueuse de ses engagements. Que cela vous plaise ou non les Français ont voulu ce président.
Ils le regretteront vite et beaucoup mais c'est ainsi.
De
15H12 | 26/06/2007 |
Dimanche 1er juillet, Manifestations pour la Régularisation des Sans Papiers avec plusieurs départs de Paris pour converger à 17h à Stalingrad (à 16 h M°Belleville, 16 h30 M°Chapelle).
Il y a quelques jours, une vieille dame a été interpellée chez elle, dans sa baignoire ( ! ) par des policiers qui venaient chercher un sans papiers voir site Resf).
La poulice de Sarkozy interpelle dans les écoles, aux domiciles, aux abords des distribution de soupe populaire. Des vieux, des malades, des enfants…
Et il y en a qui trouvent cela normal.
De
15H44 | 26/06/2007 |
il faut faire du chiffre c est + facile que de se frotter au grand banditisme et au traffic de drogue…je ne me souvient pas d avoir vu 1 gros bonnet devant ses juges ! ! !
De
15H17 | 26/06/2007 |
Bon article, intéressant. Ce mouvement n'est pourtant pas exempt de défaut, et son positionnement atypique, bien décrit dans cet article, en est un fort…
Cordialement,
http://mitterrand.2007.over-blog.com/
De Bonobo35
15H40 | 26/06/2007 |
Je ne vais pas réécrire ce que j'ai déjà exprimé sur Rue89 au sujets des sans papiers et des demandeurs d'asile.
Je ne peux qu'inciter les blogeurs à se tenir informé et à rester vigilants sur la déperdition du respect des lois fondamentales que sont celles de la protection des enfants , des droits de l'homme, en général, du respect de la convention de Genève.
Et lorsque l'arbitraire se substitue aux règles du droit (cf application de la circulaire du 13 juin 2006 sur les régularisations des sans papiers ,rapports d'amnesty et de la Cimade…et nombreux témoignages de travailleurs sociaux ou de militants de RESF) …il reste une liberté inaliènable, celle de s'opposer ,celle de manifester , celle de rendre public ce qui n'est pas acceptable .
Inscrivez vous à la lettre de RESF.
Ce collectif est très important pour la défense des « étrangers » et de leurs enfants.
Oui, lorsqu'un pays se dote d'un ministère aux « questions d'identité nationale » ,il nous faut nous mettre en Etat de Veille et de Résistance ! !
Je sais que nous allons encore voir s'inscrire dans les commentaires des : « nous ne pouvons pas accueillir tte la misère du monde » et autres poncifs.
Les propos racistes vont fleurir et les partisans de l'Ordre cliquerons sur leurs claviers en treillis …
Les urnes ne suffisent pas à exprimer l'inacceptable , alors luttons ! !
Un responsable de préfecture m'a dit un jour « le principal obstacle aux mesures d'éloignement ( belle trouvaille sémantique pour parler des expulsions ! )c'est la médiatisation .
Alors , à bon entendeur ….
De
15H57 | 26/06/2007 |
J'aimerais tant que l'on défende aussi ces enfants et aussi leur famille de ces enfants et adolescents que l'on dit des banlieues. Il pourrait eux aussi être le camarade de classe si…
Surtout à l'heure de peines planchers, de la fin de l'excuse de minorité et au retour en force de la sanction prison.
De
17H01 | 26/06/2007 |
« Mais l'école, ce sont aussi ces parents d'élèves qui se jettent sous les roues de la voiture des policiers venus chercher un grand père sans-papier chinois à l'école Rampal » (extrait de l'article).
Est-il possible d'affirmer que des parents d'élèves « se jettent sous les roues » ?
Je dirais plutôt que certains décident de s'allonger devant les roues de la voiture de police arrêtée, pour bien indiquer leur détermination à ne pas la laisser repartir.
Ce n'est pas la même chose que de se jeter sous des roues.
Regardez la vidéo.
Il est absolument certain qu'il y avait une très grande tension et que le comportement des policiers envers les parents d'élèves et enfants présents était des plus menaçants.
C'était à la limite de la brutalité. Il y a eu ensuite dispersion forcée.
Cette réalité, déjà très inquiétante pour tous, n'a peut-être nul besoin d'être sur-dramatisée par une info exagérée.
De manu2005
La France tue en Afghanistan, en no... | 17H26 | 26/06/2007 |
Je comprends votre désir de présision, mais je pense qu'il s'agissait plus d'un problème de langage
à manu2005
De
09H31 | 27/06/2007 |
Excusez-moi, manu2005, mais vous êtesà côté de la plaque.
Le journalisme, C'EST du LANGAGE. C'est grave quand il n'est pas précis, que ce soit volontaire ou inconscient, parce que ça vire à la propagande.
La propagande, qu'elle soit de gauche ou de droite, mène toujours dans le même mur.
De manu2005
La France tue en Afghanistan, en no... | 12H33 | 27/06/2007 |
Oui, c'est vrai. Mais voyez ainsi, vous-même avec « à côté de la plaque » comme c'est imprècis et inadapté.
Je pense que tout le monde avait compris que les gens ne se jettent pas sous les roues.
Par contre je vous accorde que le côté dramatique de l'image n'est pas forcément employé sans intention.
De nelmezzodelcamin
di nostra vita | 17H37 | 26/06/2007 |
et n'oubliez pas d'aller voir le site « usages politiques de l'identité nationale », il y a une pétition en ligne depuis 2 jours, ainsi que le détail du projet de loi Hortefeux…. comment ça dans la déclaration universelle des droits de l'homme il y a une phrase qui parle du droit à vivre en famille ? ? ? mais ça n'est que pour les Français ça mon bon monsieur, il ne faut pas être droitdelhommiste, non plus !
http://www.upolin.org/
De
18H36 | 26/06/2007 |
article intéressant bien sur ; mais j'ai du mal à comprendre « on fait l'inverse des collectifs de sans papiers…. ». Il me semble que tout cela est complémentaire. Comme peut être complémentaire notre réflexion sur le monde et le partage des richesses…
De Raphaële Bail
Journaliste | 08H35 | 27/06/2007 |
Peut-on réellement opposer la figure du « migrant-travailleur-utile-à-notre-économie » à celle des « familles-fardeaux » ? Humainement : chacun jugera à l'aune de ses principes. Légalement : il existe tout de même des instruments juridiques internationaux ratifiés par la France (Convention européenne des Droits de l'Homme, entre autres) qui reconnaissent à chacun le droit à une vie privée et familiale. Socialement : l'intégration des immigrés, après laquelle la France court depuis 30 ans, n'implique-t-elle pas (condition nécessaire mais pas suffisante) qu'ils soient heureux en France, qu'ils y poursuivent des projets familiaux et professionnels, qu'ils puissent, en bref, y mener une vie normale ? Comme les autres.
http://immigrances.blogs.courrierinternational.com/
De
17H33 | 01/07/2007 |
Il existe en France et dans le monde la liberté l'aller et venir, la liberté de choisir pour ses enfants de vivre dans un pays en paix plutôt qu'en guerre ; d choisir pour sa famille un travail et une école plutot que vivre dans la misère. C'est un droit pout ces parents de vivre ici .
Quoiqu'en dise Sarko ou bien Rocard ou bien les autres , ou bien la majorité des gens.