interview

"Une solution cocasse, mais qui garantirait notre indépendance"

Rue89 publie l'interview de Daniel Schneidermann réalisée par nos confrères du quotidien suisse La Liberté . Il y annonce être en négociations avec la Télévision suisse romande pour que son émission Arrêt sur images soit reprise par la chaîne helvète.

Arrêt sur images n'aura jamais aussi bien porté son nom. L'émission de décryptage du paysage audio-visuel français a pris un congé forcé de ses téléspectateurs dimanche dernier. Après douze ans de bons et loyaux services, la direction de France 5 a décidé de couper l'antenne à l'impertinent Daniel Schneidermann, animateur et âme de l'émission culte.

Sa faute ? Ne pas avoir fait évoluer la formule, répond la direction qui n'a averti le journaliste qu'au dernier moment. Soit lundi dernier. Schneidermann rétorque qu'on ne lui rien demandé et qu'il est victime d'une cabale politique à cause de sa liberté de ton, devenu unique au pays du président Sarkozy. Interview réalisée hier soir entre Paris et Genève.

Où vous trouvez-vous actuellement ?

Je suis dans ma voiture. En fait, je suis en route vers la Suisse.

Pour demander l'asile ?

Non. Pas encore. Je dois intervenir lundi matin devant le comité de programmes de la Télévision suisse romande, à Genève. J'en profite pour prendre deux jours de vacances en Suisse. Mais je ne vous dirai pas où.

Pourquoi cette réunion ?

C'est prévu depuis longtemps. Je viens parler du rôle de la télévision de service public.

Espérez-vous que la TSR vous propose au passage de reprendre votre excellente émission ?

La réponse est oui. J'espère que je pourrai produire Arrêt sur images en Suisse. Je considère qu'on est arrivé en France à un stade où une émission de critique de la télé à la TV, d'une manière indépendante, n'est plus possible. J'ai observé que la presse suisse s'intéresse beaucoup à la TV française. Très souvent d'ailleurs, notre point de vue se rejoignait sur la trop grande révérence des médias hexagonaux à l'égard des pouvoirs.

Avez-vous contacté la direction de la TSR ?

Les choses sont trop nouvelles pour que j'ai eu le temps de faire des démarches formelles vis-à-vis de la TSR. Ce serait une solution amusante et surtout cocasse. Elle offrirait de grandes garanties d'indépendance par rapport à tout le système français. En plus, c'est un programme qui pourrait amuser les téléspectateurs suisses qui regardent beaucoup les chaînes françaises.

Quel pourrait être son contenu ?

Disons que si l'émission était coproduite par la TSR et la télévision belge par exemple, nous serions amenés à donner une dimension internationale à notre émission. Pour moi, ça serait très bien. Ça serait un enrichissement. Cela nous permettrait de nous renouveler.

En plus, grâce à TV5 et à l'internet, vous seriez diffusé en France…

Ce serait drôle, intéressant, innovant, mais surtout navrant pour les chaînes françaises. Mais elles l'ont bien cherché.

Donc après l'exil fiscal de Johnny Hallyday, Schneidermann est prêt à un exil médiatique…

Mais on pourrait continuer à tourner l'émission à Paris. Peut-être que de temps en temps, on irait en Suisse ou en Belgique. Il y a des TGV. Ce n'est pas compliqué.

Et si la TSR n'a pas le courage ?

Pourquoi êtes-vous si pessimistes ?

La Suisse, c'est le pays du consensus…

Alors, on sera dans le consensus (rires). En l'état, tout est possible. Il n'y a pas encore de négociations en cours parce que tout est nouveau. Et pour tout vous dire, depuis lundi, je réponds en boucle à des journalistes et je n'ai pas tellement le temps de faire autre chose.

Au final, pourquoi Arrêt sur images s'arrête-t-elle ?

Nous payons notre indépendance totale vis-à-vis de France télévision et du nouveau pouvoir politique. En outre, je ne vous cache pas que cela a été très compliqué de faire une émission de TV sur la TV. Nous avons été en butte aux humeurs du milieu audiovisuel, y compris sur notre propre chaîne.

Mais la conscience de la nécessité de l'émission avait toujours fait que les directions précédentes respectaient l'indépendance d'Arrêt sur image. Avec la nouvelle direction, les relations se sont rafraîchies surtout l'an dernier quand on a traité le problème de la présentatrice du 20h de France 2, Béatrice Schönberg qui est la femme du ministre Jean-Louis Borloo.

On a dit que durant les manifestations contre le CPE (contrat première embauche), la journaliste avait sous-estimé dans ses journaux l'importance de ces manifestations. Pour nous, ça posait le problème de son état particulier.

Qui est intervenu ?

Je pense qu'Arlette Chabot, directrice de la rédaction de France 2, et Béatrice Schönberg ont dû se répandre en reproches contre nous. A la rentrée, nous avons demandé un nouveau décor. Refusé. Nous avons demandé à être rediffusé sur le canal TNT (télévision numérique terrestre) de France 5. Refusé. Avec la hiérarchie, les relations sont inexistantes depuis la rentrée 2006.

Votre éviction est aussi la preuve d'une sérieuse reprise en main des médias par le nouveau pouvoir en place, non ?

Effectivement. Nous avons en France une presse qui souffre d'un manque de moyens. Ce qui fait qu'elle ne peut pas mener de vraies enquêtes. Du coup, elle n'a pas de lecteurs. Et donc pas de moyens. Notre presse souffre d'une trop grande proximité avec le pouvoir politique. Elle est trop concentrée dans quelques groupes industriels qui dépendent des commandes de l'Etat. Mais je ne veux pas jeter la pierre aux journalistes.

Quelle solution alors ?

Je crois beaucoup à l'internet. On l'a vu avec la suppression d'Arrêt sur images. Quand l'émission a été suspendue lundi, il y a eu de tout petits articles mardi dans la presse. Et internet a donné de l'ampleur. Il y a des pétitions et surtout les téléspectateurs ont parlé de leur lien affectif avec l'émission.


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Amkoullel
23H05 23/06/2007

Réfugié politique en France, je suis un fidèle de ASI depuis plus de 4 ans. Je trouve dommage que D.S soit contraint à l’exil, comme j’y ai été contraint. Pour moi, cela peut se comprendre car je vivais dans une dictature; par contre, je ne comprends pas qu’en France, personne ne bouge pour crier au scandale. je propose que tous les signataires de la pétition refusent de payer la taxe télé; c’est la meilleure façon de toucher les personnes qui sont concernées par cette question. pétitionner ne suffit pas, il faut taper là ou ça fait mal. ASI était la dernière émission qui justifiait à mes yeux, la taxe que je payais. ASI disparu, je ne vois plus pourquoi je payerais pour la merde que la télé française nous propose. En plus D.S ne doit pas quitter la France pour la Suisse, je pense qu’il doiut rester en France et se battre pour son émission. C’est de la lâchété de sa part et ce sont ces telespectateurs qu’il trahit, en partant

 
caro | délinquante avérée
11H45 24/06/2007

deux remarques :

- la redevance télé est maintenant intégrée à la taxe d’habitation, difficile donc de na pas la payer, surtout pour ceux qui sont mensualisés …

- vous qui êtes réfugié politique, vous devez venir d’une pays où vous ne pouviez certainement pas parler. Comment pouvez-vous dire à D. Schneiderman de rester en France, alors que justement il ne peut défendre son émission ? Comment pouvez-vous le traiter de lâche ?

J’espère que l’émission « arrêt sur image » pourra continuer, même en Suisse (non membre de l’UE, ça peut servir) et que la TSR trouvera le moyen de la rendre visible en France.

 
Marx Du_Veuzit
13H12 24/06/2007

Que la TSR reprenne « Arrêt sur image » pourquoi pas ?
Mais il faut se battre pour que le service public français fasse son boulot comme le prévoit la charte de France 5.
C’est ça l’enjeu.

Par ailleurs la TSR est reçue par qui ? même en Haute-Savoie frontalière il faut une parabole spéciale

 
pikasso02
16H36 27/06/2007

Qui osera reconnaître que Picasso s’est inspiré d’une peinture de Cézanne? Pourtant le constat n’est possible que l’image à l’arrêt. Vous pétitionnez pour l’émission de Schneidermann. D’accord! Il a fait ses preuves! Mais, il existe peut-être en Suisse, des personnes courageuses et non anonymes! Amis Suisse ou d’ailleurs, cliquez pikasso02 sur Google, et dans mon blog, vous aurez de quoi intéresser des milliers de personnes. Hélas! L’art n’est plus ce qu’il était. Où sont les Coquiot, les Vollard, les Kahnweiler, les Leiris, les Zervos?