L'avenir des banlieues est-il en train de se jouer à Saint-Denis ? Une cinquantaine d'associations se sont réunies ce week-end pour le premier Forum social des quartiers populaires (FSQP). Objectif affiché : mettre fin à une fragmentation associative stérile pour faire germer une parole commune cohérente, et dresser un état des lieux de la situation actuelle dans les quartiers défavorisés.
Près de deux ans se sont écoulés depuis la crise des banlieues. Que s’est-il passé depuis, dans ces quartiers dits « sensibles », ces « territoires perdus de la République » ? “Depuis vingt-cinq ans, une fois que le feu est éteint, la question des quartiers est oubliée”, résume Tarek, militant du Mouvement de l'immigration et des banlieues (MIB). En filigrane, cet embrasement a révélé la crise de l’action publique face aux ségrégations urbaines, aux discriminations, à la précarité, au taux de chômage massif chez les jeunes...
C'est également le temps d'une remise en question pour les militants des quartiers. Dès la fin des émeutes, trois associations, le MIB (Paris), DiverCité (Lyon) et les Motivé-e-s(Toulouse) décident de dresser un état des lieux des limites de leur action. Le bilan est sévère : les organisations militantes n'ont pas réussi à se faire entendre et ne parviennent pas à unir leurs forces pour lutter contre les problèmes transversaux qui font des cités des lieux d'exclusion.
« La principale limite réside dans le manque de dialogue interassociatif, il y a une carence totale de liens au niveau local comme national », explique Mohamed K, du MIB. C'est que le paysage militant des banlieues reflète la grande hétérogénéité de la population qui y vit et de ses préoccupations parfois contradictoires : voilà qui « participe à l’éparpillement des initiatives et au manque de visibilité des actions menées dans les quartiers », résument les responsables du FSQP.
Pour eux, il s'agit de prendre acte de ce sombre constat au plus vite et de pousser les militants à « tisser des liens, un réseau national, pour enfin créer une force politique et un rapport de forces favorable », explique Mohamed K. C'est dans ce but que les trois associations lancent, en novembre 2006, un Appel à la constitution du premier Forum social des quartiers populaires.
Le projet est ambitieux : jeter les bases d'un mouvement social national représentant les banlieues dans toute leur diversité et regrouper la multitude de mouvements des quartiers en un lieu unique d'échange et de convergence des causes. C'est ce qu'explique Mohamed K, en soulignant la volonté d'autonomie politique du Forum (voir la vidéo).
Rapidement, le projet se cristallise, il est soutenu par une cinquantaine d’associations, des SUD jusqu’au Mrap, en passant par des associations de premières générations d’immigrés, de la communauté noire, maghrébine, et même des ex-représentants des Black Panthers américains... Tous acceptent le pari : dépasser les luttes de chapelles et le repli identitaire en participant à la confrontation d'idées trois jours durant. Le forum aura donc lieu.
Il s’est ouvert vendredi à Saint-Denis. Si des concerts et des projections de films militants jalonnent le week-end, l'objectif principal des organisateurs est la mise à plat du travail de chacun et la confrontation des expériences. Pour cela, place au débat, organisé en grands thèmes : rénovation urbaine, éducation, police/justice, engagement politique, précarité, culture... C'est un espace de rencontre, explique Mohamed K, le Forum n'est qu'une étape, ce n'est pas là que va se former un mouvement politique, il faut d'abord travailler en réseau et élaborer des solutions, des campagnes communes.
Pour les militants, c'est donc un objectif de long terme. Il s'agit d'abord de surmonter les différences : pour cela, les organisateurs du Forum souhaitent placer la mémoire collective au cœur de la rencontre, et mettre en place un Centre de recherche et de documentation sur l'histoire des quartiers : Pour mener une stratégie collective clairement assumée, nous avons besoin de références communes, expliquent les organisateurs. Il faut sortir de l’amnésie collective pour nous réapproprier notre histoire, nous réunir autour de valeurs fortes, ajoute Mohamed K, qui pointe également la méconnaissance ambiante des médias concernant les banlieues : Les journalistes vivent dans un présent permanent, il n'y a aucune mise en perspective sur la crise des banlieues. (Voir la vidéo.)
Libérer la parole, faire jouer la complémentarité associative et donner une visibilité nouvelle aux forces vives des quartiers défavorisés, pour améliorer la situation, tels sont les mots d'ordre de cette première édition du FSQP. Les obstacles sont pourtant nombreux sur la route de ce mouvement inédit, tant les revendications et les points de vue sont variés. Mais l'état d'esprit général reste à l'optimisme, comme le résume un militant venu du Toulouse : L'enjeu en vaut la peine, il faut bien commencer à parler entre nous, si on n'y arrive pas, qui d'autre pourra nous comprendre et nous aider ? « . “Il est temps de prendre nos responsabilités pour enfin faire bouger les choses”, conclut Tarek.
► Forum social des quartiers populaires, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), près de la Porte de Paris - jusqu'à dimanche - plan. - suivre les débats en direct.
Vidéos : Florent Bouchardeau.
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Votre volonté d’union est légitime mais attention tout de même aux tentives de récupérations, on a vu ce qu’a donné SOS racisme maintenant sucursale du PS sachez laisser entendre la fibre de vos revenducation, car on ne peut que déplorer ce qu’est le PS à l’heure actuelle, et quand on voit où a atterri Fadila Amara.
Belle initiative. Il faut se faire entendre. Malheureusement entre se faire entendre et se faire écouter, il y a de grosses différences mais bon
Alors qu’il apparaît clairement que les élus ne représentent plus efficacement les français, il faut lancer ce genre d’initiatives à tous les niveaux afin de recrééer des véritables « partnaires sociaux » étant aptes à nous représenter. En effet, les syndicats perdent totalement leur crédibilité.
Entre les voleurs d’urnes de l’UNEF, des syndicats comme la CGT ou la CFDT à la botte des partis politique, un gouvernement tellement concaincu de son extra-légitimité qu’il n’est prêt à écouter que lui-même et un PS déchiré, cette initiative doit redonner espoir à tous ceux qui ont le sentiment de ne pas être représentés efficacement.
Belle initiative. Il est important que de tels mouvements se structurent.
Mais les quartiers représentent ils à eux seuls la « classe populaire » (ou le gros mot en ces temps libéraux !!) ?
Allez jetter un oeil sur cet article
Questions :
Si ce qui est dit est vrai, un tel mouvement n’est-il pas réducteur ?
Ne touche-t-on pas, dans la forte attention portée par la gauche aux « quartiers populaires » comme paradigme de la « classe populaire », une des raisons de son (ses) échec(s), doublé d’une faillite, puisqu’elle n’a même pas su faire une place corecte à leurs représentants dans ses rangs !!?
Cette dichotomie est porteuse de rancoeurs. Chacun d’entre nous peut retrouver une anecdote allant dans ce sens (ils ont tout, on a rien !!!)
Au delà de la structuration de ce mouvement, qu’elle ouverture aux « autres classes populaire » ?
Comment la gauche poura à nouveau exister auprès d’eux et les réintégrer dans le jeu ?
Telle sont pour moi les questions fondementales, plus larges et englobantes que celle d’une réduction du populaire aux quartiers HLM, qui en font partie bien sur, mais n’en sont pas les seuls représentants.
L’oublier est porteur de péril, pour la gauche, pour les quartiers.
Il y a un pb, dans votre analyse :
« Comment la gauche pourra à nouveau exister auprès d’eux et les réintégrer dans le jeu ? »
beaucoup de jeunes des banlieues et leurs assoc ne croient plus à la politique. Pour eux, la droite, la gauche c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Leur condition de vie est restée la même, elle s’est aggravée sous la droite qui a appliqué quelques recettes du FN.
Beaucoup de jeunes se sont inscrits sur les listes électorales. Pour quel résultat ? Ils ne veulent pas être intégrés (pas ré-intégrés, puisqu’ils n’ont jamais pu l’intégrer) dans le jeu (?). Ils ne veulent pas servir de caution à quelques politicards qui vont les oublier aussitôt les élections passées. Ils veulent être une force en tant que telle, sans récup.
Il faudra que la gauche le comprenne pour changer, qu’elle les écoute et les considère comme des interlocuteurs et non comme des empêcheurs de tourner en rond.
salut,
Je n’ai pas parlé des cathos, parce qu’ici, ce n’était pas le sujet. Je suis au courant pour SecondLife.
Mais s’il y a un sujet sur Xavier Dor, SOS tout petits; si Christine Boutin ose toucher au droit à l’avortement, je ne les raterai pas :-))
définition : avoir suivi au moins 5 ans d’école et ne pas pouvoir comprendre un texte court.
racisme : considérer une « race » comme inférieure. Ne pas confondre avec ce qui relève de la religion.
Relis donc ce que j’ai écrit…
les quartiers ne représentent pas tout la classe populaire ? oui et alors ? en quoi cette confrontation serait elle moins légitime.
Une petite gêne : que les organisations aient été « invitées », c’est de là que pourrait venir un doute sur la crédibilité.
De toute façon, je leur souhaite des échanges constructifs, je ne serais pas moi légitime, et j’aimerais bien lire un compte rendu objectif